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  • il y a 2 mois
Jean Jouzel, paléoclimatologue, vice-président du Giec de 2002 à 2015, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce vendredi 7 novembre. Il parle de l'utilité des COP, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Notre invité c'est Jean Jouzel, le paléo-climatologue.
00:02Vous avez été vice-président du GIEC de 2002 à 2015 et c'est votre 23e COP.
00:07Vous allez y partir la semaine prochaine, donc à Bellem.
00:11Vous y croyez toujours, en tout cas vous pensez qu'il faut toujours y aller ?
00:15Bonjour Laure Closier, oui, je dirais, oui, c'est utile les COP.
00:21Leur utilité a été démontrée.
00:23Je travaille dans ce domaine du réchauffement climatique,
00:27de l'influence de nos activités sur notre climat depuis une quarantaine d'années.
00:31Et c'est clair qu'il y a une vingtaine d'années,
00:36je parlais encore d'un réchauffement qui pourrait aller vers 5 degrés.
00:40Et depuis l'accord de Paris, il y a quand même une inflexion.
00:42On parle plutôt d'un réchauffement qui pourrait être limité à 3 degrés.
00:45C'est beaucoup trop, mais c'est moins mal que les 5 degrés vers lesquels nous allions
00:49avant que des mesures ne soient prises justement dans le cadre de ces COP
00:52et s'appuyant sur les rapports du GIEC que vous avez mentionnés.
00:55C'est bien cette dualité entre la communauté scientifique, les décideurs politiques.
01:00Alors ça fonctionne très bien dans les textes, ça fonctionne moins bien dans la réalité.
01:04Qu'est-ce que vous attendez ?
01:05Il dit, Lula, ça sera une COP, il n'y a pas d'ordre du jour officiel,
01:09de vérité pour voir en gros qui a envie de continuer et qui ne joue pas le jeu.
01:12Oui, alors ce que j'attendrai personnellement, ça tient du rêve.
01:16C'est-à-dire que nous sommes dans, disons, au creux de la vague.
01:19Donald Trump a, disons, met tout de côté, y compris la science d'ailleurs,
01:23la réalité des faits est niée.
01:25Donc quand on voit son discours aux Nations Unies, c'est vraiment n'importe quoi.
01:29Donc dans ce contexte, j'aimerais effectivement que les autres pays
01:33se lèvent et disent de façon concertée, c'est l'objectif de Lula,
01:38eh bien nous sommes là et nous, nous allons continuer cette,
01:41disons, cette inscription dans la transition écologique,
01:45dans la transition climatique, dans la transition énergétique, c'est cela.
01:48Et on voit bien que c'est possible.
01:51C'est possible parce que c'est ce que joue la Chine,
01:54c'est ce que joue moins bien l'Europe, malheureusement à mon regret.
01:57Alors justement, mettez-vous bien face au micro qu'on vous entende bien,
02:01justement cette Chine qui aujourd'hui se présente comme un relais
02:04sur les questions climatiques en disant, nous la transition, on y croit,
02:07on va la faire.
02:08Comment vous voyez son action climatique ?
02:10D'abord, son action climatique, je la vois comme une action économique.
02:14C'est clair que, pour moi, le développement, le dynamisme économique
02:18s'inscrira autour de la transition.
02:21Et la Chine, depuis une vingtaine d'années, parie sur le renouvelable,
02:25alors un peu moins sur le nucléaire, mais surtout sur le renouvelable,
02:28parce que d'ailleurs, en interne, effectivement,
02:31la progression du renouvelable est remarquable,
02:33de l'éolien, du solaire,
02:35et puis ça leur permet aussi des débouchés commerciaux extrêmement importants.
02:39Ce sont les rois des panneaux solaires,
02:41enfin, moins peut-être sur les éoliennes,
02:43mais disons, il y a ce dynamisme économique
02:44qui s'est construit autour de la transition,
02:46un dynamisme aussi dans la communauté scientifique,
02:49ils sont vraiment très présents,
02:51et donc je crois que c'est bien joué de la part de la Chine.
02:53Alors évidemment, ce n'est pas une démocratie,
02:57c'est un regret, mais c'est un exemple,
03:00c'est ce qu'il faudrait faire,
03:01s'engouffrer dans la transition énergétique en premier lieu,
03:04d'ailleurs, ce que fait moins bien l'Europe, me semble-t-il.
03:07– Quel impact vous avez vu dans la communauté scientifique,
03:10justement, du discours de Trump ?
03:12Qu'est-ce que ça dit dans vos collègues paléoclimatologues, par exemple ?
03:16– Les climatologues, notre communauté,
03:18on est vraiment extrêmement déçus,
03:20enfin, moi, ça m'interroge,
03:21ce n'est pas que la science du climat qui est remise en cause,
03:25c'est vrai aussi pour les spécialistes de la santé,
03:27c'est globalement, disons, les fake news,
03:30voilà, donc, mais je crois qu'on relève la tête,
03:32le rapport du GIEC, le septième rapport du GIEC
03:35est en cours de rédaction sur ville et climat, par exemple,
03:38donc il y a, je crois qu'il faut continuer,
03:41qu'il faut continuer à témoigner,
03:42c'est ce que je viens de faire ici,
03:43de la réalité du réchauffement climatique,
03:45nous sommes vraiment au pied du mur,
03:46on décide, au cours des 15 prochaines années,
03:48du climat que connaîtront les jeunes d'aujourd'hui
03:50dans la deuxième partie de ce siècle,
03:51c'est bien ça qu'il faut voir,
03:52je veux dire, ce n'est pas un jeu,
03:54ce sont vraiment des conséquences du réchauffement climatique
03:56qui seront là, qui sont déjà là,
03:58mais de façon perceptible,
03:59mais elles seront encore beaucoup plus dangereuses
04:01dans la deuxième partie de ce siècle, c'est très clair.
04:03Justement, quand on voit qu'on n'arrivera pas
04:05à tenir la barre des 1,5,
04:07que le réchauffement est déjà là,
04:08est-ce qu'aujourd'hui, il n'y a plus qu'à s'adapter,
04:11que toutes les questions d'évolution sont impossibles ?
04:15Il faut absolument s'adapter,
04:16mais s'adapter n'est possible que si on limite
04:18le réchauffement climatique,
04:19c'est le message principal de notre communauté scientifique,
04:22justement, du rapport qui a été fait
04:24sur ce que serait notre climat à 1,5 degré,
04:26et puis un dixième de degré, ça compte.
04:28Ce serait beaucoup plus facile,
04:30ce serait idéal de pouvoir s'adapter
04:32à un réchauffement limité à 1,5 degré.
04:35Ce serait possible jusqu'à 2 degrés,
04:38c'est l'idée de l'accord de Paris,
04:40mais au-delà, vraiment,
04:41plus on s'en éloigne,
04:42plus ça deviendra difficile,
04:43et à 3 degrés, ça deviendra très difficile,
04:45voire impossible dans certaines régions,
04:47qui deviendront, au sens réel du terme,
04:49invivables.
04:50C'est-à-dire que, dans certaines régions,
04:52les températures limitées seront telles
04:54qu'on ne pourra pas travailler dehors,
04:59on ne pourra pas avoir d'activité extérieure,
05:01faire de sport,
05:02ça devient vraiment invivable,
05:03et ça, c'est toute la ceinture équatoriale et tropicale
05:06qui risque d'être affectée,
05:07dans ce sens-là,
05:08à plus 3 degrés.
05:09Donc oui, il faut tout faire,
05:11et c'est l'objectif de Bélème,
05:13effectivement,
05:14c'est de remettre,
05:15on a des engagements à Paris,
05:17il y a dix ans,
05:18les engagements ont été pris,
05:19c'était très bien construit,
05:20cet accord de Paris,
05:22avec, on en est en troisième étape,
05:25maintenant,
05:25de proposition d'engagement,
05:27avec l'idée qu'il ne faut pas,
05:29qu'il faut toujours progresser dans les engagements,
05:31ça se fait,
05:32les engagements ont été faits par de nombreux pays,
05:34d'ailleurs, par les Etats-Unis aussi,
05:36puisqu'il y a toujours les engagements de Joe Biden,
05:38mais bien sûr,
05:38ils seront caduques dans quelques semaines,
05:41puisque les Etats-Unis vont vraiment quitter
05:43cet accord climat,
05:46donc il y a des engagements
05:47qui ne sont pas suffisamment ambitieux,
05:49mais qui sont quand même là,
05:51et c'est, disons,
05:53mieux que rien,
05:53je crois,
05:54cette convention climat
05:55peut être très utile,
05:57mais surtout,
05:57s'il y a un esprit de corps
05:58qui se crée avec,
06:00il faut vraiment,
06:01je dirais,
06:01c'est pas sauver l'humanité,
06:03mais prendre ce problème au sérieux,
06:04et la seule façon de le prendre,
06:05c'est avec une solidarité internationale,
06:07et c'est un des lieux,
06:09on peut peut-être la retrouver,
06:10cette solidarité internationale,
06:12la convention climat,
06:14c'est clair,
06:14parce qu'on est tous autour
06:15du même problème,
06:17tout le monde est affecté,
06:18différemment d'un pays à l'autre,
06:19mais il faut vraiment faire,
06:21disons,
06:22tout faire pour limiter
06:23le réchauffement climatique.
06:24Vous disiez,
06:24à un moment donné,
06:25on ne pourra pas s'adapter,
06:26Bill Gates,
06:26lui, a dit qu'il croyait
06:27que l'innovation
06:28allait pouvoir,
06:29justement,
06:30trouver suffisamment de solutions
06:31pour ne pas conduire
06:32à l'extinction de l'humanité,
06:33c'est ce qu'a fait dire
06:33à Donald Trump
06:34qu'il l'avait rejoint,
06:35ce qui est faux,
06:35ce n'est pas ce qu'il dit,
06:36mais en tout cas,
06:37il croit en l'innovation
06:38et en notre capacité
06:40à pouvoir trouver des solutions.
06:41Oui,
06:41alors,
06:42d'abord,
06:44nous n'avons jamais dit,
06:44disons,
06:46Bill Gates nous attribue
06:47des paroles
06:48qui ne sont pas les nôtres.
06:49Je n'ai jamais parlé
06:50des sanctions de l'humanité,
06:51en tout cas,
06:51pour ce qui me concerne.
06:52J'ai parlé quelques fois
06:53d'un autre monde
06:54de conditions difficiles.
06:56Voilà,
06:56ça,
06:56c'est un premier point.
06:58Ensuite,
06:59bon,
06:59c'est absolument faux dire
07:01qu'on va d'abord
07:01traiter la pauvreté
07:02et ensuite,
07:03le réchauffement climatique.
07:05La première conséquence
07:06du réchauffement climatique,
07:07c'est justement
07:07l'accroissement des inégalités.
07:09Les pays pauvres
07:10vont devenir de plus en plus pauvres,
07:11y compris les populations
07:13les plus modestes,
07:13y compris en France,
07:15vont être beaucoup plus affectées.
07:17Et ensuite,
07:19bien sûr qu'il faut innover.
07:20Ça,
07:20je suis complètement d'accord
07:21avec Bill Gates,
07:22mais il faut,
07:22les innovations,
07:23pour ce qui nous concerne,
07:24n'ont de sens
07:25que si elles s'inscrivent
07:26dans une dynamique
07:27de transition énergétique
07:28et de transition climatique,
07:30de transition environnementale,
07:31si elles y contribuent,
07:32oui,
07:32mais beaucoup des innovations
07:34actuelles n'y contribuent pas.
07:35Quand on peut parler
07:36du numérique,
07:37de l'intelligence artificielle,
07:38ça pose plutôt des questions
07:39en termes de consommation
07:41d'énergie,
07:41d'émissions de gaz à effet de serre.
07:42Je ne dis pas
07:43qu'il ne faut pas le faire,
07:43mais il faut se poser les questions.
07:44D'ailleurs,
07:45que, disons,
07:46cette communauté se pose.
07:47Mais voilà,
07:48donc l'innovation,
07:49on a de sens
07:49que si elle contribue
07:51à cet objectif
07:52de neutralité carbone
07:53qu'il faut vraiment atteindre
07:55le plus rapidement possible.
07:56Il ne faut pas rêver,
07:57ce ne sera pas en 2050,
07:58mais vraiment,
07:59il faudrait qu'au milieu
08:00de ce siècle,
08:01nous atteignions
08:02cette neutralité carbone
08:04qu'on appelle tout nouveau.
08:06Et là,
08:07l'innovation peut aider,
08:08effectivement.
08:08Merci beaucoup,
08:09Jean Jouzel,
08:09d'être venu ce matin
08:10dans la matinale de l'économie.
08:11d'avoir regardé cette vidéo.
08:12Merci beaucoup,
08:12d'avoir regardé cette vidéo.
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