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  • il y a 1 jour
🎙️ Quel rapport les journalistes et producteurs de Radio France entretiennent-ils avec la langue française ?
Julie Gacon, productrice de "Cultures monde" sur France Culture nous parle de son rapport à la langue

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Transcription
00:00Moi j'ai adoré qu'on se dispute sur la langue française.
00:02Si nous devons nous disputer sur quelque chose, faisons-le sur la langue française, ça sera parfait.
00:14Alors quand les messages d'auditeurs et d'auditrices concernent spécifiquement l'usage de la langue française,
00:18je dois dire qu'ils ont quand même toujours raison.
00:21Quand ils prennent le temps d'écrire pour ça, en général, c'est qu'ils connaissent la règle.
00:24J'avais l'habitude, au début, j'ai laissé tomber, mais au début, un petit peu comme dans une dissertation,
00:30je terminais mes introductions par des questions auxquelles l'émission était censée vouloir répondre,
00:35tenter de répondre.
00:36Par exemple, comment Recep Tayyip Erdogan va-t-il profiter de sa position de médiateur pour nanana ?
00:43Comment les citoyens taïwanais se préparent-ils à aider l'armée en cas de conflit avec la Chine ?
00:49Une auditrice m'avait interpellé un jour en disant
00:52« Mais vous reprenez vos sujets à chaque fois dans vos questions, c'est une erreur.
00:55Vous devez dire comment le président turc se prépare à nanana ou tire profit de... »
01:01Je passe un peu de temps sur Internet, très peu de choses là-dessus.
01:05L'Académie française donne raison à cette auditrice en disant qu'il s'agit d'une reprise pronominale du sujet
01:11sous la forme interrogative et que c'est une erreur.
01:13Et donc, comme ça me contrariait, à la fin de l'émission, quelques jours plus tard,
01:19j'ai dit aux auditeurs « Dites-moi ce que vous en pensez ! »
01:21Et c'était trop drôle parce que j'ai reçu plein de mails de gens qui y allaient de leur avis
01:26et je les ai trouvés tous, même ceux qui se trompaient, qui pensaient qu'il fallait répéter le sujet.
01:32Je trouvais qu'ils avaient des bonnes raisons.
01:33Ils disaient « C'est plus oral, on comprend mieux que vous posez une question, etc. »
01:37Moi, j'ai adoré qu'on se dispute sur la langue française.
01:38Si nous devons nous disputer sur quelque chose, faisons-le sur la langue française, ça sera parfait.
01:43Oui, je trouve que c'est un impératif parce que quand on entend des erreurs,
01:50ça fait tellement saigner des oreilles, c'est abominable.
01:53J'entends tout le temps « gageurs » au lieu de « gageurs ».
01:55J'ai entendu quatre émissions, alors ça, j'étais un peu surprise.
01:59Je me dis que tous les auditeurs et auditrices qui savent s'exprimer correctement
02:05doivent, comme moi, saigner des oreilles quand ils entendent ça
02:07et trouver qu'il y a un nivellement par le bas de la langue.
02:11Alors, je ne suis pas tout en train de dire qu'on est en train de toucher le fond
02:13et les fautes dont je vous parle, je ne les entends pas si souvent que ça,
02:17mais vraiment, à chaque fois, ça me fait un coup dans l'estomac.
02:23Alors, je vais m'interdire à l'antenne tout ce que je trouve éculé
02:27et un peu paresseux du style « bruit de bottes à la frontière »
02:33ou encore « la tension monte entre nanana ».
02:35Alors, je ne dis pas du tout que c'est grave de le faire,
02:37je suis juste un peu orgueilleuse et je me dis toujours que je peux trouver mieux.
02:40Et en vrai, quand je ne trouve pas mieux, ce n'est pas très grave.
02:42Donc, ça m'est arrivé aussi de le dire.
02:43Et je m'interdis de dire merci infiniment aux invités parce que merci à l'infini, non.
02:48Je remercierai infiniment la personne qui sauvera la vie de quelqu'un.
02:51Mais je ne remercie pas infiniment un invité.
02:54J'ai quelques tics de langage, je sais que je dis très souvent « comme on dit aujourd'hui ».
03:03Parce que dès que j'emploie une formule que je trouve bizarre,
03:07non mais bizarre, je sais que c'est vraiment du langage commun,
03:09mais par exemple, je déteste le mot « management »
03:12ou tout ce qui concerne le langage un peu « ressources humaines ».
03:15Je dis toujours « comme on dit aujourd'hui »,
03:16ce qui est un peu ridicule quand on le dit très souvent.
03:18Je dis très souvent aussi « vous disiez tout à l'heure que nanana »
03:22ou « comme vous l'écrivez dans vos travaux »,
03:24alors c'est pareil, je pense que quand il y a une accumulation de ces expressions dans une émission,
03:28c'est assez désagréable, donc je dois faire attention.
03:30Mais c'est aussi une façon de dire aux invités que je les ai lus et que je les ai écoutés.
03:38Alors longtemps, j'ai fait ma maline avec les mots en phobe,
03:41tout ce qui concerne les phobies.
03:43La cubicule, la cétophobie par exemple,
03:45sachez que c'est la peur d'avoir un lézard qui tombe sur votre lit.
03:50La catatophobie, c'est la peur des miroirs.
03:54L'alectorophobie, c'est la peur des poulets.
03:56Et éventuellement, vous pouvez être apopatodia,
03:59phulatophobe, bon courage.
04:00Je vous laisse aller voir ce que ça veut dire.
04:02Puis en fait, j'ai compris un jour que c'était juste des gens qui s'étaient amusés.
04:05Enfin, je ne vois pas, je ne pense pas que ce soit des mots qui aient une longue histoire.
04:08Et je pense qu'on s'est juste amusé à faire ça.
04:10Donc j'ai arrêté de m'amuser avec ces mots,
04:12ou en tout cas de faire ma maline avec.
04:14Dans l'émission, je peux employer des mots comme pantalonnade.
04:16Éviter qu'une cope devienne une nouvelle pantalonnade, une farce.
04:19Je trouve ça très beau.
04:20En revanche, il ne faut pas trop devenir amphigourique.
04:23Parce qu'on deviendrait incompréhensible.
04:29Je les évite, ça c'est sûr et certain.
04:31Mais une fois que vous avez dit jeune pousse pour dire start-up trois fois,
04:34vous vous sentez un peu ridicule.
04:35Il se trouve que dans la vie, j'évite même de dire week-end.
04:38Donc je ne suis pas un très bon exemple.
04:40Je dis fin de semaine.
04:41Non, j'ai un petit peu mis de l'eau dans mon vin.
04:43De la même façon, au départ, je disais, il ne faut pas employer d'anglicisme.
04:46Et puis je lis Balzac, Les Illusions perdues,
04:49ou Splendeur et misère des courtisanes.
04:51Il y a plein d'anglicisme.
04:52Il parle de fashionable, par exemple, Balzac au 19e siècle.
04:55Alors certes, à chaque fois, il met en italique,
04:57pour montrer que ce n'est pas un mot français.
04:58Nous, en radio, on ne peut pas mettre d'italique.
05:00Mais voilà, je pense qu'il faut un tout petit peu se détendre.
05:02En revanche, il y a plein de mots qu'on dit à l'antenne sans y penser.
05:06Fake news, je ne vois pas pourquoi on ne le remplacerait pas par fausses nouvelles.
05:09Je ne vois pas pourquoi.
05:11Donc voilà, c'est un petit mélange des deux.
05:16Le mot radio, pour moi, ça évoque 90% de ma vie.
05:19C'est tout.
05:24Je suis très touchée par la voix d'Aurélie Charron à France Culture, l'expérience.
05:29Mais surtout, je suis toujours très touchée par les voix de comédiens et comédiennes
05:33que France Culture embauche pour les documentaires.
05:36Vraiment, c'est magnifique d'écouter La Grande Traversée sur Malcolm X, par exemple,
05:40cet été, avec un comédien qui a donné sa voix à Malcolm X.
05:44Et vous y êtes, tout simplement.
05:46Donc je suis emportée par ces voix-là.
05:47Merci.
05:48Merci.
05:49Merci.
05:51Merci.

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