00:00On débriefe l'actualité du jour avec Christian Parizeau.
00:02Bonjour économiste et conseiller auprès d'Aurel BGC.
00:05Cette réunion de la fête, donc aujourd'hui pas de baisse de taux à attendre,
00:09mais on a ce nom qui sort désormais du chapeau,
00:12Rick Reader, qui serait le nouveau favori de Donald Trump
00:14pour remplacer Jérôme Powell, spécialiste des marchés obligataires.
00:18Ça a un sens selon vous ?
00:20Oui, ça montre surtout que l'administration américaine a pris conscience
00:23que quand même, in fine, il faut financer le déficit budgétaire américain,
00:27que c'est bien de mettre des droits de douane, de faire un évent de panique,
00:31mais ce qui fait plier le président américain,
00:33c'est qu'il faut trouver des gens qui sont prêts à lui prêter.
00:35C'est-à-dire que c'est bien de taper sur les Européens,
00:36mais on a besoin de l'épargne des Européens pour financer le budget américain.
00:39C'est bien de vouloir augmenter le budget de la défense aux États-Unis
00:42pour l'année prochaine, pour le prochain budget de 50%,
00:44mais si les Européens ne financent pas ce budget, il y aura un problème.
00:48Donc je pense qu'il y a une vraie prise en compte,
00:50au moins de la part de l'administration Trump,
00:52ceux qui sont autour de M. Trump, pour lui dire qu'il faut quelqu'un qui rassure.
00:56C'est-à-dire que mettre quelqu'un qui va baisser les taux à tout prix,
00:59déjà ça ne marche pas, parce qu'on a vu que la Banque Centrale Américaine
01:01n'avait plus baissé ses taux directeurs de manière assez importante
01:04depuis il y a plus d'un an, et les taux longs américains sont montés.
01:07Donc déjà, il n'y a pas forcément relation indirecte entre taux court et taux longs.
01:11On sait qu'il y a une question de crédibilité, d'anticipation de croissance, d'effet.
01:16Et puis derrière, on veut un profil qui va rassurer les marchés obligataires,
01:19parce que derrière, c'est de l'argent pour le budget américain,
01:22c'est des taux d'intérêt qui sont beaucoup plus élevés,
01:24et donc ça coûte très cher aux Américains.
01:26Et donc ce profil d'un gérant obligataire, c'est un moyen d'envoyer.
01:30Trailer chez BlackRock, c'est le plus grand gestionnaire d'actifs au monde.
01:34Et c'est un moyen d'envoyer au marché, de dire
01:35vous aurez quelqu'un qui sera conciliant vis-à-vis des marchés obligataires,
01:39qui ne va pas laisser filer les taux longs à des niveaux insoutenables.
01:44Donc ça montre vraiment une limite.
01:46Moi je pense que c'est une limite à Trump, à toutes ses discussions, à tout son discours.
01:49Mais c'est vraiment ça, sa limite, c'est son implication avec les taux et le marché actions,
01:54quand ça va trop dans le rouge, à un moment donné il arrête.
01:56Voilà, c'est ça.
01:57Ce n'est pas les Européens qui l'ont fait plier.
01:58Voilà, bon bien sûr que non, ce n'est pas du tout les Européens.
02:00C'est le taux à 10 ans.
02:01Ce n'est pas la réaction, mais c'est le 10 ans américain.
02:02Alors c'est deux choses pour moi qui fait plier Trump,
02:05c'est soit le coût de financement de la dette,
02:06et maintenant plus que la bourse d'ailleurs même,
02:08par rapport à son premier mandat où il était très focalisé sur la bourse.
02:11Je pense que là, il a pris conscience que l'État américain avait besoin d'emprunter et pas trop cher.
02:15Parce que derrière, si l'État américain emprunte plus cher,
02:18les entreprises empruntent plus cher.
02:19Et ce n'est pas bon pour le business des entreprises.
02:21C'est dans ce sens-là, je pense qu'il a très bien compris ça.
02:23Et puis l'opinion publique américaine,
02:24qu'il ne le soutenait pas non plus et qui était un autre élément.
02:27Et plus on se rapproche des mis termes,
02:28plus la réaction de l'opinion publique américaine sera importante dans le comportement de Donald Trump.
02:34D'ailleurs, il ne parle qu'à l'opinion publique américaine dans ses discours en fait.
02:37Il ne parle pas aux Européens, il parle à son opinion.
02:39Donc, on est dans ce cycle-là.
02:42Mais c'est quand même intéressant que maintenant, on a quand même un vrai retour.
02:46Alors après, on va pouvoir parler d'indépendance ou pas de la Banque centrale.
02:49Mais je dirais que ça, c'est anecdotique.
02:51Ce qu'on veut, c'est quelqu'un de capable.
02:53Il faut voir, c'est que le rôle du président de la Banque centrale américaine,
02:56c'est qu'un membre votant parmi d'autres.
02:58Il ne va pas faire la politique américaine.
03:02Mais il joue énormément pour guider les anticipations des marchés.
03:07Il joue énormément parce que c'est la personne qui communique, comme Christine Lagarde.
03:11Elle joue un rôle de communication de la BCE.
03:14Elle représente la BCE.
03:15Après, vous pouvez avoir des membres qui sont plus ou moins suivants ou pas ce que dit Madame Lagarde.
03:20Mais elle est un ancrage, un ancrage des anticipations.
03:22Et donc, on a besoin, très clairement, d'un professionnel au niveau de la Banque centrale
03:27qui va ancrer les anticipations et qui montre qu'il n'est pas dépendant d'un Donald Trump
03:31qui peut être très versatile.
03:32Donc, je pense que ça, ça va vraiment rassurer les marchés si on a un profil comme ça.
03:36Donc, que ça soit un ancien gouverneur comme M. Warch
03:39ou ce profil-là de gérant obligataire,
03:42on voit que l'administration américaine a quand même pris conscience
03:44qu'avant tout, il faut un communicant et qu'il soit stable.
03:47Et de la stabilité pour les marchés obligataires.
03:49– Marchés quand même qui s'inquiètent quand on voit le cours de l'or.
03:51On a pris 100 dollars depuis hier matin quand même.
03:545100 dollars aujourd'hui sur le cours de l'or.
03:56On voit que ce n'est pas normal d'arriver à des tels niveaux.
04:00– C'est ça. La première réaction qui m'a surpris,
04:02c'est le week-end où Donald Trump a fait l'attaque contre l'Europe.
04:06Tout de suite, il y a eu pas mal de papiers d'économistes américains
04:09qui ont dit, attention, vendent les États-Unis.
04:12Le sale américain qui est venu comme un peu un leitmotiv.
04:15Ça montre que les investisseurs quand même, à un moment donné,
04:17ils disent qu'il y a quand même une limite.
04:18Il y a une limite aux attaques contre les Européens
04:22parce que les Européens, c'est aussi l'épargne des Européens qui joue.
04:26J'irais, la Chine a été rare pour faire plier M. Trump.
04:28Nous, on a notre épargne pour faire plier M. Trump.
04:30– Pour vous, c'est notre premier atout ?
04:31– Bien sûr, ce n'est pas l'Europe qui décide
04:33qu'un gérant va investir sur de l'obligataire américain.
04:36– Surtout, ça dépend de combien il a acheté.
04:38– Bien sûr, mais tout a un prix.
04:39C'est-à-dire que ce qu'il faut bien comprendre,
04:41c'est que Donald Trump, en rompant des accords commerciaux,
04:44il rompt la parole de l'État américain.
04:46Donc après, s'il peut rompre un accord commercial,
04:50est-ce qu'il ne va pas fiscaliser demain les obligations américaines ?
04:52C'était un projet qu'on avait évoqué l'année dernière.
04:55– C'est un peu l'idée d'Emmanuel Macron en disant
04:56« On est peut-être lent, for sure, mais au moins on est stable. »
05:00– Voilà, il faut au moins qu'il y ait une crédibilité de l'État américain.
05:03Et les marchés obligataires sont beaucoup plus sensibles que ça,
05:06que les marchés actions, à cet aspect-là.
05:08Parce que quand vous prêtez à 10 ans à l'État américain,
05:10vous voulez avoir une crédibilité sur la dette américaine et sur les 10 ans.
05:13Donc je pense que derrière, par contre, ce qui est très inquiétant,
05:17c'est la faiblesse du dollar qui se poursuit
05:18et le fait qu'on a des mouvements sur l'or et les matières premières,
05:21les métaux dans leur ensemble.
05:23Alors, bien sûr, il y a de la spéculation,
05:25bien sûr que c'est amplifié,
05:26parce qu'il y a forcément des gens qui sont ce qu'on appelle « trend followers »,
05:29qui suivent une tendance et qu'ils amplifient la tendance.
05:31Mais de plus en plus, on entend quand même des gérants
05:34qui commencent à dire « il nous faut réduire un peu la part des obligations ».
05:38Ils ne vont pas totalement tout vendre,
05:40mais ils veulent aujourd'hui diversifier.
05:42Et le mot « diversification », c'est le net motif
05:44qu'on entend dans toutes les gestions maintenant.
05:46Diversification, parce que Trump a généré tellement de risques,
05:49tellement d'incertitudes,
05:50que tout le monde se dit « on est ouvert à pas mal de scénarios différents ».
05:53Et donc, ils veulent augmenter cette poche d'or.
05:57Et ça, c'est quelque chose qui soutient énormément les cours de l'or actuellement.
05:59Il nous reste quelques secondes, Christian, ouverture de la saison des résultats
06:02avec LVMH ce soir.
06:03La saison des résultats sur le CAC 40, vous la voyez quoi ?
06:06Exceptionnelle ?
06:07Non, pas exceptionnelle, parce qu'il y aura un effet-change aussi
06:11qui sera quand même un élément.
06:12Notamment pour des boîtes comme LVMH.
06:13Voilà, ça va jouer.
06:14Après, si on prend le luxe,
06:16on sait qu'il n'y a pas quand même des signaux très positifs
06:18en provenance de Chine.
06:19Donc, on ne peut pas s'attendre à des résultats très au-dessus des attentes.
06:23Et puis, pour l'Europe, on n'a pas non plus,
06:25au niveau de l'Europe, une croissance très forte.
06:27Donc, ça va être solide.
06:28Ça ne sera pas non plus de très très bonne.
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