00:00La conférence de Munich, le ton a largement tranché entre Marco Rubio cette année et J.D. Events l'année
00:05dernière.
00:06Mais est-ce que c'est vraiment différent sur le fond ?
00:10On va voir ça avec Alexis Karklins-Marché. Bonjour, directeur général délégué d'Acte Advisori.
00:14Vous avez suivi les différents discours. C'est vrai qu'il y a eu quand même un côté, on a
00:19été un peu rassuré.
00:20Mais quand on regarde quand même le fond du discours de Marco Rubio, c'est pas très très différent finalement
00:25de celui de l'année dernière.
00:26Alors c'était quand même un discours qui est attendu. Il fallait le dire, c'était vraiment un discours attendu.
00:30Pourquoi ? Parce qu'on le sait, la conférence de Munich sur la sécurité, MSC en anglais, c'est devenu
00:35le rendez-vous incontournable de la géopolitique mondiale.
00:39Ça l'est devenu depuis une grosse année. Pourquoi ? Parce qu'en réalité cette conférence, elle existe depuis 1963.
00:47Mais l'année dernière, on a vu cette sortie de J.D. Events, le vice-président américain.
00:52Il y avait une attente cette année, c'était le secrétaire d'État et on s'attendait évidemment à quelque
00:57chose d'un peu différent.
00:58On l'a eu, c'est vrai, vous l'avez dit. Le ton a changé.
01:02Après la violence de Vance l'année dernière, très très anti-européenne,
01:06après un Davos 2026 que vous avez suivi en direct, où l'Amérique est apparue menaçante,
01:10on était en pleine crise du Groenland, et l'Amérique est apparue arrogante, donnant des leçons aux Européens,
01:14le discours de Rubio, beaucoup plus conciliant sur la forme, il a parlé de son propre héritage européen,
01:21il a parlé de ce qu'il devait à l'Europe, il a utilisé des expressions très fortes,
01:25il a dit nous serons toujours un enfant de l'Europe, rappeler l'importance des liens indissolubles entre les Etats
01:30-Unis et l'Europe,
01:31que ce soit sur le plan économique, militaire, spirituel ou culturel.
01:34Il a cité, il a fait plaisir aux Européens, il a parlé de la civilisation occidentale,
01:37en parlant de Mozart, de Beethoven, de Dante, de Shakespeare, de Michel-Ange, de La Chapelle Sixtine ou des Beatles,
01:44il a parlé aussi du sang et des morts côte à côte sur les champs de bataille, notamment en Afghanistan,
01:49c'était un peu le contre-pied, la référence à la déclaration de Donald Trump,
01:53et j'ai compté plus de 20 fois, il utilise le mot ensemble, voilà, c'est presque anaphorique,
02:01il a utilisé ensemble, nous allons faire ensemble, ensemble, ensemble.
02:04La salle, à la fin, a salué avec un enthousiasme non fin, il y a eu vraiment une standing ovation,
02:10et Wolfgang Ischinger, qui est le président actuel de la conférence de Munich,
02:13a évoqué lui-même, devant Marco Rubio, un soupir de soulagement, voilà.
02:18Donc ça c'est sur la forme, évidemment.
02:20Annalisa ?
02:20Alors lui, il a parlé de deux civilisations qui sont liées, en réalité, c'est exactement l'inverse
02:25qu'on lit dans la stratégie de sécurité des Etats-Unis, où là on parle de l'Europe comme d
02:29'une civilisation
02:30qui est sur sa faim, qui est déjà condamnée.
02:32Comment expliquer ce contraste ?
02:35Alors il y a plusieurs lectures possibles.
02:37Il y a une lecture qui est une lecture, on va dire, plutôt bienveillante à l'égard des propos de
02:41Marco Rubio,
02:41où il rappelle que l'Europe, effectivement, est une grande civilisation,
02:44mais qu'elle doit se réveiller, sous-entendu à l'instar de ce qui est en train de se passer
02:48aux Etats-Unis.
02:49Et c'est vrai qu'il y a un certain nombre de propos qu'il tient, qu'on peut comprendre,
02:52et qu'il faut écouter quand il parle de nos désillusions sur l'ordre international,
02:56sur les dérives du libre-échange, sur la désindustrialisation,
02:59sur la perte de contrôle des chaînes d'approvisionnement critiques au profit de pays rivaux,
03:04quand il parle de la perte de souveraineté ou de nos Etats-Providence massifs,
03:07on dépense beaucoup pour l'Etat-Providence, mais pas assez pour la défense,
03:10sur le, je cite, « culte climatique » qui nous a imposé des politiques énergétiques
03:15qui ont appauvri nos peuples, ou encore, je cite là encore,
03:17les migrations de masse qui menacent la cohésion de nos sociétés,
03:21ou la continuité de notre culture.
03:22Eh bien ça, ça fait un écho, ça trouve un certain écho dans les sociétés européennes.
03:26Je crois qu'il faut aussi avoir une lecture plus critique, presque plus cynique,
03:30parce que, d'une certaine façon, Marco Rubio a joué ici un peu le rôle du « good cop »,
03:34là où Gide Evans joue le rôle du « bad cop », le gentil versus le méchant.
03:39On peut dire que c'est qu'une question de forme.
03:41D'ailleurs, juste après Munich, où il n'est pas resté très longtemps,
03:44il est parti où ? À Budapest et à Bratislava.
03:46C'est-à-dire rencontrer les deux leaders les plus pro-Poutine, les deux plus pro-Trump,
03:51les deux plus anti-européens, que sont Viktor Orban et Robert Ficot.
03:54Voilà, donc il y a ces deux lectures, il y a sans doute un peu des deux,
03:57mais il faut quand même garder une forme de lucidité quand on est européen.
04:00Et Alexis, quand même, à Bratislava, il s'est défendu sur cette idée de vassalisation de l'Europe
04:05vis-à-vis des États-Unis, alors que c'était quand même assez clair dans son discours de Munich,
04:10il disait « mettez-vous derrière nous et puis suivez-nous dans notre idéologie ».
04:15C'était vraiment ça, c'est une révolution qui est en cours aux États-Unis,
04:18nous sommes les plus lucides, nous avons compris les changements du monde,
04:22nous, nous vous aimons, mais suivez-nous, suivez-nous, faites comme nous.
04:26Et donc, faites comme nous, ça veut dire quoi ?
04:28Ça veut dire vous les Européens, vous n'avez pas encore compris ce qui est en train de se passer,
04:33vous n'êtes pas assez réalistes sur les changements du monde,
04:37nous, nous avons compris tout ce qui menace à la fois notre sécurité intérieure et la sécurité extérieure,
04:41nous sommes des alliés, suivez-nous.
04:43Et donc, c'est un discours qui est, comment dire, assez, encore une fois, assez cynique, presque,
04:48quand on voit ce qui se passe aux États-Unis.
04:52Il y a aussi une lecture très politique, et certains l'ont relevé.
04:55Marco Rubio est en train, probablement, d'inscrire une future campagne politique.
05:00Il avait déjà en 2016...
05:01Et il a un ennemi, c'est G. Devin.
05:03Et un ennemi, c'est G. Devin.
05:04Il avait déjà en 2016 concouru pour les primaires américaines,
05:07bon, il avait été éliminé pendant les primaires,
05:09on lui prête un destin dans l'ère post-Trump.
05:11Il est aussi, d'une certaine façon, en train de préparer cette ère post-Trump.
05:15Et donc, il marque son terrain en disant, moi, au moins avec les Européens, je m'entends.
05:19Annalisa.
05:20Il y a eu aussi un autre discours remarqué, celui du chancelier allemand Frédéric Mertz,
05:24qui a été un peu une réponse, quelque part, au discours de Marco Rubio.
05:27C'est vrai. Alors, d'habitude, le chancelier allemand, qui intervient à Munich, intervient le deuxième jour.
05:32Mais là, Mertz a demandé à intervenir le premier jour.
05:35Intervenir le premier jour, justement, avant Marco Rubio.
05:38Et ce qui était très intéressant, c'est que le ton, là aussi, et le fond, ont été assez impressionnants.
05:45D'ailleurs, le Grand Continent parle d'un tournant gaulliste, en parlant de ce discours de Frédéric Mertz, du chancelier
05:50allemand.
05:51Il a surtout énuméré sa doctrine en quatre points. Je vais aller vraiment très vite.
05:54D'abord, renforcer l'Allemagne, on l'a compris, mais il a vraiment insisté sur l'importance de renforcer, notamment,
05:58le militaire.
06:00Donc, l'Allemagne, appelant, il appelant l'Allemagne à devenir la première puissance militaire conventionnelle en Europe.
06:07Donc, très fort. Renforcer l'Europe également.
06:09Renforcer l'Europe en luttant contre la bureaucratie.
06:11Il a parlé de l'Europe à plusieurs vitesses, le E3, notamment, France, Allemagne, Royaume-Uni,
06:16mais aussi ce qu'il appelait les meneurs de jeu avec l'Italie et la Pologne.
06:20Il a parlé de la dissuasion nucléaire et l'importance d'une dialogue en cours avec la France.
06:25Et peut-être le point le plus important, en écho, presque en avance de ce qu'allait dire Rubio,
06:29il a souligné l'importance de renouveler le partenariat entre les États-Unis et l'Europe.
06:34Parce que lui, il parle d'un fossé. Il parle d'une profonde fracture entre l'Europe et les États
06:40-Unis.
06:40Ce qui, et c'était son quatrième et dernier point, doit appeler l'Europe à nouer des partenariats stratégiques
06:45avec les autres parties du monde.
06:47Donc, un vrai discours géopolitique avec une certaine ampleur
06:50et qui montre que le chancelier est en train de rentrer pleinement dans la réalité du monde.
06:56Mais sur la dissuasion nucléaire, c'est presque là où il y a les plus grandes oppositions.
06:59Parce que Marco Rubio dit qu'il n'y a pas de discussion sur le fait de sortir d'un
07:02parapluie américain,
07:03alors que Frédéric Schmerz dit « Si, si, on discute ».
07:06Et c'est vraiment l'incarnation de cette autonomie stratégique que certains appellent en Europe,
07:11mais qui va aussi trouver des résistances, parce qu'il y a toujours un courant atlantiste en Europe,
07:16porté par exemple par Giorgia Meloni en Italie.
07:19On ne peut pas se passer de ce lien transatlantique, là où aujourd'hui des voix,
07:23que ce soit celle du président français ou du chancelier allemand,
07:25commencent à dire « Bien sûr qu'on restera amis avec les Américains, mais le monde se reconstruit
07:29et l'Europe doit être plus indépendante, plus souveraine, plus autonome ».
07:32Merci beaucoup Alexis Kerklin, ce marché des amis ce matin, dans la matinale de l'économie.
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