Passer au playerPasser au contenu principal
Plongée dans une discussion lucide et percutante avec Jean Baptiste Fressoz, historien des sciences et chercheur au CNRS, autour du backlash écologique et des impasses de la transition telle qu’elle est présentée aujourd’hui.
Il explique pourquoi le dérèglement climatique est enraciné dans plusieurs siècles de technologies et de consommations matérielles et pourquoi les solutions rapides et technologiques sont illusoires. Fressoz éclaire la dimension structurelle du déni écologique, montre comment l’histoire industrielle façonne encore nos choix et rappelle que la véritabl
e question porte sur le sens de ce que nous produisons et sur l’habitabilité de la Terre. Un échange essentiel pour comprendre la profondeur des blocages et la nécessité d’un nouvel imaginaire politique et matériel.

#climat #écologie #transitionécologique #Fressoz #Anthropocène

Dans quel journal de 1970 apparaît l’une des premières mentions du “backlash environnemental” ?
➡ Le New York Times.
Quelle institution affirme dès 1953 que les fossiles transforment l’atmosphère ?
➡ L’Atomic Energy Commission.
Quel type de transport aurait dû voir sa place réduite lors du passage massif à l’électrique selon Fressoz ?
➡ L’automobile.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Arrêtons de rêver à des solutions technologiques pour tous les secteurs en 25 ans.
00:04Faisons preuve de discernement technologique.
00:05Il y a des choses qui marchent, il faut y aller à fond.
00:07Il y a des choses où, objectivement, on n'a pas le début du commencement de la solution.
00:11Je ne sais pas, moi, les avions, par exemple,
00:13on sait très bien qu'on ne saura pas les décarboner.
00:14C'est évident qu'il faut parler du volume de l'aviation civile,
00:18de pourquoi on prend l'avion, etc.
00:19Sinon, on peut parler, si vous voulez, d'avions hydrogènes.
00:22Et on a vu, quand on a voulu un dernier jet privé,
00:23quand il y a eu une discussion sur un jet privé,
00:25c'était devenu incendiaire.
00:27Alors qu'officiellement, ça ne concerne pas du tout vous et moi, les jet privés.
00:31Non, non, effectivement.
00:32Donc, voilà, même ça, qui est vraiment un truc de bon sens,
00:35on ne le fait pas, moi, c'est ça qui me frappe.
00:36C'est-à-dire, même les choses faciles, politiquement, on refuse de le faire.
00:47Quel imaginaire, ou vers quel horizon souhaiter
00:52pour, justement, ne pas renoncer ?
00:56Parce qu'on a mis le renoncement en point d'interrogation.
00:59Je ne pense pas qu'on porte le discours qu'on va renoncer.
01:01Pourtant, il faut être lucide.
01:03Pour briser, peut-être, l'apathie, ou ces vents contraires, ou le déni.
01:09Jean-Baptiste Frécius, vous vous dites,
01:10là, c'était, je crois, un article récent dans la revue Terrestre,
01:12et je sais que ça m'a beaucoup intéressé.
01:14Vous dites, en fait, là, on parle du backlash écologique.
01:16Vous avez même participé à ce livre collectif sur le backlash écologique.
01:19Mais vous dites, en fait, on s'illusionne de penser que nous sommes dans une période temporaire
01:24où, aujourd'hui, il y a les Trumps, etc., qui ne veulent pas de l'écologie.
01:28Mais demain, ça ira mieux.
01:30Vous dites, en fait, c'est structurel.
01:31Expliquez-nous pourquoi.
01:32C'est un peu ce que je disais en introduction.
01:34Ce qui cause le changement climatique, en fait,
01:36c'est l'ensemble de nos technologies, de nos consommations matérielles.
01:43C'est vraiment structurel, en fait, à la manière dont fonctionnent nos économies,
01:48depuis longtemps, en fait.
01:49Donc, c'est vraiment quelque chose qui date d'au moins deux ou trois siècles, quoi.
01:53C'est vraiment quelque chose de très, très structurel, très pesant.
01:56Et c'est vrai que, backlash, on a l'impression qu'il y a une sorte de tendance
01:59vers l'écologisation, vers la transition.
02:00Il y aurait quelques fauteurs de troubles, genre le méchant Trump,
02:03qui nous empêche d'avancer.
02:04Et je trouve que c'est un peu naïf et gratifiant vis-à-vis de nous-mêmes, quoi.
02:08C'est sûr que Trump est une mauvaise nouvelle,
02:09et ça ralentit plein de choses,
02:11et ça détruit même des processus intéressants.
02:14Ce n'est pas pour exonérer,
02:15mais malheureusement, Trump,
02:17ce n'est pas lui qui fait que les émissions ne baissent pas, objectivement.
02:20C'est vraiment quelque chose de beaucoup plus profond.
02:23De manière amusante, cette idée de green backlash,
02:25de backlash environnemental,
02:27en fait, c'est une belle idée, ça remonte à 1970,
02:29c'est juste après le jour de la Terre,
02:31un détériorat dans le New York Times qui dit
02:33« ça y est, il y a déjà une sorte de retour de bâton
02:35contre les environnementalistes »,
02:37mais c'est balayé en disant, en fait,
02:39les industriels un peu sérieux comprendront bien
02:40que l'environnement, c'est très important,
02:42et donc, ceux qui sont contre l'environnement,
02:45c'est vraiment des réactionnaires obtus,
02:47et la suite de l'histoire leur a donné complètement tort.
02:49C'est-à-dire, en fait, le retour de bâton,
02:51il est absolument général,
02:52parce qu'une fois encore, c'est...
02:53En fait, tout acte de production
02:54et de fait compliqué environnementalement,
02:57ça a des conséquences environnementales
02:58de produire quelque chose,
02:59et je crois qu'en parlant d'imaginaire,
03:01je pense que vraiment,
03:02ce qu'il faudrait pousser,
03:04c'est une réflexion sur, en fait,
03:05à quoi ça sert ce qu'on produit, au fond.
03:07C'est ça la vraie question.
03:08Est-ce que vraiment ça augmente le bien-être
03:10de la population en général ?
03:12Est-ce que c'est pour accumuler du profit ?
03:14Est-ce que c'est pour satisfaire des besoins vitaux ?
03:16C'est ça la vraie question, à mon avis, de l'environnement.
03:18Ce n'est pas qu'on va décarboner le monde entier en 30 ans,
03:20personne n'y croit une seconde, évidemment.
03:22Et dire ça, c'est évident de poser cette question
03:24de, en fait, à quoi ça sert ce qu'on produit.
03:28Vous avez, Sébastien Dutreuil,
03:31la question de l'hypothèse Gaïa de votre livre,
03:34c'est cette question de, c'est évidemment bertigineux
03:38à résumer.
03:39Mais vous dites, en fait, dans la lignée
03:42de ce que dit Jean-Baptiste Fresseuse,
03:44si on considère la Terre comme un système vivant,
03:48dans lequel nous sommes inclus,
03:49nous faisons partie de ce système,
03:52alors ça change,
03:54je résume évidemment à très gros traits,
03:55ça change, considérer l'habitabilité de la Terre
03:58devrait être ce qui guide notre façon de voir.
04:05Pourquoi ?
04:06Alors, je veux juste réagir rapidement sur cet aspect-là
04:09et après prolonger peut-être un peu ce que disait Jean-Baptiste
04:10sur le premier aspect,
04:12l'importance de l'habitabilité,
04:14c'était la question de Gaïa dans les années 70
04:15et c'est de ça, en fait,
04:16dont héritent les sciences du système Terre
04:18sur les limites planétaires,
04:19l'anthropocène, etc.
04:21C'est cette montée en intensité,
04:22montée en généralité,
04:23de dire, en fait,
04:24on vit dans un monde
04:26dont on dépend
04:29et qui est produit par l'activité des vivants
04:30et donc par nos activités aussi.
04:33Dans le sillage des réflexions sur Trump,
04:35une des choses qui m'a frappé,
04:37c'est la place des sciences, en fait,
04:40au cours, enfin, depuis, en gros,
04:41on va dire, les années 50.
04:43Pendant une grosse partie du XXe siècle,
04:46une large partie des sciences
04:47étaient des alliés des États,
04:49de l'industrie et de l'armée,
04:50y compris la climatologie,
04:52la physique du climat,
04:53elle se constitue pendant la guerre froide,
04:54initialement comme une science stratégique,
04:56et militaire,
04:57parce que ça permet de détecter des essais nucléaires,
04:59de faire circuler des sous-marins
05:02de manière indiscrète, etc.
05:03Donc la climatologie physique,
05:04initialement,
05:05c'est une alliée des puissances
05:06et dans les années 70-80,
05:08bon gré, mal gré,
05:09de manière un peu chemin faisant,
05:13elle se retourne contre ces puissances
05:14en se transformant
05:15en une science d'alerte
05:16qui n'est plus sous le secret défense,
05:17mais qui est une science d'alerte globale
05:18et en promettant non pas plus de puissance,
05:20mais d'une certaine manière,
05:21moins de puissance,
05:22comme elle peut être lue parfois
05:23avec l'idée de décroissance.
05:24Et donc c'est ce basculement
05:26en fait de la place des sciences
05:27dans les années 70-80
05:29qui d'une certaine manière
05:29vient expliquer
05:31les réactions de Trump d'aujourd'hui
05:33qui ne sont pas du tout contingentes,
05:34qui ne sont pas le résultat
05:35de l'élection d'un fasciste
05:36à un endroit donné,
05:37mais qui,
05:38ça c'est la partie la plus visible
05:39d'un retournement plus large
05:41des puissances contre les sciences
05:42qu'on voit sous d'autres aspects.
05:43C'est-à-dire ?
05:44La manière dont une partie
05:47de l'enseignement supérieur
05:47et de la recherche
05:48est détruite par des politiques
05:49néolibérales depuis une vingtaine d'années.
05:52L'intelligence artificielle
05:53qui vient déplacer
05:54complètement l'autorité
05:57et l'autonomie de diversité.
05:59Il y a toute une série
06:00d'attaques un peu plus implicites,
06:02un peu plus indirectes,
06:03un peu moins visibles
06:03et moins grotesques
06:04qui, à mon avis,
06:05vont un peu dans le même sens.
06:06Oui.
06:06Vous voulez réagir là-dessus ?
06:07Non, mais il y a toutes les sciences
06:08de la toxicologie aussi
06:09qui sont remises en cause.
06:11Je crois qu'effectivement
06:12c'est quelque chose
06:12de beaucoup plus large.
06:16La classe est beaucoup plus large
06:17que le climat, oui.
06:18Un autre point
06:19que je trouve aussi intéressant
06:20c'est qu'en fait
06:20la question du climat
06:21émerge très tôt aux États-Unis
06:23poussée par le lobby nucléaire.
06:25C'est bizarre
06:26parce que, à la fois
06:27ça se comprend très bien
06:28et en même temps
06:28parce que l'écologie
06:29s'est construite
06:29contre le mouvement nucléaire
06:30ça paraît surprenant
06:31mais en fait
06:32parmi les premiers scientifiques
06:33à dire
06:34il y a peut-être un problème
06:35avec le climat
06:35et on peut l'étudier
06:36en plus avec des outils nouveaux
06:38que les savants atomistes
06:39possèdent à ce moment-là.
06:41Ce sont les promoteurs
06:41de l'énergie atomique.
06:42Ils ont bien compris
06:42que c'est un très bon argument
06:43pour défendre leur technologie.
06:46Dès 1953
06:47l'Atomic Energy Commission
06:49l'équivalent du CEA
06:50aux États-Unis
06:51dit
06:51il y a des limites potentielles
06:53à l'usage des fossiles
06:54ce n'est pas simplement
06:55qu'on va épuiser tout le charbon
06:56c'est en fait
06:57l'atmosphère
06:58qu'on est en train
06:59de transformer drastiquement.
07:00J'ai une petite question pour vous
07:01après Laurence
07:02je vais continuer à faire tourner
07:03on a encore 10-15 minutes
07:05en un peu de temps.
07:07Jean-Baptiste Fresseau
07:08quand on a préparé cette émission
07:09vous avez dit
07:10j'ai toujours peur
07:11quand j'interviens comme ça
07:12d'être celui qui annonce
07:14les mauvaises nouvelles
07:15sur le plateau.
07:17Qu'est-ce que
07:18quand vous dites
07:20la transition énergétique
07:21elle n'a pas commencé
07:21quand vous dites
07:22nous sommes
07:23arrêtons de nous gargariser
07:25de grands mots
07:25et regardons plutôt
07:26ce qui est fait
07:26et pour l'instant
07:28ça n'a pas vraiment commencé
07:30le pétrole n'a jamais
07:30les énergies fossiles
07:31n'ont jamais été aussi présentes
07:32etc.
07:34Qu'est-ce qui
07:34quand les gens vous disent
07:37mais alors qu'est-ce qu'on fait
07:38vous leur répondez quoi ?
07:40Parce que j'ai déjà un petit peu répondu
07:41c'est-à-dire arrêtons de rêver
07:42à des solutions technologiques
07:43pour tous les secteurs
07:44en 25 ans
07:45faisons preuve de discernement
07:46technologique
07:47il y a des choses qui marchent
07:48il faut y aller à fond
07:48il y a des choses où objectivement
07:50on n'a pas le début
07:51du commencement de la solution
07:52je ne sais pas moi
07:53les avions par exemple
07:54on sait très bien
07:55qu'on ne saura pas
07:55les décarboner
07:56et bien c'est évident
07:56qu'il faut parler
07:57du volume de l'aviation civile
07:59de pourquoi on prend l'avion
08:00etc.
08:01sinon on parle
08:01enfin on peut parler
08:02si vous voulez d'avions hydrogènes
08:03et on a vu quand on a voulu
08:04un dernier jet privé
08:05quand il y a des discussions
08:06sur les jets privés
08:06c'était devenu incendiaire
08:09alors que
08:09officiellement ça ne concerne pas
08:11du tout
08:11vous et moi
08:12les jets privés
08:13donc voilà
08:15même ça
08:15qui est vraiment
08:16un truc de bon sens
08:17on ne le fait pas
08:17moi c'est ça qui me frappe
08:18c'est-à-dire même
08:18les choses faciles
08:19politiquement
08:20on refuse de le faire
08:21quand on
08:23là en ce moment
08:23on est en train
08:23de changer entièrement
08:25le parc automobile
08:26pour passer à l'électrique
08:27c'était le moment
08:28ou jamais
08:28de réduire la place
08:29de l'automobile
08:29de réduire la taille
08:30des voitures
08:31de dire il n'y a pas
08:32de voiture en ville
08:32il y a des voitures
08:33à la campagne
08:33là où c'est vraiment
08:34en distance
08:34enfin il y a plein
08:35de choses importantes
08:36qui ne sont pas non plus
08:37enfin on ne parle pas
08:37de faire la révolution
08:38et de renverser le capitalisme
08:39là on parle de régulation
08:40un peu sérieuse
08:41de la façon
08:42en fonction de nos économies
08:43même ça en fait
08:44on n'a pas vraiment
08:44envie de le faire
08:45c'est pour ça que
08:46la transition
08:47vu le peu moyen
08:48qu'on s'en donne
08:49elle ne va pas avoir lieu
08:49en plus ce n'est pas du tout
08:50un scoop
08:50ce qui est marrant
08:51c'est que ce bandeau
08:52avait fait réagir
08:53un certain nombre
08:55de collègues
08:55mais en fait
08:56issu d'ouvrir
08:56n'importe quel rapport
08:57de l'agence internationale
08:58de l'énergie
08:59on voit bien que la transition
09:00ne va pas avoir lieu
09:01évidemment on va stabiliser
09:02en gros les émissions
09:03d'ici 2050
09:03mais on ne sera évidemment
09:04pas à zéro en 2050
09:05mais tout le monde le sait
09:341
09:362
09:372
09:382
09:383
09:393
09:40Être
09:414
09:414
09:42Être
09:434
09:455
09:455
09:46.
09:473
09:476
09:476
09:49Modéré
09:496
09:506
09:519
09:517
09:527
10:001
10:012
10:019
10:021
Écris le tout premier commentaire
Ajoute ton commentaire

Recommandations