00:00Bonjour le président de Ford en France, on avait besoin de vous entendre sur ce coup de braquet majeur de Bruxelles.
00:05Donc je le redis, existe l'interdiction pure et simple de la vente de moteurs thermiques pour les voitures neuves en 2035.
00:10Désormais la règle c'est la réduction de 90% des émissions. Est-ce que vous dites ouf ce matin ou pas ?
00:17Écoutez oui, c'est une bonne nouvelle. On avait demandé nous trois choses chez Ford à Bruxelles.
00:21Tout d'abord d'avoir une sorte d'alignement entre les objectifs et la réalité.
00:25Et on voit bien qu'aujourd'hui l'adoption par les clients des véhicules électriques est plus lente que ce qu'on espérait.
00:31On voulait également avoir quelque chose qui supporte ce qu'on appelle chez nous la working economy.
00:38Donc ceux qui travaillent, les artisans qui sont, vous savez qu'on est leader en Europe des véhicules commerciaux.
00:44Et donc vraiment nos premiers clients ce sont ces artisans, ce sont ces PME.
00:47Et là il y a un vrai gap puisqu'on est à 8% seulement aujourd'hui.
00:50On est très loin sur l'utilitaire.
00:51Et ils voulaient qu'on soit à 50% en 2030, on passe maintenant à 40%.
00:54Donc là aussi on est plus en ligne avec la réalité.
00:58Et puis on voulait qu'il y ait une sorte de favoritisme on va dire pour la production européenne.
01:04Où on a nous réellement notre empreinte industrielle.
01:07Et là aussi dans ce qui a été annoncé hier soir par la Commission européenne.
01:11On entend parler de petites voitures abordables.
01:13On entend parler de mesures qui favoriseraient un contenu local.
01:16Encore des choses un peu à définir.
01:18Ce n'est pas complètement clair.
01:20Mais en tout cas ça va dans le bon sens.
01:21Et surtout, et ça fait écho au débat que vous aviez juste avant, nous on est quand même fortement engagés.
01:27Tous les constructeurs, Ford en particulier puisqu'on avait signé les accords de Paris en 2018 pour la décarbonation de la mobilité.
01:34On n'a pas attendu que les pouvoirs publics nous disent quoi faire.
01:37On s'est engagés sur les moteurs thermiques, les moteurs électriques.
01:39Et donc nous notre trajectoire en tant que constructeur, elle est très claire.
01:43On sait où on veut arriver en 2050.
01:45Mais cette étape, avec un peu d'ouverture en 2035, le fait de passer de 100 à 90% seulement de véhicules électriques.
01:52Le fait d'ouvrir au biocarburant.
01:54Et vous savez que chez Ford on est les champions du biocarburant.
01:56Puisqu'on a des modèles qui fonctionnent au bioéthanol qui est produit en France.
02:00Tout ça, ça va dans le bon sens.
02:00Vous me dites la trajectoire, elle est très claire.
02:02Dans les annonces de Ford, on a aux Etats-Unis le fait de revenir sur des annonces sur l'électrique.
02:06En France, le fait d'investir sur des lignes chez Renault pour fabriquer des petites voitures électriques.
02:11Comment il faut regarder ça sur le plan macroéconomique ?
02:15On avance, on recule, c'est quoi ?
02:17Alors, on avance.
02:18C'est exactement ce que je disais auparavant.
02:21Chez Ford, on a un engagement très fort qui est au niveau global.
02:24Cette neutralité carbone en 2050.
02:26Donc l'objectif, le point d'arrivée, il est très clair.
02:29Après, c'est la façon dont on y va et le rythme surtout qu'on va adopter pour y aller qui doit être bien défini.
02:35Entre les communications qui ont été faites avant-hier soir, pour le coup, aux Etats-Unis,
02:39où, clairement, on garde ce cap avec plus de véhicules hybrides, plus de véhicules multi-énergie.
02:45Une plateforme qu'on a annoncée à l'été dernier,
02:48qu'une petite plateforme qui permettra de faire des véhicules 100% électriques abordables.
02:52En réalité, l'annonce d'avant-hier est une annonce sur des très gros véhicules,
02:57sur lesquels la demande est moins présente.
02:58Et donc, on se concentre plus sur des solutions multi-énergie aux Etats-Unis
03:03pour les très gros véhicules, plus que les véhicules électriques,
03:05et des petits véhicules tout électriques.
03:06En Europe...
03:07C'est ça, c'est le petit véhicule, la cible.
03:10Il y a eu cette annonce avec Renault.
03:12Et là, je dois dire que, moi, en tant que Français, je m'en réjouis tout particulièrement.
03:16D'abord, c'est le signe, la confirmation d'un engagement européen de la part de Ford.
03:20On est la plus vieille marque en Europe, plus de 100 ans.
03:22Donc, ça préfigure le prochain siècle, je l'espère, en tout cas.
03:26Deuxièmement, on a ce leadership sur les véhicules commerciaux.
03:30Vous savez qu'il y a deux volets dans l'accord avec Renault.
03:32Il y a les petits véhicules, plus une lettre d'intention sur un développement commun
03:36de véhicules commerciaux, là aussi, qui seront multi-énergie et abordables.
03:40Et puis, l'offre de produits qui s'étend, et ça, c'est bien pour notre gamme, nous, chez Ford,
03:46avec une approche très pragmatique, très efficiente au niveau industriel,
03:50puisqu'on va mettre deux petits véhicules, deux segments B, et là, ça fait un peu écho,
03:56également, avec ce qui a été annoncé hier soir par la Commission européenne,
03:58puisqu'elle a introduit la classe de petites voitures, moins de 4,20 m, abordables, électriques,
04:04et donc deux véhicules de segment B qui seront produits en France de façon abordable
04:09sur une plateforme, la plateforme en paire de Renault, avec un design purement favorable.
04:13Je reviens à la question de fond, parce qu'on a des Allemands qui sont à la fois contents,
04:16à la fois un peu mécontents, parce que ça ne va pas assez loin, selon certains.
04:20Est-ce que ce type de décision, ce retour en arrière, quand même,
04:24va permettre de sauver l'industrie automobile telle qu'elle est aujourd'hui,
04:28avec ce problème de demande, quand même, de fonds ?
04:30On achète moins de véhicules encore aujourd'hui qu'avant.
04:34Est-ce que là, il y a quelque chose qui va permettre de ressusciter un peu le secteur ?
04:38En tout cas, ça va dynamiser.
04:40Nous, une des choses qu'on a demandé également, c'est d'avoir un cap à long terme,
04:44parce que nous sommes des industries lourdes,
04:46donc on n'investit pas pour des choses qui vont se passer le lendemain.
04:48Tous les constructeurs, dans leur ensemble, ont investi des centaines de milliards
04:52pour cette transition.
04:53Donc, le plus dramatique aurait été un abandon complet, évidemment,
04:56ce n'était pas entendable, mais je pense que cette solution est une solution pragmatique.
05:02Ça ne va pas bouger les investissements dans l'électrique,
05:04mais ça va nous permettre d'amortir plus nos investissements sur le thermique,
05:08et ça crée quand même un petit peu de protection pour cette industrie européenne,
05:12et c'est ça qu'on voulait.
05:13Est-ce que vous pensez, comme Emmanuel Lechiffre,
05:16que les investissements auraient été faits, malgré cette date,
05:19si on n'avait pas eu ce coup près pendant 10 ans ?
05:22Alors, très critiqué, certes, mais avec cet objectif qu'il fallait tenir,
05:26est-ce que les investissements dans l'électrique auraient quand même eu lieu ?
05:28En fait, on a déjà fait beaucoup de ces investissements dans l'électrique,
05:32donc la trajectoire de notre côté était enclenchée.
05:36Après, on a un vrai savoir-faire en Europe,
05:39chez les constructeurs automobiles, sur les moteurs thermiques électrifiés,
05:42les moteurs hybrides, les moteurs hybrides rechargeables,
05:44les moteurs avec un range extender, comme on dit,
05:46donc un petit moteur qui alimente le moteur électrique,
05:49en réalité, donc ça permet d'aller plus loin, plus longtemps,
05:52en propulsion quasiment 100% électrique,
05:54puisque le petit moteur, c'est une sorte de générateur.
05:56Donc là-dessus, on a réellement une avance technologique.
05:59Donc ça permet d'avoir d'autres solutions
06:01pour les constructeurs européens,
06:04donc qui vont nous permettre de pérenniser nos investissements
06:06et toutes les recherches qu'on a faites dans ces dernières années.
06:10Donc, tout le monde investit sur l'électrique,
06:13ça, ça reste, mais en plus,
06:14on soutient ce qui est un point fort aujourd'hui,
06:17et en proposant aussi...
06:18Mais vous ne m'avez pas répondu,
06:19parce que la question, c'est,
06:20est-ce que vous l'auriez fait sans obligation de l'Union européenne ?
06:24Est-ce que l'Union européenne a eu raison
06:27d'être aussi forte sur ce point,
06:31quitte à changer de braquet,
06:32mais est-ce qu'on a bien fait d'être aussi ferme ?
06:34Pour répondre très franchement,
06:36on l'aurait fait,
06:36parce que, comme je vous le disais,
06:37tous les constructeurs automobiles,
06:39et nous, Ford en particulier,
06:40on est engagés dans cette transition écologique.
06:43Tous les constructeurs automobiles européens
06:45veulent décarboner la mobilité.
06:47Est-ce qu'on l'aurait fait aussi vite,
06:49aussi fortement ?
06:51Vraisemblablement, non.
06:52Merci beaucoup d'être venu ce matin
06:54dans la matinale de l'économie.
06:56Louis-Carles Vignon, le président de Ford.
06:57Merci.
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