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  • il y a 3 mois
"Méditérannée : enquête sur naufrage fantôme" / A quelques miles du village de pêcheurs de Portopalo, une tragédie se joue. Au milieu d'une mer démontée, un cargo, le Yohian, transborde 300 clandestins pakistanais, indiens et tamouls, sur un rafiot de pêche censé rejoindre discrètement la côte sicilienne. La tempête redouble d'intensité, le petit bateau est alors projeté contre le cargo et coule à pic avec ses passagers. Bilan : 283 morts. Le cargo accoste en Grèce et libère une vingtaine de survivants. Il aura fallu plus de 5 ans pour que cette histoire ne soit révélée.

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Transcription
00:00Giovanni Maria Bellou est désormais convaincu que le naufrage fantôme a bien existé.
00:05Il se rend alors à Porto Palo.
00:08Il va enquêter sur ses pêcheurs, qui auraient trouvé et rejeté en mer des dizaines de cadavres, sans jamais en parler.
00:17Le 6 juin 2001, il publie dans La République un article qui fait sensation.
00:23Le bateau du naufrage fantôme, des dizaines de corps dans les filets des pêcheurs, rejetés en mer.
00:30C'était un énorme scandale.
00:33Les pêcheurs ont commencé à mentir.
00:34Ils ont dit que tout était faux.
00:37A Porto Palo, c'est la déflagration.
00:42Le village devient la honte de la Sicile.
00:45L'Italie est horrifiée.
00:47Porto Palo a désormais un surnom qui ne le quittera plus.
00:50Le village des pêcheurs cannibales.
01:00C'est bientôt Noël à Porto Palo, un petit village de Sicile.
01:08La procession de l'Immaculée Conception est un rendez-vous que personne ne manque.
01:14On y vit en famille, on se retrouve entre amis ou entre collègues.
01:19Ici, tout le monde est pêcheur ou presque.
01:21Tous les habitants suivent la Vierge, dans le dédale des ruelles.
01:28Bienvenue à Porto Palo, petit village hanté par le souvenir d'un naufrage fantôme.
01:34283 victimes englouties il y a 14 ans,
01:40lors de la nuit de Noël, 1996.
01:42L'affaire du naufrage fantôme a commencé dans les premiers jours de janvier 1997.
02:10Porto Palo, c'est un petit port de pêche de 3000 habitants, tout au sud de la Sicile.
02:20Après la terrible tempête de Noël 1996, les pêcheurs repartent en mer, sur leurs chalutiers.
02:28Très vite, ils sont projetés dans un mauvais film d'horreur.
02:34Salvo Lupo faisait partie de l'armada des pêcheurs de Porto Palo.
02:40Nous, nous sommes retournés pêcher les premiers jours du mois, c'était juste après le jour de l'an.
02:50Nous sommes sortis en mer, tous les bateaux en même temps.
02:54Et rapidement, on a trouvé des choses bizarres dans les filets.
02:58Il y avait des chaussures, des vêtements en tout genre.
03:01Il y avait aussi plein de cadavres.
03:08Des cadavres, on en voyait même en naviguant.
03:11Il y en avait même qui flottaient.
03:13Cette pêche macabre va durer des semaines.
03:21Mais les pêcheurs vont respecter une incroyable omerta.
03:24Ils décident de ne rien dire.
03:27En mer, lorsqu'ils communiquent par radio, ils inventent même un langage codé pour protéger leurs terribles secrets.
03:33Au début, je ne comprenais pas ce qu'ils se disaient.
03:41Ça parlait de thon à la radio.
03:44J'entendais dire qu'on pêchait des thons ici ou là.
03:47Mais les thons, c'était les cadavres.
03:51Je l'ai compris car moi, je n'arrivais pas à en prendre des thons.
03:53Et pourtant, je connais bien mon métier.
03:55Je suis un bon pêcheur.
03:57Ça m'a pris un peu de temps pour comprendre qu'ils parlaient de cadavres.
03:59Comme ils ne savaient pas quoi faire des corps, ils ont fait la chose la plus simple et ils les ont rejetées à la mer.
04:11Au même moment, à 500 kilomètres de Porto Palo, sur le port de Napphilion, en Grèce, la police arrête une trentaine d'hommes.
04:21Ils affirment avoir survécu à un naufrage.
04:23Quelques jours plus tôt, il y aurait eu des centaines de morts.
04:27Ces soi-disant rescapés sont tous des immigrés clandestins.
04:33Une agence de presse grecque relaie ces témoignages.
04:41En Italie, aucun média ne réagit.
04:45Alors que le supposé naufrage aurait eu lieu au large de la Sicile.
04:49Mais un journaliste anglais basé à Rome, John Hooper, va s'intéresser à cette histoire.
04:56J'étais au début très sceptique vis-à-vis de cette histoire.
05:05Car un des problèmes, c'est que les immigrés clandestins mentent souvent sur ce qu'ils ont vécu.
05:10Car ils veulent générer de la sympathie, où ils ont le sentiment que ça pourrait les aider de dissimuler d'où ils viennent, par exemple.
05:23Et tout un tas de raisons qui font qu'ils ne disent pas la vérité.
05:27John Hooper contacte malgré tout les autorités maritimes italiennes.
05:38Elle lui confirme qu'elles ont été avisées par la police grecque
05:41que des clandestins leur avaient raconté un incroyable naufrage entre la Sicile et Malte.
05:48Les Italiens affirment avoir mené des recherches début janvier 1997,
05:53un peu au hasard, dans une zone très étendue,
05:56une bande de mer que l'on appelle le canal de Sicile.
06:01En général, il est facile de trouver les restes d'un naufrage comme celui-là,
06:05qui a eu lieu à proximité des côtes.
06:07Et plus vite on est prévenu, plus on a de chances de retrouver des traces.
06:14Sauf que là, on ne trouve rien.
06:16Strictement rien.
06:16Pas le moindre vêtement, pas la moindre bouée, pas le moindre cadavre.
06:22La mer ne parle pas.
06:24Aucun indice de ce naufrage fantôme.
06:27Les clandestins auraient-ils tout inventé ?
06:31Et c'était la principale objection à cette affaire.
06:35Beaucoup de gens disaient dès le départ, où étaient les preuves matérielles ?
06:39Il n'y avait ni corps, ni épave.
06:42Et les experts m'ont dit qu'ils n'espéraient pas les découvrir
06:45compte tenu du peu d'informations dont ils disposaient.
06:52Le journal de John Hooper décide malgré tout d'envoyer des reporteurs en Grèce
06:57pour vérifier l'histoire.
06:59Les clandestins qui prétendent avoir survécu au naufrage sont pakistanais, indiens et sri-lankais.
07:06D'après leur récit, nous avons reconstitué ce qui se serait passé la nuit du 24 décembre 1996.
07:16Les clandestins se trouvent alors à bord d'un cargo de transport de poissons, le Johan.
07:22Ils sont entassés dans les cales depuis des semaines.
07:24Ils sont des centaines à attendre de rentrer illégalement en Europe.
07:31Vers une heure du matin, ils doivent être transbordés sur un plus petit bateau, le F-174,
07:37pour rejoindre la Sicile et les plages de Porto Palo.
07:41Mais cette nuit-là, la météo est très mauvaise.
07:43Au cours du transbordement, le Johan percute, le petit bateau plein à craquer.
07:50Il aurait coulé, avec toute sa cargaison de clandestins.
08:05Convaincu que l'histoire est vraie, le journal de John Hooper en fait sa une.
08:09Massacre en mer, des centaines d'immigrants disparaissent en Méditerranée.
08:15Si ce que disaient ces gens s'avérait vrai,
08:21on était en train de parler d'à peu près 300 victimes.
08:25Ça en faisait la plus grande catastrophe arrivée en mer Méditerranée
08:28depuis la Seconde Guerre mondiale.
08:31Mais à la grande surprise de John Hooper,
08:37les révélations de son journal n'auront aucun impact.
08:40Pour les autorités italiennes,
08:42le naufrage de Porto Palo n'a jamais existé.
08:48Deux mois plus tard, en février 1997,
08:53premier rebondissement.
08:55Au sud de l'Italie,
08:57une patrouille maritime intercepte ce bateau poubelle.
08:59Il ne porte pas de nom,
09:02mais c'est un cargo à poissons
09:04qui transporte 130 clandestins.
09:08Tous ces éléments éveillent la curiosité de John Hooper.
09:12Un jour où j'écoutais la radio,
09:18on parlait d'un bateau
09:20qui avait été arraisonné dans le port de Reggio de Calabre.
09:23Et certains détails de la description de ce bateau
09:31coïncidaient avec ce que les survivants
09:34avaient déjà raconté en Grèce.
09:39Le cargo à poissons a raisonné par les Italiens
09:42à toutes les caractéristiques du vaisseau pirate.
09:45Il est maquillé pour le transport de clandestins.
09:48S'agirait-il du Johan ?
09:51Le cargo à poissons impliqué dans le naufrage fantôme
09:54au large de Porto Palo.
09:56John Hooper saute dans un avion
09:58et débarque sur le port de Reggio Calabria
10:00accompagné de ce photographe,
10:02Franco Koufari.
10:03Ensemble,
10:05ils grimpent à bord du mystérieux cargo.
10:12C'était un désordre invraisemblable.
10:15Il y avait des sacs par dizaine.
10:17Et il y avait aussi cette odeur âcre
10:19et très caractéristique d'un endroit
10:21dans lequel beaucoup d'hommes
10:22ont été enfermés ensemble.
10:27Le photographe tire plusieurs clichés
10:29de la proue du bateau.
10:30Il est intrigué
10:32par une superposition grossière
10:34de couches de peinture.
10:36La première photo que j'ai faite,
10:40c'est cette photo de la proue du bateau.
10:42On peut y distinguer une inscription.
10:46Et on voit très bien,
10:47très nettement,
10:48que cette partie du bateau a été repeinte.
10:49A l'aide d'un logiciel spécialisé,
10:56Franco Koufari commence à éclaircir l'image.
11:00Il la trafique
11:01pour distinguer ce qui se cache
11:03sous cette couche de peinture.
11:04J'étais debout derrière lui
11:09quand il travaillait.
11:12Et progressivement,
11:13on a vu le nom Johan
11:15apparaître peu à peu sous nos yeux.
11:18C'était un moment extraordinaire.
11:20On était vraiment émus.
11:22On a compris à ce moment-là
11:26que nous avions trouvé
11:27ce que nous allions appeler
11:29le bateau de la mort.
11:31C'était le minimum de preuves
11:32qu'il était nécessaire
11:33pour prouver que ces gens
11:35étaient vraiment morts.
11:36Car on n'a jamais retrouvé
11:37d'épave et on n'a jamais retrouvé de corps.
11:40Le journal de John Hooper
11:44publie un second article.
11:46On a trouvé le bateau de la mort.
11:49Cet article déclenche enfin
11:50une enquête judiciaire en Italie.
11:53Quelques mois plus tard,
11:54en juin 1997,
11:56coup de théâtre.
11:58Le commandant du Johan
11:59est arrêté par hasard
12:00dans un port italien.
12:03C'est un Libanais bien connu
12:04de la justice.
12:05Sa spécialité,
12:07le trafic de clandestins.
12:08Il s'appelle Youssef El Alal.
12:13Interrogé rapidement
12:14sur l'affaire du naufrage fantôme,
12:16il sera relâché
12:17sans être inquiété
12:18après quelques semaines
12:20de détention.
12:25C'était une histoire
12:29que les gens ne voulaient pas entendre.
12:32Et il faut se souvenir,
12:33c'était un événement
12:34très important.
12:35ça l'était à l'époque
12:38et c'est encore aujourd'hui
12:40le plus grand désastre
12:41concernant le trafic
12:42d'immigrés.
12:46Et pourtant,
12:47ça n'a eu aucun retentissement.
12:53Les mois passent,
12:54les années s'écoulent.
12:57En Italie,
12:58tout le monde a oublié
12:59la légende du naufrage fantôme.
13:00A Porto Palo,
13:085 ans après le drame,
13:10la loi du silence
13:11plombe toujours
13:12le petit porc.
13:14Mais un homme,
13:15un pêcheur,
13:16étouffe sous le poids
13:16du secret.
13:18Les pêches macabres
13:19de janvier 1997
13:21le hantent.
13:23Cet homme,
13:23c'est Salvo Loupo.
13:25Au printemps 2001,
13:26alors qu'il pêche
13:27à une trentaine de mille
13:28de Porto Palo,
13:29son destin va basculer.
13:32Ce jour-là,
13:32son filet se bloque
13:33au fond de la mer.
13:36Or, à cet endroit,
13:38il n'y a pas de rocher.
13:40Il relève le point exact
13:41de cet accrochage,
13:42il remonte ses filets.
13:44A l'intérieur,
13:45une vision de cauchemar,
13:46comme 5 ans plus tôt.
13:47En remontant les filets,
13:55j'ai vu qu'ils étaient déchirés.
13:58Au milieu des poissons,
14:00il y avait plein de choses
14:01bizarres,
14:02des restes,
14:03des vêtements,
14:05des chaussures.
14:07Et il y avait aussi
14:08des os.
14:12Au milieu de cet enchevêtrement,
14:14il trouve un document
14:15qui l'intrigue.
14:17Cette pièce d'identité
14:19plastifiée,
14:21c'est celle d'un adolescent
14:22tamoul du Sri Lanka.
14:24Il a 15 ans.
14:26Il s'appelle
14:26Ampalagan Ganeshu.
14:30Cette carte d'identité,
14:32je l'ai rapportée
14:33à la maison.
14:35Je l'ai gardée
14:36quelques jours
14:37pour essayer de comprendre
14:38ce que je devais faire.
14:39et puis je me suis dit
14:41que je ne pouvais pas
14:43cacher une telle chose.
14:45Salvo Lupo
14:46contacte alors
14:47un journaliste de Rome.
14:49Il travaille
14:49pour le prestigieux
14:50quotidien La Repubblica.
14:52Il s'appelle
14:52Giovanni Maria Bellou.
14:54Le pêcheur lui dit
14:55avoir découvert
14:56une carte d'identité
14:57qui proviendrait
14:58très certainement
14:59de l'épave
15:00du naufrage fantôme.
15:03Cette histoire,
15:05on n'en parlait plus
15:06depuis 5 ans.
15:07J'en avais
15:09un vague souvenir.
15:11En fait,
15:12c'est le terme
15:13naufrage fantôme
15:14qui a réveillé
15:15ma mémoire.
15:16Car c'était
15:17avec cette expression
15:18naufrage fantôme
15:19que l'histoire
15:21avait été racontée
15:22au début.
15:24Le journaliste
15:25reprend l'enquête.
15:27En Italie,
15:28il parvient
15:28à retrouver
15:29l'oncle
15:29d'Ampalagan.
15:31Celui-ci
15:31va reconnaître
15:32son neveu.
15:37On se rencontre
15:39dans un bar
15:40devant son magasin
15:42et je lui montre
15:43la pièce d'identité
15:44et lui
15:45me montre
15:46des photos
15:47où on le voit
15:48à côté d'Ampalagan.
15:50C'était bien
15:50son oncle.
15:52Et là,
15:52il me dit
15:53qu'il attendait
15:54Ampalagan
15:55pour la nuit
15:56de Noël
15:571996.
16:00Noël 1996
16:01est précisément
16:02la date
16:03de la tragédie.
16:04Giovanni Maria Bellou
16:06est désormais convaincu
16:07que le naufrage
16:08fantôme
16:08a bien existé.
16:10Il se rend
16:11alors à Porto Palo.
16:13Il va enquêter
16:14sur ses pêcheurs
16:15qui auraient trouvé
16:16et rejeté en mer
16:17des dizaines de cadavres
16:18sans jamais en parler.
16:22Le 6 juin 2001,
16:24il publie
16:25dans La République
16:25un article
16:26qui fait sensation.
16:28Le bateau
16:28du naufrage
16:29fantôme,
16:30des dizaines
16:30de corps
16:31dans les filets
16:31des pêcheurs
16:32rejetés en mer.
16:34C'était un énorme
16:36scandale.
16:37Les pêcheurs
16:38ont commencé
16:38à mentir.
16:39Ils ont dit
16:39que tout était faux.
16:42À Porto Palo,
16:44c'est la déflagration.
16:46Le village
16:47devient la honte
16:48de la Sicile.
16:50L'Italie
16:50est horrifiée.
16:52Porto Palo
16:52a désormais
16:53un surnom
16:53qui ne le quittera plus,
16:55le village
16:56des pêcheurs
16:57cannibales.
17:01Le cours
17:02du poisson
17:03s'est effondré.
17:04On a perdu
17:06beaucoup,
17:07beaucoup d'argent
17:07avec cette histoire.
17:08Et comme je l'ai déjà dit,
17:12lorsqu'on a vu
17:13sur Internet
17:14tout ce qui était écrit
17:15sur nous,
17:16les articles
17:16sur le village
17:17de Porto Palo,
17:19ça allait trop loin.
17:21On a décidé
17:22de prendre un avocat.
17:22les pêcheurs
17:28de Porto Palo
17:29s'estiment
17:29victimes
17:29d'une injustice.
17:31Ils affirment
17:32avoir toujours
17:32aidé les clandestins.
17:34De passage,
17:36comme le montrent
17:36ces images
17:37tournées
17:37en 2006,
17:39c'est par famille
17:39entière
17:40qu'ils débarquent
17:40régulièrement
17:41sur le port.
17:44En 15 ans,
17:44selon une estimation
17:45officielle,
17:46près de 10 000
17:46clandestins
17:47ont en effet
17:47transité
17:48par Porto Palo.
17:51Nous avons
17:52400 volontaires
17:53sur une population
17:54d'environ
17:553 400 personnes.
17:57Je défie
17:57quiconque
17:58de trouver
17:58un pourcentage
17:59aussi élevé
18:00de bénévoles
18:01qui se consacrent
18:02à l'accueil
18:02des immigrants,
18:03non seulement
18:04en Italie,
18:05mais aussi en Europe.
18:07Porto Palo,
18:09c'est la porte
18:11d'entrée de l'Europe.
18:13C'est pour cette raison
18:14qu'autant de clandestins
18:15y débarquent.
18:16Dans le port,
18:19à côté des bateaux
18:19de pêche,
18:20on trouve un véritable
18:21cimetière
18:21d'embarcations exotiques.
18:25Ce sont des barques
18:26de clandestins
18:27abandonnés.
18:30C'est facile
18:32de rentrer ici
18:32la nuit.
18:33Il n'y a aucun contrôle
18:34dans le port.
18:36Il y a 15 ans,
18:37ici,
18:38toutes les nuits,
18:39des bateaux
18:39assez rapides
18:40arrivaient
18:40pour débarquer
18:41des clandestins.
18:42Et à chaque fois,
18:44c'était 10 à 20 personnes
18:45par nuit.
18:46Reste une question.
18:52Pourquoi les pêcheurs
18:53ont-ils alors
18:54rejeté en mer
18:54les cadavres
18:55du naufrage
18:56de Noël 1996
18:57et gardaient le silence
19:00sur leurs découvertes ?
19:03En Sicile,
19:04on est méfiant
19:05vis-à-vis de la justice.
19:0715 ans après les faits,
19:09les pêcheurs
19:10affirment avoir eu peur
19:11que leur bateau
19:12ne soit bloqué
19:12à quai pendant des mois
19:13le temps
19:14de l'enquête
19:15judiciaire.
19:17À Portobalo,
19:18on est 200 familles
19:19qui vivent
19:20de la pêche.
19:21Si on fait
19:22quelque chose
19:22de ce genre,
19:23on se met
19:24à parler.
19:25On bloque
19:25200 personnes.
19:28Qui viendra
19:29nous aider
19:29si on reste bloqué
19:30pendant 40
19:30ou 50 jours ?
19:31Ça n'est vraiment
19:34pas possible.
19:36Ces pêcheurs
19:37ne vont pas pardonner
19:38à Salvo Lupo
19:39d'avoir révélé
19:39leurs secrets.
19:41Il a commis
19:41ce qui en Sicile
19:42est considéré
19:43comme un crime.
19:44Il a parlé.
19:46Il va en payer
19:46le prix.
19:47Il est rejeté
19:48par tout le village.
19:52En réalité,
19:53les problèmes
19:54les plus importants,
19:55c'est Salvo Lupo
19:56qui les a eus.
19:58Il a été victime
19:59d'ostracisme,
20:00de l'hostilité
20:01de son entourage
20:01et il a été
20:03marginalisé.
20:05Ses enfants
20:06ont même été
20:06embêtés
20:07dans la rue.
20:12Bizarrement,
20:14malgré les nouvelles
20:14révélations
20:15de Giovanni Maria Bellu,
20:16les autorités italiennes
20:17ne bronchent pas.
20:19Aucune recherche
20:20n'est organisée
20:21pour tenter
20:21de retrouver
20:21l'épave
20:22qui gît certainement
20:23au large du port.
20:26C'est à nouveau
20:27Salvo Lupo
20:28et le journaliste
20:29qui vont prendre
20:31les choses en main.
20:33Ils se mettent
20:33en tête
20:34de retrouver
20:35eux-mêmes
20:35l'épave.
20:37C'est le journal
20:38La Repubblica
20:39qui va financer
20:40cette expédition
20:41sous-marine
20:42totalement improbable.
20:44Mon journal
20:45s'est convaincu
20:46qu'il fallait faire
20:47cet investissement
20:48pour chercher
20:48l'épave.
20:52Et on a eu
20:52la chance
20:53de rencontrer
20:54une société
20:54d'exploration
20:55sous-marine,
20:56la société
20:57Nautilus.
20:58c'est l'une
20:59des plus importantes
21:00en Italie.
21:03Ils se sont
21:03sentis concernés
21:04par cette histoire
21:05et ils l'ont
21:07prise à cœur.
21:11Une nuit
21:12de juin 2001,
21:13Salvo Lupo
21:14embarque à bord
21:15de son bateau
21:15le journaliste
21:16et deux techniciens
21:18munis
21:18d'une caméra
21:18sous-marine
21:19télécommandée.
21:22Direction
21:23la zone
21:24d'où le pêcheur
21:25a remonté
21:25la pièce
21:25d'identité.
21:28Nous sommes partis
21:28de nuit
21:31vers 4h du matin
21:32pour éviter
21:32de croiser
21:33des gens
21:33du coin,
21:34des curieux.
21:38Nous sommes arrivés
21:39sur la zone
21:39du naufrage
21:40à 6h.
21:42C'était sur le canal
21:43de Sicile
21:43à l'endroit exact
21:44où le bateau
21:45avait coulé.
21:45Mais sur place
21:49ils ne trouvent
21:50rien.
21:51La caméra
21:52montée sur
21:52un sous-marin
21:53miniature
21:53filme des heures
21:54sans la moindre
21:55trace
21:56d'une quelconque
21:56embarcation.
21:59En surface
21:59la tension monte
22:00tout le monde
22:02doute de Salvo.
22:06Et Salvo
22:07était fou furieux.
22:11Il était
22:11comme
22:12un dieu
22:13de la mer
22:14en colère.
22:15infuriato
22:17Il était
22:18à bout.
22:20Il a alors
22:21attrapé l'encre
22:22sur le pont
22:22et la jeté
22:23par-dessus bord.
22:24Il n'en pouvait plus.
22:27Et le bateau
22:28qui tanguait
22:28comme ça
22:29comme ça
22:30se bloque.
22:33On jette
22:34alors le sous-marin
22:35et cette fois
22:36apparaît
22:37la silhouette
22:38de l'épave.
22:39Et c'était
22:40elle.
22:44Le petit bateau
22:45le F174
22:46J par 108 mètres
22:48de fond.
22:50La preuve
22:50indiscutable
22:51du plus grand
22:52naufrage
22:52en Méditerranée
22:53depuis la fin
22:55de la seconde
22:55guerre mondiale.
22:58Ici,
22:58on périt
22:58283 personnes,
23:01166 indiens,
23:0392 sri-lankais
23:04et 31 pakistanais.
23:07Tous engloutis
23:08par la mer
23:08déchaînée
23:09le 24 décembre
23:10en 1996.
23:14Cinq ans
23:14après la catastrophe
23:15autour de l'épave,
23:17la caméra découvre
23:18un cimetière humain.
23:21Des vêtements
23:21en grande quantité,
23:23les clandestins
23:24les avaient enfilés
23:24par couches,
23:25ce qui a accéléré
23:26leur noyade
23:27et des tailles
23:28sordides,
23:31des ossements.
23:31Nous étions satisfaits,
23:39bien entendu,
23:40mais en même temps,
23:41il y avait un sentiment
23:42de tristesse.
23:44On venait de retrouver
23:46l'épave d'un naufrage
23:47dans lequel
23:47300 personnes
23:48étaient mortes.
23:51Et là,
23:51on a compris
23:51qu'on ne pouvait
23:52plus parler
23:53de naufrage fantôme.
23:58Deux hommes,
23:59deux teigneux,
24:00un pêcheur
24:01et un journaliste
24:02ont réussi
24:03à prouver
24:03l'existence
24:04d'une catastrophe
24:04majeure
24:05dont personne
24:06ne voulait
24:07entendre parler.
24:09Le 15 juillet 2001,
24:11à la une
24:11du quotidien
24:12La Repubblica,
24:13nouvel article.
24:16Le bateau fantôme,
24:17les photos,
24:19ainsi sont morts
24:19283 clandestins.
24:23C'est la deuxième fois
24:24dans cette histoire
24:25que la vérité éclate
24:26grâce à des journalistes.
24:29Pour les proches
24:29des victimes,
24:31c'est un immense
24:31soulagement.
24:36Quand j'ai ouvert
24:36La Repubblica,
24:38le journal
24:38La Repubblica,
24:40j'ai appelé
24:40immédiatement
24:41et j'ai demandé
24:42qu'on me passe
24:43le journaliste.
24:45Ils me l'ont passé
24:46et je l'ai remercié.
24:48Il m'a dit
24:49« Mais pourquoi
24:49me remerciez-vous ? »
24:51« Je vous remercie
24:52car vous avez réussi
24:54à trouver ce qui me manque
24:55depuis des années,
24:55cette part de vérité
24:58qui me manquait.
25:00Personne ne m'a jamais cru
25:01et vous,
25:02vous avez réussi
25:03à découvrir la vérité. »
25:07En lisant l'article,
25:09cet homme
25:10n'a pas pu contenir
25:11son émotion.
25:11« Je lisais
25:15et j'ai pleuré.
25:17J'ai pleuré
25:18parce qu'il y avait
25:19des gens
25:19de ma famille
25:20à bord.
25:23Des gens
25:25que j'avais connus
25:25enfants. »
25:30En Inde,
25:33au Pakistan
25:34et au Sri Lanka,
25:36depuis 6 ans,
25:38ce sont 300 familles
25:39qui pleurent
25:39leurs proches,
25:40disparues dans le naufrage,
25:42dans l'indifférence générale.
25:45En Inde,
25:46la plupart des victimes
25:47étaient originaires
25:47de l'état du Penjab,
25:49direction le village
25:50de Paglana.
25:55Sadoura m'appartient
25:56à la caste
25:57des intouchables.
25:58En Inde,
25:58les intouchables
25:59sont les gens
26:00les plus pauvres.
26:01Cet homme était
26:02manœuvre,
26:02payé à la journée,
26:03corvéable à Merci.
26:05Il a perdu un fils
26:06de 19 ans
26:07dans le naufrage.
26:11« Nous lui avons proposé
26:12de rester avec nous,
26:14de travailler ici.
26:17Mais il voulait partir.
26:20Il n'avait pas vraiment
26:21besoin de partir.
26:23Mais il voulait avoir
26:24une vie meilleure. »
26:29À quelques kilomètres
26:30de là,
26:30le village de Rajpur.
26:33Amrik avait 18 ans
26:34lorsqu'il est parti d'ici.
26:36Il rêvait de faire fortune
26:37en Europe.
26:39C'était le fils unique
26:40de la famille Singh.
26:42« Ceux qui sont partis
26:45à l'étranger,
26:45ils ont aujourd'hui
26:47de belles maisons
26:47en Inde.
26:48Notre fils aussi,
26:50il rêvait de ça. »
26:55À la sortie du village,
26:58Chanankor,
26:58malgré ses 70 ans,
26:59doit encore travailler
27:00dans les champs.
27:02Dans le naufrage,
27:03elle a tout perdu.
27:04Son fils de 25 ans
27:05et toutes ses économies.
27:07« Nous avions payé
27:11140 000 roupies
27:12et nous devions encore
27:14en verser 100 000
27:15à son arrivée. »
27:18240 000 roupies,
27:19près de 4 000 euros,
27:21une fortune
27:22pour ses familles indiennes.
27:27« On a mis tout notre argent
27:29et on a hypothéqué
27:31notre terrain
27:31pour qu'il puisse partir. »
27:35Un mois après le départ
27:36de son fils,
27:38Chanankor a reçu
27:39une lettre postée
27:39de Grèce
27:40lors d'une escale
27:41du bateau.
27:43Il y évoquait
27:43ses conditions
27:44de vie effroyables.
27:45« Il écrivait
27:47qu'il devait boire
27:47de l'eau de mer
27:48et manger de l'herbe. »
27:53Ce témoignage terrible
27:54a été confirmé
27:55par les 29 rescapés
27:57du naufrage fantôme.
27:59C'est dans le village
27:59de Tandaourmar
28:00que nous avons retrouvé
28:02l'un de ces miraculés,
28:04Susha Singh.
28:05En 1996,
28:08il était militaire.
28:10Sa femme était malade,
28:11il a eu besoin
28:12d'argent pour la soigner.
28:14Il a alors décidé
28:14de partir pour l'Europe.
28:17Trois mois de périple
28:18payé 250 000 roupies,
28:20environ 4 000 euros.
28:21Trois mois,
28:23entre les mains
28:23de trafiquants,
28:25sans scrupules.
28:27« Pendant trois mois,
28:30ils ne nous ont rien
28:31donné à manger.
28:33C'était pas facile.
28:35Ils ne nous nourrissaient
28:37que pour que l'on tienne debout,
28:38que pour nous maintenir en vie. »
28:43Susha Singh a passé
28:44plusieurs semaines
28:45à bord du cargo Le Johan.
28:47La terrible nuit
28:48du 24 décembre 1996
28:50au large de la Sicile
28:51restera à jamais
28:53gravée dans sa mémoire.
28:55« Cette nuit-là,
29:02la mer était très agitée,
29:05il y avait des grosses vagues,
29:06elles étaient énormes.
29:09Et puis,
29:10on nous a dit
29:10de nous préparer.
29:12On nous a dit
29:12que d'ici une heure,
29:13on allait être transférés
29:14sur un autre bateau. »
29:17Susha Singh voit arriver
29:18alors un petit bâtiment
29:19de secours en mer
29:20datant de la Seconde Guerre mondiale,
29:22le F-174.
29:29« Ils nous ont dit
29:30qu'on ne pouvait pas
29:31prendre nos sacs.
29:32Alors,
29:33on a enfilé
29:33un maximum de vêtements
29:34sur nous. »
29:37Le F-174
29:38qui doit conduire
29:39les clandestins
29:40sur les côtes siciliennes
29:41est un tout petit bateau.
29:43Il mesure à peine
29:44plus d'une quinzaine de mètres
29:45et il est en très mauvais état.
29:47« Le bateau était fait
29:50pour une centaine
29:51de personnes,
29:53mais on s'est tous précipités.
29:57On est montés dessus
29:57et rapidement,
29:58on était 300.
30:02Devant nous,
30:03il y avait les Pakistanais,
30:04ensuite,
30:04il y avait nous,
30:05les Indiens,
30:05et derrière,
30:06il y en avait encore d'autres. »
30:08À bord du F-174,
30:10les hommes s'entassent
30:11sur le pont
30:12et dans les cales.
30:14Le petit bateau
30:15s'éloigne alors du cargo.
30:16« Surchargé en pleine tempête,
30:19le F-174
30:20commence à tanguer.
30:22Une voie d'eau dans sa coque
30:23va semer la panique à bord. »
30:32« Quand l'eau a commencé à monter,
30:34ils nous ont donné des sauts.
30:35C'était la panique.
30:37On a tous fait une chaîne
30:38et on enlevait l'eau.
30:39Chacun enlevait ce qu'il pouvait.
30:41Pendant une demi-heure,
30:42on a fait cette chaîne
30:43pour enlever l'eau.
30:44Mais l'eau a continué à monter.
30:46On en avait jusqu'à la taille.
30:50Alors on est remontés
30:51sur le pont.
30:53Il y avait plein de monde.
30:55Il y avait environ
30:56100, 150 hommes.
30:58Il n'y avait pas de place.
31:00Alors on grimpait
31:01les uns sur les autres.
31:02C'était la panique.
31:07Réalisant que le F-174
31:09est en péril,
31:10le Yuan se porte à son secours,
31:12mais dans la manœuvre,
31:13il percute le petit bateau.
31:15Sur le pont,
31:20les jeunes garçons hurlaient.
31:22Tout le monde avait peur.
31:24Je me suis accroché à un câble.
31:26Je suis resté pendu 10 minutes.
31:29Personne ne pouvait m'aider.
31:31Et je ne pouvais aider personne.
31:33puis l'équipage m'a remonté.
31:38Du bateau,
31:38il jetait des cordes.
31:43À ce moment-là,
31:44le petit bateau sur lequel j'étais
31:46était presque rempli d'eau.
31:48Je l'ai vu dériver,
31:52puis il a disparu.
31:58Le F-174
31:59et sa cargaison
32:00de 283 clandestins
32:02coulent en moins de 20 minutes.
32:05Après le naufrage,
32:07le Yuan
32:08a continué sa route
32:09vers la Grèce.
32:11C'est là que Susha Singh
32:12a été débarqué
32:13avec 28 autres survivants
32:14en janvier 1997.
32:18Aujourd'hui,
32:19il est à la retraite.
32:20Il regrette
32:21d'avoir dépensé
32:21toute sa fortune,
32:22250 000 roupies,
32:243 500 euros
32:25pour ce voyage
32:26où il a failli
32:27laisser sa vie.
32:29Si je n'avais pas
32:30tout dépensé
32:31pour ce voyage,
32:32aujourd'hui,
32:32je vivrais mieux.
32:35En Inde,
32:36devant la haute cour
32:37de justice du Penjab,
32:3932 trafiquants
32:40ont été jugés
32:41et condamnés
32:43pour cette affaire.
32:44En 1999,
32:49le propriétaire
32:50du cargo à poissons,
32:51le Yuan,
32:52FTQ Zerboudakis,
32:55est condamné
32:55en Grèce
32:55à 6 ans de prison.
33:01En 2001,
33:02après la découverte
33:03de l'épave du F-174,
33:06la justice italienne
33:07se doit de réagir.
33:09A l'époque,
33:10Romano Prodi
33:10est président
33:12de la Commission européenne.
33:13il pèse
33:14de tout son poids
33:15pour qu'un procès
33:17ait lieu.
33:19Pourquoi nous nous sommes
33:21sentis concernés ?
33:23Parce que ces clandestins
33:25venaient en Italie
33:26et il y a un certain niveau
33:28de civilisation
33:29que l'on doit maintenir.
33:31Ils étaient quelque part
33:32les symboles
33:33de tous les clandestins
33:34qui étaient arrivés
33:35avant eux,
33:36de tous ceux
33:38qui étaient
33:38déjà morts
33:39avant eux.
33:43Démarre alors
33:43une saga judiciaire
33:44à rebondissement
33:45qui va durer 9 ans.
33:48La justice
33:49identifie
33:49deux personnes
33:50considérées
33:51comme responsables
33:52du naufrage.
33:53Le commandant
33:54du cargo Johan,
33:55Youssef El Halal,
33:56le Libanais
33:57déjà arrêté
33:58par le passé
33:58pour trafic
33:59de clandestins
34:00est Aura Bahmeid Sheikh
34:03alias Mister Tony,
34:06le propriétaire
34:06du petit navire
34:07qui a coulé.
34:09Il est d'origine pakistanaise,
34:11installé dans l'île
34:12de Malte
34:12officiellement
34:14comme restaurateur.
34:17Le premier acte
34:17se joue en 2003
34:18au palais de justice
34:20de Syracuse.
34:22Mais le procès
34:23est expédié.
34:24Les témoignages
34:25des survivants
34:25et des familles
34:26sont balayés.
34:27Les deux accusés
34:28sont acquittés.
34:29Faute de preuves,
34:31c'est la consternation.
34:33D'un côté,
34:35ça me faisait rire.
34:38Mais de l'autre,
34:40c'était quand même
34:40douloureux
34:41d'entendre
34:41le président
34:43du tribunal
34:43dire qu'il n'y avait
34:45pas eu de preuves
34:46suffisantes
34:47au regard
34:47de la loi.
34:51En Inde,
34:53l'acquittement
34:54des deux hommes
34:54provoque un scandale.
34:57Balwan Sinqera,
34:58un politicien
34:59du Penjab
34:59a créé
35:00une fondation
35:00pour les victimes.
35:03Il confectionne
35:04cette banderole
35:05et il part
35:06pour le Vatican.
35:08Il veut rencontrer
35:09le pape
35:10pour lui faire part
35:11de son indignation.
35:15Punissez
35:15les criminels.
35:16« Quand on a été
35:19à Rome,
35:20on s'est dit
35:21qu'on irait voir
35:22le pape.
35:23Mais on a été
35:24arrêtés par la police.
35:27On ne comprenait pas
35:29ce qu'ils nous disaient.
35:31Ils nous ont emmenés
35:31au poste.
35:33Ils nous ont gardés
35:34deux,
35:34trois jours.
35:36Ils ont dit
35:37« Vous avez commis
35:38un crime.
35:39vous avez manifesté.
35:41C'est pour ça
35:43qu'on vous arrête.
35:45Il y avait
35:46des familles
35:46de victimes.
35:48Des gens inquiets
35:49qui n'avaient
35:50rien fait de violent.
35:52Ils n'avaient même
35:53pas scandé
35:53le moindre slogan. »
35:56Au Pakistan,
35:57un homme organise
35:57lui aussi
35:58des manifestations.
36:00Zabi Oula
36:01a perdu un fils
36:02dans le naufrage.
36:03« On a fait
36:07des banderoles
36:08et on était
36:094000 personnes.
36:11On est allés
36:12manifester
36:12devant l'ambassade
36:13d'Italie
36:14à Islamabad. »
36:17Ils se déplacent
36:18aussi dans les écoles
36:19où l'on raconte
36:20l'histoire
36:21des naufragés
36:22de Porto Palo.
36:23« Vous connaissez
36:25l'Italie ? »
36:27« How are you ? »
36:29« How are you ? »
36:30« How are you ? »
36:32La majeure partie
36:32des gens
36:33qui quittent le pays
36:33travaillent en Italie.
36:36« Vous savez
36:36qu'il y a un bateau
36:37qui a coulé
36:37dans la mer italienne ? »
36:40« Il y avait
36:41beaucoup de gens
36:41de notre ville
36:42à bord
36:42et ils se sont
36:43presque tous noyés.
36:46Parmi eux,
36:47il y avait Habib,
36:48le fils de Zabi Oula,
36:50qui a étudié
36:51dans cette école
36:51quand il était petit. »
36:552009,
36:56Sicile,
36:57la justice italienne
36:58va basculer.
37:00Un procès en appel
37:01se tient devant
37:01la cour d'assises
37:02de Catane.
37:03Le nouveau procureur,
37:05Giulio Toscane,
37:06monte un nouveau dossier
37:07à charge
37:07contre Youssef El Alal,
37:10le commandant
37:11du Yohan,
37:12et Mister Tony,
37:14le propriétaire
37:14du petit bateau
37:15qui a coulé.
37:16en novembre 2009,
37:18les deux accusés
37:18sont condamnés
37:19à 30 ans de prison
37:21pour homicide volontaire.
37:24Ce sont les peines
37:24les plus lourdes
37:25jamais prononcées
37:26contre des trafiquants
37:28de clandestins.
37:29Le commandant El Alal a été condamné
37:35parce qu'il était
37:36le commandant du bateau,
37:37le Yohan.
37:38Et donc c'est lui
37:42qui aurait dû porter secours
37:43aux personnes
37:44qui étaient en train
37:45de se noyer.
37:52L'avocat des familles
37:53de victimes indiennes
37:54et sri-lankaises,
37:56Paolo Reale,
37:58va faire la démonstration
37:59que le commandant
38:00El Alal
38:00et Mister Tony
38:02avaient une parfaite
38:03conscience
38:04des risques
38:04qu'ils prenaient
38:05le soir du transbordement.
38:11Ceux qui entassent
38:12des clandestins
38:13dans des conditions pareilles
38:14savent qu'ils mettent
38:14la vie de ces personnes
38:15en danger.
38:17Si je mets 400 personnes
38:18dans un bateau prévu
38:19pour en contenir 10,
38:20je ne peux pas ensuite dire
38:21que j'ignorais
38:22qu'ils pouvaient couler.
38:26Simonetta Clichy,
38:27l'avocate
38:27des 32 familles pakistanaises,
38:30va revenir sur le cynisme
38:31des deux trafiquants
38:32pour qui les clandestins
38:34n'avaient plus
38:35la moindre valeur.
38:37Mais pourquoi sont-ils morts ?
38:41Parce qu'ils avaient payé,
38:43ça n'intéressait plus
38:44les trafiquants
38:45de récupérer des naufragés.
38:47Ils ne voulaient pas
38:48s'embêter
38:49ou perdre du temps.
38:51De toute manière,
38:52les clandestins
38:53avaient payé.
38:55Ils étaient devenus
38:56une marchandise
38:57qui n'avait plus
38:58aucune valeur.
39:00Le commandant El Alal
39:02a été condamné
39:02par contumace.
39:04Il n'a pas assisté
39:05à son procès.
39:07Un temps reconverti
39:08comme brocanteur
39:10en France,
39:12il a disparu
39:12de la circulation
39:13en 2003.
39:17Il nous a fallu
39:18six mois
39:18pour retrouver sa trace.
39:21Au Liban,
39:22son pays natal.
39:24Il y travaille désormais
39:25dans une épicerie.
39:27Pour lui,
39:28le verdict
39:28de la justice italienne
39:29pour homicide volontaire
39:31est totalement injuste.
39:34Homicide est volontaire
39:35en plus.
39:36C'est moi que j'ai voulu
39:37les tuer,
39:38assassiner.
39:38Les Italiens veulent
39:39un bouc émissaire.
39:41Le bouc émissaire ?
39:43C'était moi.
39:44Ils ne pouvaient pas
39:45trouver un autre.
39:47Selon lui,
39:48il a fait tout ce qu'il pouvait
39:49pour sauver les clandestins.
39:52On a jeté
39:53tous les moyens
39:54de sauvetage
39:55qui étaient sur le Johan
39:56dans la mer.
39:57De la lumière ?
39:58Les phares ?
40:00Les lumières,
40:02les RFD,
40:03le bateau gonflable.
40:05On a donné
40:06tout ce qu'il y a
40:07des bouées
40:08et tout ça.
40:09On a jeté
40:10tout ça en mer.
40:11Quand je ne l'ai plus
40:12vu,
40:14je ne l'ai plus
40:15sur mon radar
40:16ou bien n'importe quoi,
40:18j'ai fait
40:19des recherches
40:20pour trois heures.
40:21Quinze ans
40:23après les faits,
40:25il affirme
40:25n'avoir été
40:26qu'un simple
40:26exécutant aux ordres.
40:28Le responsable,
40:30c'était le propriétaire
40:30du Johan,
40:32le grec
40:32Zerboudakis,
40:34déjà condamné
40:35à Athènes.
40:37Eftikios Zerboudakis,
40:38le propriétaire
40:39du Johan,
40:43c'était celui
40:43qui a donné
40:44l'ordre
40:45de toute l'opération,
40:46du transport,
40:47du transport de mort
40:48et tout ça.
40:49Ce n'était pas moi
40:50le responsable.
40:50Moi, je suis
40:51responsable
40:51de la navigation,
40:53rien du tout d'autre.
40:55Si Youssef Al-Alan
40:56nie sa responsabilité
40:57dans le naufrage,
40:58il reconnaît
40:59avoir convoyé
41:00des clandestins
41:00à bord du Johan.
41:04Je suis coupable
41:04du transport
41:05de clandestins.
41:06Ce qui se passe,
41:07selon la justice,
41:09par un transport
41:09de clandestins.
41:10Ce n'est pas par assassin.
41:12Moi, je ne suis pas assassin.
41:14Le commandant
41:15affirme même
41:16que les clandestins
41:16étaient bien traités
41:18à bord de son bateau.
41:19mon équipage
41:22était bien
41:23en leur donner
41:24de la nourriture,
41:25des bonbons,
41:26des cigarettes,
41:26gratuitement.
41:27Ils n'avaient pas faim,
41:29ils n'avaient pas soif,
41:30ils n'avaient pas soif.
41:31Le commandant
41:32se voit comme
41:33un prestataire de service.
41:35Il fournissait
41:36de la main-d'oeuvre.
41:37Il réfute
41:38le terme de négrier.
41:39Il n'y a pas de négrier
41:41sauf celui
41:43qui achète
41:43et qui vend.
41:45Moi,
41:45je n'ai jamais acheté
41:46ni vendu.
41:47J'ai transporté.
41:49L'autre condamné
41:50dans cette affaire
41:51se trouve à Malte.
41:55Il a été surnommé
41:56le prince des négriers.
41:58C'est Tourab
41:59Armeid Sheikh
42:00alias
42:00Mister Tony.
42:03Lui aussi,
42:04nous l'avons retrouvé.
42:05Il a fait rentrer
42:07des milliers
42:07de clandestins
42:08en Allemagne
42:09et en Italie.
42:10Entre 1987
42:12et 1996,
42:13il a bâti
42:13une fortune
42:14grâce au trafic
42:16d'êtres humains.
42:17Aujourd'hui,
42:18il est ruiné.
42:19Il vit seul
42:19dans un petit port
42:20de Malte
42:21et il a tant résigné
42:23son extradition.
42:28Je n'arrête pas
42:31d'y penser.
42:33Prison à vie,
42:34avec un minimum
42:37de 30 ans,
42:38sans remise de peine.
42:42Donc je ne pense pas
42:43que si je vais en prison,
42:46je ressortirai vivant
42:47un jour.
42:51Le soir du drame,
42:53Mister Tony
42:53ne se trouvait pas
42:54à bord de son petit bateau,
42:56le F-174.
42:59Par peur de la tempête,
42:59il était resté à terre
43:00et s'était d'ailleurs disputé.
43:04avec ses associés.
43:10C'était trois personnes
43:11contre une.
43:12Il y avait Marcel,
43:14Eftikius
43:15et Dionysos.
43:17les CA3 contre moi.
43:19Ils m'ont dit
43:20« Tu n'as pas de cran.
43:22Nous, on a du cran.
43:23On va y aller. »
43:24Je leur ai dit
43:24« Si vous avez du cran,
43:26alors allez-y. »
43:29Les associés
43:29de Mister Tony
43:30prennent la mer,
43:32mais ils ne les laissent
43:33pas tomber.
43:35Depuis le haut
43:35de cette falaise,
43:37ils restent
43:37en contact radio
43:38avec eux.
43:38Le port
43:42où était
43:43le F-174
43:44était là-bas.
43:47Il est parti,
43:48donc parti de là-bas,
43:50et ils m'ont demandé
43:51de vérifier
43:51s'il n'y avait pas
43:52de patrouille côtière,
43:54que la route
43:55soit dégagée.
43:56J'avais un
43:56talkie-walkie,
43:58j'ai regardé,
44:00je me suis assuré
44:00que tout était dégagé.
44:02et je leur ai dit
44:03qu'ils pouvaient y aller.
44:05Et ils sont passés.
44:09Vers 22h,
44:10son petit bateau
44:10passe sur ce chenal
44:11pour rejoindre
44:13le Johan au large
44:14et procéder
44:15au transbordement
44:16des clandestins.
44:20Au milieu de la nuit,
44:21Mister Tony
44:22est le premier informé
44:23du drame.
44:26J'ai reçu un appel
44:28vers 3h du matin
44:30et on m'a dit
44:32qu'il y a un gros problème.
44:34J'ai demandé
44:35qu'est-ce qui s'est passé.
44:38On m'a appelé du Johan
44:39et on m'a dit
44:41que les deux bateaux
44:42se sont percutés
44:43et le F-174 a coulé
44:45et beaucoup d'hommes
44:47sont morts.
44:48Et qu'avez-vous fait ?
44:50J'ai pris une bouteille
44:51de whisky,
44:53je l'ai bu
44:53et j'ai dormi.
44:56Deux de ses associés
44:57se sont noyés
44:58avec les 283
45:00clandestins.
45:04Mister Tony
45:05a gardé
45:06de cette nuit-là
45:07le souvenir
45:08d'un cauchemar.
45:12Je n'aime pas revenir
45:13sur tout ça.
45:16Ce ne sont pas
45:16de bons souvenirs.
45:21En fait,
45:22j'ai plutôt envie
45:23de sauter.
45:23C'est sur cette falaise
45:28dans la nuit
45:29du 24 décembre
45:301996
45:31que les juteuses affaires
45:33de Mister Tony
45:34se sont arrêtées
45:35nettes.
45:37Au cours de son enquête,
45:38la justice italienne
45:39a découvert
45:40que Mister Tony
45:41était l'un des rouages
45:42d'un gigantesque
45:43trafic de clandestins.
45:45Les candidats
45:45à l'immigration
45:46étaient d'abord recrutés
45:47dans tout le sous-continent indien.
45:49Ils transitaient essentiellement
45:50par la Turquie
45:51et la Syrie.
45:51Puis une centaine
45:53d'intermédiaires
45:54depuis les ports
45:55turcs, syriens,
45:56libanais, égyptiens
45:57et grecs
45:58les transportaient
46:00vers le Yohan
46:02basé au milieu
46:03de la Méditerranée.
46:05Le Yohan,
46:06c'était la pièce
46:07maîtresse du réseau.
46:09Il était préparé
46:10pour transporter
46:11100 personnes,
46:12des lits de 100 personnes
46:13et de la marchandise
46:14en même temps.
46:15Mais par rapport
46:16au poids
46:17ou bien
46:17aux normes indiennes,
46:20ils transportaient
46:20600, 800,
46:22il n'y a pas de problème.
46:24Le Yohan
46:25mouillait toujours
46:25dans les eaux internationales
46:27pour échapper
46:28à tout contrôle.
46:32Le Yohan
46:32était toujours
46:33dans les eaux internationales
46:34car personne
46:35n'a le droit
46:36d'intercepter
46:36un bateau
46:37dans les eaux internationales.
46:40Aucun pays
46:41ne peut y appliquer
46:41sa juridiction,
46:43ni les Maltais
46:43ni les Italiens.
46:47Quand le Yohan
46:48bondait de clandestins
46:49arrivés au large
46:50de Malte,
46:52Mister Tony
46:52prenait le relais
46:53pour les transporter
46:54jusqu'en Sicile.
46:56Il s'était constitué
46:57une véritable flottille
46:58de bateaux-taxis
47:00clandestins.
47:00Toute l'opération
47:07était comme un gâteau.
47:09Certains faisaient
47:10leur partie,
47:11d'autres une autre partie.
47:12La dernière part du gâteau,
47:13c'était moi.
47:16Je devais transporter
47:17les gens du Yohan
47:18en Sicile.
47:19C'était la dernière
47:20partie du gâteau.
47:26Ce trafic
47:27a duré une dizaine
47:29d'années.
47:31C'était de l'argent
47:33gagné facilement.
47:35Il n'y avait
47:35ni règles ni lois.
47:37On ne se disait pas
47:38celui-ci doit payer
47:39tant ou celui-là tant.
47:42Les Arabes étaient
47:43ceux qui payaient
47:43le moins.
47:44Même s'ils n'avaient
47:45pas d'argent,
47:46je les prenais quand même
47:47pour quelques centaines
47:47d'euros.
47:49Les Sri Lankais,
47:49eux,
47:50ils avaient beaucoup
47:50d'argent.
47:52Ils étaient prêts
47:53à dépenser jusqu'à
47:543000 dollars
47:55pour se rendre en Sicile.
47:59et les Marocains,
48:00les Tunisiens,
48:01ils ne payaient pas
48:02beaucoup.
48:02Non,
48:04ils essayaient toujours
48:05de marchander.
48:06Pour transférer
48:07les clandestins
48:08jusqu'aux côtes italiennes,
48:10Mr Tony utilisait
48:11des bateaux-taxis
48:12comme celui-ci.
48:13C'était la partie
48:14la plus risquée
48:15mais la plus rentable
48:16du trafic.
48:18Aujourd'hui encore,
48:19ces bateaux-taxis
48:20rapportent gros
48:20aux trafiquants,
48:22selon le commissaire
48:23Parigny,
48:24qui dirige les enquêtes
48:25sur l'immigration
48:26clandestine en Sicile.
48:28En faisant un calcul
48:30concret
48:30pour une personne
48:31qui paie 2000 euros,
48:33vous faites le calcul,
48:34vous multipliez
48:35par 30,
48:3530 personnes,
48:36c'est ce que contient
48:37une barque.
48:37On arrive à 60 000 euros.
48:40Alors,
48:40on retire de ces 60 000,
48:426 000 euros
48:43pour le prix du bateau
48:44et le moteur.
48:47Tu enlèves encore
48:48100 euros
48:49pour la nourriture.
48:50Les trafiquants
48:51ne mettent jamais
48:52plus de 100 euros
48:53à peu près
48:53pour 30 personnes.
48:54Au final,
48:57l'organisation
48:58gagne énormément.
49:02Vous êtes d'accord
49:03pour dire
49:04que vous faisiez
49:04de l'argent
49:05sur la misère du monde ?
49:09Écoutez,
49:10il y a toujours
49:11des gens
49:11qui critiquent
49:12ce que vous faites.
49:14Mais ces clandestins-là,
49:15ils payaient
49:16pour aller faire
49:16de l'argent
49:16à leur tour,
49:17vous comprenez ?
49:18Et après,
49:19ils faisaient
49:19venir leur famille.
49:20à les entendre,
49:25les trafiquants
49:25se voient uniquement
49:26comme des fournisseurs
49:27de main-d'oeuvre
49:28au bon marché.
49:30Ils revendiquent
49:30même leurs contributions
49:31au développement
49:33économique de l'Europe.
49:34Si vous voulez,
49:36ils étaient
49:37l'ANPE
49:38illégal.
49:39C'est où il y a
49:40des demandes d'emploi
49:42et il y a
49:42des offres d'emploi.
49:44Alors,
49:44c'est comme ça.
49:45Les Italiens travaillent
49:47pour 50 euros
49:48par jour
49:49et cette main-d'oeuvre
49:50au bon marché,
49:51elle fait le même
49:52boulot
49:52pour 10 euros
49:53par jour.
49:54Et souvent,
49:55ils travaillent
49:56même mieux
49:56que les Italiens.
50:00Combien de villages
50:01ont été bâtis
50:03par ces clandestins-là ?
50:05Ai-je fait
50:06quelque chose
50:07de mauvais
50:07d'envoyer
50:08ces gens-là
50:08à petit prix
50:09de bâtir
50:10des villages
50:11italiens
50:12qui sont morts
50:12parce qu'ils ne font
50:14pas la reproduction
50:14nécessaire
50:15pour faire
50:16des enfants.
50:20Le gouvernement italien
50:21devrait me donner
50:22une décoration,
50:23une médaille
50:24en guise de reconnaissance
50:26pour les faveurs
50:27que Tourab leur a faites
50:28en envoyant
50:29ces travailleurs
50:30qui ont contribué
50:31au boom économique italien
50:32et ça grâce à qui ?
50:34À Tourab.
50:38Mister Tony
50:39fanfaronne.
50:41Mais 15 jours
50:42après cette interview,
50:43il sera retrouvé mort.
50:45à son domicile
50:46maltais.
50:48Les enquêteurs
50:49évoqueront un suicide
50:50par ingestion
50:51de médicaments
50:51et d'alcool.
50:56Le commandant
50:57Youssef El Halal
50:58est sous le coup
51:00d'un mandat
51:01d'arrêt international.
51:03Le Liban
51:04n'extrade pas
51:04ses ressortissants
51:05alors il ne risque rien.
51:0714 ans après
51:08le naufrage,
51:09il ne craint pas
51:10de narguer
51:10la justice italienne.
51:15Je leur ai dit
51:16par Internet
51:17à plusieurs reflets
51:17venez me prendre.
51:19Ils ont envoyé
51:19un mandat d'arrêt.
51:20Ils ont envoyé
51:21au diable.
51:23Qui les a envoyés ?
51:24La justice libanaise.
51:27Giovanni Maria Bellu,
51:28le journaliste
51:28de La Repubblica
51:29a pris du galon.
51:31Il est devenu directeur
51:32du journal de gauche,
51:33l'Unita.
51:33En Inde,
51:39certaines familles
51:39de victimes
51:40ont touché
51:4050 000 roupies,
51:43800 euros
51:43d'indemnité
51:44de la part
51:45de l'État indien.
51:47Mais pas sous sa chingue.
51:48Il a survécu
51:49au naufrage,
51:50il n'a droit à rien.
51:53Aujourd'hui,
51:53je n'ai plus rien.
51:55J'avais tout mis
51:55dans ce voyage
51:55et cette histoire
51:57a gâché ma vie.
52:00Ici,
52:01certaines familles
52:01continuent à espérer
52:02que leur fils
52:03ne se sont pas noyés
52:04au large de la Sicile,
52:06que le naufrage fantôme
52:07en était vraiment un
52:09et que ses enfants
52:10réapparaîtront un jour.
52:20Ça fait 15 ans
52:21qu'on n'a pas de nouvelles,
52:22on commence à perdre espoir.
52:24Seule sa mère
52:25continue à espérer.
52:28Elle croit
52:29qu'il reviendra un jour.
52:30On a encore
52:34l'espoir
52:34qu'il revienne.
52:36Il doit bien
52:37être quelque part.
52:41Salvo Lupo,
52:42le pêcheur,
52:43celui qui a dévoilé
52:44la vérité
52:45est devenu un paria
52:46sur le port
52:47de Porto Palo.
52:49Il ne peut plus
52:49y travailler,
52:51il est désormais
52:51marinier
52:52dans la pêche industrielle.
52:54Il passe des mois
52:55en mer,
52:57il garde toujours
52:58sur lui,
52:59la carte d'identité
53:00d'Empalagan.
53:04Quant au navire fantôme,
53:06tombeau d'Empalagan
53:07et de ses 282 compagnons
53:09d'infortune,
53:112 millions d'euros
53:12avaient été débloqués
53:13en 2006
53:13par le gouvernement
53:14Prodi
53:14pour le renflouer.
53:17Mais ça n'a jamais
53:18été le cas.
53:2015 ans après
53:20la terrible nuit
53:21de Noël 1996,
53:24le F-174,
53:25gît toujours
53:27par 108 mètres
53:28de fond
53:28au large
53:30de la Sicile.
53:55où est à l' bunge
53:56de l'Union
53:57il n'y Kraft.
53:57Sous-titrage
54:08sur l'Union
54:09d'Empal ARE
54:09l'Union
54:09d'ア
54:12La Rape
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