- il y a 4 mois
Laurent Favre, directeur général de OPmobility, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce mardi 2 septembre. Il s'est essentiellement penché sur l'instabilité politique qui touche le pays, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00Retour de la matinale de l'économie. Notre invité ce matin c'est Laurent Favre.
00:04Bonjour, vous êtes le directeur général d'OP Mobility, l'ancien plasticomium équipementier automobile.
00:09Vous avez publié des résultats solides fin juillet, vous étiez venu nous en parler.
00:14Vous êtes très implanté aux Etats-Unis. On va parler de cette rentrée politique,
00:18notamment en France avec cette ambiance. On était hier avec Elisabeth Ducoté,
00:22on était à la REF la semaine dernière, entre les patrons et les politiques
00:27qui semblent voir un fossé se creuser. Il y a une sorte de rupture qui se fait entre ces deux mondes.
00:32Est-ce que vous-même vous parlez encore régulièrement aux politiques ?
00:35On parle évidemment aux politiques. Je ne pense pas qu'il y ait une rupture entre ces deux mondes,
00:38mais simplement les patrons ou les entreprises sont obligés de s'inscrire dans le temps long.
00:42On a besoin de stabilité, de visibilité pour des investissements importants, d'innovation en ligne avec la transition énergétique.
00:48Et force est de constater qu'aujourd'hui le monde politique, en tout cas en France,
00:51est surtout focalisé sur le temps court.
00:52C'est sûrement une approche différente de la temporalité qui fait que le dialogue n'est peut-être pas aussi intensif que ce qu'il a été.
00:59Vous revenez des Etats-Unis. Est-ce que quand vous arrivez en France, vous ressentez une certaine crainte ?
01:04Est-ce que vous-même vous êtes inquiet pour les activités que vous avez en France ?
01:07La France ne représente que 5% de notre activité.
01:10On est un groupe qui est fort, qui a publié des résultats solides au premier semestre, comme vous l'avez dit,
01:15notamment grâce à la diversité géographique.
01:17Le marché français de la production, c'est que 2% du marché mondial de la production.
01:22Et nous, c'est 5% de notre chiffre d'affaires.
01:23Les Etats-Unis, évidemment, c'est un marché qui est beaucoup plus dynamique,
01:26avec beaucoup moins de contraintes réglementaires,
01:28avec un pouvoir d'achat des ménages qui est beaucoup plus dynamique que ce qu'on peut avoir en France,
01:32donc qui offre plus de perspectives de croissance.
01:35Mais du coup, quand vous entendez ici qu'on débat d'une nouvelle surtaxe de l'IS,
01:39qu'on débat d'une fiscalité accrue sur les riches,
01:42qu'on réfléchit à une taxe Zuckman, qu'est-ce que ça vous inspire ?
01:45Je trouve que ça participe à une bonne ambiance.
01:49On va dire ça comme ça, si on s'en tient simplement à l'automobile qu'à notre secteur,
01:53la fiscalité dans l'automobile en France, elle a changé 15 fois en 3 ans.
01:56Donc cette instabilité permanente de dire, il y a une année où le véhicule hybride a un bonus,
02:02et puis l'année suivante, le même véhicule a un malus,
02:04encore une fois, c'est un manque de stabilité.
02:06Ça ne permet pas aux entreprises, aux constructeurs, à nous-mêmes,
02:09d'avoir une stratégie long terme, d'être serein dans ces années.
02:12La qualité dans l'automobile a changé 15 fois en 3 ans ?
02:14En France, je parle de la France.
02:15Juste en France ?
02:16Vous voyez qu'aujourd'hui, il y a plus de 60% des voitures en France qui sont malussables.
02:20Même des petits véhicules thermiques, parce qu'ils sont considérés comme polluants,
02:23des véhicules 100% électriques, parce que certains sont trop lourds,
02:27donc on a rajouté des malus sur des malus,
02:29ce qui fait que ça rapporte un peu d'argent à l'État théoriquement,
02:32mais surtout, ça a un impact fort sur la demande,
02:35parce que les ventes en France, et du coup la production en France,
02:38ont chuté de façon assez dramatique.
02:40Mais c'est surtout ce manque de stabilité qui n'engage pas à l'investissement.
02:44Or, une entreprise, elle a besoin de vision à moyen ou long terme
02:47pour investir de façon sereine.
02:49Mais est-ce que c'est plus clair aux États-Unis ?
02:50Vous parliez de la fiscalité sur les véhicules électriques,
02:53elle a changé aussi aux États-Unis ?
02:54Elle est en train de changer, oui, effectivement.
02:56Là aussi, il peut y avoir des mouvements ?
02:57Bien sûr. Non, non.
02:59Encore une fois, on ne compare pas les pays en disant qu'un est meilleur que l'autre.
03:03Maintenant, les États-Unis ont un cadre réglementaire,
03:05comme la Chine d'ailleurs, beaucoup moins contraignant
03:07que l'Europe peut l'avoir sur les sujets de décarbonation,
03:11de passage au 100% électrique,
03:13et puis des fiscalités après qui sont différentes en fonction des pays.
03:16La fiscalité française, ce n'est pas la même que l'allemande ou que l'italienne,
03:19à la fois sur les subventions, sur les bonus ou les malus.
03:22Donc ça fait un marché américain qui est plus stable,
03:25plus lisible que des marchés européens,
03:27parce qu'encore une fois, ce sont des marchés de pays
03:29qui sont très fortement impactés par la réglementation
03:32et qui ont des fiscalités très différentes.
03:34Vous allez continuer d'accélérer aux États-Unis,
03:37parce qu'en produisant là-bas,
03:38ça vous permet de ne pas être sujet aux droits de douane
03:40ou pour répondre à cette demande qui est croissante ?
03:44Non, c'est un petit peu les deux.
03:45De toute façon, globalement, on constate quand même depuis 20 ans
03:47que le monde se fragmente, se régionalise.
03:50C'est des tarifs douaniers,
03:51c'est des enjeux aussi de réduction de CO2.
03:54Donc les chaînes logistiques doivent être de plus en plus locales.
03:56On ne peut plus avoir des chaînes logistiques globales.
03:58Je pense que ça va dans le sens de l'histoire.
04:00Donc nous, ça fait de nombreuses années
04:01qu'on se dit qu'il faut qu'on soit encore plus équilibré géographiquement.
04:05On est déjà présent dans 28 pays,
04:06mais encore plus équilibré géographiquement.
04:08Et les États-Unis sont intéressants
04:09parce que c'est un marché qui est plus dynamique,
04:11son économie est plus dynamique.
04:12Vous voyez, depuis cinq ans,
04:13la croissance américaine est plus dynamique
04:15que la croissance européenne,
04:17moins impactée par la réglementation,
04:19pas soumise à la concurrence des constructeurs chinois,
04:22parce que le marché est fermé aux constructeurs chinois.
04:24Et puis aussi, c'est un marché qui,
04:25en termes d'innovation, est super intéressant
04:28parce que vous avez quand même des gens de la tech.
04:29Vous avez Amazon, vous avez Google,
04:32vous avez évidemment Tesla
04:34qui rentre dans le véhicule autonome
04:35avec des moyens très importants,
04:37avec un écosystème qui leur permet
04:38et qui permet déjà aux États-Unis
04:39d'avoir des taxis 100% autonomes.
04:41Donc c'est à la fois le dynamisme du marché
04:44à court, moyen terme,
04:45mais aussi les perspectives de croissance
04:46liées à l'innovation
04:47et à des nouveaux types de mobilité
04:49qui vont naître aux États-Unis ou en Chine
04:51parce que les écosystèmes le permettent.
04:52Vous n'êtes pas impacté directement
04:54par les droits de douane,
04:55enfin à la marge,
04:56mais l'ensemble du système,
04:57de l'écosystème dans lequel vous êtes,
04:59comment vous voyez évoluer vos concurrents
05:02ou vos sous-traitants ?
05:03Est-ce qu'il peut y avoir une consolidation
05:05liée à cet environnement économique ?
05:07Je dirais qu'à court terme,
05:10ce qui est embêtant,
05:11c'est qu'il y a un manque de visibilité
05:13parce qu'évidemment,
05:13les droits de douane ont changé
05:15de façon assez dynamique ces derniers mois.
05:17Et donc encore une fois,
05:18on a tous besoin de visibilité
05:19pour asseoir une stratégie long terme.
05:21Maintenant, sur le moyen long terme,
05:23ce qui décide quand même,
05:23c'est que beaucoup d'acteurs européens
05:26ou asiatiques
05:27qui exportaient vers les Etats-Unis
05:28vont aller produire
05:29tout ou partie
05:30de ce qu'ils vendent aux Etats-Unis
05:32aux Etats-Unis.
05:32Donc racheter potentiellement
05:33des gens sur place ?
05:34Ou investir dans des capacités
05:36aux Etats-Unis, etc.
05:37Donc le risque pour l'Europe,
05:39pour l'Asie,
05:39c'est un petit peu moins
05:40de production dans ces pays
05:41pour exporter vers les Etats-Unis.
05:43Et l'opportunité pour les Etats-Unis,
05:45c'est plus de production localement.
05:46Et sur la question
05:47de la compétitivité européenne,
05:48vous avez toujours été
05:49assez sévère,
05:51peut-être juste réaliste
05:52sur la question
05:53de la rapidité de l'Europe
05:55à pivoter
05:55sur ces questions
05:57de normes.
05:58Vous avez demandé
05:58à ce qu'on mette en place
05:59une préférence européenne
06:00d'achat européen.
06:01On en est où
06:02sur toutes ces questions-là ?
06:03Encore une fois,
06:04nous, on a la chance
06:05d'être un groupe très global.
06:06On travaille avec
06:07tous les acteurs de l'automobile
06:08dans tous les pays du monde.
06:09Et donc, quand on prend
06:10un peu de recul,
06:11on se dit qu'en Europe,
06:11on a une stratégie
06:12qui est différente
06:13de celle des autres
06:14grandes régions du monde.
06:15Et donc, je pense
06:16qu'il est toujours important,
06:16en tout cas,
06:17les entreprises le font,
06:17quand on met en place
06:19une stratégie
06:19qu'on regarde
06:19ce que fait la concurrence
06:20et le consommateur final.
06:22Et l'Europe,
06:23c'est sur contrainte
06:24ces dernières années,
06:25encore une fois,
06:26avec un objectif
06:26qui est très louable,
06:27c'est de décarboner
06:28la mobilité.
06:29Il faut tous décarboner
06:30la mobilité,
06:31mais avec des moyens
06:32qui ne correspondent pas
06:33à l'attente
06:33du consommateur final.
06:34Alors, ce n'est ni
06:35le législateur européen
06:36ni le constructeur automobile
06:37qui décide de ce que
06:38vous allez acheter
06:38comme voiture,
06:39c'est vous.
06:40C'est votre besoin,
06:42votre pouvoir d'achat,
06:43etc.
06:43Et force est de constater
06:44que l'offre et la demande
06:45ne se rencontrent pas
06:46en Europe.
06:46Donc, on force
06:48à aller vers des véhicules
06:48100% électriques
06:49qui sont très bien
06:50pour certains usages,
06:51mais qui ne correspondent pas
06:52à l'usage de chacun.
06:53Et c'est pour ça
06:54que le parc en France,
06:55il a 13 ans maintenant,
06:56il n'a jamais été aussi élevé,
06:57le parc de véhicules en France.
06:59Les gens ne changent pas
07:00de véhicules.
07:01Non, il se renouvelle
07:02à hauteur de 4% par an.
07:03Donc, si on continue comme ça,
07:05on n'arrivera jamais
07:05à l'objectif défini
07:07par la commission opérate
07:08en 2035.
07:09Donc, nous, simplement,
07:10on dit,
07:11regardons ce qui se passe
07:12notamment en Chine,
07:13qui est le pays
07:13dans lequel l'électrification
07:14va le plus vite,
07:15où il y a des 100% électriques,
07:17mais il y a des véhicules hybrides
07:17également très performants
07:18qui permettent de décarboner.
07:20Aujourd'hui, les études montrent
07:21que si on avait
07:22des véhicules hybrides en France,
07:23on pourrait réduire
07:24la consommation du parc
07:25par trois.
07:26Donc, c'est des éléments importants
07:28et ça rencontre aussi
07:29le besoin du consommateur final.
07:31Justement, dans l'idée
07:32de la relance du couple
07:33franco-allemand,
07:33Jean-Pierre Zaniféri
07:34a travaillé sur un certain
07:35nombre de points économiques.
07:36Il y a deux points majeurs
07:38qui vous concernent.
07:39C'est un, l'ouverture
07:40du marché européen total
07:41à la Chine.
07:42Il dit que finalement,
07:44il y a des points
07:44sur lesquels on n'est pas bon.
07:45Laissons les Chinois entrer,
07:46laissons les Chinois
07:47réindustrialiser en partie l'Europe.
07:49Est-ce que vous pensez
07:50que c'est ce qu'il faut faire ?
07:52Est-ce qu'il faut arrêter
07:52de lutter sur un certain
07:53nombre de secteurs ?
07:55Moi, je pense que d'abord,
07:57si on se met à la place
08:00du consommateur final,
08:01il veut un véhicule
08:02qui correspond à ses besoins
08:03avec un niveau d'accessibilité
08:05qui correspond aussi
08:06à ses moyens.
08:07Or, aujourd'hui,
08:08il faut se constater
08:08que les Chinois
08:09sont beaucoup plus avancés
08:10que nous dans l'électrique,
08:11dans l'hybride,
08:12parce qu'ils ont un écosystème,
08:13parce qu'ils ont une technologie
08:14qu'on n'a pas.
08:14Donc, c'est pour ça
08:15que nous aussi,
08:15on est très pour l'ouverture
08:16aux constructeurs chinois
08:17avec certaines règles.
08:19C'est-à-dire qu'on pense
08:21qu'il ne serait pas approprié
08:22que les constructeurs chinois
08:23exportent de Chine
08:24pour produire sur place
08:27avec de la valeur ajoutée.
08:28Et transférer les technologies ?
08:29Et transférer les technologies.
08:30Mais c'est ce que,
08:31vous savez,
08:31il y a 20 ans, 30 ans,
08:32toute l'industrie
08:33est allée en Chine
08:35pour bénéficier du marché chinois,
08:36mais avec des règles
08:37qui avaient été définies
08:38à l'époque
08:38par le gouvernement chinois
08:39disant
08:39il faut que tu aies
08:4050-70% de valeur ajoutée
08:42sur place
08:42et des technologies
08:43qu'on considère
08:44comme étant clés.
08:45Donc, nous,
08:45on demande simplement
08:45la réciprocité
08:46et de se dire aujourd'hui
08:47le marché européen
08:48est ouvert aux constructeurs chinois.
08:50C'est bien pour le consommateur final.
08:52Ça met aussi un peu
08:53de pression
08:54sur les constructeurs européens.
08:56Par contre,
08:56il faut produire en Europe,
08:57il faut créer
08:58de la valeur ajoutée en Europe,
08:59il faut aussi générer
09:01des emplois en Europe
09:01parce que sinon,
09:02ce sera la double peine
09:03pour tout le monde.
09:04L'autre point
09:04de Jean-Puis-Nel Ferry,
09:05c'est la neutralité technologique,
09:07avoir un objectif de baisse
09:08des émissions de carbone
09:09mais ne pas obliger
09:10à faire
09:11soit des moteurs thermiques
09:14ou arrêter
09:14avec un type de technologie,
09:16juste être sur l'objectif.
09:17J'imagine que là aussi,
09:18vous êtes d'accord ?
09:18Nous, on dit depuis le début,
09:19on a la chance
09:20ou en tout cas,
09:21on a été très cohérents là-dedans.
09:23Je ne pense pas
09:23que ce soit aux politiques
09:24de définir la solution technologique.
09:26Ça ne se passe jamais bien
09:27quand c'est comme ça.
09:28Le politique doit définir
09:29une ambition
09:29qui doit être
09:31évidemment très agressive
09:33de réduction
09:34des émissions de CO2.
09:35parce que ça nous concerne
09:36tous, nous et nos enfants.
09:38Par contre,
09:38quelle technologie utiliser,
09:39c'est aux industriels.
09:40Et encore une fois,
09:41ce n'est pas le moteur
09:41qui pollue
09:42mais c'est ce qu'on met dedans.
09:43Donc c'est aussi
09:43les carburants
09:44qu'on peut développer
09:45pour que les moteurs
09:45à combustion polluent moins.
09:47Merci beaucoup Laurent Fave
09:47d'être venu ce matin
09:48dans la matinale de l'économie.
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