00:00L'invité de la French Tech ce matin c'est Pierre-Yves Lebovici, bonjour, vous êtes le cofondateur et associé
00:04gérant de Daphné.
00:05Votre obsession, comment financer l'innovation, qu'elle soit issue de la part d'entrepreneurs de la diversité ou des
00:11labos de recherche ?
00:12Vous êtes là ce matin pour deux actualités autour de deux levées de fonds différentes.
00:16Alors je commence avec le dossier diversité, comme ça je garde Anthony Morel en haleine, puisque lui c'est les
00:20labos de recherche qui le passionnent.
00:23Vous avez près d'un milliard d'euros d'actifs sous gestion sans participation
00:26et vous annoncez un premier closing de 50 millions d'euros pour le nouveau fonds Time4.
00:31Il est lancé avec les déterminés qu'on connaît bien ici sur BFM Business, mais aussi avec Life for Good
00:35et avec HEC Paris.
00:36Vous considérez qu'aujourd'hui les entrepreneurs de la diversité sont toujours sous-financés ?
00:41Alors on le considère et les chiffres le montrent, puisque aujourd'hui 1% simplement de l'argent issu et
00:48géré par les fonds
00:49est fléché vers les entrepreneurs issus de la diversité.
00:51Là où 15% des subventions et des aides diverses et variées qui existent sur le marché français
00:58sont fléchées vers des entrepreneurs issus de la diversité et de la ruralité.
01:03Le fonds Time4 a vocation à accompagner des entrepreneurs qui de manière générale n'ont pas accès aux capitaux.
01:10C'est-à-dire qu'ils arrivent à incuber, accélérer, initier leurs projets, mais ils font face à un plafond
01:15de verre très rapidement
01:18pour développer leurs projets à plus grande échelle et accéder à de l'equity, ce qu'ils n'ont pas.
01:23Donc on est là pour essayer de combler ce vide, cette absence totale sur le marché français.
01:29Or, quand on regarde des modèles à l'étranger, on voit que c'est une population qui a plein de
01:35talents,
01:35qui a énormément d'ambition, un potentiel qui est inexploité, on est là pour exploiter ce potentiel.
01:41Mais du coup, vous regardez, quand vous analysez justement ces dossiers,
01:45vous regardez le code postal, l'origine, ou vous regardez le business plan ?
01:48Parce que votre vocation, c'est quand même de générer du cash pour les investisseurs.
01:52Or là, on parle d'un critère qui est un critère purement social, qui n'est pas un critère de
01:55performance.
01:55Donc comment ça impacte vos décisions d'investissement ?
01:58En fait, on a des biais.
02:00Donc on parle d'un code postal en pensant que finalement, le potentiel n'est pas le même
02:04qu'un projet qui serait correct pour code postal 75-002.
02:10Et or, pourquoi on parle de code postal ?
02:14C'est qu'en France, on ne peut pas parler d'origine sociale,
02:19on ne peut pas parler de profil des entrepreneurs.
02:25Donc on est obligé de se limiter à la géographie qui est QPV, ZDRR.
02:29Donc les zones prioritaires, les quartiers prioritaires à la ville et les zones rurales.
02:36La question que vous posez, c'est quel est le profil finalement qu'on adresse ?
02:40Aujourd'hui, ce sont des entrepreneurs qui n'ont pas les codes.
02:42Ce sont des entrepreneurs qui viennent d'origine sociale,
02:44qui ne leur permettent pas d'accéder au bon réseau,
02:47qui ne leur permettent pas d'accéder au fond,
02:48qui n'ont pas obligatoirement la culture pour savoir que des acteurs comme nous existent
02:53et qui donc, pour seul réflexe, vont se tourner, et c'est une excellente chose,
02:58vers un maillage territorial d'associations, d'initiatives qui existent,
03:02dont celles que vous avez citées, qui sont partenaires du fond.
03:04Et qui remontent les dossiers en fait.
03:05Le for good, HEC, les déterminés.
03:08Mais il y en a plein d'autres sur le territoire qui nous remontent les dossiers
03:11parce que historiquement, ce sont des associations d'ailleurs qui existent depuis une dizaine d'années,
03:16elles les accompagnent pour les acculturer et leur donner les moyens de passer cette première étape.
03:21Nous, on intervient pour les aider à passer cette deuxième étape
03:26et casser un peu les biais cognitifs qu'on peut avoir et se dire
03:29finalement, ce sont des entrepreneurs comme les autres.
03:32Ils ont même encore plus d'ambition, ils sont plus frugaux
03:35que la grande moyenne des entrepreneurs que l'on rencontre.
03:38Et on va les aider à devenir rôle modèle
03:40et à dupliquer ce qu'on a connu historiquement il y a 25 ans
03:44quand la French Tech s'est montée.
03:46C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on connaît déjà qu'Antoine Grandjon,
03:48des Marc Simoncini, mon associé, des Xavier Niel, des Jean-Baptiste Rudel.
03:53C'est notre enjeu et on aura réussi Time4 le jour où on aura 4, 5 entrepreneurs
04:00issus de la diversité qui seront aussi connus que les noms que je viens de citer
04:05et qui auront développé des projets avec le même succès.
04:09Là, vous arrivez en deuxième partie de développement des entreprises.
04:12sur le fonds Blue, là où vous avez ajouté 60 millions d'euros,
04:16ça fait un closing final de 260 millions au total.
04:19Là, vous allez dans les laboratoires scientifiques chercher les dossiers au tout début.
04:24Exactement.
04:26Pourquoi on a ces deux produits en ce moment ?
04:30Notre raison d'être, c'est d'utiliser de nouvelles technologies
04:33pour avoir un impact sociétal et environnemental.
04:38Et aujourd'hui, comment on peut avoir cet impact sociétal ?
04:40On l'a vu avec Time4.
04:42Au niveau environnemental et plus largement économique,
04:47on a une sous-exploitation de toute la science qui est développée dans nos laboratoires.
04:52Premier constat.
04:53Le deuxième constat, c'est que finalement,
04:55beaucoup de choses se commoditisent dans notre écosystème.
04:57Quand on parle plus de digital, aujourd'hui, le digital, il est de partout.
05:01Il va se passer exactement la même chose que l'IA.
05:03L'IA est de partout, donc ce n'est pas une innovation de rupture
05:06que de dire « je développe une start-up dans le domaine de l'IA ».
05:09Or, notre objectif, c'est de soutenir des projets qui, dans dix ans,
05:16conserveront un avantage compétitif, créeront un actif durable.
05:19Et aujourd'hui, notre conviction, c'est que pour avoir ces actifs pérennes durablement,
05:24il faut ajouter une couche autour des sciences.
05:28Et les sciences, c'est de la biologie, c'est de la chimie, c'est de la physique,
05:31c'est des mathématiques, c'est des sciences du vivant.
05:32C'est pour ça qu'on a lancé notre troisième fonds principal.
05:37Avec des chercheurs, donc ce n'est pas forcément la culture d'aller créer une entreprise.
05:40Et là, pour le coup, il y a peut-être justement une transformation en France.
05:44Aujourd'hui, on commence à en voir.
05:46Oui, c'est ça, on commence à en voir, c'est vrai.
05:47Vous avez par exemple investi dans l'entreprise de l'ancien maître de thèse d'Arthur Mensch,
05:52le fondateur d'OpenIA.
05:53Alors lui aussi, peut-être en voyant son élève finalement réussir,
05:56il s'est dit « je vais lancer ma boîte ».
05:57Exactement, Bertrand Thirian, donc de l'INRIA, qui a été le maître de thèse d'Arthur Mensch,
06:02et qui monte Caravella avec deux ex-anciens étudiants,
06:08avec la volonté de comprendre le système, le fonctionnement du cerveau,
06:13à partir de données issues de DRM,
06:17et d'essayer de développer à très long terme une nouvelle IA qui fonctionnerait un peu comme le cerveau.
06:23Et puis à plus court terme, des thérapies pour l'Alzheimer, Parkinson,
06:33toutes les maladies liées au cerveau.
06:35Et pour rebondir sur ce que vous disiez,
06:37il y a effectivement un changement de paradigme au sein des labos.
06:40On a une génération de chercheurs qui s'inspirent de leurs amis entrepreneurs
06:47qui étaient plutôt dans les écoles de commerce,
06:48en se disant « finalement, je développe des projets autour de sciences fondamentales,
06:54comment les faire passer du stade fondamental au stade applicatif,
06:58et donc monter un projet dans ce domaine ? »
07:00Merci beaucoup Pierre-Éric.
07:01Les Bouvici d'être venus ce matin pour nous parler de Daphné.
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