00:00Le zoom de ce Smart Impact consacré à la situation financière des associations, je reçois Arnaud de Lataille, bonjour.
00:14Bonjour Thomas.
00:14Bienvenue, vous êtes le président, le cofondateur d'AssoConnect que vous avez créé il y a une dizaine d'années, 2014.
00:20Pour être précis, on va beaucoup parler des baisses de subventions, mais aussi d'un rapport qui avait été publié au début de l'été à Bercy,
00:28qui va peut-être trouver une concrétisation avec le budget, avec des réductions d'impôts suite aux dons qui sont pour certaines en suspens.
00:38Mais d'abord, je voudrais bien connaître un peu mieux AssoConnect. Vous l'avez créé en 2014. Comment est née l'idée ?
00:45Effectivement, AssoConnect, c'est une société qu'on a créée, Sylvain, Pierre et moi, il y a 11 ans maintenant, début 2014,
00:52pour aider les associations à passer moins de temps sur tous les sujets de gestion, collecte de paiement, compta, etc.
00:57et se concentrer sur le cœur de leur métier, leur projet.
01:01Et le projet, c'est donc un logiciel qui va permettre de simplifier tout ça.
01:05On travaille avec 40 000 associations dans tous les domaines, toutes tailles, du petit club de loisirs à des gros clubs de sport, médico-social, fondations, etc.
01:15Ce besoin de numérisation, de digitalisation des associations, c'était intuitif ?
01:22Il y a une histoire particulière qui fait que vous en avez pris conscience ?
01:25Il y a une histoire des trois cofondateurs.
01:27On était tous les trois dans la tech, plutôt volet logiciel, et tous les trois en association,
01:34ou très impliqués en association, que ce soit des associations d'accompagnement d'enfants autistes,
01:38clubs de sport, protection civile.
01:41Et à chaque fois, on voyait à quel point c'était un bazar, la gestion.
01:47Beaucoup de choses gèrent avec des bouts de ficelle, ça prenait un temps fou, des chèques, des tableaux excellentes, etc.
01:52Et on s'est dit que ce n'était pas possible, il fallait simplifier, digitaliser tout ça.
01:55Donc c'est venu d'une expérience personnelle, et puis petit à petit, ça s'est structuré.
01:59Votre modèle économique, c'est quoi ?
02:01Le modèle économique, il est simple.
02:02Il y a un volet gratuit pour les associations, qui va permettre de collecter des paiements.
02:06Et puis, un volet payant pour l'utilisation du logiciel pour les associations qu'ils choisissent.
02:12Donc par exemple, si une association a des besoins de comptabilité, gestion des membres, un site internet,
02:17pour envoyer des e-mails, là, il va se créer un abonnement, mensuel ou annuel, qui commence à 19 euros par mois.
02:24D'une certaine façon, vous participez, et le besoin est réel, on parle souvent de l'économie sociale et solidaire ici,
02:30à une professionnalisation de cette association.
02:33Alors, on participe à la professionnalisation du secteur, mais ça, c'était un mot, il y a dix ans, qui était complètement tabou.
02:39Limite gros mot, quoi.
02:40Complètement.
02:41Si on disait, on va aider les assos à se professionnaliser, c'est pas du tout l'objectif.
02:45L'objectif, c'est d'avoir un impact, c'est pas d'être une entreprise.
02:49Et donc, il y avait vraiment une dichotomie.
02:50Aujourd'hui, c'est plus du tout le cas.
02:52Il y a beaucoup d'eau qui a coulé sous les ponts.
02:53On a peut-être un peu aussi contribué à évangéliser, mais les assos ont vraiment envie de se structurer.
02:59Elles en ont besoin aussi, on va parler de financement, parce que les financeurs sont de plus en plus exigeants,
03:04les membres également, les donateurs, tout le monde, et il y a un énorme besoin de professionnalisation.
03:09Alors ça, c'est plutôt une bonne nouvelle, d'ailleurs.
03:11Cette exigence, parce qu'il y a eu quelques scandales, on ne va pas y revenir dans le passé,
03:16mais c'est normal qu'on demande à une association, d'une certaine façon, de rendre des comptes.
03:21Je le crois, oui.
03:23Ce qui est normal, c'est que l'association rende des comptes à toutes les personnes qui l'entourent.
03:29Encore une fois, donateurs, bénévoles, adhérents.
03:32Ce qui est moins normal, c'est qu'on lui demande de faire de la paperasse,
03:35et là, comme l'administratif, on est assez fort pour ça.
03:38C'est là que vous venez au secours.
03:39Et les assos, là où on vient au secours, mais il y a des moments où on ne peut pas les sauver,
03:42lorsque c'est de la paperasse administrative qui émène de l'État.
03:47Il y a énormément de lourdeur administrative.
03:49Oui, effectivement, qui freine l'efficacité, d'une certaine façon, de ces associations.
03:54Sur leur situation financière, on va parler de ce rapport pondu à Bercy au début de l'été.
04:00Mais d'abord, si vous devez faire un constat, parce que vous êtes un peu au cœur du réacteur,
04:05il y a effectivement une situation financière plus délicate aujourd'hui qu'il y a, je ne sais pas, 5 ans ou 10 ans ?
04:12Tous les deux ans, on entend parler des difficultés financières des associations,
04:19et ça va mal.
04:21Elles ont une énorme résilience, les associations, parce qu'elles reposent sur du travail bénévole,
04:26énormément en fait, qui n'est pas valorisé d'ailleurs.
04:30Donc elles ont une énorme résilience, mais là, en ce moment,
04:32donc moi j'ai toujours pris ça avec beaucoup de recul,
04:35en ce moment je pense que c'est différent.
04:38Ça fait quand même un paquet d'années qu'il y a des baisses de subventions
04:42ou des augmentations de charges, parce qu'il y a des augmentations qui parfois sont très bien,
04:47ou la Ségur pour revaloriser l'emploi dans la santé, etc.,
04:52qui font que là, un paquet d'associations se retrouvent en grosses difficultés financières,
04:56avec juste quelques mois de trésorerie devant elles.
05:00Et donc je pense qu'on est quand même dans une situation très différente
05:02de celle qu'il y a eu il y a quelques années.
05:04avec des subventions, subventions de l'État, des collectivités locales aussi,
05:09qui clairement ont baissé ?
05:11Il y a le modèle économique d'une association,
05:14qui repose sur trois choses.
05:15La première, c'est la contribution des adhérents.
05:18Donc c'est tout ce qui est utilisation.
05:20Avant l'État et les collectivités, effectivement.
05:22Bien avant.
05:23Le budget des associations, c'est 120 milliards.
05:25Il y a à peu près 60 milliards qui sont les ventes,
05:31ce que les associations vendent, et puis les adhésions.
05:32Il y a 10 milliards de dons et 50 milliards qui sont les aides de l'État,
05:42enfin le financement de l'État.
05:43Ce financement de l'État, il se découpe en trois volets.
05:47Il y a 40 milliards qui sont en quelque sorte de la délégation de services publics
05:52où l'association rend un service, par exemple un EHPAD, une crèche, etc.
05:55Elle va remplir une mission et avoir une convention avec l'État.
05:58Ça, c'est 40 milliards.
05:59Donc 80%, c'est finalement un service rendu.
06:028 milliards environ qui sont de la subvention et 3,5 milliards qui sont le coût fiscal.
06:10Lorsqu'on fait un don à une association, on a une déduction fiscale.
06:14Ce qu'on voit, c'est que finalement, ce coût fiscal, c'est un peu moins de 10% du budget total
06:20et que l'essentiel, c'est quand même que les associations contribuent à rendre des services
06:25que l'État ne rend pas aujourd'hui.
06:26Évidemment.
06:26Et ça l'a renflueur.
06:27Alors, on va justement en parler de ce coût fiscal parce que...
06:31Alors, je vais d'abord rappeler les principales réductions fiscales pour les dons aux associations.
06:3666% du montant des dons effectués à des organismes d'intérêt général ou reconnus d'utilité publique,
06:42dans la limite de 20% du revenu imposable.
06:4475% pour les dons aux associations d'aide aux personnes en difficulté ou aux victimes de violences domestiques.
06:50Là, on est dans une limite de 1 000 euros par an.
06:52Et 40 à 60% pour les dons dans le cadre du mécénat d'entreprise.
06:56Et on a donc ce rapport qui a été proposé à Bercy par le ministère de l'Économie au mois de juillet.
07:06Qui prévoit quoi ?
07:06Alors, il y a plusieurs scénarios.
07:08On va dire le pire scénario, ce serait quoi ?
07:10Ce rapport, c'est un rapport de 750 pages, très indigeste,
07:16alors qui, pour le coup, est très précis et bien écrit.
07:21Il faut vouloir se le coltiler.
07:23Il commence quand même par un constat qui est, à mon sens, très bien,
07:28qui est rappelé que les associations, c'est un partenaire essentiel de l'État
07:32et qui remplit justement toutes les missions dont on parlait juste avant.
07:34Maintenant, il fait le constat qu'il y a 53 milliards dépensés chaque année dans le secteur.
07:41Et il va chercher des économies.
07:43Évidemment, avec trois pans, un milliard pour les dépenses de l'État,
07:48un milliard pour les collectivités et un milliard sur le volet fiscal.
07:51Et il n'y a pas encore de mesures qui soient adoptées.
07:55C'est une série de propositions, donc des dizaines de propositions à cet égard.
07:59Et par exemple, sur le volet fiscal, ça serait retirer le niveau de défiscalisation de 75 %.
08:07C'est-à-dire qu'on ne pourrait pas aller jusqu'à 75 % de défiscalisation ?
08:10Par exemple.
08:11Il y a notamment…
08:12Ce serait 66 % maximum, d'accord.
08:15Par exemple.
08:17Et c'est un des volets, vous savez, c'est l'accord Coluche.
08:22C'est ça qui a permis d'aider les restos du cœur, les personnes en difficulté, etc.
08:27Moi, je pense que ça va être extrêmement difficile de faire passer quelque chose comme ça.
08:30D'ailleurs, François Bayrou l'avait plutôt écarté quand c'est sorti.
08:35Parce que, certes, ce budget augmente.
08:39Mais la raison pour laquelle ça augmente, c'est qu'il y a de plus en plus de personnes dans la société
08:44qui font des dons et qui aident les associations et qui sont en support.
08:48Et aller économiser quelques centaines de millions d'euros.
08:51Alors, un milliard, moi, ça me paraît complètement irréaliste sur un budget de 3,5.
08:54Ça veut-être dire qu'on divise par 4.
08:57Enfin, on prend 25 % de son budget.
09:01Mais même aller chercher quelques centaines de millions,
09:04ça me paraît avoir un impact colossal sur quelque chose qui est déjà vertueux
09:09puisque ça contribue à aider énormément les associations.
09:12C'est-à-dire que c'est de l'argent public bien dépensé, en quelque sorte, vous pourriez dire ça ?
09:17Sur ce volet-là, je le crois.
09:19Sur d'autres volets, je suis plus critique.
09:20Par exemple ?
09:21Donc, il y a ce volet de réduction de dépenses, mais il ne propose pas que ça.
09:25Il propose aussi plus de contrôles, des contrôles fiscaux, tout simplement.
09:30Pourquoi pas ?
09:31À la limite, on parlait de rendre des comptes, il y aura plus de contrôles.
09:34Donc, si ça permet de virer quelques profiteurs du système, très bien.
09:40Je pense que tout le monde est très à l'aise avec ça, à partir du moment où c'est bien fait.
09:43Il y a tout un volet de réduction de la suradministration.
09:47Et ça, c'est quelque chose de terrible.
09:50Nous, chez AssoConnect, on a une offre qui permet aux gens qui sont porteurs de projet de créer leur association.
09:55En gros, la personne a rempli un formulaire et on va l'aider en créant l'association statut, PV, dépôt en préfecture, etc.
10:04Toute la phase amont de rédaction des statuts, PV, signature en ligne, on a réussi à l'automatiser quasi complètement et la simplifier.
10:16La seule étape sur laquelle on galère aujourd'hui, c'est le dépôt en préfecture et qui reste manuel.
10:22Pourquoi ? Parce que chaque préfecture, déjà, a ses propres pratiques, beaucoup d'interprétations de la loi.
10:29Certaines vont, par exemple, vous demander une signature manuscrite, alors que c'est écrit nulle part qu'il fallait une signature.
10:35Et donc, il faut savoir que dans chaque administration, il y a des personnes qui vont relire les statuts des associations qui se créent, pourquoi pas,
10:42et qui vont devoir interpréter avec leurs propres règles ce qui se passe.
10:45Et donc, ça, on peut le multiplier à l'infini, en fait, les couches administratives sur lesquelles on pourrait faire des économies.
10:51Il y a une proposition que je trouve intéressante dans ce rapport.
10:55C'est de créer un centre de data subvention qui serait de simplifier le process de demande de subvention et d'attribution de subvention pour avoir une seule plateforme.
11:07Alors, ça crée des sujets de centralisation, peut-être d'un point de vue politique, ça crée des enjeux, mais d'un point de vue simplification,
11:14aujourd'hui, chaque mairie, collectivité, financeur, etc., a ses propres pratiques.
11:19Et donc, à auditer, l'État a beaucoup de mal à savoir ce qu'on a donné à qui, quels sont les résultats.
11:27Et donc, moi, sur ces volets-là, je suis assez convaincu, et je pense que le secteur est assez convaincu qu'il y a beaucoup à faire.
11:33Sur le volet de financement direct, finalement, dans l'enveloppe globale de 50 milliards, ça représente peu,
11:41et ça sera dévastateur si on tape fort là-dessus.
11:44Un dernier mot, on aurait pu commencer par là, sur la générosité des Français.
11:49Parce que vous nous avez dit que, finalement, le modèle des associations reposait d'abord là-dessus.
11:53Est-ce qu'elle se tarie ou est-ce qu'elle se maintient ?
11:57Alors, pour l'instant, elle se maintient, ce qui est assez étonnant, parce qu'on sait que les conditions sont quand même compliquées en ce moment.
12:05Les Français sont toujours aussi généreux.
12:09Ils donnent de plus en plus.
12:10On a vu, les dons augmentent.
12:12Et ils restent très impliqués en association.
12:16Ce qui est plus compliqué, c'est la relation au bénévolat, qui devient plus transactionnelle qu'elle ne l'était par le passé.
12:22Par le passé, les gens, plus facilement, prevenaient un poste de trésorier, par exemple, dans la durée,
12:29ce qui demande une implication tous les jours, le soir, le week-end.
12:32C'est une implication forte.
12:34On a plus envie maintenant de missions de bénévolat sur le pouce pour aider de manière un peu plus ponctuelle.
12:41Merci beaucoup, Arnaud Delataille.
12:44Et à bientôt sur Be Smart for Change.
12:46On passe tout de suite au grand entretien de ce Smart Impact.
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