00:00Tout pour investir, le placement à suivre.
00:05Benoît Fernandez-Riou, notre spécialiste maison des taux et d'échanges.
00:10Bonjour, merci d'être avec nous ce matin.
00:12Un petit coup d'œil sur ce qui se passe sur le marché d'échanges quand même ces dernières semaines.
00:16On a l'impression d'avoir les yeux fixés sur une sorte de chaudron bouillonnant
00:22qui s'appelle situation budgétaire au Japon et on est un petit peu dans l'expectative.
00:26Du coup, on a l'œil toujours sur les positions entre dollars et yens.
00:33Je dirais que c'est un jeu auquel on se prêtait les années précédentes de temps en temps à la faveur de chiffres, etc.
00:41On regardait ça évoluer en se disant à quel niveau la Banque du Japon va intervenir.
00:46Là, on a l'impression, on a même des rumeurs de marché comme quoi Fed et Banque du Japon sont en train de se téléphoner
00:52pour savoir à quel niveau il faut intervenir pour que le dollarien reste à un niveau acceptable.
00:58Et du coup, on a l'impression, ça fait des semaines et des semaines et des mois et des mois
01:03qu'on vous a vos téléphones pour parler de l'euro-dollar,
01:06mais on a l'impression que c'est le dollarien qui est en train de prendre l'ascendant en ce moment sur le marché des devises.
01:10Est-ce que c'est aussi votre sentiment, Benoît ?
01:11Oui, toutes les paires de devises sont de toute façon à scruter,
01:17mais c'est vrai que la paire USD-JPY est quand même une paire sur laquelle les banques centrales ont quand même tendance à intervenir.
01:27Et ce n'est pas nouveau.
01:28Il y a une quinzaine d'années, quand on était autour de 2011-2012 jusqu'à quasiment 2013,
01:34un petit peu avant 2013, on était sur les 75.
01:38Alors aujourd'hui, on est à plus de 150, on est au double,
01:41mais déjà 75 sur USD-JPY, c'était un plancher que défendait Mordicus, la Bank of Japan.
01:50Et là, désormais, elle a la problématique inverse,
01:54qui est d'avoir un Yen qui est désormais un peu trop faiblement apprécié,
02:01faiblement rémunéré, même si on est repassé en territoire positif.
02:06Et on a les fameux 160 désormais qui sont à défendre coûte que coûte.
02:12Et ce, depuis plusieurs petites années.
02:15Ça a commencé après en 2023-2024.
02:18Aujourd'hui, en 2026, ça a continué depuis le début d'année.
02:22C'est vraiment le niveau sur lequel, effectivement, tous les cambistes ont l'œil rivé.
02:28Et là, au moment où on parle, on vient de 160 depuis peu,
02:33et on est redescendu vers les 155, un petit peu en dessous, 154, 85 au moment où on parle.
02:38Et effectivement, ça, c'est dû à des interventions des banques centrales.
02:44Ce qu'il faut savoir, c'est qu'on a deux grandes forces, en fait,
02:47qui s'opposent sur le dollar face au Yen, sur cette paire USD-JPY.
02:55On a le différentiel de taux d'intérêt, puisque, effectivement, le Yen,
02:59même s'il est désormais rémunéré positivement à 0,75 % annuel,
03:05ça reste quand même très faible et ça reste bien loin des 3,75 % du dollar américain.
03:10Donc, on a trois points d'écart.
03:14Et ça a un effet de carry trade, justement, sur la paire,
03:18qui a été enclenchée depuis les années 2020,
03:21mais même il y a une quinzaine d'années, à partir de 2013, on a eu un palier.
03:25Puis désormais, on est sur les 150, 150, 160 avec ce différentiel de taux.
03:31Et ça, c'est la première grande force, la force du carry trade.
03:35Et la deuxième force, c'est le statut de valeur refuge du dollar, quand même,
03:40du dollar américain, qui laisse la place peu à peu
03:44à une valeur refuge qui est très forte sur le Yen.
03:49Et même si, effectivement, désormais, le Yen prend le relais du dollar américain,
03:55puisque le dollar, entre guillemets, on dédollarise, en quelque part, au niveau mondial.
04:02Et puis, c'est aussi la volonté de l'administration américaine actuelle
04:05que d'avoir un dollar plus faible pour bénéficier sur les exportations américaines.
04:12Et donc, c'est le Yen qui reprend un petit peu sa revanche
04:16et qui redevient la valeur de refuge.
04:18Et ça, ça contre, effectivement, l'effet carry trade dont j'ai parlé précédemment.
04:21Donc, on a ces deux forces opposées qui agissent et qui agissent depuis 2-3 ans.
04:28Donc, ça ne date pas forcément que de Trump, évidemment.
04:31Et les banques centrales sont à la manœuvre, effectivement, pour contrer tout ça
04:34et ne pas partir dans des extrêmes, et notamment au-delà des 160.
04:38Benoît Fernandez-Rio, sinon, on peut peut-être quand même regarder l'euro-dollar.
04:44Alors, on a vu que la future nomination de Kevin Warsh à tête de la Fed,
04:48qui doit être avalisée par le Sénat, bien entendu,
04:50mais que ce choix de Donald Trump avait rendu un petit peu de crédibilité au dollar,
04:56qui est quand même pas mal remonté.
04:58Malgré tout, l'euro se tient bien.
05:00Est-ce qu'on n'a pas, justement, là aussi, une sorte d'équilibre des forces ?
05:04C'est vrai qu'on a fait 1,20 et au-delà.
05:07Là, on redescend à 1,1863, mais il ne faut pas attendre à ce que l'euro baisse plus-plus.
05:12Quel est votre sentiment là-dessus ?
05:14Effectivement, on était monté au-delà des 1,20,
05:17ce qui n'était pas arrivé depuis assez longtemps.
05:21Et on est repassé désormais sous les 1,20.
05:24Donc, on est revenu sur la zone d'équilibre,
05:26la fameuse parité des pouvoirs d'achat sur l'euro-dollar,
05:28autour des 1,17, 1,18, 1,19, un petit peu en dessous des 1,20 pour résumer.
05:32Oui. Et au moment où on parle, on est pile-poil à l'équilibre.
05:36Et depuis la nomination de Kevin Walsh, effectivement, vendredi dernier,
05:40on voit que c'est le dollar américain qui en a bénéficié.
05:44On a descendu, on a baissé d'une figure, en fait, sur l'euro-dollar,
05:48c'est-à-dire, en gros, de 100 points de base,
05:50de 100 pips sur la paire euro-dollar.
05:53Et donc, ça bénéficie au dollar américain.
05:56Et ça contre un petit peu l'effet qui était jusque-là d'un euro qui s'appréciait.
06:02Mais en fait, l'euro s'appréciait parce que le dollar américain baissait.
06:06Parce qu'on avait, dans l'esprit du marché,
06:09on avait cette idée qu'effectivement,
06:11même si Jerome Powell avait du mal à continuer la trajectoire de baisse des taux,
06:17qu'à partir de mai prochain, on aura quelqu'un qui reprendrait cette marche.
06:23Et en nommant Kevin Walsh, c'est malin,
06:25puisque de fait, ça permet trois avantages.
06:29Le premier avantage, c'est qu'en cas de secousse sur les marchés,
06:33notamment par rapport à ce qui se passe du côté du détroit d'Ormose,
06:38et puis du pétrole et de toutes les tensions géopolitiques que l'on peut avoir,
06:45Kevin Walsh pourrait intervenir,
06:47puisque sa parole est encore libre tant qu'il n'est pas au poste,
06:50effectivement.
06:52Donc, il pourrait intervenir pour contrer si d'aventure,
06:56le dollar allait trop rapidement dans un sens ou dans l'autre.
06:59Deuxième avantage, Kevin Walsh est un faucon.
07:02C'est-à-dire qu'il est évidemment connoté comme étant plutôt en faveur
07:09d'une réduction du bilan de la Fed,
07:12actuellement autour de 6,6 milliards de dollars.
07:20Voilà, comme ça, on est cool.
07:23On a baissé à peu près de 2,3 par rapport au pic
07:26qui était quasiment à 9 trillions.
07:29Et donc, on a désormais dans l'esprit du marché
07:35une possibilité de réduction de cette balance sheet,
07:42du bilan de la Fed.
07:49Et donc, c'est un bon point pour lui,
07:52puisque c'est plutôt un orthodoxe sur ce point,
07:55et il va maintenir en quelque part une rigueur
08:00et il ne va pas baisser les taux
08:02en rachetant finalement des bondes à tout va.
08:07Donc, cela veut dire quoi ?
08:09Cela veut dire qu'on a le troisième avantage
08:10qui est que, s'il a été nommé,
08:12c'est qu'il est en accord évidemment
08:14avec la volonté de Donald Trump de réduire les taux.
08:18Donc, on passerait de 3,75 à peut-être pas zéro,
08:21mais au moins sous les 2 %, sans souci,
08:25à partir évidemment du printemps, tranquillement évidemment,
08:29et ensuite potentiellement plus bas,
08:33tout en gardant la main sur une réduction du bilan,
08:37donc sur la crédibilité de la réserve fédérale
08:41et en ayant la possibilité de parler,
08:44si besoin, d'ici mai prochain.
08:46Donc, cela a trois avantages d'avoir nommé
08:48quelqu'un qui a cette indépendance pour le moment,
08:53a un esprit de rigueur
08:54et très certainement est en phase avec Donald Trump.
08:57Benoît Fernandez, Riau spécialiste taux échange.
09:00Merci d'avoir été avec nous pour parler notamment du Yen
09:03qui est sous tous les focus en ce moment
09:06et de l'euro-dollar, bien sûr.
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