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  • il y a 2 jours
Ce vendredi 20 février, Samy Chaar, chef économiste chez Lombard Odier & Cie, et Mikael Petitjean, chef économiste de Waterloo AM et professeur à l’université de Louvain, ont échangé leurs points de vue sur le déficit commercial record aux États-Unis et sur les exportations européennes face à la Chine, dans l’émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Vous avez l'habitude, chaque matin à 7h, deux acteurs de marché, avec ce matin Samy Char, chef économiste de
00:05Lombardie et compagnie,
00:06et Mickaël Petitjean qui est chef économiste de Waterloo Asset Management.
00:10Bonjour messieurs, merci à tous les deux de nous accompagner à distance.
00:12Bonjour Félix.
00:13La nouvelle bien sûr aujourd'hui, c'est ce déficit commercial record, plus de 1200 milliards de dollars l'an
00:20passé.
00:20Comment vous l'expliquez aujourd'hui ce déficit commercial record Samy Char ?
00:26Eh bien, ça a été un tout petit peu vite en besogne de la part de l'administration américaine de
00:31penser qu'ils pourraient le résorber simplement avec les tarifs.
00:34Évidemment que la réalité, c'est que la trajectoire de l'économie américaine n'a pas changé.
00:39C'est une économie qui est essentiellement tirée par la demande, une économie où évidemment booster l'industrie et relancer
00:48le côté manufacturier,
00:50je ne sais même pas si c'est une bonne stratégie, mais en tout cas c'est une stratégie qui
00:53ne peut que prendre énormément de dents.
00:55Et la réalité, derrière ce déficit, c'est que quand même la demande américaine va bien,
00:59les consommateurs américains vont relativement bien, même s'il y a beaucoup d'inégalités.
01:03Et donc il y a de la demande, et cette demande ne peut être comblée qu'avec des biens étrangers.
01:09Il y a aussi beaucoup de demandes qui est liées bien sûr à cette thématique de l'intelligence artificielle.
01:13Et donc ça impose quand même des importations aux Etats-Unis.
01:16Le fait qu'il y ait un déficit commercial américain ne signifie pas que cette économie américaine est en souffrance.
01:22Bien au contraire, ce que ça veut dire, c'est simplement que la demande domestique est très forte
01:26et que ce n'est pas une économie manufacturière, c'est la réalité de l'économie américaine
01:29qui au fond n'a pas changé depuis que l'administration Trump est arrivée au pouvoir.
01:34Alors Donald Trump s'est empressé de contredire ces chiffres.
01:37Bien sûr, ça ne va pas dans son sens, dans le sens de sa politique des droits de douane.
01:41Est-ce que c'est vrai que l'année 2025 qui a été très volatile,
01:45que ce soit pour les données macroéconomiques mais également pour les entreprises,
01:49n'a pas dit son dernier mot, en tout cas sur cette politique de Donald Trump, ça, Michard ?
01:54Oui, lui, il va persister et il va signer.
01:57Il a des élections de mi-mandat à gagner cette année.
02:01On sent bien qu'il va les perdre, ces élections de mi-mandat.
02:04Je ne dis pas ça parce que je suis un spécialiste de la politique américaine,
02:07mais enfin statistiquement, tous les présidents en place ont vu leur majorité s'effriter
02:12et disparaître aux élections de mi-mandat.
02:14Donc il sent bien quand même qu'il est dans un processus électoral difficile
02:17et son but, c'est d'essayer de remonter un petit peu la pente avant novembre.
02:23Et donc bien sûr que tous les chiffres, tout ce qui se passe,
02:26doit aller dans le sens d'une victoire républicaine aux élections de mi-mandat.
02:30Et aujourd'hui, ça n'en prend pas le chemin.
02:32Donc c'est normal d'avoir un Donald Trump qui est en campagne finalement aujourd'hui.
02:38Michael Petitjean, un mot à chose sur ces chiffres du déficit américain.
02:41Alors c'est record, on est sur une hausse de 2% néanmoins.
02:45Oui, voilà, mais il y a un élément quand même qui me frappe particulièrement,
02:49c'est en fait le niveau du déficit commercial qui est exactement identique,
02:53plus ou moins sur l'année 2025 par rapport à l'année 2024.
02:56On est très proche de 1 trillion de dollars, c'est moins de 900 milliards de dollars.
03:01Mais néanmoins, il faut quand même reconnaître que la stratégie de Trump,
03:05en tout cas face à la Chine, c'est-à-dire le déficit commercial face à la Chine,
03:11ce déficit a baissé.
03:13Sur l'année 2025, il a baissé d'un tiers par rapport à l'année 2024.
03:19Et sur les derniers mois de l'année 2025, il a été divisé par trois.
03:23Donc face à la Chine, on ne peut pas dire que Trump s'est trompé.
03:29Évidemment, ce qu'il faut garder en tête, c'est qu'il y a des stratégies de contournement.
03:33Et comme par hasard, lorsqu'on regarde les autres pays par rapport auxquels les États-Unis
03:39ont creusé leur déficit commercial, qu'est-ce qu'on constate ?
03:43On constate que le déficit commercial s'est particulièrement creusé avec un pays comme le Vietnam.
03:49Et donc, on sent bien qu'il y a des stratégies de contournement qui sont mises en place
03:52par des entreprises chinoises qui passent par des pays limitrophes
03:59pour essayer de minimiser l'impact de ces tarifs douaniers.
04:03Et c'est d'ailleurs aussi le cas au Mexique.
04:05C'est possible que Trump, à nouveau, s'attaque au Mexique
04:09parce que le déficit commercial pour le Mexique, c'est fort à grave.
04:14Ça rebat les cartes également pour la Chine qui a dû trouver d'autres débouchés.
04:18Samy Char, on en parlait en début d'émission.
04:20C'est vrai que les exportations en provenance de Chine en Europe sont en hausse,
04:24idem pour certains pays limitrophes en Asie.
04:28Ça change la donne quand même aujourd'hui.
04:30C'est droit de douane et l'administration Trump pour le commerce extérieur,
04:34pour le commerce mondial plutôt.
04:37Oui, mais Michael l'a relativement bien dit.
04:38Tout ça, c'est du contournement.
04:40La réalité, c'est que structurellement, l'économie américaine n'a pas changé.
04:43C'est une économie tirée par la demande.
04:45C'est une économie qui importe beaucoup et qui a des déficits.
04:49Et de l'autre côté, l'économie chinoise n'a absolument pas changé non plus.
04:52C'est une économie tirée par son industrie, son secteur secondaire,
04:55le secteur manufacturier, sa capacité à l'exportation.
04:59On sent bien que finalement, ces deux dernières années,
05:01la demande domestique en Chine est extrêmement à la peine.
05:04Donc ça reste le miroir économique des États-Unis.
05:07La Chine comme fournisseur de biens.
05:10Les États-Unis comme absorbeur de cette production.
05:13Alors bien sûr, il y a du contournement.
05:15Michael l'a dit.
05:16Les Chinois passent par d'autres juridictions.
05:19Mais enfin, la réalité, c'est que la Chine reste une machine à produire et à exporter
05:25et qui n'a pas la demande domestique pour absorber sa propre production.
05:30Et donc, elle va aller chercher ailleurs.
05:32Et bien sûr, elle va contourner par d'autres juridictions.
05:37En ce qui concerne l'Europe, ça montre bien une réalité européenne.
05:40C'est que là où les Américains mettent des tarifs pour protéger leur marché domestique,
05:45soyons francs, les Canadiens font exactement la même chose.
05:48Ils taxent les automobiles, des véhicules électriques chinois plus que les Américains.
05:54Les Chinois, bien sûr, protègent leur marché domestique.
05:56C'est les Européens qui ont un peu du mal à protéger leur marché domestique.
05:59Et donc, du coup, forcément, c'est une cible qui devient assez facile pour les exportations chinoises.
06:05Voilà, c'est aux Européens, finalement, d'accepter que le monde a changé,
06:09que les règles du jeu ont changé.
06:10On l'entend beaucoup.
06:11Et ça veut dire que c'est aux Européens de se protéger aussi un petit peu des exportations chinoises
06:17qui, encore une fois, c'est de la compétition un peu déloyale
06:21parce qu'il y a énormément de subventions derrière cette production chinoise et ces exportations.
06:27C'est aux Européens de s'ajuster et de faire comme font les Américains et les Canadiens, finalement.
06:31La saison de résultats des entreprises cotées touche à sa fin,
06:34que ce soit aux États-Unis mais aussi en Europe.
06:37Quels sont les grands messages que vous retenez, Samy Char, de ces entreprises ?
06:42Eh bien qu'avant tout, il y a de la croissance bénéficiaire.
06:44Ça, c'est très important.
06:45Ça veut dire qu'on est dans un monde où, évidemment, il y a des contraintes à la croissance.
06:48Vous en avez parlé, Étienne.
06:50Les tarifs, il y a énormément de risques autour de tout ça.
06:54Mais enfin, la réalité, c'est qu'il y a des effets compensatoires.
06:57Les banques centrales ont baissé les taux.
06:58Les gouvernements sont à la manœuvre pour essayer de soutenir les économies.
07:03Il y a énormément d'investissements, de capex dans le système, liés à la géopolitique, liés à l'intelligence artificielle.
07:10Tout ça, vous savez quoi ? Mène à des profits.
07:13Et les marchés financiers ne font qu'une seule chose.
07:16C'est récompenser la capacité des entreprises à générer des profits.
07:20Donc, bien sûr, on voit de la rotation.
07:22Il y a des doutes.
07:23Mais enfin, globalement, le principal message que je retiens, c'est qu'il y a une croissance bénéficiaire qui est
07:29quand même généralement là,
07:30qui n'est pas exclusivement concentrée aux États-Unis, d'ailleurs, qui s'est un peu propagée.
07:34Et ça, c'est quelque chose qui, à notre sens, nous maintient investis dans les marchés financiers, dans les marchés
07:39actions particulièrement.
07:41Le fait que, trimestre après trimestre, on valide le fait qu'il y ait de la croissance bénéficiaire est évidemment
07:46un signe positif.
07:47Et la séance du jour en est bien l'illustration avec un CAC 40 qui a touché un record ce
07:51matin,
07:52aidé notamment par le secteur du luxe, mais aussi par Air Liquide, qui prend désormais plus de 3,5 %.
07:56Michael Petitjean, c'est vrai que lors de cette saison de résultats, il y a de moins en moins le
08:00mot « record ».
08:01C'est vrai que les entreprises, elles subissent quand même le ralentissement économique en cours,
08:05mais elles sont très résilientes.
08:07Et comme ça, Michel l'a dit, l'actionnaire n'est pas oublié, loin de là.
08:10Non, voilà, moi je pense que l'évolution des marchés depuis le début de l'année, pour moi, est une
08:16bonne chose.
08:16C'est-à-dire, les investisseurs, je pense, prennent un peu de recul par rapport au mouvement
08:23et à la tendance fortement orientée à la hausse durant l'année précédente.
08:29Et on a effectivement une rotation qui s'opère à plusieurs niveaux.
08:34Une rotation qui s'opère sur le plan sectoriel, une rotation qui s'opère sur le plan international,
08:39géographique, et même une plus grande sélectivité au sein même des secteurs.
08:47Et pour moi, c'est un signe de sagesse parce que l'année dernière, c'était environ au mois de
08:54septembre-octobre,
08:55on avait effectivement dans nos conférences alerté nos investisseurs concernant un risque de run-up.
09:01Alors, le run-up, c'est de melt-up, c'est en fait le risque d'avoir une hausse trop
09:07forte, trop rapide des cours,
09:08avec une correction tout aussi rapide et tout aussi abrupte par la suite.
09:14Et généralement, ce genre de mouvement très brusque effraie les investisseurs et les écarte, les éloigne des marchés financiers.
09:21Donc moi, je trouve que cette période de prise de recul est une bonne chose.
09:26Les résultats restent très bons.
09:29Les résultats restent très bons.
09:30Walmart a un petit peu déçu hier parce que le cours est à la baisse.
09:32Mais pour moi, ce sont plutôt des prises de bénéfices parce que les attentes sont très fortes.
09:37Et je pense qu'il faut quand même simplement digérer tout ça.
09:40Les PE, donc les rapports cours-bénéfices, sont en train de baisser, même dans la tech.
09:46On retourne vers des rapports cours-bénéfices qui sont tout à fait raisonnables autour de 25.
09:51Le S&P, c'est 500, c'est autour de 20.
09:54Donc moi, je trouve que c'est plutôt sain.
09:56Maintenant, effectivement, quand on regarde bien ce qui se passe au niveau des sous-secteurs,
10:01là, il y a un choc qui est quand même assez massif sur tout ce qui est software companies.
10:06On a une chute de 25 % des indices qui sont orientés dans ce domaine-là
10:11parce qu'effectivement, la vitesse à laquelle on innove sur le plan du codage
10:15mais détruit le codage à une vitesse VV prime.
10:19Il y a une forme de cannibalisation qui est liée à l'IA.
10:23Et ce secteur-là, on prend plein la figure.
10:24D'ailleurs, c'est en lien avec les difficultés de ce fonds,
10:27ce fonds-là, Private Equity, Blue Oil, qui est directement exposé à ça.
10:32Ça vous inquiète aujourd'hui, ce fonds d'aides privés qui bloque les rachats ?
10:36C'était l'annonce hier, en effet, de cette société Blue Oil,
10:39société américaine qui est cotée en bourse, qui a perdu 6 % à la clôture,
10:42qui gère quand même plus de 300 milliards d'actifs dans le Private Equity,
10:45mais également dans la dette privée.
10:47Alors, ce fonds en question, c'est un petit fonds par rapport aux 300 milliards d'encours,
10:50mais c'est quand même un signal faible.
10:52Voilà, exact.
10:53C'est la première chose que nous avons regardée, en fait.
10:56C'était de vérifier si ces ventes d'actifs,
11:00qui, je pense, approximaient 1,5 milliard de dollars,
11:06étaient liés à ce fonds en particulier,
11:10ou alors à une liquidation plus générale liée à la société,
11:14à la stabilité de la société en tant que telle.
11:16C'est la première option qui a été retenue,
11:18c'est-à-dire que c'est plutôt une liquidation d'actifs
11:21liée à un fonds particulier.
11:24Et donc, contrairement à ce que Mohamed El-Rayyan,
11:26vous savez, Mohamed El-Rayyan, c'était le chief economist d'Allian,
11:29c'est très populaire encore aux États-Unis.
11:32C'est un ancien chief advisor d'Obama.
11:34Il a parlé dans une expression anglaise,
11:36il parlait du…
11:37Attention, c'est peut-être le canari dans la mine de charbon.
11:40Alors, en français, ça n'existe pas, cette expression-là.
11:43Mais nous ne pensons pas que ça démontre,
11:48je dirais, des risques plus systémiques derrière,
11:51même s'il faut le reconnaître,
11:52le Private Equity et le Private Credit,
11:54c'est une activité qui est éminemment risquée,
11:58éminemment illiquide.
11:59Et donc, sur un fonds, sur une société
12:01qui pèse plus de 300 milliards de dollars,
12:05avoir des ventes d'actifs de 1,5 milliard de dollars,
12:10ça ne nous paraît pas non plus dramatique,
12:13même si effectivement, on a vu qu'il y avait des retombées,
12:16des effets un peu de domino sur d'autres sociétés,
12:19même sur KKR, qui est un géant dans ce domaine-là.
12:24Mais je pense que c'est quelque chose
12:25qui va être absorbé relativement vite.
12:28En tout cas, ça apprend une fois de plus aux investisseurs
12:30qu'il faut être diversifié, ça, Michard.
12:32C'est la clé, et encore plus depuis le début de l'année.
12:36Alors, si on fait le parallèle à ce qu'on a pu vivre en 2007-2008,
12:43on est dans une situation qui semble différente sur deux aspects.
12:46En 2007-2008, évidemment qu'on sortait d'une phase
12:49d'augmentation des taux d'intérêt,
12:51et cette phase d'augmentation des taux d'intérêt
12:53avait amené quand même à une hausse des défauts.
12:55Il y avait dans le secteur du crédit
12:58des tendances et une dynamique de défauts qui étaient à la hausse.
13:02Aujourd'hui, on est un peu dans une situation inverse.
13:04On est dans une période où les banques centrales ont baissé les taux,
13:08voire dans le cas de la Banque d'Angleterre
13:09et de la Réserve fédérale américaine,
13:11ils ont continué de baisser ces taux.
13:13Et on a une dynamique sur les taux de défaut
13:18qui reste extrêmement contenue.
13:20Donc le sentiment, c'est qu'on est dans une situation
13:22où il y a un peu plus d'oxygène dans l'air,
13:25un peu moins de pression que ce que ça pouvait être le cas
13:28lorsqu'on avait vraiment énormément de pression
13:30sur le cycle de crédit au moment de la grande crise financière
13:34et des crises souveraines européennes.
13:35Et donc on est dans quelque chose d'aujourd'hui
13:37qui est peut-être plus idiosyncratique que global.
13:40Merci beaucoup à tous les deux de nous raccompagner ce matin.
13:43Samy Char, en direct depuis Genève,
13:44chef économiste de Lombard, Odier et compagnie.
13:46Groupe et Mickaël Petitjean,
13:47chef économiste de Waterloo Asset Management,
13:49en direct depuis Bruxelles.
13:50Vous êtes également professeur à l'Université de Louvain.
13:53Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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