00:00La radio doit assumer l'oralité, doit assumer les phrases qui ne sont pas terminées, qui sont bancales.
00:05Mais c'est comme ça qu'on arrive à parler, je crois, de la manière la plus directe.
00:17Je les lis avec beaucoup d'intérêt, mais en fait, plus généralement, les messages d'auditeurs et d'auditrices,
00:23tels qu'on en a des extraits avec la lettre de la médiatrice, c'est des choses que je trouve extrêmement intéressantes,
00:28beaucoup plus intéressantes que les chiffres de médiamétrie, en fait.
00:31Je trouve qu'on devrait passer plus de temps à essayer de les analyser,
00:35non pas pour leur faire dire tous la même chose, mais au contraire, à les prendre dans leur singularité.
00:39C'est un retour, en fait. Je pense qu'il serait vain d'essayer de savoir ce que veulent les auditeurs.
00:43Les auditeurs ou les auditrices, par définition, ils ne veulent rien.
00:46Ils attendent de réagir à des propositions qu'on leur fait.
00:49Et je ne crois pas qu'il faille nécessairement ajuster nos propositions à ce qu'on pourrait projeter
00:55comme étant les désirs des auditeurs et des auditrices.
00:57Ça me paraît un mode de fonctionnement assez dangereux.
00:59En revanche, ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas tenir compte de leur avis.
01:01Il faut vraiment comprendre la manière dont ce qu'on leur propose a été reçu.
01:07Et évidemment, ajuster, adapter, changer des choses, en abandonner certaines.
01:13Donc c'est toujours passionnant, les liens.
01:18Évidemment, il faut faire attention à la langue française.
01:21Mais je ne crois pas qu'il faille la défendre, en fait.
01:23Je crois qu'il faut plutôt essayer de participer à la rendre vivante,
01:27voire à l'inventer, à la rendre nouvelle.
01:30La radio doit assumer l'oralité, doit assumer les phrases qui ne sont pas terminées,
01:34qui sont bancales.
01:35Mais c'est comme ça qu'on arrive à parler, je crois, de la manière la plus directe.
01:39Donc oui, il faut faire attention à la façon dont on parle,
01:43mais il faut assumer le fait que c'est une langue orale qu'on manie à la radio.
01:46Politique pour désigner un responsable ou une responsable politique.
01:54Je n'aime pas du tout cette évolution de la langue parce qu'en fait,
01:57elle manque de précision.
01:58C'est-à-dire qu'une politique, pour moi, c'est une politique publique.
02:01C'est la politique culturelle, la politique économique.
02:04Et donc je m'efforce toujours de faire attention à dire
02:06un responsable politique ou une responsable politique.
02:09Je n'aime pas trop les élisions comme ça, les raccourcis.
02:13Même si j'aime beaucoup la manière dont la langue évolue,
02:16il y a une chose qui me chagrine aussi.
02:19Je trouve qu'il y a une forme d'imprécision dans l'utilisation des prépositions.
02:24Et en particulier la préposition « chez » qui est utilisée n'importe comment.
02:27Maintenant, on dit « chez » pour désigner « je travaille chez le monde ».
02:32Non, on travaille au monde.
02:35Et ça, ça m'écorche les oreilles assez souvent à la radio, je dois dire.
02:38J'en ai beaucoup, mais j'ai réfléchi à cette question
02:45et j'ai envie de répondre « anthropologie ».
02:47Parce que j'aime bien la manière dont le mot sonne,
02:49mais j'aime aussi beaucoup sa graphie.
02:51Et je pense que pour les mots, même à la radio,
02:54c'est important d'en avoir la représentation visuelle, graphique.
02:57Anthropologie, c'est magnifique.
02:58Le mot radio, ça me fait d'abord penser à mon grand-père,
03:05son transistor rivé à l'oreille,
03:08en train d'écouter sur les grandes ondes, à l'époque,
03:11le multiplexe du foot sur France Inter,
03:14dans les années 70, quand j'étais enfant.
03:16La radio, c'était ça.
03:18La radio, ça m'évoque le mot « maison ».
03:20Parce que pour moi, une maison,
03:22c'est un endroit dans lequel la radio est toujours allumée.
03:25Et c'est évidemment aussi la maison de la radio.
03:28La radio, j'en fais depuis tellement longtemps maintenant
03:31que c'est vraiment devenu ma maison.
03:33Et la radio est chez moi.
03:34Et moi, je suis à la radio, pas chez la radio.
03:40Évidemment, cette question, elle me rend très nostalgique.
03:43La première voix que j'ai envie de citer,
03:44c'est celle de Bernard Lenoir,
03:45celle qui m'a donné envie d'écouter de la musique
03:48et de faire de la radio.
03:50Mais il y a d'autres voix qu'on n'entend plus aujourd'hui.
03:53Je pense à celle d'Anna Weinstein sur France Culture,
03:55à celle de Jean Lebrun.
03:56Mais en fait, j'aurais envie surtout de citer
03:58les voix de mes collègues, les voix contemporaines.
04:01Parce que ce sont des gens avec lesquels je vis au jour le jour.
04:05Alors je ne vais pas rajouter de nom
04:06parce que j'aurais peur d'en oublier de trop importants pour moi.
04:26La radio doit assumer l'oralité,
04:45doit assumer les phrases qui ne sont pas terminées,
04:47qui sont bancales.
04:48Mais c'est comme ça qu'on arrive à parler, je crois,
04:50de la manière la plus directe.