00:00Notre invité ce matin c'est Louise Boucher, bonjour, vous êtes fondatrice et associée gérante de Sisyphus Ventures.
00:07Sisyphus, ça vient du mythe de Sisyphus, c'est très très très très dur à dire pour moi.
00:13Deux F, deux S, j'y arriverai pas.
00:15C'est pas simple.
00:15C'est la pierre qui roule, c'est-à-dire que ça n'avance pas et qu'on a besoin
00:19de changer les choses pour changer de direction.
00:22Vous travaillez, vous spécifiquement, sur les questions de défense.
00:25Votre histoire est marrante si je puis dire, c'est-à-dire que nous ça nous intéresse sur BFM Business.
00:30C'est que vous trouviez que les fonds européens n'allaient pas assez vite sur les questions d'armement et
00:33de défense.
00:34Du coup, vous vous êtes lancée toute seule en créant votre propre fonds d'investissement.
00:38C'est quand même assez courageux et aujourd'hui vous dites, j'avais raison.
00:41Oui, bon tout d'abord merci de me recevoir.
00:44En fait c'est vrai que j'ai lancé ce fonds Sisyphus Ventures il y a quelques mois.
00:47Mais en fait ça fait 3-4 ans que ce projet est en préparation.
00:51Donc je travaille dans les grands fonds européens de Venture Capital à Londres et encore avant à Paris.
00:56Et c'est vrai que j'avais commencé à investir en défense vraiment quand la guerre en Ukraine a éclaté,
01:00donc en 2022.
01:01Mais via mes fonds, mais en fait surtout via mon argent effectivement personnel.
01:04Parce que la défense en Europe jusqu'à très récemment c'était tabou en fait.
01:08Donc on ne pouvait pas investir.
01:10Et j'ai eu la chance effectivement d'investir dans des beaux projets comme Armatan qui est devenue récemment la
01:13première licorne française de défense.
01:15Alors ce qui est marrant c'est qu'Armatan il vous contacte sur LinkedIn.
01:18Il vous envoie un message et il vous dit, vous êtes intéressé par la défense, je cherche des fonds, qu
01:23'est-ce que vous pourriez faire pour moi ?
01:24C'est-à-dire qu'à l'époque, je ne sais pas quoi, il y a combien de temps, c
01:26'était quoi, 5 ans ?
01:27Oui en fait il m'y a contacté fin 2023, début 2024.
01:30Et en fait c'est vrai que j'avais déjà du coup investi en défense, donc vraiment 2022.
01:34Et donc je pense que c'était tellement niche en fait d'investir en défense qu'il avait dû me
01:37repérer comme ça sur LinkedIn.
01:38Il fait des drones ?
01:39Il fait des drones.
01:40Il fait vraiment des drones autonomes, donc c'est vraiment la défense moderne.
01:43Et le drone c'est le symptôme le plus visible.
01:45Donc un drone autonome, produit très peu cher, qui va pouvoir faire des frappes, de l'interception et de la
01:50reconnaissance vraiment de manière 100% autonome.
01:53Mais c'est-à-dire que, je finis juste sur la question de la guerre en Ukraine, c'est-à
01:55-dire que c'est déjà, la guerre a commencé, mais il a du mal à se financer.
01:59C'est-à-dire qu'il est quand même obligé d'aller chercher des fonds sur LinkedIn.
02:01C'est-à-dire que c'est pour dire à quel point on en était à l'époque.
02:04C'est-à-dire qu'il n'est pas dans un lever de fonds classique quoi.
02:07Oui, après, en précis, effectivement aussi, il était jeune, donc je pense qu'il n'avait pas encore énormément de
02:12réseaux,
02:13c'est différent parce que maintenant qu'il a levé 200 millions, je pense que c'est plutôt dans l
02:16'autre sens où on vient chercher plutôt que lui qui va chercher.
02:19Mais en fait, sur le point de la guerre en Ukraine, aujourd'hui, on est quand même en 2026.
02:22Évidemment, ça change, mais à la fin, ceux qui investissent principalement quand même en défense européenne, ça reste les fonds
02:28américains.
02:28Évidemment, les fonds européens commencent à s'ouvrir et à devenir plus agressifs sur le sujet, mais ça reste très
02:33récent.
02:34Ce qui fait qu'Armatian, quand ils sont lancés en 2024, on n'était pas encore sur ce changement de
02:38paradigme.
02:39Anthony ?
02:39Alors, question d'abord sur votre parcours, parce que vous l'avez dit rapidement,
02:42mais vous avez lancé votre fonds, mais à partir de quel argent ?
02:45Parce que moi, j'aimerais bien lancer mon fonds aussi.
02:47Je vais lancer un fonds dans la défense.
02:48Ça part d'où, en fait ?
02:50Oui, en fait, c'est vrai que c'était une sorte de croyance personnelle.
02:55En fait, justement, je voyais l'écart grandissant l'année dernière entre le succès de mes investissements,
02:59justement, en défense en Europe.
03:02Mais à titre personnel ?
03:03À titre personnel, effectivement.
03:04Donc, j'avais investi à titre personnel dans des startups en Allemagne, aux Etats-Unis, en Estonie.
03:09Donc, vraiment sur les différents secteurs, en fait, de la défense.
03:12Et je voyais qu'ils commençaient à venir très performants.
03:14Je voyais, justement, que de plus en plus d'entrepreneurs qui avaient bien réussi dans le monde du software classique
03:19commençaient à me contacter parce qu'ils voulaient aller en défense.
03:21Ils me disaient, il y a très peu d'investisseurs qui ont fait la défense.
03:24On aimerait parler avec toi.
03:25Et je voyais un écart avec, je pense, la capacité un peu des fonds européens, justement,
03:29à prendre au sérieux cette catégorie-là.
03:31Alors que je travaillais beaucoup avec les fonds américains qui, eux, déployaient.
03:34Et donc, c'est vrai que j'étais un peu, enfin, je ne sais pas si c'était frustré le
03:36mot,
03:36mais justement, je me disais, il y a une opportunité à faire quelque chose de plus ambitieux,
03:39de plus connecté avec cet entrepreneur de la défense moderne.
03:43Et donc, j'ai démissionné l'année dernière, effectivement.
03:45Je suis partie en Ukraine, vraiment voir à quoi ressemblait le futur, mais du coup, le présent.
03:50La guerre moderne, en fait.
03:51Vous êtes allé voir.
03:52Visiter les usines, rencontrer les entrepreneurs, rencontrer les investisseurs sur le terrain.
03:56Je suis allée beaucoup aux Etats-Unis, où, pareil, eux, ils ont commencé à investir en défense moderne
03:59il y a 4-5 ans maintenant.
04:01Et donc, pareil, pour rencontrer les entrepreneurs, les investisseurs, visiter les usines,
04:05comprendre ce qu'ils avaient réussi à faire, et ramener, en fait, ce savoir, du coup, en Europe.
04:10Et c'est quoi, alors, quand vous dites défense moderne, c'est quoi les secteurs ou les sous-secteurs
04:13les plus porteurs ? On parlait des drones.
04:15Est-ce que c'est la robotique ? Je pensais à ça, parce qu'on a vu la vidéo incroyable
04:19du Nouvel An Chinois,
04:20de la chorégraphie avec des robots humanoïdes, mais complètement dingue,
04:23et on ne peut pas s'empêcher de se demander, mais alors, si on leur met des armes dans les
04:26mains,
04:26qu'est-ce que ça va donner ? Est-ce que c'est ça, la guerre du futur ?
04:29Donc, c'est quoi l'avenir dans ce domaine ?
04:32Oui, c'est vrai que les humanoïdes, je pense que c'est un bon point, mais en fait, concrètement,
04:36ce qui s'est passé avec la guerre en Ukraine, c'est que les systèmes militaires, on va dire,
04:39un peu du XXe siècle, donc très complexes, chers, produits en petites quantités,
04:43les avions type des Rafales sont un peu le symptôme de ça, sont faits remplacer, en fait,
04:48par justement une abondance de systèmes plus intelligents, donc autonomes, produits en masse
04:52et très peu chers.
04:53Donc, le drone, c'est un peu le symptôme visible de ça, mais encore une fois, si on prend
04:57les différents domaines, on a la terre, la mer, le sous-marin, et donc tout ça, on va
05:01avoir le même changement de système, aujourd'hui, peu cher, autonome, produit en masse.
05:06Et de manière générale, vous pouvez prendre tous les différents composants militaires
05:09qu'il y a aujourd'hui, du radar à la radio, et appliquer ce même changement de paradigme,
05:14ce qui fait que c'est là où je vais principalement investir.
05:16Et le deuxième gros composant, c'est qu'on vous dit, on veut produire en masse,
05:18et dans ce cas-là, il faut regarder les usines, comment est-ce qu'on les automatise,
05:21comment est-ce qu'on les robotise ?
05:22Et est-ce que vous vous mettez une limite éthique dans les investissements ?
05:25On parle beaucoup en ce moment de ce qu'on appelle les SALA, donc les systèmes d'armes
05:28léto-autonomes, donc c'est le couplage de systèmes d'armement avec de l'intelligence
05:32artificielle qui pourrait potentiellement leur donner la possibilité de prendre la
05:36décision de tuer des êtres humains, pour être très concret.
05:39Est-ce que ça, c'est des choses dans lesquelles vous investissez, sachant qu'on sait bien
05:42que c'est un secret politique chinelle, que tous les pays investissent dans ce genre
05:45de choses, ou pas du tout ?
05:46En fait, je pense qu'il y a un peu deux choses.
05:48Évidemment, c'est les questions que j'ai avec les entrepreneurs, parce que c'est important
05:50de comprendre leur compas moral, entre guillemets.
05:54Après, c'est une question de, est-ce que les armées, aujourd'hui, achètent ça et
05:56ont envie d'avoir ce type de produit ? Aujourd'hui, en Europe, on a encore beaucoup
06:00de débats sur, justement, comment est-ce qu'on a ces technologies, tout en la contrôlant.
06:05Donc, c'est encore un peu moins le sujet de vraiment la partie pure autonomie, enfin,
06:08la partie vraiment létale.
06:10Mais néanmoins, là où je veux quand même appuyer, c'est que, justement, beaucoup
06:12de fonds, aujourd'hui, disent qu'ils font de la défense, mais pas forcément
06:15de l'offensif, veulent faire que du logiciel, pas du système militaire.
06:18Encore une fois, moi, j'ai créé ce fonds, et mes investisseurs aussi viennent
06:20chez moi pour ça, parce qu'on a une approche, on va dire, plus flexible sur ce que c'est
06:25que la défense, où on est à l'aise d'aller potentiellement sur l'offensif, sur l'autonomie.
06:28Vous assumez, en fait ?
06:29Effectivement, on assume que vous pouvez dire de la défense.
06:31Vous ne cachez pas derrière le mot défensif.
06:32Ce qui attire, du coup, généralement, des excellents entrepreneurs qui sont ravis
06:35d'avoir enfin un fonds qui, concrètement, va être flexible avec eux, et aussi des investisseurs
06:39qui recherchent, en fait, ce type de flexibilité.
06:41Vous avez levé quasiment 20 millions d'euros.
06:43Aujourd'hui, vous avez investi dans combien d'entreprises ?
06:45Donc, pour l'instant, j'ai investi dans deux entreprises, il y en a deux autres qui arrivent.
06:48Le fonds, du coup, je l'ai lancé officiellement à partir de décembre.
06:51Et alors, vous avez une équipe, parce que j'ai l'impression qu'il n'y a que vous,
06:54mais vous avez une équipe structurée, vous êtes combien ?
06:57Dans l'équipe d'investissement, vous parlez à toute l'équipe aujourd'hui.
06:59Ah oui, vous êtes l'équipe d'investissement.
07:01Exactement. Après, évidemment, derrière moi se cachent des avocats et des CFO pour la partie
07:05plus ennemie illégale. Mais à la fin, pour la partie investissement, non, c'est moi qui porte ça.
07:09Et comment vous les détectez, et comment vous choisissez dans quelle entreprise
07:13investir ? Parce que c'est un secteur quand même particulier. On ne parle pas forcément
07:16de KPI ou de retour sur investissement. C'est un peu différent. Sur quelle base
07:20vous vous fondez, en fait ?
07:22Pourquoi est-ce qu'on ne parlerait pas de retour sur investissement dans ce sujet-là ?
07:24Je ne sais pas. Non, c'est un sujet, du coup. Vous réfléchissez aussi en termes de retour
07:27sur investissement sur des systèmes d'armement, par exemple ?
07:30Oui, bien sûr, dans le sens où ça reste quand même un fonds d'investissement.
07:32Évidemment, il y a un sujet géopolitique aujourd'hui très important, mais ça reste quand même
07:35un fonds d'investissement. Aujourd'hui, les entreprises en défense dans le marché public
07:40sont quand même les entreprises les plus valorisées.
07:41Donc évidemment, aussi pour mes investisseurs, ils savent que les succès dans lesquels
07:45j'ai investi, type Armatan, vaudront des dizaines de milliards, feront des centaines
07:50de millions et des milliards de revenus. Donc c'est quand même ça qu'ils recherchent.
07:53Après, d'un point de vue vraiment sur l'équipe, en fait, créer un géant de défense, ça reste
07:57quand même très compliqué. On vend à des gouvernements, c'est lent, c'est compliqué.
08:00On doit vendre à différents pays, ça reste très compliqué. Donc moi, je cherche quand même
08:03des équipes un peu particulières, où on a un CEO très visionnaire qui va réussir à lever
08:07des fonds parce que ça reste capital intensive, mais qui est parti avec lui, avec quelqu'un
08:11qui a déjà vendu des contrats de plusieurs centaines de millions d'euros à différents
08:15pays, qui est parti avec quelqu'un qui sait faire un type de hardware, notamment des
08:18drones, si on fait des drones. Et donc, d'une certaine manière, ils vont pouvoir aller
08:21beaucoup plus vite que des équipes qui se lancent tout en réinventant un peu la roue.
08:24Vous ne faites pas des premiers tours ? Vous prenez des boîtes déjà un peu avancées ?
08:28Si, en fait, si vraiment, moi, c'est vraiment l'inception ou jusqu'aux 12 premiers mois
08:31de la vie d'existence. Mais justement, je cherche des équipes fondatrices qui se sont créées
08:34de manière presque artificielle en se disant, notre ambition, c'est d'aller remplacer
08:38un Thalès, d'aller remplacer un Real Metal. Voici le type d'équipes fondatrices
08:41dont on a besoin et qui sont allées chercher les uns les autres pour pouvoir créer,
08:45enfin, pour pouvoir se donner les moyens de leur ambition.
08:47Merci beaucoup, Louise Boucher, d'être venue ce matin sur le plateau de la matinale
08:50de l'économie.
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