00:0016h48, il nous rejoint. Comme chaque jour, un expert de marché vient déconstruire les idées reçues, combattre le consensus.
00:06Et aujourd'hui, c'est Marc Giraud pour HMG qui nous accompagne. Bonjour Marc.
00:11Bonjour messieurs.
00:12Ravi de vous retrouver. Vous revenez tout juste de Colombie d'ailleurs Marc.
00:15En effet, très bien informé.
00:17Pays de Bogota, sublime la Colombie. Sublime, il faut y aller.
00:21Certains pensent qu'il faut suivre les adages boursiers pour réussir ses investissements.
00:25Vous, vous n'êtes pas forcément d'accord, vous dites bullshit.
00:30Vous foudroyiez, Marc, cette idée que les adages boursiers seraient à prendre au pied de la lettre.
00:33Alors on va vous challenger. Est-ce que vous êtes prêt ?
00:35Je suis prêt.
00:36On y va.
00:36Très actif.
00:38Premier adage boursier, on va voir si vous arrivez à le combattre cet adage.
00:40Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel.
00:44C'est plutôt vrai ça.
00:45Oui. Alors, ça exprime l'idée qu'il faut être assez prudent avec les actions qui ont déjà beaucoup monté.
00:52C'est assez souvent vrai, je vous le concède bien volontiers.
00:55Mais ça peut être aussi spectaculairement faux.
00:58Si vous prenez Microsoft aux États-Unis, il y a plus de 5 000 fois la mise depuis l'introduction en bourse en 86.
01:05Plus près de nous, Nvidia, 4 000 fois la mise depuis 1999.
01:12Google, 120 fois la mise, excusez du peu, depuis 2004.
01:17Et puis, chez nous, ça fait peut-être moins rêver immédiatement.
01:21Mais depuis l'introduction en bourse en 1913 de l'air liquide, ça a fait beaucoup de millionnaires.
01:28Et ça continue à monter.
01:29Donc, les arbres ne montent pas jusqu'au ciel.
01:31Si, dans certains cas, si.
01:33Non seulement ils y montent, mais même ils y restent et ils continuent à monter.
01:36Savez-vous que Marc Giraud ne parle pas d'air liquide ?
01:39Il parle de l'air liquide.
01:41L'air liquide, tout à fait, voilà.
01:42On connaît les vraies.
01:43C'est comme les gens qui parlent de la Fed et les gens qui parlent du Fed.
01:46Oui, oui, tout à fait.
01:48Ou la général.
01:50Bon, ce premier adage boursier, les arbres ne montent pas jusqu'au ciel.
01:53Vous l'avez démonté et déconstruit là, à l'instant.
01:54Vous avez montré qu'il n'était pas pertinent.
01:56On va continuer de vous challenger avec un autre adage boursier.
01:58Cet adage dit que le marché a toujours raison.
02:02Pour un investisseur, c'est vrai, le marché a toujours raison, Marc.
02:04Oui, alors ça, c'est là où la sagesse populaire boursière rejoint la doctrine universitaire boursière
02:12avec les théories de Markowitz, Fama, French, tous ces gens-là.
02:16À savoir qu'à tout instant, les cours de bourse reflètent la totalité des informations disponibles
02:24et que donc les prix sont objectifs.
02:26Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle on ne peut pas vraiment battre le marché.
02:29Eh bien moi, je suis radicalement contre cet adage.
02:34Non seulement, je pense qu'il a de temps en temps tort, mais je pense que le marché a pratiquement tout le temps tort.
02:41Et je peux vous en donner une idée, si vous voulez.
02:46Pourquoi est-ce que dans ce cas, on aurait des années à plus 20, des années à moins 20 ?
02:50Pourquoi est-ce qu'on aurait d'un jour sur l'autre des actions qui font plus 20, d'autres qui font moins 30 ?
02:55C'est bien qu'il y a des informations qui n'ont pas été intégrées et des informations qui n'ont pas été prises à leur juste valeur.
03:03Donc, pour moi, le marché est en quasi-permanence faux.
03:07Et c'est justement là où le gestionnaire actif ou le particulier imaginatif a une chance.
03:16Parce que c'est là où, en regardant les cours des sociétés, il va pouvoir se poser la question.
03:23Est-ce que... Il ne va pas se poser la question de savoir est-ce que le cours est juste ?
03:25Non. Il va se dire, le cours est faux, mais comment est-il faux ?
03:28Est-ce qu'il est faux en trop ou en pas assez ?
03:30Et s'il est faux en pas assez, il y a peut-être une opportunité d'achat.
03:34Julien ?
03:34Merci pour ce bouchy-tomètre, parce qu'on est vraiment dans l'exercice bouchy-tomètre, là, au passage.
03:38Mais vous êtes vraiment provocateur, parce qu'en vrai, on peut penser que le marché, il a cru des probabilités à certains scénarios,
03:43et qu'en fait, il a tort.
03:46On sent qu'il ne donne pas 100% au bon, à un scénario.
03:50C'est en tout cas mon avis.
03:51Je me permets aussi de vous demander si le selling may go away...
03:54C'est vraiment un adage qu'il faut suivre ou pas.
03:56Parce que souvent, ça marche, la littérature montre que ça marche.
03:58Oui, c'est vrai.
03:59Sell in may and go away.
04:01Oui, alors là, on est dans l'illustration que les proverbes boursiers, c'est un peu la portion qu'on grue en France.
04:08On n'a pas une grosse culture boursière.
04:10Mais dans les pays anglo-saxons, on trouve des proverbes, comme le fameux sell in may and go away.
04:15Qu'est-ce que ça nous dit, cet adage ?
04:17Ça nous dit que l'essentiel de la hausse chaque année est fait au premier semestre,
04:20et que quand il y a des coups durs, ça se passe souvent au second semestre.
04:25Historiquement, si vous voulez, sur une très longue durée, même s'il y a des périodes où ça ne se vérifie pas,
04:30c'est un adage qui se vérifie plus tôt, mais pas dans des proportions suffisantes
04:34pour que ça puisse permettre à un particulier de baser une stratégie d'investissement ou désinvestissement là-dessus.
04:42Et puis si on regarde les dernières années, les krachs qui étaient censés se produire à l'automne,
04:51ils ont plutôt tendance à se produire au printemps.
04:53Regardez le Covid, regardez la guerre en Ukraine, regardez les tarifs douaniers de Trump.
04:59Tout ça, c'est du printemps.
05:02À traiter avec beaucoup de prudence.
05:04Mais moi, j'aurais envie de proposer un autre dicton, plutôt que le sell in may and go away,
05:09ça serait plutôt acheter en décembre, vendre en janvier.
05:12Ça rime un peu, pas trop, mais ça balance.
05:17Oui, ça balance.
05:18C'est bien, c'est très vintage.
05:20Parce qu'en janvier, on revend les gains à ce qu'on avait acheté en décembre, c'est ça souvent ?
05:24Oui, en décembre.
05:26Ce qu'il faut faire, c'est que...
05:27En janvier, souvent, ça se passe pas mal en bourse.
05:29Ça marche plutôt pas mal, janvier, février, oui.
05:31Mais en décembre, les investisseurs font le ménage dans leur portefeuille.
05:36Tout ce qui a mal marché dans l'année, ils le vendent.
05:38Il y a une accélération de la baisse sur les, comme vous diriez, les tôles boursières de l'année.
05:44Donc là-dedans, il faut regarder celles qui ont tout de même des belles perspectives à moyen terme.
05:49Et c'est le moment de les acheter bon marché.
05:52Ah tiens, on va vous prendre au pied de la lettre.
05:53Alors, quelle valeur il faut acheter là, bon marché, d'après vous ?
05:55Puisqu'on est en décembre, on y est là.
05:57Alors, je ne sais pas si c'est vraiment une recommandation,
05:58mais c'est en tout cas des valeurs à regarder.
06:00Je pense que des choses comme Imeris, des valeurs comme Sodexo,
06:03Sodexo, des valeurs comme Arkema, Dassault Systèmes, pourquoi pas,
06:08Seb, Française des Jeux.
06:09Tout ça, ce sont des valeurs qui ont une mauvaise performance cette année-ci,
06:13qui ont tout de même, pour certaines d'entre elles certainement,
06:15des perspectives de moyen terme favorables.
06:19Et ça peut être l'occasion de les remettre en portefeuille.
06:22Mais ce n'est pas une recommandation précise.
06:24Antoine ?
06:25Parce qu'il y a Selimengo, je sais bien que c'est plutôt Anoukha en ce moment,
06:28mais il y a aussi un dicton, c'est Sel Rosh Hashanah Baï Kippour,
06:33si on veut rester dans les fêtes juives.
06:35En tout cas, il y a un proverbe qui n'est pas vraiment réfutable,
06:39qui est « tant qu'on n'a pas vendu, on n'a pas perdu », Marc.
06:42Oui, alors, fiscalement, c'est vrai,
06:44on n'a pas réalisé sa perte fiscale tant qu'on n'a pas vendu,
06:47mais, si vous voulez, si on va au-delà de ce message fiscal,
06:53le message subliminal de ce proverbe,
06:56c'est que si on est suffisamment patient,
06:58on finira toujours par retrouver ses cours.
07:00En fait, c'est ce que ça nous dit.
07:02Eh bien, ce n'est pas vrai du tout, en fait.
07:04C'est même carrément faux.
07:05Ça peut se produire.
07:06Ça s'est produit dans de nombreux cas.
07:07Parfois, regardez Vicat, par exemple,
07:10qui, sur 10 ans, est tombée de 70 à en dessous de 20
07:13et est remontée maintenant à nouveau à 70.
07:15La patience aurait payée.
07:17Mais si vous prenez des choses comme Atos,
07:19Worldline, Casino,
07:21dont les cours sont au tréfonds,
07:24avec, en plus, les coups d'accordéon
07:26qui ont eu lieu sur le capital,
07:27qui font que les actionnaires d'origine
07:29ont pratiquement tout perdu,
07:30ben là, ils peuvent garder ça aussi longtemps qu'ils veulent
07:33et ils ne gagneront jamais d'argent avec.
07:35Il combat les adages boursiers.
07:37Il ne faut surtout pas les prendre au pied de la lettre.
07:39C'est votre vision et votre sagesse d'investisseur
07:42qui vous pousse à prendre beaucoup de distance
07:44sur tous ces adages
07:45et vous les avez chacun déconstruits.
07:46À votre façon, du haut de cette expérience,
07:48combien d'années sont les marchés, Marc, maintenant ?
07:50Oui, quelques années déjà.
07:52Cinq, six ans.
07:53S'il veut.
07:53Quelques années.
07:54Oui.
07:54Intéressant, parce que c'est vrai, les adages,
07:56un certain nombre d'investisseurs, d'influenceurs même,
07:58adorent bâtir leur récit sur des adages boursiers
08:00en se construisant comme ça une forme de sagesse,
08:02à délivrer comme ça,
08:03et puis en justifiant leur choix d'investissement
08:05par de grands adages.
08:06Les adages, on peut aussi les déconstruire
08:07et ça, c'est par l'expérience qu'on y parvient.
08:09Rien ne remplace le travail.
08:11On est d'accord, Marc ?
08:12Tout à fait d'accord.
08:12La recherche, le travail, le suivi des entreprises.
08:15Rien ne remplacera ça, même un adage boursier
08:17et même s'il vient, l'adage de Warren Buffett.
08:20Voilà.
08:20Merci beaucoup, Marc Giraud.
08:21Notre Warren à nous,
08:22qui nous accompagne régulièrement pour H&M.
Commentaires