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Cette séquence diffusée sur la chaîne Mediapart analyse la crise interne qui traverse le parti Les Écologistes à l’approche des municipales 2026.
Le sociologue Jean-Baptiste Comby, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris II Panthéon Assas et spécialiste des rapports entre classes sociales et écologie, décrypte les tensions provoquées par une tribune publiée sur Mediapart, les rapprochements avec La France insoumise et les suspensions internes.
Il revient sur la polarisation entre écologie réformatrice et écologie non capitaliste, la notion d’écologie bourgeoise et les contradictions entre urgence climatique et maintien de l’ordre social.
Une analyse approfondie des fractures idéologiques qui traversent aujourd’hui la gauche et l’écologie politique en France.

#politique #écologie #gauche #France #crise

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Transcription
00:00Il y a cette polarisation des politiques de l'écologie avec un pôle réformateur
00:04qui, en fait, opère comme une courroie de distribution
00:08entre la critique écologique et l'écologie institutionnelle et industrielle,
00:12et de l'autre côté, l'écologie combative, offensive, non capitaliste,
00:16qui s'en prend à des infrastructures écocidaires.
00:20Et donc, on voit que cette polarisation, aujourd'hui,
00:22évidemment, elle a des effets aussi, elle a rongé,
00:24elle travaille silencieusement, effectivement, mais réellement,
00:29le parti des écologistes, très probablement,
00:31et sans doute que ce clash-là est aussi le résultat de cette tendance plus longue.
00:42Cette actualité, ce sont les énormes tensions au sein du parti Les écologistes,
00:46des dissensions nées d'une tribune, d'ailleurs publiée sur Mediapart le 26 janvier.
00:50Son titre municipal 2026 à la social-écologie préférant l'écologie de rupture,
00:55un texte signé par 500 militants et sympathisants écolos
00:58qui affirme la direction nationale du parti a, je cite,
01:01« essentiellement privilégié l'alliance avec le PS,
01:03faisant ainsi des écologistes la béquille d'une social-démocratie
01:07qui entend exclure la France insoumise
01:09et choisit de tourner le dos au programme,
01:11comme à la logique unitaire du nouveau front populaire. »
01:13Conséquence, après Marseille et Montpellier,
01:15à Toulouse, Nantes, Metz, Avignon,
01:17dans plusieurs villes populaires d'Île-de-France aussi,
01:19des écologistes ont rejoint des listes LFI, même chose à Paris,
01:22où Jérôme Gleize, signataire et membre de l'aile gauche du parti,
01:25a lancé un mouvement qui s'appelle « Les Verts populaires »
01:28et qui a officialisé son soutien à la liste de l'insoumise Sophia Chiquion.
01:32« Aujourd'hui, la position des écologistes
01:35est devenue profondément ambigüe,
01:38écartelée entre le national et le municipal.
01:41Au Parlement, les écologistes votent l'émotion de censure
01:44contre le gouvernement Lecornu,
01:46contrairement au Parti Socialiste, bien sûr.
01:47Mais pour les municipales,
01:49les mêmes écologistes se rangent dans la plupart des villes
01:51et ici, à Paris, plus qu'ailleurs,
01:53derrière les socialistes.
01:58À Paris, c'est même une première depuis 1977
02:00et j'ai toujours été loyal,
02:02même en désaccord avec la direction nationale du moment.
02:06Mais comme pour la technologie des plaques,
02:08les déplacements lents en politique
02:09finissent par provoquer des ruptures
02:11et là, c'est la rupture.
02:12Pour la direction du parti,
02:13s'il s'agit d'une trahison fomentée par LFI,
02:16Marine Tondelier,
02:17secrétaire nationale des écologistes sur France Info.
02:19Vous me parlez d'une tribune, franchement,
02:22moi je vais vous le dire,
02:23c'est très parisianiste
02:24et c'est très propre au milieu journalistique
02:25de voir ces trucs-là, c'est votre travail.
02:27C'est vos militants, c'est pas...
02:28Non, non, non, c'est pas mes militants.
02:30Il y a aussi certains cadres de votre parti
02:32qu'on rejoint des campagnes...
02:33Si vous faisiez votre travail,
02:34vous sauriez que plus de 55%
02:36des signatures de cette tribune
02:38viennent de personnes
02:39qui non seulement ne sont pas des rangs de chez moi
02:40mais ne l'ont jamais été.
02:42Et d'autres qui ont dit
02:43mais nous on nous a dit
02:44est-ce que vous êtes d'accord
02:45pour signer un petit texte interne ?
02:46On se sent trahi et manipulé
02:48par la France Insoumise
02:48puisque c'est eux qui ont tenu la plume.
02:50Et le résultat,
02:51ce sont une trentaine de suspensions
02:53assumées par le parti
02:54qui ressemblent fort à une purge,
02:55ce que ne manque pas d'ailleurs
02:56de remarquer LFI,
02:57mouvement qui les a aussi pratiqués.
03:00C'est la rupture,
03:01dit Jérôme Gleize,
03:02avec ce raidissement,
03:03on le voit,
03:03d'un parti politique
03:04qui se targue historiquement
03:06d'une culture politique délibérative
03:08et démocratique.
03:10Qu'est-ce que ça nous dit
03:11au-delà des péripéties ?
03:13Je pense qu'on peut
03:16cet épisode-là
03:17des écologistes,
03:20en fait c'est intéressant
03:21peut-être de le réinscrire
03:22dans une histoire un peu plus longue.
03:25Les années 2000,
03:26c'est vraiment l'hégémonie
03:27de l'écologie moralisatrice,
03:30c'est l'avènement
03:30de l'éco-stuainisme,
03:31c'est la période Jadot,
03:33la période Canfin,
03:33la période Hulot.
03:35Et puis les années 2010,
03:37ce monopole de l'écologie
03:38que je qualifie de réformatrice,
03:42eh bien il est concurrencé
03:44par une écologie
03:46beaucoup plus conflictuelle,
03:51beaucoup plus non capitaliste aussi,
03:53et qui déjà dénonce en fait
03:56cette ambivalence,
03:58ce louvoiement
03:58de l'écologie institutionnelle
04:00qui a un pied dans les alternatives
04:02mais aussi un pied dans le monde
04:03de l'entreprise.
04:03C'est quelque chose
04:04que j'avais très bien observé
04:05lors de la COP21 à Paris en 2015.
04:08Et en fait,
04:09il y a cette polarisation
04:10des politiques de l'écologie
04:12avec un pôle réformateur
04:14qui en fait opère
04:16comme une courroie de distribution
04:18entre la critique écologique
04:19et l'écologie institutionnelle
04:20et industrielle,
04:21et de l'autre côté,
04:23l'écologie combative,
04:24offensive,
04:25non capitaliste
04:26qui s'en prend
04:28à des infrastructures écosidaires.
04:29Et donc on voit
04:30que cette polarisation,
04:31aujourd'hui,
04:32évidemment,
04:33elle a des effets aussi,
04:33elle a rongé,
04:34elle travaille
04:36silencieusement,
04:37effectivement,
04:37mais réellement,
04:39le parti des écologistes
04:40très probablement
04:40est sans doute
04:41que ce clash-là
04:43est aussi le résultat
04:44de cette tendance plus longue.
04:45Est-ce que pour vous,
04:46pour aller dans le cœur
04:48un peu des termes
04:49que vous utilisez dans le livre,
04:50est-ce que ce parti
04:51des écologistes
04:52incarne une écologie bourgeoise ?
04:54Parce qu'il y a plein de membres
04:55de ce parti
04:56qui ne vont pas du tout
04:59se définir comme ça
05:00pour une certaine d'entre eux.
05:01Je pense que Jérôme Gleiz
05:02ne se définit pas du tout
05:03comme quelqu'un
05:04de l'écologie bourgeoise,
05:05par exemple,
05:05et il y a plein d'autres militants
05:06de ce parti
05:06qui ne se définissent pas comme ça.
05:08Alors, Jérôme Gleiz,
05:09visiblement,
05:09lui, il a pris la tangente,
05:12il est ingénieur,
05:12je crois,
05:13il est enseignant
05:14dans le supérieur,
05:15donc il a quand même
05:15une position
05:16qui, du point de vue
05:17des sciences sociales,
05:18de la sociologie,
05:19le situe plutôt
05:20bien en haut à gauche
05:21de l'espace social.
05:23Alors, c'est vrai...
05:23Et vous dites que c'est le cas
05:24pour beaucoup
05:25de cadres de ce parti,
05:26mais aussi au-delà
05:27pour tous les gens
05:28qui produisent
05:29les politiques écologiques.
05:30Oui.
05:30Alors, je renvoie là
05:31aux travaux de ma collègue
05:32Vanessa Jérôme,
05:33qui est vraiment
05:34la spécialiste
05:35en sociologie politique
05:35du parti Les Écologistes
05:36et qui pointe
05:37à quelque chose
05:38qui réunit les écologistes
05:39par-delà leur diversité,
05:41c'est un habitus minoritaire,
05:42ils se sentent toujours
05:42un peu minoritaires.
05:44Donc, du coup,
05:44c'est sûr qu'ils ne vont peut-être
05:45pas avoir vraiment tendance
05:46à se situer
05:47dans les classes dominantes.
05:48Et pourtant,
05:49quand on regarde
05:49leur position sociale,
05:51on voit qu'ils sont
05:53très attachés
05:54à l'ordre établi.
05:55C'est ce qui, d'ailleurs,
05:56permet de comprendre
05:57leur adhésion
05:58à ce que j'appelle
05:58la pondération,
05:59cette capacité
06:00à concilier des contraires.
06:01C'est-à-dire qu'à la fois,
06:01moi, c'est ce qui m'avait frappé,
06:02ce que j'avais essayé
06:03de comprendre,
06:04c'est qu'à la fois,
06:05c'est les premiers à dire
06:06il y a une urgence écologique,
06:07on ne peut plus continuer
06:08comme ça,
06:09et en même temps,
06:12à ne pas remettre
06:13réellement en cause
06:14un ordre social
06:15auquel ils doivent
06:16beaucoup, en fait.
06:17C'est ça qu'il faut comprendre,
06:18ils doivent beaucoup
06:18à l'ordre établi.
06:20Et donc,
06:21c'est quand même
06:21des gagnants
06:21dans cette affaire-là.
06:23Est-ce que ce n'est pas
06:23un peu injuste aussi
06:24parce que les écologistes,
06:25ils sont aussi très attaqués,
06:26ils sont caricaturés
06:27comme des Khmer Verts,
06:28je cite,
06:28qui prôneraient
06:28une écologie punitive,
06:29ou souhaiteraient même
06:30le retour à la bougie,
06:31on entend ça tout le temps,
06:32à partir des Macronistes
06:34jusqu'à l'extrême droite,
06:34en fait.
06:35Ou même comme des complices
06:37de soi-disant
06:37éco-terroristes,
06:38par exemple,
06:39comme Marine Tondelier,
06:40elle était à Sainte-Solines
06:41avec plein de gens
06:42du mouvement social,
06:43ils ont été associés
06:45à ça,
06:46avec cette volonté
06:47de,
06:48certains à droite,
06:49même très facilement,
06:50LFI,
06:50hors du cadre républicain,
06:52mais c'est pareil aussi
06:54donc est-ce que ce n'est pas aussi
06:55quand même des gens
06:58qui veulent déranger
06:59quand même
07:00un ordre social établi,
07:01malgré ces positions bourgeois ?
07:04Alors,
07:05ils veulent
07:07le réformer,
07:09ils veulent effectivement
07:10faire bouger
07:11certains secteurs,
07:13certaines pratiques,
07:14c'est vrai,
07:15et effectivement
07:17piétonniser un centre-ville,
07:19électrifier une flotte automobile
07:21d'un grand groupe
07:21comme La Poste,
07:25produire des manières
07:27écologiques
07:28de fabriquer,
07:30de l'éco-conception,
07:30etc.
07:31Pour ceux qui les mettent en œuvre,
07:32ça donne réellement
07:33l'impression
07:34que le changement
07:34est en marche
07:35et effectivement,
07:35ce sont des changements
07:36qui ne sont pas neutres
07:38et qui peuvent
07:40chatouiller
07:40des intérêts sociaux
07:41assez forts.
07:43Mais,
07:44justement,
07:45c'est ça qui est intéressant,
07:46c'est que comme
07:47ces changements
07:48se font dans un cadre
07:49qui est, lui,
07:49inchangé,
07:50ça génère ces attaques-là.
07:52– Sous-titrage Société Radio-Canada
07:59– Sous-titrage Société Radio-Canada
08:21– Sous-titrage Société Radio-Canada
08:25– Sous-titrage Société Radio-Canada
08:28– Sous-titrage Société Radio-Canada
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