00:00On va parler quantique ce matin avec notre invité Olivier Tonneau.
00:02Bonjour, vous êtes fondateur et associé de Cantonation.
00:07C'est un fonds de capital et risque spécialisé dans le quantique.
00:11Est-ce qu'aujourd'hui, il y a suffisamment d'entreprises dans le quantique
00:14pour avoir justement un fonds spécialisé sur ce segment ?
00:18Depuis qu'on a été créé, en 2018, on a eu comme premier investisseur Charles Bec Bédé.
00:22J'ai créé ce fonds avec mon associé Christophe Jorzac, qui est docteur en physique quantique.
00:27En 8 ans, on a vu plus de 1000 sociétés.
00:29Et on a fait 35 investissements.
00:31Dans le monde.
00:32Alors, dans le monde, effectivement.
00:33C'est un secteur qui est quand même suffisamment restreint pour qu'il faut qu'on soit partout dans le
00:39monde.
00:40Mais ça fait quand même 1000 sociétés.
00:41Et dans tous les thèmes, c'est-à-dire communication quantique, informatique quantique,
00:46du software, du hardware, des technologies habilitantes, des capteurs.
00:49Donc, ça fait une profondeur de marché qui est assez importante.
00:52Et on a investi dans 35 sociétés.
00:54Donc, on a un taux de sélectivité qui est similaire à ce qu'on peut trouver dans les autres fonds.
00:57220 millions d'euros, le fonds.
00:59220 millions d'euros.
01:00Donc, notre objectif était 200.
01:01Donc, on a un petit peu dépassé cet objectif.
01:03Et ça, ça va nous permettre d'accompagner 25 nouvelles sociétés.
01:06On avait déjà 25 avec notre premier fonds.
01:08Et là, 25 nouvelles.
01:10Alors, vous qui avez le nez sur ce secteur.
01:13C'est quoi les innovations les plus prometteuses aujourd'hui quand on parle de quantique ?
01:18Parce que le gros problème du quantique, c'est qu'on en parle beaucoup depuis des années.
01:21Mais on n'a pas encore de réalisation concrète dans le sens où on n'a pas encore un médicament
01:25qui a été conçu grâce au quantique ou ce genre de choses.
01:27Qu'est-ce qui arrive là ?
01:29Alors, ça vient.
01:30On a des sociétés.
01:31Par exemple, je peux citer une société qui s'appelle Pionic.
01:35qui développe des batteries à base de matériaux quantiques.
01:37Et la première batterie à base de matériaux quantiques sera commercialisée l'année prochaine.
01:41Ça veut dire quoi, des matériaux quantiques ?
01:42Ça veut dire qu'on exploite des effets quantiques pour avoir un meilleur rendement,
01:49pour avoir une humeur cyclabilité.
01:50C'est des batteries qui seront solides, qui ont plein d'avantages,
01:54qui permettent de ne pas dépendre du lithium.
01:56Et ça, c'est qu'on exploite les effets quantiques de ces matériaux
01:59qui sont simulés eux-mêmes sur des ordinateurs quantiques.
02:01Et ça, c'est concret.
02:02Ça vient l'année prochaine.
02:03On parle aussi de...
02:06On parlait, alors, c'est pas directement du quantique,
02:09mais par exemple, d'innovation frugale.
02:11Juste avant, une société comme Multiverse, par exemple,
02:14va utiliser des méthodes inspirées du quantique
02:16pour compresser des modèles d'IA.
02:18Aujourd'hui, ils arrivent à compresser des gros modèles de langage,
02:20comme Lama, avec des taux importants
02:22qui font qu'on consomme 50% moins d'énergie.
02:24Et ça, c'est aujourd'hui, ça marche déjà.
02:26C'est dans les boîtes achetées par les entreprises utilisées...
02:29On est quand même dans une phase encore,
02:31où on peut dire qu'on est dans une phase de prototype,
02:33où on fait des tests, on essaye.
02:35Et la phase industrielle,
02:36qui, avec plusieurs centaines de machines,
02:38ça viendra d'ici 3 à 5 ans.
02:39Aujourd'hui, il y a à peu près une centaine d'ordinateurs
02:41qui sont déployés dans le monde, dans des data centers.
02:43Mais ils fonctionnent réellement, parce que ce qu'on dit
02:45à chaque fois qu'on parle de quantique,
02:47c'est qu'il y a un gros souci avec le quantique,
02:49c'est le problème de la décohérence,
02:51c'est-à-dire le fait que les qubits,
02:54les productions des ordinateurs quantiques
02:55sont extrêmement instables,
02:56et que donc, on n'arrive pas à faire des choses
02:59très concrètes et industrialisables
03:01à partir de l'informatique quantique.
03:02On a réussi à résoudre ce problème-là,
03:05pour qu'on ait des...
03:06Ce n'est pas ce que fait Alice et Bob, ça,
03:08justement, de lisser...
03:09Alors, il y a plein d'entreprises qui essayent,
03:10mais ça reste, encore une fois,
03:11ça reste l'épine dans le pied du quantique aujourd'hui.
03:13Alors, les qubits, effectivement,
03:15ce n'est pas facile de maintenir un qubit
03:17dans son état quantique.
03:17Ceci étant, regardez la machine de Candela
03:20qui a été implantée dans un data center chez OVH,
03:23elle a des taux de disponibilité
03:24qui sont supérieurs à 95%.
03:26Les machines Pascal,
03:27qui sont installées dans les data centers
03:29au CEA ou à ULICH en Allemagne,
03:31ils ont aussi des taux de disponibilité.
03:32Les machines marchent sur plusieurs semaines d'affilée.
03:34Donc, on a dépassé ce problème-là ?
03:36On a dépassé ce problème-là.
03:37Alors, ça ne veut pas dire
03:37qu'elles sont à l'échelle pour être utiles
03:40et qu'on peut les utiliser
03:41dans des process quotidiens d'entreprise,
03:43mais en tout cas,
03:44on peut déjà les utiliser,
03:45on peut les tester,
03:46elles fonctionnent,
03:46elles sont de plus en plus grosses
03:48et de plus en plus fiables.
03:49Alors, il y a à votre place,
03:50on avait le patron de cartes bancaires,
03:52CB, le petit badge sur les cartes,
03:54et lui, il nous a dit
03:54le quantique, c'est fini,
03:56c'est complètement hasbine,
03:57tout le monde peut hacker le quantique,
03:58maintenant, on est passé au poste quantique.
04:00Alors, nous qui sommes,
04:01bon, pas Anthony, mais moi,
04:02de quoi parle-t-il ?
04:03Alors, le poste quantique,
04:04c'est une façon,
04:06en fait, le quantique pourra hacker
04:08les encryptions qu'on utilise aujourd'hui.
04:10Les encryptions, aujourd'hui,
04:11elles sont fondées
04:12sur un problème mathématique
04:13qui est la factorisation
04:14de nombres premiers,
04:15et ça, c'est un problème
04:16qui est accessible
04:17pour un ordinateur quantique.
04:18C'est-à-dire que c'est trop facile ?
04:19Ça veut dire, trop facile.
04:20Dans 5 à 7 ans,
04:21quand on aura une machine
04:23suffisamment puissante,
04:24elle pourra casser ce problème
04:25en quelques minutes,
04:26là où aujourd'hui,
04:27ça prend des milliards d'années.
04:29Et donc, le poste quantique,
04:30c'est trouver des problèmes mathématiques
04:31qui vont permettre,
04:33qui seront difficiles
04:34à résoudre
04:35pour un ordinateur quantique,
04:35et donc, c'est ça
04:36qui nous protégera.
04:37Et c'est déjà le cas, aujourd'hui ?
04:38Et ça, c'est déjà,
04:39alors, l'organisme
04:40de standardisation américain
04:41a déjà publié
04:42des nouveaux standards
04:42qui sont en train
04:43d'être déployés.
04:44L'ANSI,
04:45donc, qui est l'organisme
04:46de régulation
04:46de la sécurité informatique,
04:47a commencé à donner
04:49des calendriers
04:49de déploiement en France,
04:51notamment sur les infrastructures critiques.
04:52Donc, oui, on y arrive,
04:53ça devient très compliqué.
04:53Et c'est aussi un problème,
04:54alors, je l'ai cru comprendre,
04:56en tout cas, pour le Bitcoin,
04:57parce que le Bitcoin,
04:57c'est pareil,
04:58c'est un protocole
04:58qui est aujourd'hui
05:00unhackable,
05:01mais qui, avec le quantique,
05:03pourrait, en fait,
05:04on pourrait être hacké
05:06d'une certaine manière.
05:07Est-ce qu'on a des solutions,
05:09justement, pour ça ?
05:09Alors, ça,
05:10ça fait partie des choses.
05:11Nous, on a deux sociétés
05:12dans le portefeuille
05:13qui travaillent sur ces sujets-là.
05:14Une société française
05:15qui s'appelle Cryptonex
05:16qui a travaillé
05:16avec la fondation Ethereum
05:17pour sécuriser
05:18la blockchain Ethereum.
05:20Et on a une autre société
05:21basée à New York
05:22qui s'appelle Project Eleven,
05:23dont l'objectif est
05:24de sécuriser
05:25les crypto-actifs
05:27dans les portefeuilles
05:28des porteurs de crypto-actifs.
05:29Et comment vous regardez,
05:30justement, votre portefeuille ?
05:31Vous vous dites
05:32qu'il me faut un quantique
05:33dans la santé,
05:34un quantique dans le Bitcoin,
05:35un quantique dans les matériaux.
05:36Vous faites des sous-secteurs
05:37comme ça ?
05:38On essaye d'avoir un équilibre
05:39entre informatique quantique,
05:40communication.
05:41On va aussi vers
05:41l'Internet quantique.
05:42Aujourd'hui,
05:43on utilise beaucoup
05:43les machines indépendamment.
05:45Demain, on va être capable
05:46de les faire communiquer
05:47entre elles.
05:47Donc, on a des sociétés
05:48qui vont s'occuper de ça.
05:49Il y a WeLink en France
05:53donc on essaye de trouver
05:54un équilibre entre informatique,
05:56communication, capteur
05:57et puis dans l'informatique,
05:59du hardware, du software,
06:00des technologies habilitantes
06:01de façon à avoir
06:03une vision globale
06:04et un investissement global
06:04sur le secteur.
06:05Est-ce qu'on va encore
06:06avoir besoin du quantique
06:07dans un monde
06:08où il y a une accélération
06:09incroyable sur les processeurs,
06:12les GPU,
06:12l'intelligence artificielle,
06:14les supercalculateurs
06:15en mode classique, j'entends ?
06:17Il y a eu une accélération
06:17ces dernières années
06:18et donc on se demande
06:20si finalement la valeur ajoutée
06:21du quantique
06:22a toujours du sens
06:23en tout cas c'est l'un des arguments
06:24des anti-quantiques
06:25si on peut dire.
06:27Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
06:28Je pense que le meilleur argument
06:29et la meilleure défense
06:29c'est de regarder
06:30ce qu'a fait Nvidia
06:31qui est quand même le champion
06:32de l'accélération du calcul
06:34sur les plus classiques.
06:35Nvidia a passé des partenariats
06:36avec une vingtaine de sociétés
06:37d'informatique quantique
06:38dans le monde
06:38dont une grande partie
06:40dans lesquelles on investit
06:41et Nvidia travaille aussi
06:42sur la couche
06:43de répartition des calculs.
06:45Les ordinateurs quantiques
06:45ne vont pas remplacer
06:46les ordinateurs classiques
06:47mais ils vont travailler
06:48avec en conjonction
06:49et donc quand on a
06:50un calcul complexe à réaliser
06:53et envoyer les morceaux de calcul
06:55sur le mode de calcul
06:56qui est le plus adapté.
06:57Un petit bout sur le quantique
06:58un petit bout sur le classique
06:59et donc ce que fait Nvidia
07:00c'est qu'on devient partenaire
07:02avec les entreprises
07:03d'informatique quantique
07:05et on est capable
07:05de développer la couche
07:06de logiciel
07:07qui fait ce qu'on appelle
07:08l'orchestration
07:08c'est-à-dire diviser ce calcul
07:09et l'envoyer au bon endroit.
07:10Et c'est pas l'un contre l'autre
07:11en fait c'est une complémentarité
07:13des deux.
07:13Et c'est aussi complémentaire
07:15avec l'IA par ailleurs.
07:16Mais est-ce qu'un jour
07:16tout le monde aura
07:17un ordinateur quantique
07:18et ça sera devenu
07:19la techno de base
07:20ou pas du tout
07:21c'est pas à ça que ça sert ?
07:22Enfin en tout cas
07:23pour ce qu'on voit aujourd'hui
07:24les premières applications
07:25c'est vraiment des applications
07:27qui requièrent du calcul intense
07:29et donc c'est plutôt
07:29une application
07:30dans des data centers.
07:31Après est-ce que
07:32dans 20 ans, 30 ans
07:33on aura un laptop quantique ?
07:35On disait ça avant
07:35des téléphones et des ordinateurs.
07:37Et des PC
07:37on disait au début
07:38ça servira jamais
07:39les gens n'auront jamais
07:40un ordinateur chez eux
07:41de toute façon ça sert à rien.
07:41Non il ne faut pas dire jamais
07:42mais en tout cas pour l'instant
07:43les applications sont dans
07:44les data centers.
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