L’État dépense chaque année 53 milliards d’euros en soutien aux associations. C’est le constat d’un rapport du ministère de l’Économie et des finances, publié en juillet 2025. Dans ce document, il est préconisé de faire des économies grâce à la réduction de la défiscalisation des dons. Arnaud de la Taille, fondateur d’AssoConnect, craint que cela comporte un risque important pour les associations.
00:00Le zoom de ce Smart Impact consacré à la situation financière des associations, je reçois Arnaud de Lataille, bonjour.
00:14Bonjour Thomas.
00:14Bienvenue, vous êtes le président, le cofondateur d'AssoConnect que vous avez créé il y a une dizaine d'années, 2014.
00:20Pour être précis, on va beaucoup parler des baisses de subventions, mais aussi d'un rapport qui avait été publié au début de l'été à Bercy,
00:28qui va peut-être trouver une concrétisation avec le budget, avec des réductions d'impôts suite aux dons qui sont pour certaines en suspens.
00:38Mais d'abord, je voudrais bien connaître un peu mieux AssoConnect. Vous l'avez créé en 2014. Comment est née l'idée ?
00:45Effectivement, AssoConnect, c'est une société qu'on a créée, Sylvain, Pierre et moi, il y a 11 ans maintenant, début 2014,
00:52pour aider les associations à passer moins de temps sur tous les sujets de gestion, collecte de paiement, compta, etc.
00:57et se concentrer sur le cœur de leur métier, leur projet.
01:01Et le projet, c'est donc un logiciel qui va permettre de simplifier tout ça.
01:05On travaille avec 40 000 associations dans tous les domaines, toutes tailles, du petit club de loisirs à des gros clubs de sport, médico-social, fondations, etc.
01:15Ce besoin de numérisation, de digitalisation des associations, c'était intuitif ?
01:22Il y a une histoire particulière qui fait que vous en avez pris conscience ?
01:25Il y a une histoire des trois cofondateurs.
01:27On était tous les trois dans la tech, plutôt volet logiciel, et tous les trois en association,
01:34ou très impliqués en association, que ce soit des associations d'accompagnement d'enfants autistes,
01:38clubs de sport, protection civile.
01:41Et à chaque fois, on voyait à quel point c'était un bazar, la gestion.
01:47Beaucoup de choses gèrent avec des bouts de ficelle, ça prenait un temps fou, des chèques, des tableaux excellentes, etc.
01:52Et on s'est dit que ce n'était pas possible, il fallait simplifier, digitaliser tout ça.
01:55Donc c'est venu d'une expérience personnelle, et puis petit à petit, ça s'est structuré.
01:59Votre modèle économique, c'est quoi ?
02:01Le modèle économique, il est simple.
02:02Il y a un volet gratuit pour les associations, qui va permettre de collecter des paiements.
02:06Et puis, un volet payant pour l'utilisation du logiciel pour les associations qu'ils choisissent.
02:12Donc par exemple, si une association a des besoins de comptabilité, gestion des membres, un site internet,
02:17pour envoyer des e-mails, là, il va se créer un abonnement, mensuel ou annuel, qui commence à 19 euros par mois.
02:24D'une certaine façon, vous participez, et le besoin est réel, on parle souvent de l'économie sociale et solidaire ici,
02:30à une professionnalisation de cette association.
02:33Alors, on participe à la professionnalisation du secteur, mais ça, c'était un mot, il y a dix ans, qui était complètement tabou.
02:39Limite gros mot, quoi.
02:40Complètement.
02:41Si on disait, on va aider les assos à se professionnaliser, c'est pas du tout l'objectif.
02:45L'objectif, c'est d'avoir un impact, c'est pas d'être une entreprise.
02:49Et donc, il y avait vraiment une dichotomie.
02:50Aujourd'hui, c'est plus du tout le cas.
02:52Il y a beaucoup d'eau qui a coulé sous les ponts.
02:53On a peut-être un peu aussi contribué à évangéliser, mais les assos ont vraiment envie de se structurer.
02:59Elles en ont besoin aussi, on va parler de financement, parce que les financeurs sont de plus en plus exigeants,
03:04les membres également, les donateurs, tout le monde, et il y a un énorme besoin de professionnalisation.
03:09Alors ça, c'est plutôt une bonne nouvelle, d'ailleurs.
03:11Cette exigence, parce qu'il y a eu quelques scandales, on ne va pas y revenir dans le passé,
03:16mais c'est normal qu'on demande à une association, d'une certaine façon, de rendre des comptes.
03:21Je le crois, oui.
03:23Ce qui est normal, c'est que l'association rende des comptes à toutes les personnes qui l'entourent.
03:29Encore une fois, donateurs, bénévoles, adhérents.
03:32Ce qui est moins normal, c'est qu'on lui demande de faire de la paperasse,
03:35et là, comme l'administratif, on est assez fort pour ça.
03:38C'est là que vous venez au secours.
03:39Et les assos, là où on vient au secours, mais il y a des moments où on ne peut pas les sauver,
03:42lorsque c'est de la paperasse administrative qui émène de l'État.
03:47Il y a énormément de lourdeur administrative.
03:49Oui, effectivement, qui freine l'efficacité, d'une certaine façon, de ces associations.
03:54Sur leur situation financière, on va parler de ce rapport pondu à Bercy au début de l'été.
04:00Mais d'abord, si vous devez faire un constat, parce que vous êtes un peu au cœur du réacteur,
04:05il y a effectivement une situation financière plus délicate aujourd'hui qu'il y a, je ne sais pas, 5 ans ou 10 ans ?
04:12Tous les deux ans, on entend parler des difficultés financières des associations,
04:19et ça va mal.
04:21Elles ont une énorme résilience, les associations, parce qu'elles reposent sur du travail bénévole,
04:26énormément en fait, qui n'est pas valorisé d'ailleurs.
04:30Donc elles ont une énorme résilience, mais là, en ce moment,
04:32donc moi j'ai toujours pris ça avec beaucoup de recul,
04:35en ce moment je pense que c'est différent.
04:38Ça fait quand même un paquet d'années qu'il y a des baisses de subventions
04:42ou des augmentations de charges, parce qu'il y a des augmentations qui parfois sont très bien,
04:47ou la Ségur pour revaloriser l'emploi dans la santé, etc.,
04:52qui font que là, un paquet d'associations se retrouvent en grosses difficultés financières,
04:56avec juste quelques mois de trésorerie devant elles.
05:00Et donc je pense qu'on est quand même dans une situation très différente
05:02de celle qu'il y a eu il y a quelques années.
05:04avec des subventions, subventions de l'État, des collectivités locales aussi,
05:09qui clairement ont baissé ?
05:11Il y a le modèle économique d'une association,
05:14qui repose sur trois choses.
05:15La première, c'est la contribution des adhérents.
05:18Donc c'est tout ce qui est utilisation.
05:20Avant l'État et les collectivités, effectivement.
05:22Bien avant.
05:23Le budget des associations, c'est 120 milliards.
05:25Il y a à peu près 60 milliards qui sont les ventes,
05:31ce que les associations vendent, et puis les adhésions.
05:32Il y a 10 milliards de dons et 50 milliards qui sont les aides de l'État,
05:42enfin le financement de l'État.
05:43Ce financement de l'État, il se découpe en trois volets.
05:47Il y a 40 milliards qui sont en quelque sorte de la délégation de services publics
05:52où l'association rend un service, par exemple un EHPAD, une crèche, etc.
05:55Elle va remplir une mission et avoir une convention avec l'État.
05:58Ça, c'est 40 milliards.
05:59Donc 80%, c'est finalement un service rendu.
06:028 milliards environ qui sont de la subvention et 3,5 milliards qui sont le coût fiscal.
06:10Lorsqu'on fait un don à une association, on a une déduction fiscale.
06:14Ce qu'on voit, c'est que finalement, ce coût fiscal, c'est un peu moins de 10% du budget total
06:20et que l'essentiel, c'est quand même que les associations contribuent à rendre des services
06:25que l'État ne rend pas aujourd'hui.
06:26Évidemment.
06:26Et ça l'a renflueur.
06:27Alors, on va justement en parler de ce coût fiscal parce que...
06:31Alors, je vais d'abord rappeler les principales réductions fiscales pour les dons aux associations.
06:3666% du montant des dons effectués à des organismes d'intérêt général ou reconnus d'utilité publique,
06:42dans la limite de 20% du revenu imposable.
06:4475% pour les dons aux associations d'aide aux personnes en difficulté ou aux victimes de violences domestiques.
06:50Là, on est dans une limite de 1 000 euros par an.
06:52Et 40 à 60% pour les dons dans le cadre du mécénat d'entreprise.
06:56Et on a donc ce rapport qui a été proposé à Bercy par le ministère de l'Économie au mois de juillet.
07:06Qui prévoit quoi ?
07:06Alors, il y a plusieurs scénarios.
07:08On va dire le pire scénario, ce serait quoi ?
07:10Ce rapport, c'est un rapport de 750 pages, très indigeste,
07:16alors qui, pour le coup, est très précis et bien écrit.
07:21Il faut vouloir se le coltiler.
07:23Il commence quand même par un constat qui est, à mon sens, très bien,
07:28qui est rappelé que les associations, c'est un partenaire essentiel de l'État
07:32et qui remplit justement toutes les missions dont on parlait juste avant.
07:34Maintenant, il fait le constat qu'il y a 53 milliards dépensés chaque année dans le secteur.
07:41Et il va chercher des économies.
07:43Évidemment, avec trois pans, un milliard pour les dépenses de l'État,
07:48un milliard pour les collectivités et un milliard sur le volet fiscal.
07:51Et il n'y a pas encore de mesures qui soient adoptées.
07:55C'est une série de propositions, donc des dizaines de propositions à cet égard.
07:59Et par exemple, sur le volet fiscal, ça serait retirer le niveau de défiscalisation de 75 %.
08:07C'est-à-dire qu'on ne pourrait pas aller jusqu'à 75 % de défiscalisation ?
08:10Par exemple.
08:11Il y a notamment…
08:12Ce serait 66 % maximum, d'accord.
08:15Par exemple.
08:17Et c'est un des volets, vous savez, c'est l'accord Coluche.
08:22C'est ça qui a permis d'aider les restos du cœur, les personnes en difficulté, etc.
08:27Moi, je pense que ça va être extrêmement difficile de faire passer quelque chose comme ça.
08:30D'ailleurs, François Bayrou l'avait plutôt écarté quand c'est sorti.
08:35Parce que, certes, ce budget augmente.
08:39Mais la raison pour laquelle ça augmente, c'est qu'il y a de plus en plus de personnes dans la société
08:44qui font des dons et qui aident les associations et qui sont en support.
08:48Et aller économiser quelques centaines de millions d'euros.
08:51Alors, un milliard, moi, ça me paraît complètement irréaliste sur un budget de 3,5.
08:54Ça veut-être dire qu'on divise par 4.
08:57Enfin, on prend 25 % de son budget.
09:01Mais même aller chercher quelques centaines de millions,
09:04ça me paraît avoir un impact colossal sur quelque chose qui est déjà vertueux
09:09puisque ça contribue à aider énormément les associations.
09:12C'est-à-dire que c'est de l'argent public bien dépensé, en quelque sorte, vous pourriez dire ça ?
09:17Sur ce volet-là, je le crois.
09:19Sur d'autres volets, je suis plus critique.
09:20Par exemple ?
09:21Donc, il y a ce volet de réduction de dépenses, mais il ne propose pas que ça.
09:25Il propose aussi plus de contrôles, des contrôles fiscaux, tout simplement.
09:30Pourquoi pas ?
09:31À la limite, on parlait de rendre des comptes, il y aura plus de contrôles.
09:34Donc, si ça permet de virer quelques profiteurs du système, très bien.
09:40Je pense que tout le monde est très à l'aise avec ça, à partir du moment où c'est bien fait.
09:43Il y a tout un volet de réduction de la suradministration.
09:47Et ça, c'est quelque chose de terrible.
09:50Nous, chez AssoConnect, on a une offre qui permet aux gens qui sont porteurs de projet de créer leur association.
09:55En gros, la personne a rempli un formulaire et on va l'aider en créant l'association statut, PV, dépôt en préfecture, etc.
10:04Toute la phase amont de rédaction des statuts, PV, signature en ligne, on a réussi à l'automatiser quasi complètement et la simplifier.
10:16La seule étape sur laquelle on galère aujourd'hui, c'est le dépôt en préfecture et qui reste manuel.
10:22Pourquoi ? Parce que chaque préfecture, déjà, a ses propres pratiques, beaucoup d'interprétations de la loi.
10:29Certaines vont, par exemple, vous demander une signature manuscrite, alors que c'est écrit nulle part qu'il fallait une signature.
10:35Et donc, il faut savoir que dans chaque administration, il y a des personnes qui vont relire les statuts des associations qui se créent, pourquoi pas,
10:42et qui vont devoir interpréter avec leurs propres règles ce qui se passe.
10:45Et donc, ça, on peut le multiplier à l'infini, en fait, les couches administratives sur lesquelles on pourrait faire des économies.
10:51Il y a une proposition que je trouve intéressante dans ce rapport.
10:55C'est de créer un centre de data subvention qui serait de simplifier le process de demande de subvention et d'attribution de subvention pour avoir une seule plateforme.
11:07Alors, ça crée des sujets de centralisation, peut-être d'un point de vue politique, ça crée des enjeux, mais d'un point de vue simplification,
11:14aujourd'hui, chaque mairie, collectivité, financeur, etc., a ses propres pratiques.
11:19Et donc, à auditer, l'État a beaucoup de mal à savoir ce qu'on a donné à qui, quels sont les résultats.
11:27Et donc, moi, sur ces volets-là, je suis assez convaincu, et je pense que le secteur est assez convaincu qu'il y a beaucoup à faire.
11:33Sur le volet de financement direct, finalement, dans l'enveloppe globale de 50 milliards, ça représente peu,
11:41et ça sera dévastateur si on tape fort là-dessus.
11:44Un dernier mot, on aurait pu commencer par là, sur la générosité des Français.
11:49Parce que vous nous avez dit que, finalement, le modèle des associations reposait d'abord là-dessus.
11:53Est-ce qu'elle se tarie ou est-ce qu'elle se maintient ?
11:57Alors, pour l'instant, elle se maintient, ce qui est assez étonnant, parce qu'on sait que les conditions sont quand même compliquées en ce moment.
12:05Les Français sont toujours aussi généreux.
12:09Ils donnent de plus en plus.
12:10On a vu, les dons augmentent.
12:12Et ils restent très impliqués en association.
12:16Ce qui est plus compliqué, c'est la relation au bénévolat, qui devient plus transactionnelle qu'elle ne l'était par le passé.
12:22Par le passé, les gens, plus facilement, prevenaient un poste de trésorier, par exemple, dans la durée,
12:29ce qui demande une implication tous les jours, le soir, le week-end.
12:32C'est une implication forte.
12:34On a plus envie maintenant de missions de bénévolat sur le pouce pour aider de manière un peu plus ponctuelle.
12:41Merci beaucoup, Arnaud Delataille.
12:44Et à bientôt sur Be Smart for Change.
12:46On passe tout de suite au grand entretien de ce Smart Impact.
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