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  • il y a 2 mois
Budget de la sécu : sur qui pèseront les 7 milliards d'euros d'économies prévues pour le secteur de la santé? A l'heure où les CHU de Toulouse et Caen sont en crise, un collectif s'inquiète des conséquences sur les établissements de santé et sur la prise en charge des malades. Arnaud Chiche, fondateur du Collectif Santé En Danger, est l'invité de RTL Matin.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Thomas Sotto du 04 novembre 2025.

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Transcription
00:00Il est médecin anesthésiste réanimateur à Hénin-Beaumont dans le Pas-de-Calais.
00:06Il a aussi fondé il y a 5 ans en plein Covid le collectif Santé en danger.
00:10Arnaud Chiche est l'invité d'RTL Matin.
00:12Bonjour et bienvenue sur RTL, Arnaud Chiche.
00:14Bonjour.
00:15Les débats sur le budget de la sécu pour l'an prochain vont donc débuter tout à l'heure dans l'hémicycle à l'Assemblée.
00:19Pour commencer, je voudrais que vous me donniez docteur le premier mot qui vous passe par la tête quand vous pensez à l'hôpital.
00:28Injustice.
00:29Injustice ?
00:30Oui, injustice parce que la mentalité, l'âme de tous ceux qui exercent dans les hôpitaux est tellement pure que je trouve injuste qu'on broye son outil de travail depuis 30 ans.
00:44Qu'on broie l'outil de travail ?
00:45Oui, on broie l'outil de travail. L'hôpital est devenu une machine à broyer pour le personnel.
00:50Vous savez, les taux de souffrance mentale, de burn-out sont très importants.
00:54Comme vous le savez, on a du mal à recruter.
00:55C'est aussi parce que la profession donne toujours envie aux jeunes.
01:00Mais l'exercice à l'hôpital est quand même un sacerdoce pour beaucoup de spécialistes.
01:05Et puis, les conditions de travail et la manière dont on traite les patients.
01:09Racontez-nous, qu'est-ce qui ne fonctionne plus au quotidien à l'hôpital ?
01:12A quoi vous êtes confronté tous les jours ?
01:14Vous voyez, dans un bloc opératoire, on est assez épargné finalement parce qu'on a souvent, on dit qu'un cœur opératoire, c'est le centre névralgique des établissements de santé.
01:24Donc, on fait toujours attention.
01:25Mais vous voyez, j'exerce aussi beaucoup dans les services d'urgence, dans du SMUR, de la régulation médicale.
01:30Quand on est un personnel soignant dans un service d'urgence avec des gens qui attendent sur des brancards longtemps, des gens âgés qui pourraient être nos grands-parents ou nos arrière-grands-parents,
01:41pour lesquels il n'y a pas assez de personnel pour leur permettre de faire leurs besoins essentiels ou de boire.
01:48Quand on sait qu'il y a des décès sur des brancards et que finalement, cette petite musique des temps d'attente aux urgences, Thomas Soto, on n'a jamais résolu ça.
01:57Longtemps, c'est combien ? Combien de temps on peut attendre aux urgences aujourd'hui ?
02:00Il y a eu une étude qui a été faite par le syndicat SMURGENCES de France il y a un an ou deux, qui montre que ça peut être dix heures, ça peut être parfois plusieurs jours,
02:10parce que quand on est aux urgences, ce n'est pas normalement la destination finale.
02:15On doit ensuite aller dans un service quand on doit rester hospitalisé.
02:19Mais vous savez que le manque d'infirmières, d'aides-soignants et de médecins fait que ce qu'on appelle les lits d'aval sont problématiques.
02:25Et là, c'est quand même un gros, gros problème de l'organisation des services d'urgence.
02:30Est-ce que dans les faits, vous êtes obligés de faire du tri aujourd'hui, comme il avait fallu faire du tri malheureusement pendant le Covid ?
02:35En fait, je vous rassure, c'est l'organisation de la santé qui a organisé le tri.
02:41C'est-à-dire que vous et moi, quand on était plus jeunes, on demandait l'autorisation de personnes pour aller aux urgences.
02:48Bon, mais ce n'est plus du tout comme ça que ça se passe, vous savez.
02:50Maintenant, il faut faire le 15 et puis selon votre motif, on vous adressera ou pas dans un service d'urgence.
02:56En fait, il y a beaucoup d'accès aux services d'urgence qui sont régulés,
02:59ce qui va quand même à l'inverse de ce qu'on pourrait imaginer ou de ce qu'on a connu.
03:04Alors, ça ne veut pas dire que tout était mieux avant et qu'il ne faut pas réfléchir.
03:07Tout le monde, il faut aussi restreindre l'accès aux urgences pour tout le monde.
03:11Mais des déserts médicaux avec des manques de médecins généralistes,
03:14donc des gens qui ont du mal à se soigner en ville.
03:17Des services d'urgence avec des accueils restrictifs, voire pas d'accueil.
03:20Vous avez entendu parler de Caen, de Toulouse.
03:22On en parlait hier.
03:23On en parlait hier.
03:24Caen, il n'y a plus d'interne parce qu'il n'y a pas de médecin.
03:26Vous savez, Thomas Soto, ça fait 18 mois qu'ils alertent, puisque moi, ils m'avaient informé.
03:30Ils ont prévenu l'ARS, les directions.
03:31Donc là, il n'y a pas eu de réaction.
03:32Mais comment on en est arrivé là ? C'est quoi ?
03:34C'est une surdité de l'administration ?
03:37On accuse souvent l'administration à l'hôpital.
03:39Est-ce qu'elles sont honnêtes, ces accusations ?
03:41Est-ce qu'elles sont loyales ?
03:42Il faut que je pèse mes mots, parce que sur ce sujet-là, je suis toujours scruté.
03:47Évidemment, moi, je pense que la place de l'administratif est trop importante dans le système de santé.
03:52Et que si on faisait un sondage dans la rue, là,
03:54et qu'on demandait aux Français s'ils préféraient avoir des infirmières et des médecins
03:57ou des directeurs administratifs,
03:59je pense qu'ils répondraient qu'ils préfèrent avoir des directeurs administratifs.
04:01C'est 8% du personnel, dit la Cour des comptes.
04:05Oui, mais dans le personnel administratif, il y a aussi les secrétaires médicaux,
04:08qui sont strictement indispensables.
04:10Donc, il n'est pas question de toucher aux secrétaires médicaux.
04:12Cependant, moi, ce qui me révulse un petit peu,
04:14c'est que, moi, je suis médecin anesthésiste réanimateur,
04:17on n'hésite pas à me dire à moi que l'intelligence artificielle va révolutionner mon travail.
04:21Bon, d'accord.
04:22Alors, en anesthésie, on est un peu épargné, parce qu'il y a beaucoup de techniques.
04:25Mais moi, je ne comprends pas qu'il n'y ait pas d'outils numériques ou d'intelligence artificielle
04:28qui nous permettent de gérer les commandes de matériel, les fiches de paye,
04:32et les exigences de qualité, parce que, vous savez,
04:34il y a plein d'agences qui pullulent autour des hôpitaux.
04:37C'est important, ça aussi.
04:38Oui, mais je pense quand même qu'à minima,
04:42il y a de l'efficience à exiger des fonctions non-soignantes.
04:45Et vous voyez l'exemple de Caen, il est quand même...
04:47J'ai un tout petit peu investigué sur ce qui se passe à Caen.
04:49Quand vous essayez de comprendre ce qui se passe à Caen,
04:51il y a quand même un gros problème de management intra-hospitalier et de gouvernance.
04:55Donc, à minima, que ces gouvernances, elles soient bienveillantes,
05:00avec un peu d'empathie pour ces soignants.
05:02Et la révolution d'un système de santé de demain
05:05passerait par le fait que les soignants arrivent aussi au niveau des directeurs
05:10pour copiloter l'établissement de santé.
05:12On s'est toujours senti rassuré, en général,
05:15quand on arrive dans un hôpital, quand on a un problème.
05:16Est-ce qu'aujourd'hui, on se met en danger ?
05:18Est-ce que ça peut être dangereux d'aller à l'hôpital ?
05:20Non, mais moi, ça, je ne répondrai jamais ça.
05:22On n'en est pas là ?
05:23Non, mais ce n'est pas qu'on n'en est pas là.
05:25Mais, en fait, vous devez comprendre que quand vous franchissez les pas d'un hôpital,
05:29même si on manque d'infirmières, d'aides-soignants, de médecins,
05:32tout le monde va tout faire de son mieux pour que ça aille.
05:35Et puis, il ne faut pas non plus avoir une vision absolument dramatique
05:38de l'accueil ou des capacités.
05:43Mais une fois qu'on a dit ça,
05:44on manque de financement,
05:46on manque d'infirmières, on manque de médecins.
05:49Il y a combien d'infirmières par patient aujourd'hui ?
05:50Ou de patients par infirmières ?
05:52Ça, ça dépend un peu des services.
05:54Mais, merci de me poser cette question-là.
05:56Il y a des études australiennes, de Nouvelle-Zélande,
05:58qui ont bien montré que ce qui fait diminuer les dépenses de santé,
06:02donc c'est ce dont on parle aujourd'hui, le PLFSS,
06:04c'est d'augmenter la présence des soignants dans les hôpitaux.
06:06Parce que quand vous mettez plus d'infirmières, plus d'aides-soignants,
06:08et bien en fait, les malades, ils s'aggravent moins,
06:11ils meurent moins, et à la fin, on fait des économies.
06:13Mais là, eux, ils prévoient exactement l'inverse.
06:16On ne peut pas embaucher et on restreint le personnel.
06:19Ça, c'est le budget de la sécu.
06:19On va expliquer quelque chose.
06:21À hauteur de médecins, à hauteur de bloc opératoire,
06:23dans le projet de financement de la sécu,
06:24il est prévu que l'ONDAM,
06:25l'ONDAM, c'est l'objectif national des dépenses d'assurance maladie,
06:29soit en hausse de 1,6%.
06:31On va donc dépenser 1,6% de plus l'année prochaine que cette année.
06:33Or, pour continuer à faire tourner la machine comme elle tourne aujourd'hui,
06:37c'est-à-dire pas terrible,
06:37si j'ai bien entendu ce que vous nous dites depuis quelques minutes,
06:40il faudrait une hausse de 4%.
06:41Ça veut dire quoi ?
06:43Ça va se traduire comment à l'hôpital, ça ?
06:44Il y aura moins d'argent ?
06:46Ça veut dire qu'on va être moins bien soigné demain, en 2026 ?
06:48C'est ça ?
06:49Moi, déjà, ça me paraît impensable.
06:52Ce que vous me racontez, on gère tous des budgets.
06:55Déjà, ça me paraît impensable qu'on sache à l'avance
06:58que le budget prévu ne va même pas couvrir les charges de base.
07:02Vous savez, il y a 18 mois, j'avais des directeurs d'EHPAD
07:04quasiment avec la voix sanglotante
07:06parce qu'ils devaient choisir entre les commandes de linge,
07:09les commandes de nourriture
07:10et les augmentations de salaire qui avaient été votées par le Ségur
07:13parce que les budgets étaient insuffisants.
07:14Et moi, je ne comprends pas
07:15qu'un pays comme la France
07:18valide un budget où on sait qu'on va manquer.
07:22Ça se traduit par quoi ?
07:22On ne va pas embaucher les infirmières qu'il faut.
07:24On va avoir plus de mal à avoir accès à des médecins spécialistes.
07:27On va diminuer l'accès aux soins.
07:29Vous pouvez retourner le problème dans tous les sens.
07:31Alors, les politiques sont...
07:33Mais si vous comprenez qu'il faut faire des économies,
07:34le déficit du budget de la sécu a doublé en deux ans.
07:38La Cour des comptes a dit hier, la situation n'est pas soutenable.
07:40Vous les faites où, vous, ces économies ?
07:41Alors, attendez.
07:42D'abord, je vous réponds que ce n'est pas parce que
07:44les politiques se cassent les dents
07:45sur l'organisation du système de santé depuis 30 ans
07:47qu'on doit faire payer les patients et les soignants.
07:49Premièrement, ils ne savent pas faire très bien,
07:51qu'ils laissent faire à d'autres.
07:52Moi, je réclame une dépolitisation totale
07:54de l'organisation de la santé en France.
07:56Ça veut dire quoi ?
07:57Ils ne sont pas capables d'organiser la santé en France.
08:01Ils comptent des choses complètement stratosphériques.
08:03Ils sont...
08:04Ils vont...
08:04Est-ce que vous avez entendu parler de prévention, Thomas Soto ?
08:07Non, on ne parle pas de prévention.
08:08Ils font l'inverse de ce qu'il faudrait faire.
08:10Moi, je pense que les parlementaires,
08:12c'est trop spécifique, c'est trop technique.
08:13Il faudrait imaginer une organisation à côté.
08:17Écoutez, on n'entend pas parler de l'armée en ce moment.
08:19Manifestement, ça se gère bien.
08:20On n'entend pas parler du nucléaire.
08:21Ça se gère bien.
08:22Il y a quand même des secteurs dans notre pays
08:23qui fonctionnent bien
08:25sans qu'on en parle tous les jours à la télé.
08:27Pourquoi on est obligé de parler de la santé ?
08:29Il devrait y avoir des spécialistes,
08:31des gens qui seraient validés par tous,
08:33des politiciens...
08:34Une espèce de co-gestion.
08:35Une espèce de co-gestion
08:36qui donnerait des grandes lignes
08:37et on ferait l'inverse de ce qu'on fait.
08:38Et on dirait, on a besoin de tel ondame.
08:40Vous vous rendez compte que là,
08:41on met un ondame trois fois trop bas
08:43et en disant, il faudra que ça rentre.
08:46Ça veut dire qu'on va dans le mur ?
08:47Ça veut dire que vous savez tous
08:49que la population, elle vieillit.
08:51On a quand même encore envie de se soigner.
08:53Si la population vieillit,
08:54c'est qu'on a de plus en plus de maladies chroniques.
08:57Vous savez qu'on parle de progrès
08:59dans tous les secteurs industriels et autres.
09:02Il y a aussi des progrès en santé
09:03avec des molécules qui coûtent de plus en plus cher.
09:06Donc, vous vous rendez bien compte
09:07que là, on n'est pas dans un système moderne.
09:09Vous savez, Thomas Soto,
09:10je ne pensais pas en parler,
09:11mais ce matin, j'entendais un reportage
09:13sur l'innovation des navigateurs
09:16qui font les grandes traversées des océans.
09:18L'optimisation des bateaux,
09:21plus rapide, plus fluide,
09:22moins coûteux en énergie.
09:24Et je me disais, mais nous,
09:25pourquoi on n'adopte pas ce raisonnement-là
09:27pour le système de santé ?
09:28Pourquoi on a une administration
09:30qui semble complètement moyenâgeuse ?
09:33Ministre de la Santé,
09:35vous savez que c'est un poste
09:35qui se libère assez vite en ce moment,
09:36assez fréquemment.
09:37Ça pourrait vous intéresser
09:38puisque vous dites qu'il faut
09:38que ce soit géré par des professionnels ?
09:40Vous n'êtes pas encarté,
09:42vous n'êtes pas syndiqué.
09:42Non, non.
09:43En fait, moi, je suis investi
09:45dans ce sujet-là un peu accidentellement
09:47depuis cinq ans
09:47parce que j'avais les mains dans le cambouis
09:49et j'ai commencé à lever la tête
09:51et à écouter ce que disaient les politiques
09:53et je me suis rendu compte
09:54que c'était complètement à côté de la plaque.
09:55Je pense très simple.
09:56Alors moi, j'ai 49 ans,
09:57je suis encore en forme.
09:58Je crois que je rends beaucoup de services sur place,
10:00je travaille beaucoup
10:01et je crois que ce serait
10:03aller à l'encontre
10:04de tout ce que je vous raconte ce matin
10:06de vous dire que ça m'intéresserait.
10:07Merci, docteur Arnaud Chiche
10:08d'être venu ce matin sur RTL.
10:09Merci.
10:10Merci.
10:11Merci.
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