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  • il y a 7 semaines
Ce vendredi 23 janvier, Alexis Karklins-Marchay, directeur général délégué d'Eight Advisory, était l'invité de Caroline Loyer dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Erwan Morice. Ils sont revenus sur les enjeux derrière le Forum de Davos, surtout après les intentions de Donald Trump sur le Groenland. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Et c'est donc une semaine éprouvante qui s'achève sur les plans économiques, diplomatiques, géopolitiques.
00:05C'est le forum économique de Davos justement qui a été l'épicentre de tout ça.
00:10Vous le suivez bien sûr avec nous sur BFM Business RMC Live depuis lundi et leur closier.
00:15Et Nathan Cocampo qui sont sur place pour BFM Business.
00:17Bonjour Alexis Karklins-Marchais.
00:19Bonjour Arbonne-Marie.
00:19Merci d'être avec nous, directeur général délégué de Date Advisory,
00:22pour revenir un peu sur tous ces sujets et les enjeux qui sont derrière.
00:25Annalisa Capellini nous a rejoint pour revenir ensemble sur cette longue séquence.
00:31Ce qu'on peut dire c'est que pour Donald Trump c'est une semaine d'anniversaire
00:34dont on se souviendra Alexis Karklins, le président américain qui fêtait un an de retour à la Maison-Blanche.
00:41Vous l'avez dit Erwan, c'est assez éprouvant.
00:43La semaine fut éprouvante.
00:44Ce début d'année est assez éreintant.
00:46On est le 23 janvier, on a l'impression qu'on est beaucoup plus tard dans l'année
00:48si on suit l'activité économique et politique.
00:51Ce n'est pas toujours facile de suivre ce que dit le président américain.
00:54Surtout qu'il y a en plus des absences.
00:55On l'a vu dans son discours confondant par exemple l'Islande, le Groenland.
00:58Ce n'est pas très loin.
00:59Quand on regarde l'actualité, la grande question c'est évidemment sur cette diplomatie économique américaine.
01:06On essaie de la rationaliser, on essaie de comprendre ce qui se passe.
01:09Ça va tellement vite.
01:10Et on perçoit quand même que Washington met en œuvre une approche
01:14alors qu'on a qualifié de diplomatie transactionnelle.
01:18Concrètement, on fait des deals.
01:20On fait des transactions au service des intérêts économiques américains.
01:25La diplomatie, c'est bien un outil de puissance.
01:29Ce n'est pas nouveau.
01:29Ce n'est même pas nouveau aux Etats-Unis.
01:31On se rappelle déjà, Barack Obama, qui avait plutôt une bonne image internationale,
01:37il était déjà dans l'affirmation d'une logique de puissance.
01:40Ce que l'on voit quand même depuis un an,
01:42vous l'avez dit, ça fait déjà un an.
01:43C'est long cette année à l'Est.
01:44C'est beaucoup de choses.
01:45On a un changement de fond et on a un changement de méthode dans la diplomatie américaine.
01:51Alors sur le fond, on le sait, sur le fond, c'est une diplomatie qui déteste le multilatéralisme,
01:57qui renie le libre-échange, qui se fiche des alliés historiques,
02:00qui se montre très péremptoire, qui donne beaucoup de leçons.
02:03Ça avait commencé à Munich avec le discours du vice-président Jill Evans.
02:07Et ça, c'était intéressant.
02:08Que faire du soft power américain ?
02:10Vous avez l'image de l'Amérique.
02:12Franchement, on a l'impression qu'il s'en fiche complètement.
02:14Mais peut-être le plus important, c'est que ce que l'on voit depuis un an,
02:17c'est le changement de méthode.
02:18La méthode, elle tourne autour de trois composantes.
02:22Des provocations, avec parfois des mensonges, des menaces, et une pression médiatique.
02:29Oui, la différence, c'est que c'est devenu très violent, en fait.
02:31Parce que dans le fond, ça a toujours, comme vous le disiez,
02:34Alexis Kirkland, c'était une économie, une politique transactionnelle.
02:39Et puis, d'autant plus que Donald Trump, c'est un businessman.
02:42Et ça le restera pour toujours.
02:44Un livre, l'art du deal.
02:45Voilà, mais il y a la manière de faire, quoi.
02:47Qu'il y a quand même qui est radicalement différente de ce que faisait Obama, par exemple.
02:50C'est exactement ce que vous dites.
02:51C'est-à-dire que quand on prend cette trilogie
02:53provocation, menace, médiatisation à outrance, pression médiatique,
02:57on le voit sur chacun des sujets.
02:59Pour y prendre l'Ukraine, Gaza, la Chine, et maintenant le Groenland,
03:02on va toujours retrouver cette trilogie.
03:05Regardez l'exemple du Groenland, pour être très concret, c'est vraiment très frais.
03:07On commence par des provocations.
03:09Le Groenland n'appartient pas au Danemark.
03:11Le Danemark n'a été capable de mettre que des chiens de traîneau.
03:13Voilà.
03:14Ensuite, on met de la menace militaire, on se réserve toutes les options,
03:19tous les scénarios sont sur la table, on va envahir le Groenland.
03:22Et puis, ça finit par une pression médiatique avec des postes en lettres bâton du président américain
03:27et toute l'administration américaine qui vient derrière.
03:29Vous avez le relais des différents responsables économiques et politiques
03:33qui viennent reprendre le message et qui saturent l'espace médiatique.
03:36Mais combien de temps ça peut fonctionner, ça ?
03:38Parce qu'à un moment donné, quand même, on a compris.
03:39D'ailleurs, Emmanuel Macron, il a vraisemblablement compris cette semaine à Davos en disant
03:43« Je ne vais pas aller voir Donald Trump, je ne vais pas changer mon agenda
03:46et on ne va pas réagir et on va attendre que ça se calme. »
03:49Davos, c'est un révélateur du fait qu'il y a une prise de conscience de ce changement d'époque.
03:56On a parlé du discours du président français.
04:00Il y a eu d'autres discours qui étaient excellents, qui étaient profonds.
04:03Je pense notamment au discours du premier ministre canadien, qui a provoqué une standing ovation.
04:08C'est rare à Davos d'avoir des standing ovation.
04:11Et Marc Carnet, le premier ministre canadien, a rappelé qu'il était possible, pour des puissances moyennes,
04:17de résister à cette pression des grandes puissances, notamment sous l'angle de la diplomatie économique.
04:21Et insistant sur le fait qu'il fallait d'abord être fidèle à ses valeurs,
04:25mais aussi être lucide sur ce monde qui changeait.
04:28Le discours du chancelier allemand, excellent aussi,
04:32qui rappelle qu'aujourd'hui, les difficultés de l'Europe,
04:35ce n'est pas les Etats-Unis de l'Amérique,
04:37c'est d'abord et avant tout une question de...
04:39Il a dit que c'est la faute des formulaires,
04:41et la faute de toutes nos normes et de notre bureaucratie.
04:43Marc Carnet, le premier ministre canadien,
04:45qui d'ailleurs n'est plus le bienvenu dans le conseil de paix de Donald Trump,
04:47je ne sais pas si vous avez vu ça ce matin,
04:48mais Donald Trump a retiré son invitation.
04:51Annalisa.
04:51En tout cas, Alexis, il y a un exemple parfait de cette nouvelle diplomatie de la transaction,
04:55ce sont les droits de douane que Donald Trump utilise absolument dans tous les dossiers.
04:59C'est assez fascinant, effectivement.
05:02Rappelez-vous, avril dernier,
05:03d'ailleurs c'est qualifié, les Etats-Unis l'appellent le « Liberation Day »,
05:06le jour de la libération.
05:08Bon, on l'a vu devant les caméras du monde entier,
05:10toujours la même chose, hein.
05:12Provocation, menace, pression médiatique.
05:14Et on l'a vu quand il avait annoncé ses tarifs douaniers,
05:17pays par pays, même parfois l'appliquant à des territoires où il n'y a même pas d'habitants.
05:20Donc on comprenait bien que c'était un élément de pression,
05:24et non pas des calculs très scientifiques.
05:27C'est exactement ce qui s'est passé pour la Chine.
05:29le tarif douanier comme levier.
05:31On l'a vu avec ce discours très simple, hein, de l'Amérique.
05:34Je veux tes terres rares,
05:36et je veux que tu importes mes produits agricoles.
05:38Alors, s'il te plaît, vraiment, fais-le,
05:40parce que sinon, je vais te mettre des tarifs douaniers
05:42qui vont être prohibitifs.
05:43En fait, Washington a parfaitement conscience du fait que
05:45beaucoup d'entreprises mondiales ont besoin d'exporter vers le marché américain,
05:50qui reste évidemment un marché très important.
05:51Donc il y a quand même un retour à la raison à chaque fois.
05:55Il y a un retour à la raison, de toute évidence.
05:57Mais, parfois, toutefois,
06:00je vais quand même dire, il y a quand même des exagérations,
06:02on le voit, je veux dire, c'est quasiment quotidien.
06:04Le tarif douanier, il est mis en avant comme l'outil,
06:07presque c'est un outil de communication, là encore.
06:09On l'a vu, quand les pays européens ont commencé à dire
06:12on va envoyer quand même des soldats au Groenland.
06:14Tout de suite, l'Amérique a dit, ok, ton champagne 200%.
06:18Alors, ton champagne 200%, si tu ne viens pas dans le Conseil de paix,
06:20toi la France, et puis tu vas voir, tu vas vite raboulé,
06:22tu vas vite revenir dans le...
06:23Et puis, les pays européens, vous envoyez des soldats,
06:26je vais vous mettre des tarifs douaniers.
06:27D'ailleurs, c'est presque exclusivement un outil de communication,
06:30puisqu'on sait que non seulement les droits de douane qu'il impose
06:32ont moins d'effet qu'escompté,
06:34mais en plus, souvent, en réalité, les menaces n'arrivent pas à l'application.
06:37On a vraiment l'exemple avec la Chine,
06:39où on imaginait les Etats-Unis voulant mettre la pression sur la Chine
06:41avec les tarifs douaniers.
06:42La réalité, c'est que les excédents commerciaux chinois en 2025
06:44ont battu leur record.
06:46Et que la Chine s'est retournée, notamment, vers d'autres marchés.
06:49Pour conclure, Alexis Kerklin,
06:51comment les Européens, et plus globalement,
06:54le reste du monde, d'ailleurs, peuvent réagir ?
06:55On avait hier soir un conseil exceptionnel au Conseil européen,
07:02à Bruxelles, où les 27 étaient réunis,
07:04pour justement essayer de mettre en place une stratégie.
07:06Enfin, quels sont les grands points à mettre en place
07:09pour, justement, changer un petit peu la boîte à outils,
07:12le mode d'emploi de fonctionnement avec les Américains ?
07:15On a quelques réponses à Davos.
07:17Lorsque Christine Lagarde se lève
07:18lors d'un dîner organisé par le secrétaire
07:21au commerce américain à World Lutnik,
07:23qui s'en prend ouvertement à l'Europe,
07:25et publiquement, qu'elle se lève,
07:27qu'elle quitte la pièce,
07:28c'est déjà un message fort qui est envoyé,
07:30parce qu'en plus, Christine Lagarde n'est pas du genre
07:31à faire, comme ça, des effets de manche.
07:36On le disait, Mertz, Carnet,
07:40donne des éléments de réponse.
07:41Lucidité, les puissances moyennes
07:43doivent créer des blocs de puissance,
07:45doivent aussi améliorer,
07:47redynamiser leur économie.
07:49Se posera quand même la question
07:50du fonctionnement de l'Europe à un moment,
07:52parce qu'aujourd'hui, de toute évidence,
07:54on est dans une situation où l'Europe
07:55ne répond pas assez vite et assez fortement
07:57à toutes ces pressions qui existent.
07:58Et le statu quo est probablement arrivé à son terme.
08:02Merci beaucoup pour ce décryptage
08:04avec nous ce matin, Alexis Karklins-Marcher,
08:06directeur général délégué d'Aid Advisory.
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