- il y a 3 mois
Faire rimer finance à impact et retours compétitifs peut être vu comme un défi. Avec ces actifs, il faut peut-être assumer une légère décote. Un autre enjeu est de garantir que l’impact social ou environnemental soit significatif. Nos invités nous expliquent si pour eux compétitivité et impact réel peuvent être liés.
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00:00Et chers invités, je le disais, c'est donc l'heure du pour ou contre.
00:07Pour ou contre, cette affirmation, la finance à impact garantit un retour financier compétitif,
00:13tout en générant un impact sociétal significatif.
00:18Qui commence ? Laurence ?
00:20Je sais que vous avez travaillé, vous avez fait vos devoirs.
00:23On ne va pas me mentir.
00:24Ils sont trop développés, le but là c'est surtout de se positionner avant de lancer les grands débats.
00:28J'aurais adoré juste dire pour ou contre, mais évidemment elle ne peut pas être binaire cette réponse.
00:33Parce que oui, la finance à impact peut, alors moi nous on n'utilise jamais le terme de garantir,
00:39parce qu'on est quand même dans un métier de risque, mais elle peut réaliser des performances et être très compétitive.
00:44Et je pense qu'on a réussi de faire cette démonstration pendant dix ans.
00:47Et je pense qu'on est un des fonds qui a le plus de recul.
00:49Et on peut dire aujourd'hui par exemple que notre fonds 2 a des trajectoires de performance
00:54qui sont vraiment comparables à son secteur, voire même meilleures sur un certain nombre de sociétés.
01:02Opencast, on ne serait pas connu des croissances incroyables.
01:06Une fois que je dis ça, si on pense qu'on va résoudre les enjeux sociaux et environnementaux auxquels on fait face
01:14uniquement avec des start-up qui ont des potentiels de croissance et de multiples par dix, on se trompe complètement.
01:21Moi je défends l'idée qu'il faut être capable et que le rôle des investisseurs financiers
01:27est aussi de financer des besoins fondamentaux qui n'ont pas les mêmes types de modèles économiques.
01:33Et il y a des sujets fondamentaux sur lesquels d'ailleurs il n'y a pas vraiment de clients solvables.
01:37L'agriculture, la biodiversité, il y a un certain nombre de sujets.
01:41Après, on ne s'est pas complètement financé ça avec des théories dits à dix ou quinze pour cent.
01:48Et il faut le faire.
01:50Et il y a des modèles pour.
01:52Il faut être capable de faire plusieurs choses très différentes, d'avoir une palette.
01:57Clément, vous êtes pour ou contre ou vous aussi vous êtes tout en nuance ?
02:00En nuance, déjà effectivement la finance à impact, comme son nom indique, c'est de la finance,
02:05ce n'est pas de la philanthropie.
02:06Donc évidemment que les projets, les produits ont vocation à générer de la rentabilité.
02:10Après, effectivement, sur tout le spectre de la finance à impact, il y en a un petit peu pour tous les goûts.
02:16Et puis moi, je vais vous parler de ce que j'en ai le plus, c'est-à-dire la finance solidaire.
02:20Donc dans la finance solidaire, par exemple, il existe un certain nombre de livrets d'épargne
02:24qui génèrent à peu près 2 à 3 % de rendement par an,
02:29parfois supérieur au taux des livrets réglementés, parfois inférieur.
02:33Et en matière d'épargne salariale, donc effectivement, il y a toute une typologie de fonds solidaires
02:39qui vont être à la fois sur la partie cotée, soit en action, sans obligation, soit des fonds mixtes.
02:46Et là, effectivement, si on prend par exemple 4 top fonds sur ce marché-là
02:51et qu'on regarde leur rendement sur 5 ans, on voit que finalement, ils ont quand même généré 5 % de rendement.
02:56Mais effectivement, il y a plein de stratégies d'investissement qui amènent à générer de la rentabilité
03:03et de l'impact différemment.
03:07Et donc, toute la difficulté finalement, c'est d'apporter ces clés de compréhension aux épargnants.
03:13Et aussi, effectivement, il y a des épargnants par ailleurs qui recherchent absolument un impact social très fort
03:19parce qu'il existe effectivement des modèles qui vont financer des entreprises solidaires
03:25dont le modèle économique, par essence, vise effectivement non pas à rémunérer les actionnaires
03:31mais vraiment à aller investir dans leur mission d'utilité sociale.
03:37Donc voilà, ce n'est pas une réponse binaire non plus que j'ai faite.
03:40Antoine, alors, est-ce qu'on se mouille ?
03:41Antoine, il va nous la donner là.
03:42Allez, non, mais c'est alors, oui, c'est possible, oui, ça arrive.
03:46Il y a des super boîtes de finances à impact qui montrent qu'elles peuvent gagner de l'argent.
03:50Mais si on dézoome un peu, est-ce que c'est vraiment la question ?
03:52C'est-à-dire, tant qu'il y aura ce que tu décris qui est une primovis,
03:55tant qu'il y aura ce que vous décrivez, qui est qu'effectivement,
03:57il y a des secteurs qui ne pourront pas avoir les taux de rentabilité nécessaires
04:00et sur lesquels il faudra trouver d'autres modèles économiques,
04:02on n'aura pas réglé beaucoup du problème, quoi.
04:04On sera peut-être tous les cinq en train de se dire, chouette,
04:06moi j'ai placé une partie de mon livret A dans un truc qui ne fait pas de mal à la planète
04:09et du bien aux gens et qui, par ailleurs, me rapporte mes 3%.
04:11Oui, mais qu'est-ce que je fais du reste de mon livret A ?
04:13Et puis qu'est-ce que le reste de l'argent qui circule ?
04:15Et Dieu sait qu'il y a de l'argent qui circule.
04:17Donc à un moment, et je suis désolé parce que du coup,
04:19je deviens le réglementeur en chef là,
04:21mais il va bien falloir qu'on mette le pied sur la balle sur le reste de l'argent
04:25qui n'est franchement pas un impact, voire un impact négatif.
04:28Et c'est là que j'ai tendance à trouver que parfois,
04:30on regarde un peu avec une lentille un tout petit peu étroite.
04:33Oui, parce que la question qui venait ensuite,
04:36c'est au fond, est-ce que quand on est une entreprise,
04:39il faut accepter une petite décote de rendement
04:41si on veut un vrai impact ?
04:44En fait, ça dépend des secteurs d'activité aussi.
04:45On a d'ailleurs ici souvent cité des exemples
04:47qui pouvaient porter sur un secteur plutôt porteur.
04:51Des nouveaux modèles de consommation, par exemple,
04:53où on voit des acteurs qui ont des développements très, très importants.
04:56On pourrait citer Backmarket, par exemple,
04:58qu'on a déjà évoqué ici,
04:59et qui, eux, deviennent des exemples très intéressants
05:02de ce qu'on peut trouver comme rendement double sociétal
05:05parce qu'on met sur le marché,
05:07on remet sur le marché des équipements
05:08qui vont remplacer des équipements neufs.
05:10Et aussi un impact économique,
05:12puisque je pense que le succès de cette entreprise
05:14n'est plus à prouver aujourd'hui.
05:16D'autres secteurs, l'agriculture, la biodive,
05:18nécessitent peut-être d'autres mécaniques de financement.
05:21Et en fait, tout le jeu pour les financeurs,
05:22c'est de trouver des équilibres,
05:23peut-être accepter d'avoir une forme de décote de rendement
05:26sur un secteur mais qui est fondamental
05:28en allant chercher une performance financière
05:30un peu plus importante sur d'autres.
05:31Par contre, ça peut devenir un jeu de dupe.
05:33Est-ce que tu as un exemple ?
05:34Non, mais disons que si on se met qu'à financer du fossile
05:36pour générer du rendement
05:37afin de foutre un petit peu d'argent sur du solaire,
05:39disons qu'on n'aura pas résolu grand-chose du problème.
05:41C'est là que je rejoins le fait
05:43qu'il va bien falloir avoir des régulations
05:44beaucoup plus fortes.
05:45C'est tout l'enjeu des discussions
05:48qu'on peut avoir en ce moment
05:48sur les projets de loi de finance,
05:50sur le cadre des marchés,
05:52sur les TVA, etc.,
05:53qui doivent aider les entreprises
05:54à avoir des meilleurs rendements financiers
05:56par leur engagement sociétal.
05:58Clémence ?
05:59Oui, c'est une question complexe
06:01parce qu'il y a plein de modèles différents,
06:02plein de secteurs différents,
06:03mais on voit effectivement
06:04qu'il y a des entreprises sociales
06:07dans l'action sociale
06:08qui sont rentables
06:10tout en ayant développé des modèles
06:11qui accompagnent des personnes fragiles,
06:13vulnérables, éloignées de l'emploi
06:14et qui sont quand même capables
06:16d'être compétitives sur un marché.
06:19Et puis, il existe aussi des modèles
06:20qui, par leur statut,
06:21ont fait le choix, en fait,
06:22de ne pas rémunérer leurs actionnaires.
06:24Donc, c'est le cas de beaucoup d'entreprises
06:25dans l'économie sociale et solidaire.
06:27Et donc, effectivement,
06:30leurs statuts, en fait,
06:32sont très clairs.
06:34En fait, les bénéfices doivent être reversés
06:37en priorité au service de la mission
06:39qui se sont donnés.
06:40Et donc, il y a une diversité, finalement,
06:43de modèles qui apportent des solutions
06:45à des problèmes socio-environnementaux variés.
06:47Et on va retrouver, effectivement,
06:49des modèles lucratifs,
06:50à des modèles à lucrativité limitée,
06:52voire des modèles non lucratifs
06:54qui ont énormément d'associations
06:55qui ont aussi développé
06:57des projets entrepreneuriaux
06:58et qui apportent énormément de réponses
06:59sur les territoires
07:00à des problèmes socio-environnementaux.
07:02Et, effectivement,
07:04elles ont tout l'enjeu
07:04de se faire financer.
07:06Et, effectivement,
07:07il faut, auquel cas,
07:08qu'elles puissent générer
07:09de la rentabilité
07:11pour leurs investisseurs,
07:12mais qui est, effectivement, variable.
07:14Se financer et attirer des talents.
07:16C'est-à-dire que je pense
07:17qu'il y a, effectivement,
07:18un trou dans la raquette
07:19sur les boîtes de l'ESS,
07:20les assos à but non lucratif,
07:21qui est qu'il faut qu'on arrive,
07:23et je n'ai pas la recette magique,
07:24à les rendre attirantes
07:25comme choix de carrière aussi.
07:26J'ai eu des copains
07:27qui ont eu des assos
07:27qui ont démarré très vite.
07:29Et, en fait,
07:29on a du mal à attirer des gens
07:31qui ont été habitués
07:32à structurer des choses.
07:33Chacun se sent un peu
07:34quasi copropriétaire de la boîte
07:36parce que tu comprends,
07:36c'est une assos.
07:37Et au moment où il faut
07:38prendre des décisions,
07:39c'est parfois un peu plus dur.
07:40Donc, je trouve qu'il y aurait
07:41des ponts à imaginer
07:41entre le monde de l'entreprise
07:43et ces structures-là
07:44en acceptant que,
07:45oui, on est un peu moins rémunérés
07:46et on se récupère autrement.
07:48Ça peut être de l'équilibre,
07:49vie pro, vie perso
07:50ou plein d'autres choses.
07:51Et ça veut dire qu'aujourd'hui encore,
07:53moi, pour traîner encore
07:53un tout petit peu
07:54dans l'école de commerce
07:55que j'ai faite il y a 15 ans,
07:57les majeurs qui t'incitent
07:58à aller faire longtemps,
08:00elles s'appelaient alter à HEC.
08:01Quand j'étais étudiant,
08:02elles s'appelaient alter,
08:03sous-entendu alter mondialiste.
08:04Enfin, tu vois,
08:05il y avait un truc,
08:06alors ça a changé de nom,
08:07mais bon,
08:08c'était qu'il y a 10-15 ans.
08:09Donc, les gens qui ont 40 ans
08:10aujourd'hui,
08:11c'est ça qu'ils ont eu
08:11comme option
08:12quand ils étaient à l'école.
08:13Donc, je crois qu'il y a
08:13quelque chose à faire
08:15et à raconter.
08:16Et on a beaucoup raconté
08:17qu'il fallait des ponts
08:18entre la politique et le privé
08:19depuis deux quinquennats.
08:21Peut-être qu'en fait,
08:21il faut des ponts
08:22entre le privé
08:23très lucatif,
08:23très classique
08:24et un privé
08:25qui se réinvente
08:25avec des règles du jeu
08:26un peu différentes.
08:27Laurent, sur ce que vient de dire Antoine ?
08:30En fait,
08:30ce que ça m'inspire,
08:32c'est pareil,
08:33si on dézoome
08:34et on se pose la question
08:35de comment est allouée
08:36l'épargne des Français
08:37ou des Européens,
08:40ça pose la question...
08:42Il y a 20 ans,
08:43quand on a commencé
08:44à lever de l'argent,
08:45c'était très difficile.
08:46Soit on faisait le bien
08:47et on faisait de la philanthropie,
08:48soit on faisait du business.
08:50Pendant 15 ans,
08:51je trouve qu'on a quand même
08:51beaucoup progressé.
08:53Tous les grands investisseurs
08:54institutionnels
08:55ont commencé
08:55à allouer des poches
08:56différenciées
08:58avec des objectifs différents,
08:59avec les mêmes
09:00ou pas les mêmes
09:01objectifs de rendement.
09:02Mais il y avait,
09:02on va dire,
09:03une plus de finesse
09:04dans la manière
09:06de décider
09:06comment allouer l'argent.
09:08Et j'ai le sentiment
09:09que ce n'est pas un acquis,
09:10en fait.
09:10C'est-à-dire,
09:10depuis peu,
09:11je me pose la question
09:12de savoir si on n'est pas
09:13en train de revenir
09:13au point de départ,
09:16qui est que certains
09:17se disent,
09:17finalement,
09:20cette année,
09:21on n'alloue pas d'argent
09:21à l'impact.
09:24Alors,
09:24l'économie sociale et solidaire,
09:25c'est un petit peu différent,
09:26parce qu'il y a quand même
09:26une mécanique.
09:28Mais on est quand même
09:29très dépendant
09:31de la conviction
09:33de certaines personnes
09:34au sein d'institutions
09:36d'allouer l'argent
09:38dans un certain sens.
09:39Et même au-delà
09:40de la question de l'impact,
09:40c'est même,
09:41par exemple,
09:42l'innovation.
09:43Aujourd'hui,
09:43les robinets sont totalement
09:44en train de fermer
09:45sur l'innovation.
09:46Et l'impact est très lié
09:48à l'innovation.
09:49Il faut reconnaître
09:49que les sociétés
09:51qui se développent bien
09:52avec un impact,
09:52souvent,
09:53c'est parce qu'elles apportent
09:54une innovation
09:55sur leur marché.
09:57Open Classroom est un exemple.
09:58Je trouve qu'il y a
09:59beaucoup d'exemples
09:59intéressants.
10:00aujourd'hui,
10:04plus aucun investisseur
10:04institutionnel
10:05ne souhaite mettre
10:06de l'argent
10:06dans le venture.
10:09Ça ne nous intéresse plus.
10:11Alors qu'on sait
10:11que tous les rapports
10:13montrent qu'il y a...
10:15Alors,
10:15le rapport Draghi
10:16montre que c'est
10:17800 milliards
10:17dont on aurait besoin
10:19en investissement
10:20en innovation
10:20en Europe.
10:22Et en fait,
10:23c'est la question
10:24du passager clandestin
10:25pour moi.
10:25C'est qu'il y en a
10:25qui bénéficient
10:26de l'innovation.
10:27On bénéficie tous
10:28de l'innovation
10:28à un moment.
10:29Mais à un moment,
10:30il faut quand même
10:30que certains...
10:32Enfin,
10:32qu'on puisse y investir aussi.
10:33Et je pense
10:34qu'il y a aussi
10:34des mécanismes
10:35politiques
10:37qui n'existent pas
10:37aujourd'hui.
10:38Il y a une espèce
10:38de faiblesse
10:39de la régulation
10:41qu'on a tous constatée.
10:43Et je trouve que...
10:44Et après,
10:44on passe au débat.
10:45On en garde un peu
10:45sur le pied.
10:46Le point est intéressant
10:47et le monde du climat
10:48a fait un peu
10:49la même erreur.
10:49C'est-à-dire qu'on s'est dit
10:50c'est inarrêtable.
10:51On a vécu 4-5 années
10:52où tout allait bien
10:53et on n'a probablement
10:54pas assez sécurisé
10:55nos acquis.
10:55Ça fait 5 ans
10:57qu'il y a une loi en France
10:57qui dit que toutes les boîtes
10:58de France,
10:59ou presque en tout cas,
10:59doivent faire un bilan carbone.
11:01On a vécu dans cette idée
11:02que ce n'est pas grave,
11:02elles ne le feraient pas.
11:03Mais en fait,
11:03ça allait dans le bon sens.
11:04C'était un peu
11:05too little too late
11:06mais on n'allait pas reculer.
11:07Et je vous rejoins,
11:08on est en train de reculer
11:08et on se rend compte
11:09qu'on n'a probablement
11:09pas assez validé
11:11les acquis
11:11des 5 dernières années.
11:13Merci à tous les trois
11:14de vous être prêtés au jeu
11:16même si ça reste toujours
11:17tout en nuances.
11:18C'est l'heure du débat.
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