00:00BFM Bourse, l'écho du monde.
00:03Avec Alexandre Tavadzi, il est avec nous pour PICT West Management.
00:06Bonjour Alexandre.
00:08Hier, les banques régionales américaines, certaines d'entre elles, perdaient 10-15%.
00:11Aujourd'hui, ça va un peu mieux, elles récupèrent un peu de terrain.
00:14On pense à Zions qui avait un peu mis le feu, plus 6% aujourd'hui Zions.
00:17Western Alliance aussi, qui avait bien reculé, récupère 4%.
00:20Bref, on repart de l'avant.
00:21Les grandes boxes sont encore en baisse, mais de 0,1-0,2.
00:24Autrement dit, les choses se calment.
00:26Est-ce qu'on est encore loin ?
00:27Alors, on a eu des alertes cette semaine sur le secteur régional américain.
00:31Mais est-ce qu'on est encore loin, finalement, d'une crise type 2023 ?
00:35C'est extrêmement difficile à dire, parce que cette fois-ci,
00:37la pression vient du secteur privé du crédit.
00:40En fait, le mécanisme est que les banques ont prêté à des investisseurs
00:44qui prêtaient à des entreprises qui faisaient du crédit privé.
00:48Et donc, ces prêts-là, qui aujourd'hui sont en train de poser problème,
00:51sont des prêts qui n'apparaissent pas sur le marché.
00:54Et donc, la grande difficulté que l'on a aujourd'hui dans l'analyse,
00:56c'est de voir que les sociétés qui n'arrivaient plus à se financer sur le marché public
01:00ont commencé à sortir du marché, se financer via des fonds de crédit privé
01:05qui, ensuite, ont emprunté aux banques.
01:06Donc, la réponse est aujourd'hui extrêmement difficile à vous donner.
01:10En revanche, ce que l'on arrive à enregistrer, c'est que les taux de défauts
01:13du côté du secteur du crédit privé sont en train d'augmenter,
01:16à contrario de ce qui est en train de se passer sur le secteur public.
01:18Donc, effectivement, s'il y a un centre d'attention,
01:21s'il y a un centre sur lequel il faut se focaliser aujourd'hui,
01:24c'est bien évidemment sur le secteur privé et du crédit privé aux États-Unis.
01:27On voit un nombre de défauts, un taux de défaut repartir à la hausse.
01:30On a eu aussi la faillite, il y a quelques jours, de First Brands dans le secteur auto.
01:34Pourquoi ça surgit maintenant, tout ça ?
01:36Les taux aux États-Unis sont insoutenables ?
01:38Ils sont si élevés que ça ?
01:39Comment est-ce qu'on explique le timing de ces annonces ?
01:43Oui. En fait, c'est lié très probablement au calendrier de refinancement
01:47de chacun de ces entreprises-là, qui peut-être arrivent en bout de course
01:50et maintenant qui commencent à poser problème.
01:52Et puis, il faut bien voir que depuis quelques années,
01:55le secteur a joui d'une popularité immense auprès des investisseurs,
01:58souvent des investisseurs institutionnels, qui se sont dit
02:01« Tiens, les spreads de crédit sur les marchés publics sont tellement faibles
02:04que je vais aller sur le secteur du marché privé. »
02:07Et on sait chaque fois que vous avez un afflux d'argent dans un segment,
02:10quel qu'il soit du secteur financier,
02:11ça incite certains investisseurs à peut-être investir avec des paramètres
02:15ou des analyses qui ne sont probablement pas suffisamment analysées,
02:19qui n'ont certainement pas fait le travail complet d'analyser les entreprises,
02:23d'où les problèmes que ça pose aujourd'hui.
02:24Et puis, vous avez, il faut être clair aujourd'hui,
02:27un pan complet de l'économie américaine qui pose problème.
02:29Et dans une de ces faillites, c'est un secteur qui est lié au secteur automobile,
02:33qui continue à souffrir du ralentissement,
02:35et là aussi de la hausée d'intérêt,
02:36puisque la hausée d'intérêt sur l'économie américaine
02:39se retrouve chez les taux d'emprunt des privés qui achètent leurs voitures,
02:44qui aujourd'hui sont en train également de voir des défauts importants.
02:47Et dans ce secteur, la first brand, en plus, c'est vraiment un cas très particulier,
02:51un cas d'école, c'est qu'il y a 2,5 milliards de trésorerie qui n'existaient pas.
02:55Le problème que l'on a vu aujourd'hui, c'est que certains investisseurs disent
02:59qu'il y a 2 milliards qui ont simplement disparu.
03:01On ne sait pas où cet argent a disparu.
03:03Exactement.
03:04Alors, on a vu qu'il n'y a pas que les banques régionales
03:06qui ont un petit peu les mains dans le cambouis de cette affaire.
03:08On a vu Jeffreys, notamment, qui est loin d'être une banque régionale.
03:10C'est un gros courtier très réputé.
03:13Mais, Alexandre, comment se passerait une éventuelle contagion aux grandes banques ?
03:21Est-ce que c'est un phénomène structurel de confiance et d'alimentation
03:24du marché du crédit de manière générale ?
03:27Ou est-ce qu'il y a des choses peut-être un petit peu plus structurelles ?
03:31Non, il y a probablement un élément structurel
03:33parce que le problème des banques régionales aux États-Unis est connu.
03:36Il y a trois ans, certaines d'entre elles ont fait faillite.
03:39Et c'est en fait le résultat de la baisse de la réglementation
03:41qui avait été mise en place par Trump lors de son premier terme
03:43où il avait estimé que les banques dont la taille était inférieure à 250 milliards de dollars
03:48échappaient à la réglementation qui était appliquée sur les grandes banques.
03:51Donc, le problème des banques régionales est toujours connu.
03:54Or, dans un environnement où les marchés publics vous donnent relativement peu
03:58en termes de rendement, certaines d'entre elles ont été certainement
04:01au-delà de ce qu'ils auraient été, disons, un niveau de risque acceptable
04:05pour pouvoir essayer de générer un tout petit peu de spread de crédit.
04:08Ils ont financé ces fonds d'investissement.
04:11Le lien pourrait se faire à travers les grandes banques
04:13si d'autres fonds d'investissement qui ont emprunté aux grandes banques,
04:16eux également, commencent à avoir des problèmes dans leur portefeuille.
04:20Mais jusqu'à maintenant, la réglementation qui était appliquée sur les grandes banques
04:23est telle qu'il est peu probable que l'on ait vraiment des problèmes importants
04:26ou alors que ces problèmes soient de taille suffisante
04:29pour poser un vrai problème aux grandes banques
04:31qui, encore une fois, jusqu'à récemment, ont eu une réglementation
04:37qui était nettement plus stricte et qui leur permettait moins
04:39d'aller dans ces mêmes segments de leur activité financière.
04:41Le problème, c'est la suite parce que, comme vous le dites,
04:43jusqu'ici, ils étaient tellement bien réglementés
04:45qu'il y a moins de risques jusqu'ici
04:46parce que Donald Trump, lui, est en train de tenter de déréglementer
04:48justement ce secteur bancaire.
04:50Donc peut-être que ce dont on est en train de parler pour les banques régionales
04:52finira aussi par se poser, on verra, franchement,
04:54mais peut-être à l'avenir aussi pour les grandes banques.
04:57Alors quand même, la Fed a laissé entrevoir
04:59une possible fin de réduction de son bilan.
05:01C'est-à-dire qu'elle pourrait peut-être à nouveau débloquer des liquidités un jour.
05:05C'est ce qu'a laissé entrevoir Jérôme Powell il y a quelques jours.
05:07Est-ce qu'effectivement, cette perspective doit nous rassurer
05:10dans le sens où la Fed a l'air relativement au courant d'un certain nombre de risques
05:15et vouloir peut-être prévenir plutôt que guérir cette fois-ci ?
05:19Alors, il n'est pas évident que la décision de la Fed soit liée
05:23à ce qu'on est en train de voir depuis deux, trois jours.
05:25Mais la Fed a toujours dit qu'elle voulait ramener
05:27le taux des réserves bancaires à un niveau acceptable.
05:30Le problème, c'est que lorsqu'on essaie de dégonfler son bilan
05:32et de revenir à une situation normale,
05:34le nouveau normal est quelque chose qu'on découvre au fur et à mesure
05:37parce que l'état du système bancaire et la taille de l'économie
05:40n'est pas ce qu'elle était il y a encore cinq ou six ans en arrière.
05:43Donc la Fed a commencé à réduire la taille de son bilan,
05:46de voir ce qui est en train de se passer au niveau des réserves bancaires.
05:48Il semblerait qu'on arrive maintenant, vous l'avez mentionné,
05:50avec deux, trois soucis en termes de liquidité,
05:54raison pour laquelle la Fed dit peut-être qu'on est arrivé
05:56à un niveau qui est suffisant,
05:57où on a des réserves bancaires qui sont suffisantes
05:59et je peux arrêter ici la contraction de mon bilan.
06:02Mais ils sont à quelque part en train de marcher,
06:03de découvrir finalement l'environnement dans lequel ils évoluent au fur et à mesure.
06:07Et on arrive en fin d'année, on le sait,
06:09la fin de l'année est historiquement une période
06:10dans laquelle les banques ont tendance à plutôt retirer de la liquidité
06:14pour faire face aux différents paiements réglementaires.
06:16Donc ils sont en train de nous dire, peut-être qu'on arrive au niveau
06:18à partir duquel ils sont relativement confortables
06:21en termes de taille du bilan, de leur bilan,
06:24mais également des réserves bancaires par rapport au total de l'économie américaine.
06:27Merci Alexandre.
06:28Très clair, Alexandre Tavadzi,
06:29PICT, Wealth Management, à nos côtés cet après-midi.
06:32Secteur bancaire qui donc se stabilise vraiment
06:34après sa baisse et l'alerte d'hier.
06:36Les banques régionales américaines repartent un peu à la hausse de 5-6%.
06:39Il y aura des publications la semaine prochaine d'ailleurs
06:40de plusieurs banques régionales américaines.
06:42Et puis les grandes banques américaines, elles sont stables aujourd'hui.
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