00:00Le zoom de ce Smart Impact consacré à la dette infrastructure, je vous présente mon invité Alexis Sarrazin, bonjour.
00:13Bonjour.
00:13Bienvenue, vous êtes co-responsable de la dette infrastructure chez Arkea Asset Management.
00:18Peut-être pour commencer, présenter cette plateforme infrastructure transition chez Arkea Asset Management, de quoi il s'agit ?
00:26Alors, la plateforme infrastructure transition fait partie d'Arkea Asset Management, qui est la filiale de gestion d'actifs du groupe Crédit Mutuel Arkea.
00:34On gère autour de 60 milliards d'euros, dont un milliard d'euros gérés par la plateforme infrastructure transition à travers plusieurs fonds d'investissement et mandats.
00:45Et donc, la thématique d'investissement de cette plateforme, c'est de financer les actifs d'infrastructure qui contribuent aux transitions énergétiques
00:55et aux transitions digitales en Europe, y compris la France.
00:58D'accord, donc on est au cœur des enjeux dont on parle quotidiennement dans ce Smart Impact.
01:03Alors, je veux bien qu'on fasse un peu de pédagogie parce que tout le monde, et j'avoue que j'avais quelques doutes, même si intuitivement je peux comprendre,
01:10de quoi on parle ? C'est quoi une dette infrastructure ?
01:13Alors, la dette infrastructure, ça finance le développement, la construction, l'opération d'actifs d'infrastructure.
01:20On est vraiment dans l'économie réelle, en fait.
01:22Ça peut être des autoroutes, des aéroports, des ports, des centrales de traitement de déchets, des réseaux de distribution d'électricité,
01:31et également tous les secteurs liés aux transitions énergétiques, aux transitions digitales,
01:35les énergies renouvelables, mais pas que, également les nouvelles mobilités électriques, les data centers, les réseaux de fibres.
01:42Donc, tous ces actifs font partie du secteur des infrastructures.
01:45Est-ce que c'est nouveau ou est-ce qu'on fait de la dette infrastructure depuis des décennies et des décennies ?
01:51En fait, l'infrastructure, ça accompagne le développement des pays, ça rend des services essentiels aux personnes, aux communautés,
01:59avec un impact sur les territoires. Effectivement, l'investissement dans les infrastructures, par exemple,
02:05le plan nucléaire en France dans les années 60, c'était du financement d'infrastructures qui a été porté par la puissance publique.
02:12Et maintenant, depuis, disons, la fin des années 80, de plus en plus financée par le secteur privé.
02:18Et dans le futur, encore plus, avec tous les besoins d'investissement qui sont nécessaires pour rénover et développer l'infrastructure
02:26dans les différents pays en Europe.
02:28Si on regarde un peu les chiffres des dépenses climatiques actuelles, publiques plus collectivités,
02:35environ 32 milliards d'euros par an sont des chiffres 2023-2024.
02:41Si on essaye de se projeter et de répondre aux objectifs de limitation du réchauffement,
02:48à plus de degrés pour être lucide, à quel point il faut augmenter ces dépenses climatiques pour tenir cet objectif ?
03:00J'ai eu raison de réviser.
03:01Il y a un rapport qui a été sorti en 2024 par la Direction Générale du Trésor
03:06qui estime à 60 milliards d'euros par an les investissements nécessaires pour la décarbonation
03:11dans les actifs de transport et les actifs d'énergie.
03:15Et ça, c'est la trajectoire 2030.
03:16C'est du x2, ça ?
03:17C'est ça, et ça représente 2% de PIB.
03:20Et sans dette d'infrastructure, on n'y arrivera jamais ?
03:24C'est extrêmement important justement de mobiliser la puissance privée.
03:28Évidemment, on a les banques commerciales, on a les fonds d'investissement,
03:32les grosses utilities qui investissent dans les actifs d'infrastructure au jour le jour.
03:36Et il y a une prise de relais en ce moment,
03:38et notamment à travers les fonds qu'on gère dans la plateforme Infrastructure Transition,
03:42pour mobiliser les ressources des assureurs, des fonds de pension, des familles d'office
03:48pour contribuer au financement de ces transitions.
03:52Et de plus en plus, la vraie voie d'avenir,
03:57à travers la loi Industrie verte qui a été votée en 2024,
04:00c'est permettre aux investisseurs privés non professionnels,
04:04dès le premier euro, d'investir dans les fonds de dette infrastructure
04:07pour également participer au financement de l'économie réelle.
04:12C'est quoi ? C'est une façon de mobiliser l'épargne des Français ?
04:16Ou je suis à côté de la plaque quand je pose cette question-là ?
04:18Clairement, clairement.
04:18C'est exactement ça.
04:19Voilà, donc par exemple dans le cadre de distribution par des assureurs
04:24de contrats d'assurance-vie par exemple.
04:26On rappelle qu'il y a 6 000 milliards d'épargne potentiellement mobilisables.
04:31Si on rentre un peu dans le détail du fonctionnement,
04:36qui sont vos clients ?
04:38Des collectivités ? Des grands groupes privés ?
04:42Qui sont vos clients ?
04:43Alors, nos clients d'abord, dans la plateforme,
04:47on gère des fonds d'investissement.
04:48Donc nos clients, ce sont nos investisseurs.
04:49D'accord.
04:50Et nos contreparties, donc les projets qu'on finance,
04:53ils sont portés par des acteurs de très grande taille.
04:57Ça peut être des fonds d'investissement mondiaux
04:59ou alors des utilities type EDF et ENGIE.
05:04Et donc à l'autre bout du spectre,
05:06ce sont des acteurs de taille petite à moyenne,
05:08des porteurs de projets,
05:09qui développent le projet sur un plan local,
05:12qui cherchent des fonds
05:13et à qui on peut apporter des enveloppes de financement
05:16pour développer leur projet.
05:17Est-ce qu'il y a une question ?
05:19La question de la durée, elle est importante, j'imagine.
05:22C'est-à-dire que ce sont des investissements lourds
05:25avec une rentabilité qui n'est pas rapide.
05:29À quelle échéance on peut espérer de la rentabilité
05:31sur ces investissements ?
05:33Enfin, nous, on regarde le couple risque-rentabilité.
05:35La classe d'actifs infrastructure,
05:37elle est caractérisée par sa résilience, d'abord.
05:41Donc justement, son rôle central dans l'économie.
05:45Il y a eu toute une littérature qui a été faite,
05:47des études faites par Stern & Poor's & Moody's
05:49qui montraient la résilience de la classe d'actifs infrastructure
05:52par rapport à d'autres classes de dettes.
05:55Donc la dette corporelle, par exemple,
05:57avec des taux de défauts qui sont significativement inférieurs.
06:00Et ça, c'est dû justement à son caractère stable,
06:03des actifs de long terme,
06:04avec une durée de vie certes finie,
06:07mais de long terme.
06:08Ça peut aller de 30 à 35 ans pour une centrale solaire,
06:12à une centaine d'années pour des actifs hydroélectriques.
06:15Donc ce caractère stable de long terme,
06:19c'est un élément clé pour le caractère crédit,
06:23enfin la bonne note crédit de ces types d'actifs.
06:26Et la rentabilité est à l'avenant,
06:28mais présente quand même une prime
06:30par rapport à d'autres classes de dettes,
06:33dettes corpocotées,
06:36où la rentabilité est finalement très intéressante.
06:40Alors je vais vraiment poser une question de Béotien,
06:42j'assume totalement,
06:43est-ce qu'on peut comparer les taux de ces projets
06:48au taux du grand public
06:50quand on veut acheter un appartement, par exemple ?
06:52Ou est-ce que c'est décorrélé ?
06:53On est dans une autre mécanique ?
06:55Alors en fait, on est sur…
06:58Donc le taux d'emprunt
06:59qui est pris par les porteurs de projets d'infrastructure,
07:02il est propre au profil de risque, en fait.
07:04D'accord.
07:05Le profil de risque, donc le caractère…
07:07Donc l'infrastructure de manière générale,
07:08c'est contractualisé auprès de contreparties publiques,
07:11parapubliques ou contreparties privées
07:13et investissements de grède.
07:14Et il y a une vraie valeur relative, en fait,
07:17dans la rentabilité des financements
07:20qu'on fait pour l'infrastructure,
07:22parce que ce sont des activités stables,
07:25mais qui présentent quand même une prime
07:27par rapport à la dette cotée
07:30entre 100 bips et 300 bips.
07:34Alors moi, je ne comprends pas 100 bips et 300 bips, par exemple.
07:37Entre 1% et 3%.
07:39Donc effectivement, on a une rentabilité
07:44qui peut aller entre 8 et 10% au total,
07:48et ce qui rend la dette infrastructure compétitive,
07:52même par rapport à l'équity, finalement.
07:54Alors je continue avec des questions vraiment basiques.
07:56Est-ce que, pardon, mais est-ce que c'est des taux
07:59qui sont fixes, forcément révisables
08:03parce qu'on est sur des périodes très longues ?
08:05Comment c'est géré, ça ?
08:06Alors nous, on est plus sur du financement en taux variable.
08:08Ce qu'on voit à nos investisseurs, c'est un spread,
08:11c'est une marge au-dessus de le rebord.
08:13D'accord.
08:13Et c'est cette marge, en fait, qui définit,
08:16enfin qui permet de vérifier que la rentabilité
08:18est conforme au profil de risque de l'actif.
08:22Donc nous, on est plus sur des financements en taux variable
08:24avec une évolution de le rebord au cours de la durée de l'investissement,
08:30mais avec une marge qui reste prévisible et sur toute la durée.
08:35Ça peut être quel montant d'investissement,
08:37si on parle d'un parc éolien ou d'un parc solaire de grande taille, par exemple ?
08:41Alors typiquement, ça peut aller de 10 millions d'euros
08:47pour des projets d'énergie renouvelable unitaires
08:50ou à plusieurs milliards d'euros pour le financement d'une autoroute.
08:55Donc nous, on se focalise plus sur les projets de taille petite à moyenne
09:02sur lesquels on peut mieux dériver une prime de rendement,
09:05donc en s'adressant à des porteurs de projets très expérimentés,
09:09mais de taille moyenne,
09:11et donc leur permettre justement de grandir à travers nos financements.
09:15Il n'y a plus un seul de ces projets qui se crée sans dette infrastructure ?
09:19Ah oui, non, non, non.
09:20C'est évident, c'est un prérequis.
09:22On est sur des montants qui sont très élevés
09:26et sur lesquels l'accès à la dette pour financer ce projet reste possible
09:33et donc sur des niveaux de leverage autour de 70%.
09:38Est-ce que ce système permet aussi de financer des projets moins lourds ?
09:45Un peu, entre guillemets, des micro-projets ?
09:48Alors oui, effectivement, on peut financer des portefeuilles de projets
09:52par exemple dans le domaine de l'efficacité énergétique
09:56pour des entreprises comme Air Liquide,
09:58où en fait on améliore l'efficacité énergétique de leurs usines
10:02et donc c'est un grappe de projets,
10:05donc le remplacement d'une chaudière par exemple,
10:08partout en Europe ou même dans le monde.
10:12Ensuite, il faut faire quand même attention au côté granulaire.
10:15On réalise beaucoup d'études,
10:16on est assisté de la part par des conseillers externes,
10:19des conseillers techniques, juridiques, financiers,
10:22et donc ça peut être très complexe de regarder trop de projets
10:25en même temps de petite taille.
10:27Merci beaucoup Alexis Sarrazin
10:29et à bientôt sur Bismarck for Change.
10:32On passe à notre rubrique prêt pour l'impact,
10:34c'est le grand entretien de l'émission
10:37et je reçois François Gemmène dans un instant.
10:38Merci à mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs et mes Tipeurs.