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  • il y a 24 minutes
Ce vendredi 3 avril, Roland Gillet, professeur d'économie financière à l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, était l'invité dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Il est revenu sur la menace de Donald Trump de retirer les États-Unis de l'Otan, tout en multipliant les reproches aux pays alliés. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00L'OTAN qui est particulièrement menacée par Donald Trump, pas un mot hier dans son discours d'adresse à la
00:06Nation,
00:06mais quand même auparavant il avait été très agressif en traitant l'OTAN de tigre de papier.
00:11On en parlait avec Roland Gillet. Bonjour professeur d'économie financière à l'université Paris 1,
00:16plantée en Sorbonne à l'université libre de Bruxelles.
00:19Vous revenez d'un voyage de 10 jours à Genève où vous avez fait des réunions notamment sur la question
00:24de l'OTAN.
00:26Comment ça a été reçu ces dernières attaques ? Elles ne sont pas nouvelles ?
00:29Elles sont récurrentes, mais on a une dernière salve ces deux derniers jours.
00:34Oui, mais c'est sa logique. Il n'est même pas étonnant.
00:37Moi je suis même étonné qu'on s'en étonne parce qu'il fait toujours la même chose.
00:40Regardez, il vient de bombarder un pont en Iran et il a ajouté ce sera dans quelques semaines
00:45où on verra quand je vais intervenir parce qu'il a vu que quand il mettait des ultimatums à deux
00:49jours,
00:50il ne les respectait pas non plus parce que je ne pense pas qu'il a vraiment envie d'aller
00:52détruire le reste.
00:53Il a juste envie de trouver un accord parce qu'on se rapproche des mid-terms,
00:57parce que les marchés boursiers baissent, parce qu'il y a un effet richesse inversée aux Etats-Unis
01:02qui est en train de s'installer, parce qu'à la pompe, on voit comme chez nous,
01:06c'est les prix qui sont écrits les plus grands dans toute l'économie, c'est les prix à la
01:09pompe.
01:10Même celui qui ne roule pas en voiture les voit tellement c'était écrit grand
01:12et il y a beaucoup de pompes à essence et ça marque le moral des consommateurs.
01:16Donc il veut vraiment pousser un accord et comme son mentor, celui qui a vu le film,
01:22Les Apprentis, verrons ce que je veux dire, lui a dit il faut toujours attaquer,
01:28il ne faut jamais être dans le défensif, il attaque, il attaque, il attaque, il attaque
01:31pour forcer un accord mais je pense vraiment que c'est sa stratégie.
01:34Alors évidemment comme il est très compliqué, je serais très prétentieux de dire que j'ai compris Donald Trump
01:38mais j'ai vraiment l'impression que c'est vers ça qu'il va.
01:40Et on voit qu'il dit ici, je détruirai si vous ne voulez pas signer.
01:44Donc il veut un accord et il en a besoin en plus.
01:46Il en a besoin pour sa notoriété aux Etats-Unis.
01:48Sur la question de l'OTAN, Roland, vous ne croyez pas, ne serait-ce qu'à un instant,
01:52qu'il ait l'intention de quitter l'OTAN ?
01:54Je n'ai pas l'impression mais par contre il est très déçu évidemment.
01:57Il était très content quand Emmanuel Macron a dit je vais mettre un porte-avions
02:01et les Allemands ont dit également on va suivre.
02:03Il est beaucoup moins content dans ce qui se passe maintenant
02:05mais je veux dire il s'y prend tellement dans sa diplomatie de façon très erratique
02:09où personne ne sait vraiment ce qu'il veut mais surtout il veut dominer
02:12que c'est difficile évidemment de lui apporter une aide.
02:15Et en plus la suprématie américaine fait qu'il ne raconte pas toujours ce qu'il fait
02:19puisqu'il estime que c'est un système unifié avec les Américains aux commandes
02:24qui dirige ce qui se fait là-bas.
02:25Donc c'est compliqué.
02:26Mais néanmoins c'est plus parce qu'il aussi se souvient
02:30et ça les Européens ne peuvent pas dire qu'il a pas tort.
02:32Qu'il a tort, c'est depuis 2014 quand on lui dit gentiment
02:35qu'il faut contribuer à l'OTAN pour l'intérêt de l'OTAN.
02:39Les Européens le faisaient et ne le faisaient pas.
02:41Et les Américains ont contribué et je l'ai déjà répété plusieurs fois sur votre antenne
02:45ce qui choque beaucoup mes amis américains.
02:47Je dis mes amis qui ne sont pas nécessairement du côté de Trump, loin de là.
02:50Ils disent quand vous vous réarmez maintenant, même si c'est à cause de Trump
02:53parce qu'il dit de façon désagréable, évitez de dire que c'est pour votre sécurité
02:58mais c'est pour améliorer la puissance et la force de l'OTAN.
03:00Puisque avant les Américains l'ont fait, c'est vrai aussi pour eux
03:03mais l'ont fait pour tous les membres de l'OTAN.
03:04Et ils sont intervenus dans les cadres de problèmes avec l'OTAN dans sa globalité.
03:09Mathilde ?
03:11Concernant les dépenses de l'OTAN, la part des Européens et des Canadiens
03:15est en train d'augmenter.
03:17Là, elle est passée à 41% contre 27% en 2014.
03:21Ça, ça correspond quand même aux demandes américaines.
03:24C'est certain, mais vous voyez aussi, c'est malheureux ce que je vais dire.
03:27N'oubliez pas que je suis non seulement européen et pro-européen.
03:29Mais si on ne nous secoue pas, depuis 2014 jusqu'à aujourd'hui, à part certains pays,
03:36d'autres, comme le mien par exemple, ont vraiment tardé alors que l'OTAN est à Bruxelles
03:41pour mettre ce qui était sur la table nécessaire pour arriver aux 2%.
03:44Donc ici, comme ils voient que ça marche, malheureusement pour nous, en disant des choses désagréables,
03:49il a tendance à continuer puisque là, vraiment, on fait un effort parce qu'on a été secoué.
03:54Alors que ces propos peuvent être à la limite de l'injure à certains moments, voire en être,
03:59ça, c'est autre chose.
04:00Mais pour nous faire bouger, il a quand même fallu nous secouer.
04:02Mais est-ce qu'il a raison, Donald Trump, quand il dit qu'il donne trop à l'OTAN sans
04:07retour ?
04:07On lui ouvre quand même des bases.
04:09C'est ça, notre principal argument ?
04:11Il y a 31 bases permanentes, par exemple, en Europe, où les Américains peuvent...
04:14Oui, c'est clair, mais c'est aussi pour assurer la défense, la nôtre aussi.
04:17Je suis d'accord qu'on fait des choses au sein de l'OTAN.
04:21Et je répète, le centre de l'OTAN est à Bruxelles, donc je dis à Bruxelles pas pour dire mon
04:25pays,
04:25mais ça veut dire qu'on sait que l'Europe est importante au niveau de l'OTAN.
04:29Par contre, quand on voit la contribution encore aujourd'hui, c'est quasi 70% du budget des États-Unis
04:34de l'OTAN.
04:35Donc clairement, même si c'est le plus grand pays, même s'il contribue beaucoup,
04:38on doit montrer aussi une adhérence à un club où on fait notre part du...
04:42C'est un peu comme quelqu'un qui ne paierait pas sa cotisation au club de tennis
04:46et qui dit, moi, je voudrais jouer autant sur le terrain que les autres.
04:48C'est un peu comme ça que je pourrais le dire.
04:49Et donc, si vous me disiez, c'est seulement sur quelques années,
04:52de 2014 à 2026, ça fait quand même beaucoup.
04:55Alors, il y a certains pays d'Europe qui ont fait le nécessaire,
04:58mais c'était souvent aussi parce que des raisons objectives de géographie,
05:00les y poussaient, la Pologne, vous voyez un petit peu où ils sont.
05:03Donc, les autres, on est resté quand même fort terrés derrière le fait...
05:06Bon, ils nous le demandent, mais d'un autre côté, ça sert leur industrie.
05:10Finalement, les Américains, donc, ils dépensent au niveau de l'OTAN
05:13parce que ça aussi leur fait plaisir.
05:15Il y avait peut-être une partie qui était vraie, mais pas l'ensemble.
05:17Surtout avec un tel écart.
05:20C'est 4-5% quand même de leur PIB chaque année, eux.
05:22Que vous disent vos amis Américains sur les mid-terms ?
05:25Ah, eux, ils disent pour le moment que si Trump continue comme ça,
05:29il va vraiment avoir très, très difficile de les gagner.
05:31D'autant plus que vous avez vu, il saute toujours d'une guerre à une autre.
05:35Il avait dit qu'au tout début, la guerre en Ukraine serait vraiment que quelques jours.
05:42Vous avez vu qu'on y est toujours.
05:43Il a à un moment donné voulu le Groenland à sa manière.
05:46Vous avez vu, quand il a parlé éventuellement d'une invasion,
05:49il a eu tout le monde contre lui, y compris dans son propre parti.
05:51Et aujourd'hui, il a fait le pari de l'Iran.
05:53J'espère vraiment pour lui, et j'espère pour nous et pour tout le monde,
05:57qu'il sait où il va et qu'il va stopper ce conflit
05:59parce que tous ces éléments viennent s'ajouter à une politique en dehors des tarifs
06:04qui n'est quand même pas très claire pour beaucoup.
06:06Mathilde ?
06:06Les cartes, est-ce qu'il lui resterait encore à jouer pour Donald Trump
06:11pour essayer de sauver potentiellement les mid-terms qui arrivent ?
06:14Une grande victoire, c'est-à-dire arrêter le problème au niveau de l'Iran,
06:19réouvrir le détroit d'Ormousse, continuer, c'est ce qu'il va essayer de faire,
06:23à mettre du pétrole américain, puisque c'est quand même le premier producteur,
06:26sur le marché pour éviter que les prix montent,
06:28et montrer qu'il a libéré l'économie mondiale en dehors du régime d'Emola,
06:33sur lequel il dira certainement toute une série de choses comme il le fait déjà.
06:36Ça, ce serait évidemment sa volonté, et c'est d'ailleurs ce qu'il cherche déjà pour le moment.
06:40Et donc je pense que c'est pour ça aussi que les marchés ne sont pas plus alarmés qu'ils
06:43ne sont.
06:44Je ne dis pas que ça ne fluctue pas et qu'il y a de la volatilité.
06:46Mais vous voyez bien que les anticipations sont quand même dans une idée courte.
06:50Et même si on regarde les indicateurs d'inflation,
06:53c'est vrai que les prix du pétrole montent fort, le gaz également,
06:55mais on voit que si jamais demain il y a un accord, ça peut refluer très très vite de l
06:58'autre côté.
06:59Et l'inflation, c'est la hausse générale des prix.
07:01Donc la connexion entre les prix de l'énergie, pour le moment,
07:04sur une courte durée et le reste de l'économie,
07:07si c'est court, ça ne sera pas très important.
07:09Donc je pense qu'il se bat vraiment pour pouvoir avoir au moins ça,
07:12et très rapidement, parce que l'émiteur m'arrive vraiment très vite pour lui.
07:15Merci beaucoup Roland-Gilles, il est venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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