- il y a 2 mois
Retrouvez les émissions en intégralité sur https://www.france.tv/france-2/telematin/toutes-les-videos/
Aujourd'hui, dans « Les 4V », Gilles Bornstein revient sur les questions qui font l’actualité avec Aurore Bergé, ministre délégué auprès du Premier ministre, chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations.
Aujourd'hui, dans « Les 4V », Gilles Bornstein revient sur les questions qui font l’actualité avec Aurore Bergé, ministre délégué auprès du Premier ministre, chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Bonjour à tous, bonjour Aurore Berger. C'est aujourd'hui la journée internationale pour l'élimination de la violence faite aux femmes.
00:11Autant dire qu'on en est très loin, plus 11% de féminicides en un an, 107 féminicides l'année dernière.
00:18On voit les chiffres. Il y a plus de violences faites aux femmes ou c'est la parole qui se libère, le fait qu'on en parle davantage ?
00:25Quand on parle des féminicides, c'est les femmes qui sont assassinées sous les coups de leur conjoint ou de leur ex-conjoint.
00:30La semaine dernière, six femmes ont été assassinées, quatre dans la seule journée de jeudi.
00:35Quatre qui n'avaient rien à voir. Elles ne sont pas du même département, elles ne sont pas du même milieu social, elles n'ont pas le même âge.
00:40Leur seul point commun, c'est qu'à un moment, elles ont déclaré à un homme « je te quitte ».
00:44Et qu'il y a donc encore des hommes en France pour considérer que les femmes leur appartiennent.
00:48C'est ça le combat qu'on doit mener. C'est un combat culturel, c'est un combat éducatif, c'est un combat dans la loi aussi
00:53pour changer un certain nombre de notions. Votre reportage, juste avant, le démontrait bien.
00:57Il y a une multitude de violences. La violence, ce n'est pas que les coups, ce n'est pas que la violence sexuelle.
01:02Et c'est bien d'autres choses, en général, qui se mettent en place avant d'en arriver là.
01:07En novembre 2017, Emmanuel Macron, tout juste élu président de la République, avait fait de l'égalité une grande cause nationale.
01:13Il voulait lutter contre les violences. Même Sandrine Rousseau, à l'époque, avait dit « on a changé d'époque ».
01:19Dans ce domaine, comme dans beaucoup d'autres, on a l'impression qu'il y a quand même une certaine déception
01:25de la part de gens qui y ont cru, très sincèrement.
01:28Alors, c'est resté la grande cause des deux quinquennats du président de la République.
01:31Vous vous souvenez qu'en 2017, quand il fait sa campagne et qu'il l'annonce,
01:34beaucoup ricanent aussi en se disant que ce n'est pas un sujet suffisamment sérieux pour être érigé en grande cause
01:38et en faire un des axes clés, d'ailleurs, de son programme.
01:41Il y a beaucoup de choses qui ont évolué en huit ans. Il y a beaucoup de choses qui, vraiment, ont progressé.
01:45Sur les moyens, sur la loi qui a été changée, sur les outils à disposition pour protéger les femmes.
01:49Les moyens, en tout cas, du ministère ont triplé.
01:53Les places d'hébergement d'urgence, les outils mis à disposition des femmes,
01:57les téléphones graves danger, les bracelets anti-rapprochement.
01:59Pardon, mais on a l'impression que les moyens augmentent, mais les besoins augmentent encore plus.
02:04Il y a les deux.
02:05Donc, l'écart entre les moyens et les besoins s'accroît.
02:08Alors, il y a à la fois des besoins qui ont augmenté parce que, et vous l'avez dit vous-même,
02:12et tant mieux, il y a une parole, en effet, qui s'est libérée et l'État qui a accompagné ça.
02:16Comment on l'a accompagné ? On a formé, on a formé massivement.
02:18On a 200 000, aujourd'hui, forces de l'ordre policiers et gendarmes
02:21qui ont été formées pour accueillir et recueillir la parole des femmes.
02:24Il y a la loi qui, progressivement, a évolué aussi pour garantir de bien entendre
02:29ce que veulent dire la question des violences.
02:31Les magistrats qui ont été formés, des outils nouveaux,
02:34des ordonnances de protection qui ont été mises en place.
02:36Les ministères se plaignent de ne pas avoir les moyens pour former suffisamment de policiers
02:39pour le recueil de la parole.
02:41En tout cas, 200 000 policiers et gendarmes sont formés.
02:43Ils sont formés en formation initiale.
02:45Ils continuent à être formés en formation continue.
02:47Aujourd'hui, une femme qui veut porter plainte, elle peut le faire au commissariat,
02:50elle peut le faire en gendarmerie, elle peut le faire notamment à l'hôpital.
02:53On garantit le fait que, d'ici fin 2026, tous les hôpitaux où il y a soit un service d'urgence,
03:00un service gynécologique, les femmes pourront directement porter plainte,
03:03de manière justement à faciliter aussi le recueil de cette parole
03:06et qu'elles n'aient pas non plus à répéter leur histoire ou à revenir en arrière.
03:10Une femme en danger attend en moyenne, à cause du manque de crédit des associations,
03:12une femme en danger attend en moyenne 3 à 4 semaines avant d'être reçue par une association.
03:18Et pendant ce temps-là, elle reste ou elle doit rester chez un conjoint éventuellement violent.
03:22Une femme en danger, elle peut évidemment être accompagnée et accompagnée par l'État.
03:26C'est ce qu'on a mis en place.
03:28Il y a une aide universelle d'urgence qui est délivrée entre 1 et 3 jours
03:30pour toutes les femmes qui souhaitent à un moment ou qui ont la nécessité de pouvoir partir.
03:35Le moment le plus risqué de la vie d'une femme, c'est justement le moment où elle va décider de partir.
03:40Donc ce qu'on veut, c'est comment on garantit que son départ soit un départ définitif
03:44sur lequel elle n'est pas à revenir en arrière par peur justement du lendemain
03:47de ce qui pourrait lui arriver à elle ou à ses enfants.
03:50Et comment on prépare en amont ce départ.
03:53Aide universelle d'urgence, PAC Nouveau Départ qu'on déploie dans 12 départements déjà
03:57pour coordonner tous les services de l'État, les opérateurs, les collectivités, les associations.
04:01Et l'objectif, c'est évidemment aussi d'arriver à le généraliser.
04:05Avant, il n'y avait pas d'intervenants sociaux, par exemple d'assistantes sociales
04:07quand vous alliez en commissariat, en gendarmerie pour porter plainte.
04:10Donc oui, il y a sincèrement et vraiment des choses qui ont progressé.
04:14Mais on voit qu'on a encore, c'est vrai, une forme de révolution culturelle
04:18qu'on n'a pas suffisamment réussi à gagner,
04:20qu'il n'y a pas embarqué toute la société.
04:22Quand je dis qu'on a quatre féminicides le même jour,
04:26quatre femmes assassinées le même jour,
04:28en fait, c'est considéré encore comme du fait divers.
04:30Ce n'est pas un fait divers, c'est un fait de société,
04:33c'est même un fait politique qui devrait justement faire la une partout
04:36pour que chacun mesure ce qui se passe quand on parle de femmes qui sont assassinées.
04:40Justement, une députée socialiste a déposé une proposition de loi,
04:44dite loi intégrale.
04:46Elle propose par exemple qu'il y ait un parquet national dédié,
04:50comme le parquet national antiterrorisme,
04:53le parquet national financier ou le futur PNACO.
04:56Est-ce que vous y êtes favorable ?
04:58Alors moi, ça fait six mois qu'on travaille justement
05:00sur la question d'élaboration d'une loi cadre.
05:03On l'a fait de manière un peu inédite,
05:05c'est-à-dire qu'on l'a fait de manière totalement transpartisane.
05:07Tous les groupes politiques représentés à l'Assemblée et au Sénat
05:09ont accepté d'être autour de la terre.
05:11Je vous parle d'une loi qui est déposée,
05:13une loi transpartisane signée par plus d'une centaine de parlementaires.
05:16Est-ce que vous y êtes favorable ?
05:17Est-ce que vous n'êtes pas favorable à cette loi ?
05:21Non, ce n'est pas ce que je dis.
05:22Je pense que toutes les contributions,
05:23elles sont absolument utiles et elles sont même bienvenues,
05:26de manière à ce qu'ensemble, on montre qu'il y ait un consensus qui est possible.
05:29Quand on a changé la définition pénale du viol,
05:31on l'a fait parce qu'il y a eu une mobilisation générale.
05:33Quand on a inscrit l'IVG dans la Constitution,
05:35on l'a fait parce qu'il y a eu une mobilisation générale.
05:37Il faut qu'il y ait une mobilisation générale sur les violences.
05:39Sur cette mesure d'un parquet dédié,
05:42partant du principe qu'on n'enquête pas de la même manière,
05:44j'imagine, pour un cambriolage que pour une affaire de violences conjugales
05:47et qu'il faut des magistrats particulièrement bien formés.
05:50Est-ce que vous êtes favorable à ce qu'il y ait désormais
05:52un parquet national chargé des violences faites aux femmes ?
05:57La proposition, elle vient d'être déposée,
05:58donc on va en discuter avec cette députée
06:00et puis aussi en lien avec le ministère de la Justice.
06:02Aujourd'hui, qu'est-ce qu'on a essayé de mettre en place concrètement là-dessus ?
06:05On a mis en place ce qu'on appelle des pôles vives,
06:07des pôles dédiés aux violences intrafamiliales
06:08dans toutes les juridictions,
06:10pour justement former partout les magistrats
06:12et garantir qu'on puisse juger dans la même journée.
06:15Ce qui relève par exemple du juge aux affaires familiales,
06:18la question de la garde d'enfants par exemple en cas de séparation,
06:20et ce qui peut relever du pénal quand il y a la question des violences,
06:23pour pas que les magistrats soient à l'aveugle sur ces deux sujets,
06:26mais qu'on puisse juger dans le même mouvement.
06:28Est-ce que ça, on peut aller déjà au bout
06:29de ce qui a été entamé, de cette dynamique-là ?
06:31J'entends que le parquet dédié, c'est pas pour tout de suite.
06:34Je sais pas, je vous dis juste qu'il y a plusieurs propositions,
06:37tant mieux, ça veut dire qu'il y a une mobilisation
06:39des députés et des sénateurs pour qu'on avance.
06:41Il y a ce travail que le gouvernement a engagé
06:43sur une loi cadre de manière transpartisane,
06:45donc ça veut dire qu'il y a beaucoup d'initiatives,
06:47tant mieux.
06:48Maintenant, il faut qu'elles soient toutes expertisées,
06:49il faut qu'elles aient un consensus à l'Assemblée nationale
06:51et au Sénat,
06:52et je pense que sur ces sujets-là,
06:54peut-être l'un des rares sujets,
06:55où non seulement c'est souhaitable,
06:56mais en plus c'est possible.
06:58Le Figaro, tout autre chose,
06:59le Figaro dévoile ce matin le contenu
07:01d'un rapport des Républicains du Sénat
07:03qui propose l'interdiction du voile
07:05avant 16 ans pour les jeunes filles.
07:07Laurent Wauquiez à l'Assemblée va même plus loin.
07:10Lui, il va déposer une proposition de loi
07:11pour tout simplement interdire le voile aux mineurs.
07:14C'est un sujet d'égalité homme-femme.
07:16Est-ce que vous soutiendrez l'une, l'autre,
07:18ou ces deux propositions ?
07:20Vous savez, moi, j'ai moi-même déposé cette proposition.
07:22Je l'ai portée par voie d'amendement
07:24il y a déjà plusieurs années,
07:25donc je n'ai pas changé d'avis
07:26depuis que je suis rentrée au gouvernement.
07:27Pour les mineurs ou moins de 16 ans ?
07:29Après, est-ce que c'est 15 ans ?
07:31Parce que c'est l'âge de la majorité sexuelle.
07:32Est-ce que c'est 16 ans ?
07:33Est-ce que c'est 18 ans ?
07:34Il y a plusieurs options qui existent
07:36et on verra s'il y a un consensus parlementaire qui existe.
07:38Moi, ce que je sais,
07:39c'est qu'aujourd'hui, on a des enfants,
07:41des très jeunes enfants,
07:42qui, dès le plus jeune âge,
07:43sont contraintes de se dissimuler
07:45dans l'espèce publique.
07:49Et ça, c'est intolérable.
07:49Quand vous parlez d'égalité entre les femmes et les hommes,
07:52vous ne pouvez pas considérer
07:52que les petites filles qui,
07:54dès le plus jeune âge, sont contraintes,
07:55baignent dans l'émancipation et dans la liberté.
07:57Moi, c'est ce que je veux.
07:58Que toutes les petites filles aient les mêmes droits
08:00et les mêmes chances
08:01et les mêmes possibilités d'émancipation.
08:03La PPL Wauquiez, elle est déposée lundi.
08:05Interdiction du voile aux mineurs.
08:06Est-ce que Renaissance, votre parti, la votera ?
08:08Je n'ai pas consulté les députés Renaissance.
08:10Je ne sais pas vous dire aujourd'hui.
08:12Moi, je vous donne ma position qui est constante.
08:14C'est une position à la fois d'égalité,
08:16de liberté, d'émancipation,
08:18une position aussi pour lutter contre l'antrisme islamiste
08:20qui existe et sur lequel il faut être extrêmement lucide
08:23sur les tentatives très fortes d'atteinte à notre pays.
08:25Merci infiniment, Aurore Berger,
08:27ministre à l'égalité entre les femmes et les hommes,
08:29invité des 4V.
08:30Bonne journée à tous.
08:31Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires