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  • il y a 2 mois
Fabrice Lenglart, directeur général de l'Insee, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce jeudi 18 décembre. Il est revenu sur leur note de conjoncture publiée mercredi, qui prévoit 0,9 % de croissance pour 2025, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:007h44 sur BFM Business et sur MC Live. Notre invité ce matin c'est Fabrice Langlard.
00:04Bonjour, vous êtes le directeur général de l'INSEE. Vous avez repris le poste depuis juin 2025.
00:09Vous étiez auparavant à la dresse. C'est vous qui apportez la bonne nouvelle de ce matin.
00:14L'INSEE qui prévoit 0,9% de croissance pour 2025. C'est plus que le gouvernement.
00:18C'est assez rare d'être au-dessus de la prévision du gouvernement.
00:21La note de conjoncture s'appelle consolidation modérée, croissance ravivée.
00:26Emmanuel Lechypre a traduit ça en entreprise vaillante consommateur chouinard. Est-ce qu'il a raison ?
00:32C'est pas mal en fait comme titre. C'est plus original. Je ne sais pas si l'INSEE aurait reprise.
00:37Mais en effet, on voit que la France est montée à bord de la reprise qui est en fait généralisée dans la zone euro.
00:46Et cette montée à bord, elle se fait d'abord par effectivement un regain d'investissement des entreprises
00:50qu'on a vu repartir au troisième trimestre.
00:54Et les dernières enquêtes de conjoncture, quand on interroge les chefs d'entreprise,
00:58nous disent également que leur morale, si j'ose dire, a tendance quand même à remonter
01:03et à rejoindre petit à petit, encore un petit peu en dessous, mais petit à petit la moyenne de longue période.
01:08Donc on s'attend à ce que l'investissement des entreprises effectivement continue à aller de l'avant,
01:12y compris au premier semestre 2026.
01:15Ce qui est Fabrice Nanglard, exactement le contraire de ce que j'entends sur ce plateau.
01:18C'est que moi j'entends des chefs d'entreprise inquiets qui disent avoir levé le crayon,
01:23qui s'inquiètent sur une hausse du chômage à venir.
01:26On va en reparler, ça ne va pas être le cas.
01:29Il n'y a que ceux qui sont inquiets, qui s'expriment, il y a une dichotomie.
01:33Comment ça se fait ? On résiste mieux au climat politique que ce qu'on ne croit ?
01:36En tout cas, on résiste un peu mieux peut-être que ce qu'on ne croit.
01:39Il faut se souvenir également que les taux d'intérêt ont baissé ces derniers mois et ces dernières années.
01:44Donc on finit par avoir quand même un environnement qui est un peu plus favorable de ce point de vue-là.
01:49Je ne suis pas en train de dire que l'investissement flambe.
01:51Mais néanmoins, il est incontestablement le moteur de cette reprise qu'on voit se dessiner depuis l'été.
01:58Avec des inégalités quand même sectorielles très fortes,
02:00on a toujours ce secteur aéronautique qui flambe bois,
02:03qui a beaucoup de commandes et qui tire quand même une partie de la croissance.
02:06Alors en effet, sur la seconde moitié de 2025,
02:10effectivement, l'industrie aéronautique a réussi à produire beaucoup plus
02:17et on le voit également dans les exportations.
02:20Ce qu'on pense, c'est qu'en début d'année, il va y avoir non pas un trou d'air,
02:23mais disons que ça va être moins flambant d'une certaine façon.
02:27Et le reste de l'industrie va suivre, c'est ce qu'on pense.
02:30Ce consommateur, Chouinard, comme dit Emmanuel Lechypre,
02:34vous le décrivez assez individualiste,
02:36c'est-à-dire qu'il a une vision pessimiste du monde qui l'entoure.
02:39Il pense que la situation va s'aggraver,
02:41mais il trouve que sa situation à lui n'est pas si mal.
02:44En effet.
02:44Et ça le force à épargner du coup ?
02:46Absolument.
02:47Vous avez tout résumé.
02:48On fait des enquêtes auprès des ménages.
02:50On leur demande d'une part, quelle est votre situation personnelle ?
02:53Est-ce que vous êtes plutôt optimiste ?
02:54Là, il répond grosso modo aux trois quarts, ça va à peu près.
02:57Et quand on leur demande quelle est la situation du pays,
02:59ils sont aux deux tiers plutôt pessimistes sur le pays.
03:03Et chose plus importante encore,
03:05ils sont deux tiers aujourd'hui,
03:07alors qu'il y a cinq ans,
03:08ils étaient seulement un tiers à être pessimistes sur le pays.
03:10Donc on voit une montée du pessimisme sur l'état du pays général.
03:14Et donc les ménages qui sont à la fois plutôt optimistes pour eux
03:18et plutôt pessimistes pour le pays,
03:20ils sont quatre sur dix.
03:21Et leur nombre a doublé en fait dans le pays.
03:24Et quand on regarde ces ménages,
03:25quand on les interroge,
03:26et quand on les interroge en termes de comportement d'épargne,
03:29c'est des ménages qui en fait sont plutôt épargnants.
03:31Ce qui peut expliquer, d'ailleurs,
03:34ça reboucle avec ce qu'on disait avant,
03:35que la consommation jusqu'à présent a été assez faible
03:39et a plutôt déçu sur le passé.
03:42Ce qu'on pense, c'est que la consommation va se réveiller
03:45au quatrième trimestre et dans les trimestres...
03:48Donc il va y avoir un déblocage de l'épargne
03:50et des consommateurs qui vont se réveiller un peu
03:53et consommer enfin, quoi.
03:56Alors, ce qu'il faut rappeler,
03:58c'est que le taux d'épargne a atteint des niveaux historiques
04:00au début de l'année 2025.
04:02On était quasiment à 19%.
04:04C'est plus de trois points par rapport à ce qu'il était historiquement.
04:08Et donc ce qu'on inscrit en prévision,
04:09c'est une baisse du taux d'épargne,
04:10mais pas un retour évidemment à sa moyenne de longue période.
04:12Ce qu'on pense, c'est que le taux d'épargne va perdre un petit point
04:14d'ici à la mi-2025.
04:17Mais qu'est-ce qui fait que ce consommateur-là,
04:19il est dans cet état-là ?
04:21Il est traumatisé par l'inflation,
04:22pourtant il a quand même des garde-fous,
04:24c'est pas comme on a pris moins cher que les Anglais,
04:26par exemple, sur ces questions,
04:28c'est parce qu'il a l'insécurité politique,
04:31il sait pas où on va,
04:32pourquoi il est aussi pessimiste ?
04:34Il y a un peu de tout ça.
04:35D'abord, il faut quand même rappeler que,
04:37en termes de conjoncture du marché du travail,
04:39là les choses vont plutôt un peu moins bien qu'auparavant.
04:42Et même en prévision,
04:43on ne s'attend pas à une reprise de l'emploi,
04:47l'emploi dans le secteur privé,
04:48en tout cas l'emploi salarié,
04:49devrait être à peu près étal,
04:51voire même légèrement déclinant sur un an
04:53entre la mi-2025 et la mi-2026.
04:57Il y a un peu d'emploi non salarié qui est créé,
04:59parce que l'auto-entrepreneuriat est dynamique,
05:01mais néanmoins, le marché du travail,
05:03disons, reste étal,
05:05y compris en prévision.
05:06Et on s'attend d'ailleurs à ce que le taux de chômage
05:08continue à remonter un petit peu.
05:09il est aujourd'hui de 7,7% de la population active.
05:12On l'attend à la mi-2026 à 7,8%.
05:15Donc il y a des raisons pour que...
05:19Mais comment ça se fait qu'avec ces investissements,
05:21au final, le chômage ne baisse pas ?
05:22Ce ne sont pas des investissements pour voyeurs en emploi.
05:24Oui, mais il faut se rappeler d'abord
05:26que sur les dernières années,
05:28le gros problème du pays,
05:30c'est le manque de productivité.
05:32C'est-à-dire que la productivité était en berne
05:34après les crises que nous avons traversées,
05:39la productivité de la France
05:40s'est relevée assez lentement
05:42et même plutôt moins rapidement
05:45que dans d'autres pays européens.
05:47Et aujourd'hui, en fait,
05:48on voit des investissements de productivité.
05:51Et donc on voit la France qui retrouve des couleurs
05:53en termes de niveau de productivité.
05:55Il y a aussi sur ce taux de chômage
05:57l'impact de l'alternance
05:58qui a un effet non négligeable quand même
06:01sur ce taux d'emploi.
06:02On fait baisser les aides,
06:04ça se voit tout de suite,
06:0465 000 alternants en moins quand même sur l'année.
06:0765 000 alternants en moins
06:09entre la mi-2025 et la mi-2026.
06:13La baisse a été forte au deuxième semestre 2025.
06:16On continue à l'inscrire en prévision
06:17mais à un rythme plus modéré.
06:19Mais effectivement, lorsque je vous dis
06:20que l'emploi salarié devrait,
06:23en glissement annuel, donc sur un an,
06:25être légèrement déclinant,
06:27si on note l'effet de l'alternance,
06:30en fait, cet emploi salarié privé,
06:32hors alternance, il augmente très légèrement.
06:35L'un dans l'autre, de toute façon,
06:37ce que je dis, c'est que l'emploi dans le secteur privé
06:39va être à peu près étal en prévision
06:41et donc que ce regain de croissance
06:43va se traduire par des gains de productivité
06:45pour l'économie française.
06:46Sur l'inflation, c'est définitivement terminé.
06:48On tourne sous les moins de petites hausses à venir,
06:53mais enfin, on est quand même sur des niveaux très très faibles.
06:55Alors, effectivement, on se souvient du choc inflationniste
06:57qui a eu lieu à la fois en 2022 et 2023.
07:01L'inflation avait atteint des niveaux de l'ordre de 5-6%
07:04durant ces années-là.
07:06En 2024, on est passé à 2%.
07:082025, c'est une année de basse inflation en France,
07:10et même plus basse que chez nos voisins européens.
07:13On est à 1.
07:14Aujourd'hui, même le dernier chiffre connu, c'est 0,9.
07:18Et en prévision, on s'attend à ce que cette inflation
07:20relève un tout petit peu la tête,
07:21mais elle va rester extrêmement modérée.
07:23On la voit à 1,5% à la mi-2026.
07:25Je reviens à la question des entreprises.
07:27On voit très clairement dans vos chiffres
07:28que la surtaxe d'IS n'a pas d'impact globalement
07:32sur les entreprises.
07:33Qu'est-ce qu'elles se disent ?
07:34Elles se disent, on nous a promis que ça ne serait qu'une fois,
07:36ça ne reviendrait pas, donc ce n'est pas grave.
07:39Comment vous voyez ce point ?
07:40Vous dites, il ne faut pas la pérenniser,
07:42ça aurait un impact.
07:43C'est un choc une seule fois,
07:46et ça va dans les entreprises ?
07:48Alors, il faut rappeler, en effet,
07:49que beaucoup d'études économiques et économétriques
07:52montrent que lorsqu'on élève le taux d'IS,
07:55le taux de l'impôt sur les sociétés,
07:56de façon pérenne,
07:58ça a un effet négatif sur l'investissement.
08:00Ça, c'est documenté en France et dans d'autres pays.
08:03Là, ce dont on parle, c'est d'une taxe exceptionnelle
08:06qui a été prélevée sur les grandes entreprises
08:07en 2025, la surtaxe.
08:09Et effectivement, l'INSEE s'est livré à un exercice.
08:13On a des enquêtes auprès des industriels,
08:15et on est capable de séparer les grandes entreprises
08:17des petites, et on a regardé comment
08:19elles anticipent leurs investissements
08:21en différentiel, si je dois dire.
08:23On a comparé les grandes et les petites,
08:24et ce qu'on voit, effectivement, dans nos enquêtes,
08:27c'est que l'impact n'est pas significatif,
08:29en tout cas, dans les différences de réponse,
08:31suite à cette mesure.
08:33Et vous l'avez dit, je pense que c'est très important
08:35que le fait de cette mesure ait été annoncé
08:38comme une mesure exceptionnelle, donc ponctuelle.
08:41Ça a sans doute joué, en effet,
08:42pour que les entreprises ne freinent pas
08:44leur perspective d'investissement.
08:46De ce point de vue-là, il faut rappeler
08:48que la discussion budgétaire est encore en cours.
08:51Et d'ailleurs, dans notre note de conjoncture,
08:53c'est assez inhabituel.
08:56On est calé sur le PLFSS,
08:59donc toutes les mesures sociales qui ont été votées.
09:02Sur le PLF, les discussions sont encore en cours.
09:04Donc, on s'est calé, en fait, sur un PLF,
09:05en retenant les mesures qui semblaient
09:08plus ou moins consensuelles
09:09entre le gouvernement et le Parlement.
09:10Tout ça est documenté dans la note.
09:12On a inscrit en prévision quand même
09:13une surtaxe exceptionnelle,
09:15à nouveau en 2026,
09:17mais d'un montant deux fois moindre.
09:19Et évidemment, si cette surtaxe n'advenait pas,
09:22là, les discussions sont en cours,
09:25ça serait meilleur pour le taux de marge des entreprises.
09:27Mais est-ce que vous arrivez à dire
09:28si l'ensemble du PLF est voté
09:30avec des hausses de charges et d'impôts
09:33sur les entreprises,
09:34l'investissement va baisser ?
09:35C'est quasiment mécanique ?
09:38Non, ce n'est pas mécanique.
09:40Et d'ailleurs, là encore,
09:41comme il a fallu faire des choix,
09:42puisque les discussions sont encore en cours,
09:44on a inscrit dans notre compte,
09:45je vous dis, cette surtaxe partielle,
09:48c'est-à-dire divisée par deux.
09:49On a également inscrit dans notre prévision
09:51l'annonce par le gouvernement
09:53qu'il souhaitait baisser la CVAE
09:55d'un milliard.
09:57Donc ça, on l'a inscrit dans notre compte.
09:58Ce qu'on pense, c'est qu'évidemment,
10:00si les mesures que nous avons inscrites
10:01ne sont pas votées,
10:02et ça va jouer sur le compte des entreprises,
10:05d'ailleurs sur le compte des ménages,
10:06il y a aussi une incertitude
10:07sur certains niveaux de prélèvements obligatoires.
10:11Ce qu'on pense, de toute façon,
10:12c'est que, quand bien même
10:13ce que nous avons inscrit dans la note
10:15n'adviendrait pas,
10:16ça aurait des effets, évidemment,
10:18sur le compte des entreprises,
10:18des ménages,
10:19mais ça ne se verrait pas immédiatement
10:20sur l'activité.
10:21Donc on est assez confortable
10:22avec notre diagnostic sur le premier semestre.
10:23Merci beaucoup d'être venu ce matin
10:25dans la matinale de l'économie,
10:26Fabrice Langlard,
10:27le directeur général de l'INSEE.
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