00:00Et c'est donc une semaine éprouvante qui s'achève sur les plans économiques, diplomatiques, géopolitiques.
00:05C'est le forum économique de Davos justement qui a été l'épicentre de tout ça.
00:10Vous le suivez bien sûr avec nous sur BFM Business RMC Live depuis lundi et leur closier.
00:15Et Nathan Cocampo qui sont sur place pour BFM Business.
00:17Bonjour Alexis Karklins-Marchais.
00:19Bonjour Arbonne-Marie.
00:19Merci d'être avec nous, directeur général délégué de Date Advisory,
00:22pour revenir un peu sur tous ces sujets et les enjeux qui sont derrière.
00:25Annalisa Capellini nous a rejoint pour revenir ensemble sur cette longue séquence.
00:31Ce qu'on peut dire c'est que pour Donald Trump c'est une semaine d'anniversaire
00:34dont on se souviendra Alexis Karklins, le président américain qui fêtait un an de retour à la Maison-Blanche.
00:41Vous l'avez dit Erwan, c'est assez éprouvant.
00:43La semaine fut éprouvante.
00:44Ce début d'année est assez éreintant.
00:46On est le 23 janvier, on a l'impression qu'on est beaucoup plus tard dans l'année
00:48si on suit l'activité économique et politique.
00:51Ce n'est pas toujours facile de suivre ce que dit le président américain.
00:54Surtout qu'il y a en plus des absences.
00:55On l'a vu dans son discours confondant par exemple l'Islande, le Groenland.
00:58Ce n'est pas très loin.
00:59Quand on regarde l'actualité, la grande question c'est évidemment sur cette diplomatie économique américaine.
01:06On essaie de la rationaliser, on essaie de comprendre ce qui se passe.
01:09Ça va tellement vite.
01:10Et on perçoit quand même que Washington met en œuvre une approche
01:14alors qu'on a qualifié de diplomatie transactionnelle.
01:18Concrètement, on fait des deals.
01:20On fait des transactions au service des intérêts économiques américains.
01:25La diplomatie, c'est bien un outil de puissance.
01:29Ce n'est pas nouveau.
01:29Ce n'est même pas nouveau aux Etats-Unis.
01:31On se rappelle déjà, Barack Obama, qui avait plutôt une bonne image internationale,
01:37il était déjà dans l'affirmation d'une logique de puissance.
01:40Ce que l'on voit quand même depuis un an,
01:42vous l'avez dit, ça fait déjà un an.
01:43C'est long cette année à l'Est.
01:44C'est beaucoup de choses.
01:45On a un changement de fond et on a un changement de méthode dans la diplomatie américaine.
01:51Alors sur le fond, on le sait, sur le fond, c'est une diplomatie qui déteste le multilatéralisme,
01:57qui renie le libre-échange, qui se fiche des alliés historiques,
02:00qui se montre très péremptoire, qui donne beaucoup de leçons.
02:03Ça avait commencé à Munich avec le discours du vice-président Jill Evans.
02:07Et ça, c'était intéressant.
02:08Que faire du soft power américain ?
02:10Vous avez l'image de l'Amérique.
02:12Franchement, on a l'impression qu'il s'en fiche complètement.
02:14Mais peut-être le plus important, c'est que ce que l'on voit depuis un an,
02:17c'est le changement de méthode.
02:18La méthode, elle tourne autour de trois composantes.
02:22Des provocations, avec parfois des mensonges, des menaces, et une pression médiatique.
02:29Oui, la différence, c'est que c'est devenu très violent, en fait.
02:31Parce que dans le fond, ça a toujours, comme vous le disiez,
02:34Alexis Kirkland, c'était une économie, une politique transactionnelle.
02:39Et puis, d'autant plus que Donald Trump, c'est un businessman.
02:42Et ça le restera pour toujours.
02:44Un livre, l'art du deal.
02:45Voilà, mais il y a la manière de faire, quoi.
02:47Qu'il y a quand même qui est radicalement différente de ce que faisait Obama, par exemple.
02:50C'est exactement ce que vous dites.
02:51C'est-à-dire que quand on prend cette trilogie
02:53provocation, menace, médiatisation à outrance, pression médiatique,
02:57on le voit sur chacun des sujets.
02:59Pour y prendre l'Ukraine, Gaza, la Chine, et maintenant le Groenland,
03:02on va toujours retrouver cette trilogie.
03:05Regardez l'exemple du Groenland, pour être très concret, c'est vraiment très frais.
03:07On commence par des provocations.
03:09Le Groenland n'appartient pas au Danemark.
03:11Le Danemark n'a été capable de mettre que des chiens de traîneau.
03:13Voilà.
03:14Ensuite, on met de la menace militaire, on se réserve toutes les options,
03:19tous les scénarios sont sur la table, on va envahir le Groenland.
03:22Et puis, ça finit par une pression médiatique avec des postes en lettres bâton du président américain
03:27et toute l'administration américaine qui vient derrière.
03:29Vous avez le relais des différents responsables économiques et politiques
03:33qui viennent reprendre le message et qui saturent l'espace médiatique.
03:36Mais combien de temps ça peut fonctionner, ça ?
03:38Parce qu'à un moment donné, quand même, on a compris.
03:39D'ailleurs, Emmanuel Macron, il a vraisemblablement compris cette semaine à Davos en disant
03:43« Je ne vais pas aller voir Donald Trump, je ne vais pas changer mon agenda
03:46et on ne va pas réagir et on va attendre que ça se calme. »
03:49Davos, c'est un révélateur du fait qu'il y a une prise de conscience de ce changement d'époque.
03:56On a parlé du discours du président français.
04:00Il y a eu d'autres discours qui étaient excellents, qui étaient profonds.
04:03Je pense notamment au discours du premier ministre canadien, qui a provoqué une standing ovation.
04:08C'est rare à Davos d'avoir des standing ovation.
04:11Et Marc Carnet, le premier ministre canadien, a rappelé qu'il était possible, pour des puissances moyennes,
04:17de résister à cette pression des grandes puissances, notamment sous l'angle de la diplomatie économique.
04:21Et insistant sur le fait qu'il fallait d'abord être fidèle à ses valeurs,
04:25mais aussi être lucide sur ce monde qui changeait.
04:28Le discours du chancelier allemand, excellent aussi,
04:32qui rappelle qu'aujourd'hui, les difficultés de l'Europe,
04:35ce n'est pas les Etats-Unis de l'Amérique,
04:37c'est d'abord et avant tout une question de...
04:39Il a dit que c'est la faute des formulaires,
04:41et la faute de toutes nos normes et de notre bureaucratie.
04:43Marc Carnet, le premier ministre canadien,
04:45qui d'ailleurs n'est plus le bienvenu dans le conseil de paix de Donald Trump,
04:47je ne sais pas si vous avez vu ça ce matin,
04:48mais Donald Trump a retiré son invitation.
04:51Annalisa.
04:51En tout cas, Alexis, il y a un exemple parfait de cette nouvelle diplomatie de la transaction,
04:55ce sont les droits de douane que Donald Trump utilise absolument dans tous les dossiers.
04:59C'est assez fascinant, effectivement.
05:02Rappelez-vous, avril dernier,
05:03d'ailleurs c'est qualifié, les Etats-Unis l'appellent le « Liberation Day »,
05:06le jour de la libération.
05:08Bon, on l'a vu devant les caméras du monde entier,
05:10toujours la même chose, hein.
05:12Provocation, menace, pression médiatique.
05:14Et on l'a vu quand il avait annoncé ses tarifs douaniers,
05:17pays par pays, même parfois l'appliquant à des territoires où il n'y a même pas d'habitants.
05:20Donc on comprenait bien que c'était un élément de pression,
05:24et non pas des calculs très scientifiques.
05:27C'est exactement ce qui s'est passé pour la Chine.
05:29le tarif douanier comme levier.
05:31On l'a vu avec ce discours très simple, hein, de l'Amérique.
05:34Je veux tes terres rares,
05:36et je veux que tu importes mes produits agricoles.
05:38Alors, s'il te plaît, vraiment, fais-le,
05:40parce que sinon, je vais te mettre des tarifs douaniers
05:42qui vont être prohibitifs.
05:43En fait, Washington a parfaitement conscience du fait que
05:45beaucoup d'entreprises mondiales ont besoin d'exporter vers le marché américain,
05:50qui reste évidemment un marché très important.
05:51Donc il y a quand même un retour à la raison à chaque fois.
05:55Il y a un retour à la raison, de toute évidence.
05:57Mais, parfois, toutefois,
06:00je vais quand même dire, il y a quand même des exagérations,
06:02on le voit, je veux dire, c'est quasiment quotidien.
06:04Le tarif douanier, il est mis en avant comme l'outil,
06:07presque c'est un outil de communication, là encore.
06:09On l'a vu, quand les pays européens ont commencé à dire
06:12on va envoyer quand même des soldats au Groenland.
06:14Tout de suite, l'Amérique a dit, ok, ton champagne 200%.
06:18Alors, ton champagne 200%, si tu ne viens pas dans le Conseil de paix,
06:20toi la France, et puis tu vas voir, tu vas vite raboulé,
06:22tu vas vite revenir dans le...
06:23Et puis, les pays européens, vous envoyez des soldats,
06:26je vais vous mettre des tarifs douaniers.
06:27D'ailleurs, c'est presque exclusivement un outil de communication,
06:30puisqu'on sait que non seulement les droits de douane qu'il impose
06:32ont moins d'effet qu'escompté,
06:34mais en plus, souvent, en réalité, les menaces n'arrivent pas à l'application.
06:37On a vraiment l'exemple avec la Chine,
06:39où on imaginait les Etats-Unis voulant mettre la pression sur la Chine
06:41avec les tarifs douaniers.
06:42La réalité, c'est que les excédents commerciaux chinois en 2025
06:44ont battu leur record.
06:46Et que la Chine s'est retournée, notamment, vers d'autres marchés.
06:49Pour conclure, Alexis Kerklin,
06:51comment les Européens, et plus globalement,
06:54le reste du monde, d'ailleurs, peuvent réagir ?
06:55On avait hier soir un conseil exceptionnel au Conseil européen,
07:02à Bruxelles, où les 27 étaient réunis,
07:04pour justement essayer de mettre en place une stratégie.
07:06Enfin, quels sont les grands points à mettre en place
07:09pour, justement, changer un petit peu la boîte à outils,
07:12le mode d'emploi de fonctionnement avec les Américains ?
07:15On a quelques réponses à Davos.
07:17Lorsque Christine Lagarde se lève
07:18lors d'un dîner organisé par le secrétaire
07:21au commerce américain à World Lutnik,
07:23qui s'en prend ouvertement à l'Europe,
07:25et publiquement, qu'elle se lève,
07:27qu'elle quitte la pièce,
07:28c'est déjà un message fort qui est envoyé,
07:30parce qu'en plus, Christine Lagarde n'est pas du genre
07:31à faire, comme ça, des effets de manche.
07:36On le disait, Mertz, Carnet,
07:40donne des éléments de réponse.
07:41Lucidité, les puissances moyennes
07:43doivent créer des blocs de puissance,
07:45doivent aussi améliorer,
07:47redynamiser leur économie.
07:49Se posera quand même la question
07:50du fonctionnement de l'Europe à un moment,
07:52parce qu'aujourd'hui, de toute évidence,
07:54on est dans une situation où l'Europe
07:55ne répond pas assez vite et assez fortement
07:57à toutes ces pressions qui existent.
07:58Et le statu quo est probablement arrivé à son terme.
08:02Merci beaucoup pour ce décryptage
08:04avec nous ce matin, Alexis Karklins-Marcher,
08:06directeur général délégué d'Aid Advisory.
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