00:007h44 sur BFM Business et sur MC Live. Notre invité ce matin c'est Fabrice Langlard.
00:04Bonjour, vous êtes le directeur général de l'INSEE. Vous avez repris le poste depuis juin 2025.
00:09Vous étiez auparavant à la dresse. C'est vous qui apportez la bonne nouvelle de ce matin.
00:14L'INSEE qui prévoit 0,9% de croissance pour 2025. C'est plus que le gouvernement.
00:18C'est assez rare d'être au-dessus de la prévision du gouvernement.
00:21La note de conjoncture s'appelle consolidation modérée, croissance ravivée.
00:26Emmanuel Lechypre a traduit ça en entreprise vaillante consommateur chouinard. Est-ce qu'il a raison ?
00:32C'est pas mal en fait comme titre. C'est plus original. Je ne sais pas si l'INSEE aurait reprise.
00:37Mais en effet, on voit que la France est montée à bord de la reprise qui est en fait généralisée dans la zone euro.
00:46Et cette montée à bord, elle se fait d'abord par effectivement un regain d'investissement des entreprises
00:50qu'on a vu repartir au troisième trimestre.
00:54Et les dernières enquêtes de conjoncture, quand on interroge les chefs d'entreprise,
00:58nous disent également que leur morale, si j'ose dire, a tendance quand même à remonter
01:03et à rejoindre petit à petit, encore un petit peu en dessous, mais petit à petit la moyenne de longue période.
01:08Donc on s'attend à ce que l'investissement des entreprises effectivement continue à aller de l'avant,
01:12y compris au premier semestre 2026.
01:15Ce qui est Fabrice Nanglard, exactement le contraire de ce que j'entends sur ce plateau.
01:18C'est que moi j'entends des chefs d'entreprise inquiets qui disent avoir levé le crayon,
01:23qui s'inquiètent sur une hausse du chômage à venir.
01:26On va en reparler, ça ne va pas être le cas.
01:29Il n'y a que ceux qui sont inquiets, qui s'expriment, il y a une dichotomie.
01:33Comment ça se fait ? On résiste mieux au climat politique que ce qu'on ne croit ?
01:36En tout cas, on résiste un peu mieux peut-être que ce qu'on ne croit.
01:39Il faut se souvenir également que les taux d'intérêt ont baissé ces derniers mois et ces dernières années.
01:44Donc on finit par avoir quand même un environnement qui est un peu plus favorable de ce point de vue-là.
01:49Je ne suis pas en train de dire que l'investissement flambe.
01:51Mais néanmoins, il est incontestablement le moteur de cette reprise qu'on voit se dessiner depuis l'été.
01:58Avec des inégalités quand même sectorielles très fortes,
02:00on a toujours ce secteur aéronautique qui flambe bois,
02:03qui a beaucoup de commandes et qui tire quand même une partie de la croissance.
02:06Alors en effet, sur la seconde moitié de 2025,
02:10effectivement, l'industrie aéronautique a réussi à produire beaucoup plus
02:17et on le voit également dans les exportations.
02:20Ce qu'on pense, c'est qu'en début d'année, il va y avoir non pas un trou d'air,
02:23mais disons que ça va être moins flambant d'une certaine façon.
02:27Et le reste de l'industrie va suivre, c'est ce qu'on pense.
02:30Ce consommateur, Chouinard, comme dit Emmanuel Lechypre,
02:34vous le décrivez assez individualiste,
02:36c'est-à-dire qu'il a une vision pessimiste du monde qui l'entoure.
02:39Il pense que la situation va s'aggraver,
02:41mais il trouve que sa situation à lui n'est pas si mal.
02:44En effet.
02:44Et ça le force à épargner du coup ?
02:46Absolument.
02:47Vous avez tout résumé.
02:48On fait des enquêtes auprès des ménages.
02:50On leur demande d'une part, quelle est votre situation personnelle ?
02:53Est-ce que vous êtes plutôt optimiste ?
02:54Là, il répond grosso modo aux trois quarts, ça va à peu près.
02:57Et quand on leur demande quelle est la situation du pays,
02:59ils sont aux deux tiers plutôt pessimistes sur le pays.
03:03Et chose plus importante encore,
03:05ils sont deux tiers aujourd'hui,
03:07alors qu'il y a cinq ans,
03:08ils étaient seulement un tiers à être pessimistes sur le pays.
03:10Donc on voit une montée du pessimisme sur l'état du pays général.
03:14Et donc les ménages qui sont à la fois plutôt optimistes pour eux
03:18et plutôt pessimistes pour le pays,
03:20ils sont quatre sur dix.
03:21Et leur nombre a doublé en fait dans le pays.
03:24Et quand on regarde ces ménages,
03:25quand on les interroge,
03:26et quand on les interroge en termes de comportement d'épargne,
03:29c'est des ménages qui en fait sont plutôt épargnants.
03:31Ce qui peut expliquer, d'ailleurs,
03:34ça reboucle avec ce qu'on disait avant,
03:35que la consommation jusqu'à présent a été assez faible
03:39et a plutôt déçu sur le passé.
03:42Ce qu'on pense, c'est que la consommation va se réveiller
03:45au quatrième trimestre et dans les trimestres...
03:48Donc il va y avoir un déblocage de l'épargne
03:50et des consommateurs qui vont se réveiller un peu
03:53et consommer enfin, quoi.
03:56Alors, ce qu'il faut rappeler,
03:58c'est que le taux d'épargne a atteint des niveaux historiques
04:00au début de l'année 2025.
04:02On était quasiment à 19%.
04:04C'est plus de trois points par rapport à ce qu'il était historiquement.
04:08Et donc ce qu'on inscrit en prévision,
04:09c'est une baisse du taux d'épargne,
04:10mais pas un retour évidemment à sa moyenne de longue période.
04:12Ce qu'on pense, c'est que le taux d'épargne va perdre un petit point
04:14d'ici à la mi-2025.
04:17Mais qu'est-ce qui fait que ce consommateur-là,
04:19il est dans cet état-là ?
04:21Il est traumatisé par l'inflation,
04:22pourtant il a quand même des garde-fous,
04:24c'est pas comme on a pris moins cher que les Anglais,
04:26par exemple, sur ces questions,
04:28c'est parce qu'il a l'insécurité politique,
04:31il sait pas où on va,
04:32pourquoi il est aussi pessimiste ?
04:34Il y a un peu de tout ça.
04:35D'abord, il faut quand même rappeler que,
04:37en termes de conjoncture du marché du travail,
04:39là les choses vont plutôt un peu moins bien qu'auparavant.
04:42Et même en prévision,
04:43on ne s'attend pas à une reprise de l'emploi,
04:47l'emploi dans le secteur privé,
04:48en tout cas l'emploi salarié,
04:49devrait être à peu près étal,
04:51voire même légèrement déclinant sur un an
04:53entre la mi-2025 et la mi-2026.
04:57Il y a un peu d'emploi non salarié qui est créé,
04:59parce que l'auto-entrepreneuriat est dynamique,
05:01mais néanmoins, le marché du travail,
05:03disons, reste étal,
05:05y compris en prévision.
05:06Et on s'attend d'ailleurs à ce que le taux de chômage
05:08continue à remonter un petit peu.
05:09il est aujourd'hui de 7,7% de la population active.
05:12On l'attend à la mi-2026 à 7,8%.
05:15Donc il y a des raisons pour que...
05:19Mais comment ça se fait qu'avec ces investissements,
05:21au final, le chômage ne baisse pas ?
05:22Ce ne sont pas des investissements pour voyeurs en emploi.
05:24Oui, mais il faut se rappeler d'abord
05:26que sur les dernières années,
05:28le gros problème du pays,
05:30c'est le manque de productivité.
05:32C'est-à-dire que la productivité était en berne
05:34après les crises que nous avons traversées,
05:39la productivité de la France
05:40s'est relevée assez lentement
05:42et même plutôt moins rapidement
05:45que dans d'autres pays européens.
05:47Et aujourd'hui, en fait,
05:48on voit des investissements de productivité.
05:51Et donc on voit la France qui retrouve des couleurs
05:53en termes de niveau de productivité.
05:55Il y a aussi sur ce taux de chômage
05:57l'impact de l'alternance
05:58qui a un effet non négligeable quand même
06:01sur ce taux d'emploi.
06:02On fait baisser les aides,
06:04ça se voit tout de suite,
06:0465 000 alternants en moins quand même sur l'année.
06:0765 000 alternants en moins
06:09entre la mi-2025 et la mi-2026.
06:13La baisse a été forte au deuxième semestre 2025.
06:16On continue à l'inscrire en prévision
06:17mais à un rythme plus modéré.
06:19Mais effectivement, lorsque je vous dis
06:20que l'emploi salarié devrait,
06:23en glissement annuel, donc sur un an,
06:25être légèrement déclinant,
06:27si on note l'effet de l'alternance,
06:30en fait, cet emploi salarié privé,
06:32hors alternance, il augmente très légèrement.
06:35L'un dans l'autre, de toute façon,
06:37ce que je dis, c'est que l'emploi dans le secteur privé
06:39va être à peu près étal en prévision
06:41et donc que ce regain de croissance
06:43va se traduire par des gains de productivité
06:45pour l'économie française.
06:46Sur l'inflation, c'est définitivement terminé.
06:48On tourne sous les moins de petites hausses à venir,
06:53mais enfin, on est quand même sur des niveaux très très faibles.
06:55Alors, effectivement, on se souvient du choc inflationniste
06:57qui a eu lieu à la fois en 2022 et 2023.
07:01L'inflation avait atteint des niveaux de l'ordre de 5-6%
07:04durant ces années-là.
07:06En 2024, on est passé à 2%.
07:082025, c'est une année de basse inflation en France,
07:10et même plus basse que chez nos voisins européens.
07:13On est à 1.
07:14Aujourd'hui, même le dernier chiffre connu, c'est 0,9.
07:18Et en prévision, on s'attend à ce que cette inflation
07:20relève un tout petit peu la tête,
07:21mais elle va rester extrêmement modérée.
07:23On la voit à 1,5% à la mi-2026.
07:25Je reviens à la question des entreprises.
07:27On voit très clairement dans vos chiffres
07:28que la surtaxe d'IS n'a pas d'impact globalement
07:32sur les entreprises.
07:33Qu'est-ce qu'elles se disent ?
07:34Elles se disent, on nous a promis que ça ne serait qu'une fois,
07:36ça ne reviendrait pas, donc ce n'est pas grave.
07:39Comment vous voyez ce point ?
07:40Vous dites, il ne faut pas la pérenniser,
07:42ça aurait un impact.
07:43C'est un choc une seule fois,
07:46et ça va dans les entreprises ?
07:48Alors, il faut rappeler, en effet,
07:49que beaucoup d'études économiques et économétriques
07:52montrent que lorsqu'on élève le taux d'IS,
07:55le taux de l'impôt sur les sociétés,
07:56de façon pérenne,
07:58ça a un effet négatif sur l'investissement.
08:00Ça, c'est documenté en France et dans d'autres pays.
08:03Là, ce dont on parle, c'est d'une taxe exceptionnelle
08:06qui a été prélevée sur les grandes entreprises
08:07en 2025, la surtaxe.
08:09Et effectivement, l'INSEE s'est livré à un exercice.
08:13On a des enquêtes auprès des industriels,
08:15et on est capable de séparer les grandes entreprises
08:17des petites, et on a regardé comment
08:19elles anticipent leurs investissements
08:21en différentiel, si je dois dire.
08:23On a comparé les grandes et les petites,
08:24et ce qu'on voit, effectivement, dans nos enquêtes,
08:27c'est que l'impact n'est pas significatif,
08:29en tout cas, dans les différences de réponse,
08:31suite à cette mesure.
08:33Et vous l'avez dit, je pense que c'est très important
08:35que le fait de cette mesure ait été annoncé
08:38comme une mesure exceptionnelle, donc ponctuelle.
08:41Ça a sans doute joué, en effet,
08:42pour que les entreprises ne freinent pas
08:44leur perspective d'investissement.
08:46De ce point de vue-là, il faut rappeler
08:48que la discussion budgétaire est encore en cours.
08:51Et d'ailleurs, dans notre note de conjoncture,
08:53c'est assez inhabituel.
08:56On est calé sur le PLFSS,
08:59donc toutes les mesures sociales qui ont été votées.
09:02Sur le PLF, les discussions sont encore en cours.
09:04Donc, on s'est calé, en fait, sur un PLF,
09:05en retenant les mesures qui semblaient
09:08plus ou moins consensuelles
09:09entre le gouvernement et le Parlement.
09:10Tout ça est documenté dans la note.
09:12On a inscrit en prévision quand même
09:13une surtaxe exceptionnelle,
09:15à nouveau en 2026,
09:17mais d'un montant deux fois moindre.
09:19Et évidemment, si cette surtaxe n'advenait pas,
09:22là, les discussions sont en cours,
09:25ça serait meilleur pour le taux de marge des entreprises.
09:27Mais est-ce que vous arrivez à dire
09:28si l'ensemble du PLF est voté
09:30avec des hausses de charges et d'impôts
09:33sur les entreprises,
09:34l'investissement va baisser ?
09:35C'est quasiment mécanique ?
09:38Non, ce n'est pas mécanique.
09:40Et d'ailleurs, là encore,
09:41comme il a fallu faire des choix,
09:42puisque les discussions sont encore en cours,
09:44on a inscrit dans notre compte,
09:45je vous dis, cette surtaxe partielle,
09:48c'est-à-dire divisée par deux.
09:49On a également inscrit dans notre prévision
09:51l'annonce par le gouvernement
09:53qu'il souhaitait baisser la CVAE
09:55d'un milliard.
09:57Donc ça, on l'a inscrit dans notre compte.
09:58Ce qu'on pense, c'est qu'évidemment,
10:00si les mesures que nous avons inscrites
10:01ne sont pas votées,
10:02et ça va jouer sur le compte des entreprises,
10:05d'ailleurs sur le compte des ménages,
10:06il y a aussi une incertitude
10:07sur certains niveaux de prélèvements obligatoires.
10:11Ce qu'on pense, de toute façon,
10:12c'est que, quand bien même
10:13ce que nous avons inscrit dans la note
10:15n'adviendrait pas,
10:16ça aurait des effets, évidemment,
10:18sur le compte des entreprises,
10:18des ménages,
10:19mais ça ne se verrait pas immédiatement
10:20sur l'activité.
10:21Donc on est assez confortable
10:22avec notre diagnostic sur le premier semestre.
10:23Merci beaucoup d'être venu ce matin
10:25dans la matinale de l'économie,
10:26Fabrice Langlard,
10:27le directeur général de l'INSEE.
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