- il y a 2 jours
Ce vendredi 16 janvier, les indices et valeurs à suivre et à surveiller ont été abordés par Raphaël Moreau, gérant de fonds chez Amiral Gestion, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00En portefeuille, c'est avec Raphaël Moreau, gérant de fonds chez Amiral Gestion.
00:05Bonjour Raphaël Moreau.
00:06Bonjour Nicolas.
00:07Merci d'être avec nous.
00:08On va essayer de comprendre un petit peu l'analyse que vous faites du secteur des services numériques en Europe,
00:15en lien avec la dynamique qui existe sur la tech au global, j'allais dire la tech européenne,
00:20mais non, en fait la tech aux Etats-Unis, en Asie également, qu'on voit très porteuse.
00:24Et on va regarder comment ça peut se diffuser ou ça se diffuse déjà en Europe.
00:29Juste avant, un petit mot, Raphaël Moreau, dans ce début de saison des résultats aux Etats-Unis,
00:34cette attente de résultats qui arriveront, dont la saison commencera dans quelques jours, quelques semaines en Europe.
00:41Vous étiez la semaine dernière au forum Odo-BHF.
00:45Et quels ont été les enseignements que vous retenez ?
00:50Quelles ont été la teneur des échanges que vous avez eus avec les entreprises,
00:54notamment qui ont pu vous donner quelques indications peut-être sur une santé économique
00:58avant cette période de silence qui précède la publication des résultats ?
01:02Oui, le forum Odo, c'est toujours un forum un peu différent des autres,
01:06parce qu'il a lieu en ce début d'année.
01:08Après la trêve des confiseurs, les sociétés ont beaucoup moins parlé.
01:10Par contre, elles ont clôturé leur année, alors elles n'ont pas encore les chiffres.
01:14Mais elles ont les tendances.
01:14Voilà, elles ont les tendances.
01:15Ça permet de prendre le pouls un petit peu de l'économie.
01:19Et en fait, ça va mieux.
01:20Voilà, c'est un peu ce qu'on voit dans tous les indicateurs macroéconomiques.
01:24Le PMI qui est passé en un an de 45 à 50.
01:28Et bien en fait, on le voit aussi dans le discours des sociétés au niveau microéconomique.
01:32On a finalement des taux qui ont commencé à baisser depuis un moment déjà,
01:36qui commencent maintenant en fait seulement à avoir un impact positif sur l'activité.
01:41On a évidemment le plan de relance allemand qui a eu beaucoup de commandes envoyées en direction de la Défense.
01:49D'accord, ça vous l'entendez déjà ?
01:51Sur la Défense, oui.
01:52Au 4ème trimestre, ça a été gros.
01:54En Allemagne, c'est très gros.
01:55Parce qu'on avait il y a quelques jours le dirigeant de Fijac Aéros
01:58qui disait qu'il s'attendait à recevoir les commandes, mais qu'il ne les avait pas encore directement reçues.
02:04La commande n'avait pas été passée.
02:05En France, c'est zéro.
02:06Ah, en France, c'est zéro.
02:07En France, zéro.
02:08En Allemagne, là, ça y est, ils ont envoyé.
02:11Donc, c'est plutôt fléché effectivement vers des sociétés allemandes.
02:15Une grosse partie est fléchée vers les entreprises allemandes.
02:19Vous avez aussi cette stabilité gouvernementale allemande qui est revenue.
02:23En fait, c'est bête, mais eux aussi, ils ont connu une grosse phase d'instabilité.
02:26Bien sûr.
02:26Donc, au 4ème trimestre, il y a aussi de la dépense publique générale
02:28qui revient.
02:30Et puis derrière, on a ce plan d'infrastructures qui va commencer.
02:34Il est prévu sur 12 ans.
02:35Donc, il va commencer aussi à alimenter l'économie.
02:38Bon, après, il y a quand même une ombre au tableau majeur,
02:40mais il y en a toujours une de toute façon.
02:42Donc, c'est évidemment la France avec l'instabilité politique qui est là.
02:48Mais même en France, ça va mieux.
02:49Ça pèse sur l'activité des entreprises françaises,
02:52sur les perspectives, sur le moral des dirigeants et qui peuvent échanger ?
02:55Un peu, mais on s'aperçoit quand même que ça va mieux en France aussi.
02:59C'est-à-dire que, par exemple, le marché immobilier, il est en train de repartir.
03:04Le constructeur de maison Exaom, premier constructeur de maison en France.
03:09Bien sûr.
03:09Leur carnet de commande, au mois de fin août, il était en hausse de 70% par rapport à l'année d'avant.
03:14Alors, on partait de zones basses.
03:16Mais ça, c'est le résultat de la baisse des taux, notamment.
03:19Et puis, même le secteur aéronautique, alors pas forcément dans la défense,
03:22mais il y avait de gros problèmes de supply chain,
03:25de goulots d'étranglement dans la supply chain.
03:27Airbus commence à arriver à accélérer les cadences.
03:30Et donc, ça aussi, c'est porteur pour l'économie française.
03:32Donc, dans l'ensemble, nous, on voit plutôt le verre comme à moitié plein, voire un peu plus.
03:38Quand on regarde la micro ?
03:39Voilà, exactement.
03:41Si on regarde à présent ce qui se passe du côté, j'ai envie de dire de la tech,
03:44mais en tout cas des services numériques en Europe,
03:47comment est-ce que vous analysez le secteur à l'heure actuelle ?
03:51Alors, c'est un secteur qui a beaucoup souffert ces trois dernières années.
03:56Alors, à la fois parce que finalement, pour une raison conjoncturelle évidente,
04:00la conjoncture n'a pas été bonne.
04:03Il y a eu des hausses de taux, la guerre en Ukraine.
04:05Les sociétés, pendant trois ans, ont serré les boulons.
04:07Et une manière facile d'économiser, de réduire les charges,
04:12c'est de faire moins appel aux prestataires.
04:14Donc, les sociétés de services numériques, de manière assez classique,
04:17ont vu leur activité ralentir ces trois dernières années.
04:21Mais ce qui a aussi marqué les trois dernières années, c'est l'arrivée de Tchad GPT.
04:26Bien sûr.
04:27Et en fait, ça a vraiment coïncidé en timing avec ce ralentissement conjoncturel.
04:31Donc, le marché qui aime bien faire des raccourcis, s'est dit,
04:34le ralentissement conjoncturel, en fait, il est probablement structurel,
04:37parce que finalement, avec l'intelligence artificielle, tout ça, ça va se faire tout seul.
04:41D'accord.
04:41J'aurais plus qu'à demander à un logiciel de faire le boulot,
04:44et puis j'aurais plus besoin d'informaticiens.
04:46Donc, l'IA viendrait concurrencer les services numériques en Europe.
04:51En tout cas, c'est le raccourci que vous avez constaté.
04:53Si vous dites que c'est un raccourci, c'est que ce n'est pas si vrai que ça, selon vous, Raphaël ?
04:56Oui. Alors déjà, la partie codage, c'est qu'une petite partie de l'activité des gens qui font cette activité.
05:03Et par ailleurs, nous, en fait, on voit l'intelligence artificielle comme une nouvelle révolution industrielle,
05:12une nouvelle révolution numérique, comme il y en a eu énormément,
05:15comme il y en a, évidemment, on ne code pas aujourd'hui, on ne fait pas du développement informatique
05:19comme on le faisait dans les années 70 ou 80.
05:21Tout a changé, tout va.
05:22D'accord.
05:23Mais en fait, oui, ça va augmenter la productivité des informaticiens, c'est évident,
05:28mais aussi, ça va permettre de faire plein de nouvelles choses.
05:30Donc, il y a vraiment beaucoup de choses à faire.
05:34Alors, si j'écoute, par exemple, le dirigeant de WaveStone, Pascal Imbert,
05:38qui est vraiment quelqu'un d'extrêmement transparent,
05:40quand ça va mal, il vous le dit, quand ça va bien, il vous le dit aussi.
05:44Lors de la dernière publication de résultats, il disait que maintenant, c'était très clair
05:49que l'intelligence artificielle allait être un formidable catalyseur pour la demande de conseils.
05:55D'accord.
05:55Il voit énormément de projets qui sont en train d'accélérer très fort.
05:59Alors qu'on a vu, justement, l'activité conseil au global, pas que sur les sujets numériques,
06:06peinés ces derniers mois, là, non, on a le dirigeant de WaveStone qui dit
06:09ça va nous permettre de réenclencher une activité, si je comprends bien.
06:13Voilà, et eux, ils sont un petit peu plus conseils qu'applications.
06:16Bien sûr.
06:16Ils sont un peu plus en amont des autres, donc ils voient les choses avant.
06:20Et d'ailleurs, alors l'Europe a une conjoncture plus dégradée que les autres, mais par exemple,
06:24ils sont aussi présents aux Etats-Unis.
06:25Et aux Etats-Unis, ils ont de très belles croissances.
06:27Donc, même Accenture a de bons chiffres aux Etats-Unis, il y a de bons chiffres,
06:31Capgemini a publié de bons chiffres aux Etats-Unis.
06:33Donc, pour moi, le ralentissement, il est très structurel.
06:37Il est très, pardon, il est très conjoncturel.
06:40Et on parle évidemment à beaucoup de dirigeants dans le secteur.
06:44Et le discours, il est assez cohérent, en fait, entre les acteurs.
06:48Donc, WaveStone qui vous dit, effectivement, que l'IA va devenir une opportunité.
06:54Si on regarde un petit peu les valeurs que vous suivez, justement, sur ce secteur des services numériques,
07:00quelles sont celles qui tirent leur épingle du jeu ?
07:03Quelles sont celles qui souffrent peut-être un peu plus de la conjoncture ?
07:05Qu'est-ce que vous suivez, Raphaël Moreau ?
07:07C'est vrai qu'il y a différents...
07:08Les acteurs sont tous positionnés un petit peu différemment,
07:10que ce soit de manière géographique, que ce soit sur les métiers.
07:12Et puis, elles ont des cultures d'entreprises différentes.
07:15Mais je pense...
07:15Donc, nous, notre plus grosse ligne dans le secteur, c'est Obey,
07:17une société française qui est aussi présente en Italie et en Espagne,
07:22très présente sur le secteur de la banque et de l'assurance.
07:26Obey, c'est reparti très fort.
07:29Le cours de bourse, il a doublé sur les plus bas d'il y a deux ans.
07:32D'accord.
07:33On est revenu sur des valorisations quasiment normales, en fait, pour Obey.
07:38Donc, passer l'inquiétude, on revient sur des valorisations qu'on juge normales, c'est ça ?
07:42Absolument.
07:43Et alors que beaucoup d'autres, quand même, sont encore pas mal à la peine.
07:47Ce que j'aime en particulier avec Obey, et c'est un enseignement pour le secteur,
07:51c'est que pendant des années, ce secteur qui, historiquement, faisait pas mal de M&A
07:55et créait de la valeur via le M&A, en rachetant des sociétés un peu moins bien gérées
08:00et en les redressant, ce moteur de création de valeur s'était éteint à cause du private equity
08:06qui aspirait tout.
08:08Le private equity avait beaucoup d'argent qui rentrait, c'est un secteur qui génère
08:11beaucoup de cash, qui les intéresse.
08:13Et le problème, c'est que ces sociétés-là n'arrivaient plus à acheter une valorisation
08:18qui leur semblait justifiée.
08:21Et là, si ça ne vous a pas échappé, le private equity est un petit peu en phase de digestion
08:24actuellement.
08:26Et donc, ça revient sur...
08:27Obey a fait une acquisition l'année dernière, Solutec, société française, à la maison,
08:33exactement dans la typologie qu'ils recherchent et qu'ils ont fait, alors ça faisait plusieurs
08:37années qu'ils n'en avaient pas fait, une société qu'ils vont redresser en termes
08:40de performance économique, c'est une société de qualité, mais avec des marges optimisables
08:44et qui leur a déjà permis de gagner des nouveaux appels d'offres, parce que ça
08:47leur a permis de compléter leur maillage territorial et de gagner des appels d'offres
08:51qu'ils n'auraient pas gagnés sans ça.
08:53Donc là, tout de suite, à Obey, vous avez tout qui va dans le bon sens.
08:56Un management de super qualité, du M&A créateur de valeur, une croissance organique
09:00qui est en train de repartir.
09:03Donc Obey, c'est vraiment...
09:04Il a bien tiré son épingle du jeu ces derniers temps.
09:06Haute valeur à suivre, pas forcément en France d'ailleurs.
09:09si on regarde les ESN en Europe.
09:12Oui, il y en a beaucoup.
09:13En France, il y en a d'autres comme Wavestone, comme Sopra, qui sont très connus,
09:17comme Artel, etc.
09:18En Italie, on a une position en Reply, qui est une société extrêmement performante,
09:25qui a un modèle assez original et qu'on ne retrouve pas d'ailleurs en France.
09:30Finalement, c'est une société qui a quand même 15 000 employés, alors qu'elle est présente
09:34en Italie, au Royaume-Uni, en Allemagne, un tout petit peu en France et puis aux Etats-Unis.
09:39C'est une société qui, plutôt qu'avoir un gros paquebot avec 15 000 ingénieurs, découpe
09:44finalement son entreprise en une centaine, 100, 150 sociétés hyper spécialisées sur
09:49des sujets de niche, très en amont.
09:51Donc, ils sont très spécialisés.
09:55Ils ont des sociétés spécialisées sur l'IA agentique, sur la réalité augmentée,
09:59sur tout un tas de sujets comme ça, très novateurs.
10:02Sociétés extrêmement performantes, parce que cette valeur perçue par les clients,
10:07elle est très élevée, parce que justement, c'est des spécialistes de ces sujets.
10:10Voilà, vous avez un peu, finalement, par rapport à un grand paquebot comme Capgemini,
10:14vous avez 150 speedboats qui travaillent en meute pour générer de la performance.
10:22Voilà, et donc ça, c'est une société qui, elle aussi, a vu ses multiples baisser,
10:25si on prend valeur d'entreprise sur chiffre d'affaires, qui est un ratio intéressant dans
10:29le secteur.
10:30Parce que moi, j'ai quand même sous les yeux un cours de bourse qui recule sur les 12
10:34derniers mois.
10:34On est à moins 25% quand même sur, oui, c'est ça, à moins 25% sur Reply.
10:38C'est exclusivement du de-rating, donc de la baisse de multiples, et les performances
10:41sont restées très très bonnes, d'ailleurs, mieux que la plupart des sociétés dans le
10:44secteur, un peu moins élevées en absolu qu'auparavant, parce que le secteur a ralenti,
10:49mais c'est une société qui s'est bien défendue sur le plan de la croissance organique
10:52et les marges sont records.
10:55Voilà, et donc ça, c'est une société qui a vu son multiple valeur d'entreprise
10:58sur chiffre d'affaires passer de 4 fois en 2021 à moins d'une fois et demie aujourd'hui.
11:02D'accord.
11:02Et qui devrait, elle aussi, finalement, profiter de l'accélération dans le secteur.
11:09Donc c'est une société, et en plus, ils ont 500 millions d'euros de cash net au
11:12bilan, donc qui devrait leur permettre de faire des choses à eux aussi.
11:16Raphaël Moreau, une question un peu plus générale qu'on entend souvent, la question
11:19en 2026, c'est, quand on regarde la tech aux Etats-Unis, c'est est-ce que l'IA se diffuse
11:22dans l'économie ? Quand vous regardez ce qui se passe sur les ESN depuis 2-3 ans, vous
11:25nous dites que c'est conjoncturel et pas structurel, est-ce qu'on voit que finalement
11:28ça ne se diffuse pas tant que ça, puisque les ESN gardent encore des parts de marché,
11:32ou au contraire, quand même, que ça fait beaucoup évoluer leur activité et que
11:35ça finit par se diffuser et créer des nouvelles opportunités ?
11:37En fait, un petit peu les deux, et puis ça dépend du positionnement des entreprises.
11:41Nous, les entreprises, ce qu'elles nous disent, c'est que finalement, c'est de la productivité
11:44déjà.
11:45Quand j'écoute Weston, Weston a un discours très volontariste.
11:48Pour le coup, là, c'est assez marqué et ils sont un peu plus en amont dans la chaîne
11:53de valeur.
11:54Donc, c'est assez cohérent finalement.
11:55Et les autres voient surtout ça comme un gain de productivité.
11:59Et puis, vous savez, les sociétés clientes, elles ont une liste de projets quasiment infinie.
12:04Donc, s'il y a 30 % de productivité en plus, vous ferez 30 % de projets en plus.
12:08Alors oui, il faut se positionner, mais bon, tout comme d'autres révolutions technologiques
12:12ont fait que ces sociétés doivent se repositionner régulièrement.
12:15Donc, c'est un peu plus, c'est un peu plus, c'est un peu plus.
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