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  • il y a 2 jours
Louise Boucher, fondatrice et associée gérante de Sisyphus Ventures, était l'invitée de Laure Closier dans French Tech, ce vendredi 20 février. Elle s'est intéressée des financements européens en matière d'armement et de défense, ainsi que l'établissement d'un fonds d'investissement relatifs à ces sujets, dans Good Morning Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Notre invité ce matin c'est Louise Boucher, bonjour, vous êtes fondatrice et associée gérante de Sisyphus Ventures.
00:07Sisyphus, ça vient du mythe de Sisyphus, c'est très très très très dur à dire pour moi.
00:13Deux F, deux S, j'y arriverai pas.
00:15C'est pas simple.
00:15C'est la pierre qui roule, c'est-à-dire que ça n'avance pas et qu'on a besoin
00:19de changer les choses pour changer de direction.
00:22Vous travaillez, vous spécifiquement, sur les questions de défense.
00:25Votre histoire est marrante si je puis dire, c'est-à-dire que nous ça nous intéresse sur BFM Business.
00:30C'est que vous trouviez que les fonds européens n'allaient pas assez vite sur les questions d'armement et
00:33de défense.
00:34Du coup, vous vous êtes lancée toute seule en créant votre propre fonds d'investissement.
00:38C'est quand même assez courageux et aujourd'hui vous dites, j'avais raison.
00:41Oui, bon tout d'abord merci de me recevoir.
00:44En fait c'est vrai que j'ai lancé ce fonds Sisyphus Ventures il y a quelques mois.
00:47Mais en fait ça fait 3-4 ans que ce projet est en préparation.
00:51Donc je travaille dans les grands fonds européens de Venture Capital à Londres et encore avant à Paris.
00:56Et c'est vrai que j'avais commencé à investir en défense vraiment quand la guerre en Ukraine a éclaté,
01:00donc en 2022.
01:01Mais via mes fonds, mais en fait surtout via mon argent effectivement personnel.
01:04Parce que la défense en Europe jusqu'à très récemment c'était tabou en fait.
01:08Donc on ne pouvait pas investir.
01:10Et j'ai eu la chance effectivement d'investir dans des beaux projets comme Armatan qui est devenue récemment la
01:13première licorne française de défense.
01:15Alors ce qui est marrant c'est qu'Armatan il vous contacte sur LinkedIn.
01:18Il vous envoie un message et il vous dit, vous êtes intéressé par la défense, je cherche des fonds, qu
01:23'est-ce que vous pourriez faire pour moi ?
01:24C'est-à-dire qu'à l'époque, je ne sais pas quoi, il y a combien de temps, c
01:26'était quoi, 5 ans ?
01:27Oui en fait il m'y a contacté fin 2023, début 2024.
01:30Et en fait c'est vrai que j'avais déjà du coup investi en défense, donc vraiment 2022.
01:34Et donc je pense que c'était tellement niche en fait d'investir en défense qu'il avait dû me
01:37repérer comme ça sur LinkedIn.
01:38Il fait des drones ?
01:39Il fait des drones.
01:40Il fait vraiment des drones autonomes, donc c'est vraiment la défense moderne.
01:43Et le drone c'est le symptôme le plus visible.
01:45Donc un drone autonome, produit très peu cher, qui va pouvoir faire des frappes, de l'interception et de la
01:50reconnaissance vraiment de manière 100% autonome.
01:53Mais c'est-à-dire que, je finis juste sur la question de la guerre en Ukraine, c'est-à
01:55-dire que c'est déjà, la guerre a commencé, mais il a du mal à se financer.
01:59C'est-à-dire qu'il est quand même obligé d'aller chercher des fonds sur LinkedIn.
02:01C'est-à-dire que c'est pour dire à quel point on en était à l'époque.
02:04C'est-à-dire qu'il n'est pas dans un lever de fonds classique quoi.
02:07Oui, après, en précis, effectivement aussi, il était jeune, donc je pense qu'il n'avait pas encore énormément de
02:12réseaux,
02:13c'est différent parce que maintenant qu'il a levé 200 millions, je pense que c'est plutôt dans l
02:16'autre sens où on vient chercher plutôt que lui qui va chercher.
02:19Mais en fait, sur le point de la guerre en Ukraine, aujourd'hui, on est quand même en 2026.
02:22Évidemment, ça change, mais à la fin, ceux qui investissent principalement quand même en défense européenne, ça reste les fonds
02:28américains.
02:28Évidemment, les fonds européens commencent à s'ouvrir et à devenir plus agressifs sur le sujet, mais ça reste très
02:33récent.
02:34Ce qui fait qu'Armatian, quand ils sont lancés en 2024, on n'était pas encore sur ce changement de
02:38paradigme.
02:39Anthony ?
02:39Alors, question d'abord sur votre parcours, parce que vous l'avez dit rapidement,
02:42mais vous avez lancé votre fonds, mais à partir de quel argent ?
02:45Parce que moi, j'aimerais bien lancer mon fonds aussi.
02:47Je vais lancer un fonds dans la défense.
02:48Ça part d'où, en fait ?
02:50Oui, en fait, c'est vrai que c'était une sorte de croyance personnelle.
02:55En fait, justement, je voyais l'écart grandissant l'année dernière entre le succès de mes investissements,
02:59justement, en défense en Europe.
03:02Mais à titre personnel ?
03:03À titre personnel, effectivement.
03:04Donc, j'avais investi à titre personnel dans des startups en Allemagne, aux Etats-Unis, en Estonie.
03:09Donc, vraiment sur les différents secteurs, en fait, de la défense.
03:12Et je voyais qu'ils commençaient à venir très performants.
03:14Je voyais, justement, que de plus en plus d'entrepreneurs qui avaient bien réussi dans le monde du software classique
03:19commençaient à me contacter parce qu'ils voulaient aller en défense.
03:21Ils me disaient, il y a très peu d'investisseurs qui ont fait la défense.
03:24On aimerait parler avec toi.
03:25Et je voyais un écart avec, je pense, la capacité un peu des fonds européens, justement,
03:29à prendre au sérieux cette catégorie-là.
03:31Alors que je travaillais beaucoup avec les fonds américains qui, eux, déployaient.
03:34Et donc, c'est vrai que j'étais un peu, enfin, je ne sais pas si c'était frustré le
03:36mot,
03:36mais justement, je me disais, il y a une opportunité à faire quelque chose de plus ambitieux,
03:39de plus connecté avec cet entrepreneur de la défense moderne.
03:43Et donc, j'ai démissionné l'année dernière, effectivement.
03:45Je suis partie en Ukraine, vraiment voir à quoi ressemblait le futur, mais du coup, le présent.
03:50La guerre moderne, en fait.
03:51Vous êtes allé voir.
03:52Visiter les usines, rencontrer les entrepreneurs, rencontrer les investisseurs sur le terrain.
03:56Je suis allée beaucoup aux Etats-Unis, où, pareil, eux, ils ont commencé à investir en défense moderne
03:59il y a 4-5 ans maintenant.
04:01Et donc, pareil, pour rencontrer les entrepreneurs, les investisseurs, visiter les usines,
04:05comprendre ce qu'ils avaient réussi à faire, et ramener, en fait, ce savoir, du coup, en Europe.
04:10Et c'est quoi, alors, quand vous dites défense moderne, c'est quoi les secteurs ou les sous-secteurs
04:13les plus porteurs ? On parlait des drones.
04:15Est-ce que c'est la robotique ? Je pensais à ça, parce qu'on a vu la vidéo incroyable
04:19du Nouvel An Chinois,
04:20de la chorégraphie avec des robots humanoïdes, mais complètement dingue,
04:23et on ne peut pas s'empêcher de se demander, mais alors, si on leur met des armes dans les
04:26mains,
04:26qu'est-ce que ça va donner ? Est-ce que c'est ça, la guerre du futur ?
04:29Donc, c'est quoi l'avenir dans ce domaine ?
04:32Oui, c'est vrai que les humanoïdes, je pense que c'est un bon point, mais en fait, concrètement,
04:36ce qui s'est passé avec la guerre en Ukraine, c'est que les systèmes militaires, on va dire,
04:39un peu du XXe siècle, donc très complexes, chers, produits en petites quantités,
04:43les avions type des Rafales sont un peu le symptôme de ça, sont faits remplacer, en fait,
04:48par justement une abondance de systèmes plus intelligents, donc autonomes, produits en masse
04:52et très peu chers.
04:53Donc, le drone, c'est un peu le symptôme visible de ça, mais encore une fois, si on prend
04:57les différents domaines, on a la terre, la mer, le sous-marin, et donc tout ça, on va
05:01avoir le même changement de système, aujourd'hui, peu cher, autonome, produit en masse.
05:06Et de manière générale, vous pouvez prendre tous les différents composants militaires
05:09qu'il y a aujourd'hui, du radar à la radio, et appliquer ce même changement de paradigme,
05:14ce qui fait que c'est là où je vais principalement investir.
05:16Et le deuxième gros composant, c'est qu'on vous dit, on veut produire en masse,
05:18et dans ce cas-là, il faut regarder les usines, comment est-ce qu'on les automatise,
05:21comment est-ce qu'on les robotise ?
05:22Et est-ce que vous vous mettez une limite éthique dans les investissements ?
05:25On parle beaucoup en ce moment de ce qu'on appelle les SALA, donc les systèmes d'armes
05:28léto-autonomes, donc c'est le couplage de systèmes d'armement avec de l'intelligence
05:32artificielle qui pourrait potentiellement leur donner la possibilité de prendre la
05:36décision de tuer des êtres humains, pour être très concret.
05:39Est-ce que ça, c'est des choses dans lesquelles vous investissez, sachant qu'on sait bien
05:42que c'est un secret politique chinelle, que tous les pays investissent dans ce genre
05:45de choses, ou pas du tout ?
05:46En fait, je pense qu'il y a un peu deux choses.
05:48Évidemment, c'est les questions que j'ai avec les entrepreneurs, parce que c'est important
05:50de comprendre leur compas moral, entre guillemets.
05:54Après, c'est une question de, est-ce que les armées, aujourd'hui, achètent ça et
05:56ont envie d'avoir ce type de produit ? Aujourd'hui, en Europe, on a encore beaucoup
06:00de débats sur, justement, comment est-ce qu'on a ces technologies, tout en la contrôlant.
06:05Donc, c'est encore un peu moins le sujet de vraiment la partie pure autonomie, enfin,
06:08la partie vraiment létale.
06:10Mais néanmoins, là où je veux quand même appuyer, c'est que, justement, beaucoup
06:12de fonds, aujourd'hui, disent qu'ils font de la défense, mais pas forcément
06:15de l'offensif, veulent faire que du logiciel, pas du système militaire.
06:18Encore une fois, moi, j'ai créé ce fonds, et mes investisseurs aussi viennent
06:20chez moi pour ça, parce qu'on a une approche, on va dire, plus flexible sur ce que c'est
06:25que la défense, où on est à l'aise d'aller potentiellement sur l'offensif, sur l'autonomie.
06:28Vous assumez, en fait ?
06:29Effectivement, on assume que vous pouvez dire de la défense.
06:31Vous ne cachez pas derrière le mot défensif.
06:32Ce qui attire, du coup, généralement, des excellents entrepreneurs qui sont ravis
06:35d'avoir enfin un fonds qui, concrètement, va être flexible avec eux, et aussi des investisseurs
06:39qui recherchent, en fait, ce type de flexibilité.
06:41Vous avez levé quasiment 20 millions d'euros.
06:43Aujourd'hui, vous avez investi dans combien d'entreprises ?
06:45Donc, pour l'instant, j'ai investi dans deux entreprises, il y en a deux autres qui arrivent.
06:48Le fonds, du coup, je l'ai lancé officiellement à partir de décembre.
06:51Et alors, vous avez une équipe, parce que j'ai l'impression qu'il n'y a que vous,
06:54mais vous avez une équipe structurée, vous êtes combien ?
06:57Dans l'équipe d'investissement, vous parlez à toute l'équipe aujourd'hui.
06:59Ah oui, vous êtes l'équipe d'investissement.
07:01Exactement. Après, évidemment, derrière moi se cachent des avocats et des CFO pour la partie
07:05plus ennemie illégale. Mais à la fin, pour la partie investissement, non, c'est moi qui porte ça.
07:09Et comment vous les détectez, et comment vous choisissez dans quelle entreprise
07:13investir ? Parce que c'est un secteur quand même particulier. On ne parle pas forcément
07:16de KPI ou de retour sur investissement. C'est un peu différent. Sur quelle base
07:20vous vous fondez, en fait ?
07:22Pourquoi est-ce qu'on ne parlerait pas de retour sur investissement dans ce sujet-là ?
07:24Je ne sais pas. Non, c'est un sujet, du coup. Vous réfléchissez aussi en termes de retour
07:27sur investissement sur des systèmes d'armement, par exemple ?
07:30Oui, bien sûr, dans le sens où ça reste quand même un fonds d'investissement.
07:32Évidemment, il y a un sujet géopolitique aujourd'hui très important, mais ça reste quand même
07:35un fonds d'investissement. Aujourd'hui, les entreprises en défense dans le marché public
07:40sont quand même les entreprises les plus valorisées.
07:41Donc évidemment, aussi pour mes investisseurs, ils savent que les succès dans lesquels
07:45j'ai investi, type Armatan, vaudront des dizaines de milliards, feront des centaines
07:50de millions et des milliards de revenus. Donc c'est quand même ça qu'ils recherchent.
07:53Après, d'un point de vue vraiment sur l'équipe, en fait, créer un géant de défense, ça reste
07:57quand même très compliqué. On vend à des gouvernements, c'est lent, c'est compliqué.
08:00On doit vendre à différents pays, ça reste très compliqué. Donc moi, je cherche quand même
08:03des équipes un peu particulières, où on a un CEO très visionnaire qui va réussir à lever
08:07des fonds parce que ça reste capital intensive, mais qui est parti avec lui, avec quelqu'un
08:11qui a déjà vendu des contrats de plusieurs centaines de millions d'euros à différents
08:15pays, qui est parti avec quelqu'un qui sait faire un type de hardware, notamment des
08:18drones, si on fait des drones. Et donc, d'une certaine manière, ils vont pouvoir aller
08:21beaucoup plus vite que des équipes qui se lancent tout en réinventant un peu la roue.
08:24Vous ne faites pas des premiers tours ? Vous prenez des boîtes déjà un peu avancées ?
08:28Si, en fait, si vraiment, moi, c'est vraiment l'inception ou jusqu'aux 12 premiers mois
08:31de la vie d'existence. Mais justement, je cherche des équipes fondatrices qui se sont créées
08:34de manière presque artificielle en se disant, notre ambition, c'est d'aller remplacer
08:38un Thalès, d'aller remplacer un Real Metal. Voici le type d'équipes fondatrices
08:41dont on a besoin et qui sont allées chercher les uns les autres pour pouvoir créer,
08:45enfin, pour pouvoir se donner les moyens de leur ambition.
08:47Merci beaucoup, Louise Boucher, d'être venue ce matin sur le plateau de la matinale
08:50de l'économie.
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