00:00Good morning business, parole de patron.
00:03Notre invité ce matin c'est Pierre-André Tchalander, bonjour, on est ravi de vous recevoir dans la matinale de l'économie
00:08président de l'Institut de l'Entreprise et président d'honneur de Saint-Gobain.
00:12Je commence avec le sujet de la matinée, Jean-Luc Mélenchon qui veut faire revenir la lutte des classes entre les patrons,
00:18il essaye d'attirer vers lui les petits patrons en disant il y a une différence très forte entre les petits et les grands.
00:23Qu'est-ce que vous vous en pensez ?
00:24Ça ne rime à rien si vous voulez, on voit bien que les chaînes de valeur sont importantes, regardez,
00:30le gouvernement d'ailleurs a fait un peu la même chose puisque ce budget, en gros, on a pris les grandes entreprises comme bouc émissaire,
00:37avec variable d'ajustement, regardez, je vais prendre deux exemples, dans les secteurs très exportateurs qui marchent très bien,
00:45l'aéronautique, la défense, on pourrait y assumer le nucléaire, on a bien vu dans les mois qui viennent que les blocages,
00:53il faut à la fois des grands champions, des grands leaders et puis toute une série de PME sous-traitants qui travaillent et qui fournissent.
01:00Donc si vous voulez, il y a une imbrication, c'est du populisme, j'allais dire, classique.
01:07Mais ça monte côté Rennes et Léphi.
01:08C'est le mouvement poujianisme qui a existé à d'autres époques, mais je pense que ce n'est pas la réalité de l'entreprise.
01:15Il y a une intégration des chaînes de valeur.
01:20Le deuxième point que je voudrais souligner à travers ça, c'est que, pour reprendre ce sujet de la surtaxe des grandes entreprises,
01:25c'est qu'en fait, dans les grandes entreprises, on regarde en général, quand on regarde la capitalisation, quand on regarde les dividendes,
01:34il y a une partie qui est la France et le sujet de ces grandes entreprises, c'est que leurs sites, leurs activités en France,
01:40elles ne sont pas toujours, elles ont les mêmes problèmes de compétitivité que les PME.
01:44Et elles ne sont pas toujours en très bon état, les grandes entreprises en France.
01:48Et donc avec ce mécanisme, d'ailleurs on va les taxer, l'impôt on ne peut les taxer que sur ce qu'ils gagnent en France.
01:53Et en fait, on va aggraver le problème de la compétitivité.
01:56Et donc la difficulté pour elles, qui sont des entreprises en général, qui sont patriotes,
02:01mais le fait d'investir, de travailler en France va devenir moins intéressant encore,
02:07elles sont aussi rationnelles que de le faire à l'étranger.
02:10Donc si vous voulez, c'est très dangereux ce genre de choses.
02:13Pour l'activité globale en fait.
02:14Pour l'activité globale, c'est très mauvais.
02:15Alors ce budget, il est très mauvais, oui.
02:17Oui, ce budget, alors justement, qui va être voté, a priori, si on passe les dernières motions de censure, vous ne dites pas ouf ?
02:24Je pense, si vous voulez, moi je pense que ce budget, il est mauvais.
02:27Sur le long terme, il y a des tas de mauvais messages.
02:29Ceci étant, entre pas de budget et un budget, moi ce qui me frappe, c'est la réaction des marchés financiers.
02:36Vous avez vu que le taux, l'écart de taux, l'État emprunte,
02:40ce qui est quand même un sujet très important puisque l'État est très endetté,
02:43entre la France et l'Allemagne, le spread, comme on dit, techniquement, il a baissé,
02:48il est revenu là où on était avant la dissolution.
02:50Oui, mais grâce aux Allemands.
02:51Oui, mais c'est...
02:52Oui, mais c'est aussi que la France est vue comme...
02:56Donc en gros, les marchés financiers, ils préfèrent, si vous voulez,
02:59ils n'auraient pas voté la motion de censure.
03:00Ils préfèrent un mauvais budget que pas de budget et que l'instabilité.
03:05Donc à court terme, si vous voulez, je pense que, oui, vous avez dit ouf,
03:08il faut passer à autre chose, mais ce n'est pas un bon budget, non.
03:11Mais vous avez vu monter cette colère chez les patrons ces dernières semaines
03:15avec des électrons libres, des mouvements qui se créent.
03:18Vous l'avez jugé comment justifier, certainement,
03:21mais est-ce que c'est le bon moyen de communication aujourd'hui ?
03:25Mais si vous voulez, il y a eu une ulcération aussi,
03:28parce qu'il y a eu des choses qui ont été dites, qui ont été promises aux entreprises
03:32et le gouvernement n'a pas tenu sa parole.
03:34– Deux taxes exceptionnelles.
03:35– Voilà, exactement.
03:36Donc ça, si vous voulez, ça justifie…
03:38– Ça énerve.
03:39– Voilà.
03:40Bon, là, maintenant, on a un cadre, c'est mieux, c'est pas bien,
03:44mais on a un cadre pour les 11 mois qui viennent.
03:47L'autre sujet de colère, si vous voulez, c'est aussi le sentiment
03:50que quand on regarde les blocages de la classe politique,
03:54il ne va rien se passer encore pendant 15 mois.
03:56Donc aucune réforme, et notre pays ne va pas bien,
04:00il ne va rien se passer pendant 15 mois.
04:01Donc ça, c'est anxiogène.
04:04Bon, mais après, je pense que d'un autre côté,
04:06il faut faire avec, et même si on a encore chargé le dos du mulet,
04:11le mulet va avancer.
04:12– Mais vous avez envie, c'est pas trop face à la politique.
04:12– Parce que les gens ont envie d'entreprendre,
04:14qu'ils soient petits ou grands d'ailleurs.
04:15– Les gens aiment l'entrepreneur, ils ont envie.
04:17– Tous les sondages qu'on fait à l'Institut de l'Entreprise,
04:19si vous voulez, montrent qu'aujourd'hui,
04:22et c'est un grand paradoxe,
04:23c'est que les Français font beaucoup plus confiance à l'entreprise
04:26qu'aux autres institutions, en particulier aux partis politiques,
04:28qui sont quand même décrédibilisés par cette séquence.
04:31– Ça veut dire que les entrepreneurs doivent faire de la politique ?
04:33– Non, mais ça veut dire qu'ils doivent parler.
04:36On attend d'eux qu'ils parlent.
04:37Après, c'est un autre métier.
04:38– De raconter la réalité.
04:39– De dire la réalité, de défendre leurs opinions,
04:42et de montrer les problèmes,
04:44d'essayer de faire prendre à la classe politique
04:46qu'elle a un temps de retard, si vous voulez, par rapport à l'opinion.
04:49Donc je pense que le rôle des patrons, effectivement,
04:51c'est de dire que la France va dans le mur,
04:54que la compétitivité, c'est important,
04:56qu'on n'est pas tout seul.
04:58Je pense que c'est important de le dire.
05:00– J'étais à Davos toute la semaine dernière,
05:03j'ai vu les patrons européens changer vis-à-vis des États-Unis
05:06et passer d'heure en heure à considérer
05:08que ce n'était plus des alliés,
05:10qu'on avait changé de monde,
05:11qu'il fallait réfléchir à où est-ce qu'on mettait ces données,
05:14avec qui on travaillait, etc.
05:15Quelle est-vous votre vision sur cette relation,
05:17aujourd'hui, avec les Américains ?
05:18– Je pense, si vous voulez, que…
05:21Bon, Trump, il est ce qu'il est.
05:23Mais je pense que la géopolitique est redevenue un élément important,
05:28que les entreprises ont le sentiment
05:30qu'il y a des risques sur les États-Unis.
05:32Moi, ce que je retiens quand même de cette séquence,
05:34c'est que là aussi, si vous voulez,
05:35alors on dit que c'est les discours forts des Européens
05:37qui ont fait changer la vie de Trump sur ce sujet des droits de droite.
05:40– Ou les marchés.
05:40– Eh bien voilà, j'allais rajouter, et les marchés !
05:43Alors, les marchés ont peut-être fait
05:44parce qu'ils ont senti que les Européens changeaient,
05:47mais les marchés sont très importants.
05:48Et ça, on ne sait pas toujours bien comment faire avec Trump,
05:51mais ça, on sait que ça marche.
05:53On l'a vu en avril 2025.
05:55Et là, il y a quand même eu des frémissements la semaine dernière.
05:58Ça a joué.
05:59Donc, c'est aussi, je pense, pour les Européens,
06:03un moyen de prendre en conscience
06:05qu'on n'a pas que des vulnérabilités,
06:07que les Américains sont aussi vulnérables sur certains sujets.
06:10Et donc, il faut simplement prendre de l'assurance
06:14et de ce point de vue-là, les thèses françaises
06:16qui sont sur l'autonomie stratégique, sur la souveraineté,
06:19qui sont en général très minoritaires.
06:21En Europe, il ne faut pas se le cacher.
06:23Les Européens ont quand même été ébranlés.
06:26Mais c'est vrai que les Européens,
06:28beaucoup pour des questions militaires,
06:30ils sont très dépendants des Américains.
06:33Et sur le sujet de l'Ukraine, sur le sujet de la sécurité,
06:36la vieille tradition française, gaulliste,
06:39et le fait qu'on s'est doté d'instruments de souveraineté,
06:42n'est pas la situation des Européens complètement.
06:45Mais ça, c'est en train de bouger tout doucement.
06:47Ça ne peut bouger que tout doucement.
06:48– Christine Lagarde a largement répété à quel point
06:50le marché unique, c'était important justement pour lutter contre les Américains.
06:53Il y a aussi cette question commerciale.
06:55Aujourd'hui, on a Ursula von der Leyen qui est en Inde.
06:57Vous avez vu le pataques autour du Mercosur ?
06:59– Oui, je suis de ce point de vue-là, je pense que la France a tort.
07:01– La France a tort, si vous voulez, la France a tort sur le Mercosur.
07:04Alors, le Mercosur, c'est très positif globalement.
07:07Alors évidemment, il y a toujours des perdants, des gagnants,
07:11mais je pense que globalement, c'est très positif.
07:12– On a besoin de nouveaux partenaires commerciales.
07:14– On a besoin de diversifier.
07:15Une des raisons, les entreprises sont pareilles,
07:17il ne faut pas mettre toutes ces eaux dans le même panier.
07:19Et donc, les Américains et les États-Unis,
07:22qui pour beaucoup d'entreprises sont un endroit
07:26où il y a beaucoup de croissance, c'est très positif.
07:29Ils voient aussi qu'il y a des vulnérabilités, qu'il y a des risques.
07:31Et donc, je pense qu'on a intérêt à se faire des alliés
07:35dans beaucoup d'autres endroits.
07:37Davos, vous parliez de Davos,
07:38le discours qui était le plus impressionnant,
07:40c'est le discours du Premier ministre canadien.
07:42– Marc Arnais.
07:42– Il a très bien dit.
07:43– Qui avait dans sa bouche des mots qu'on aurait aimé peut-être entendre
07:46dans ce LaVanderleyen.
07:47Merci beaucoup d'être venu, Pierre-André, de Chalanda,
07:50pour parler évidemment de l'entreprise avec nous.
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