- il y a 4 mois
Marschall Truchot, du lundi au jeudi de 17h à 19h avec Olivier Truchot & Alain Marschall. Deux heures pour faire un tour complet de l’actualité en présence d’invités pour expliquer et débattre sur les grands sujets qui ont marqué la journée.
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00:00On va revenir maintenant sur les conséquences de la condamnation de Nicolas Sarkozy, ou plutôt les réactions.
00:05On sait d'ores et déjà une chose, elle est établie, elle est fixée dans le calendrier, la date c'est le 13 octobre,
00:09que l'ancien président de la République connaîtra la date de son incarcération.
00:13Depuis le jugement, l'ancien président de la République s'est exprimé, notamment hier dans les colonnes du journal du dimanche,
00:18il a dénoncé une justice haineuse et il a dit et répété, toutes les limites de l'état de droit ont été violées.
00:23Autre son de cloche, celui du président du tribunal de Paris, écoutez-le, selon lui Nicolas Sarkozy,
00:28il a échappé belle au mandat de dépôt direct.
00:30Mandat de dépôt, normalement, de manière habituelle, les menottes auraient dû être passées à la barre à M. Sarkozy.
00:37Or, le tribunal dit, nous n'allons pas le faire.
00:40Donc vous considérez qu'il y a eu quasiment une forme de mensuétude du tribunal vis-à-vis de l'ancien président ?
00:45Je ne dis pas que c'est une mensuétude, je dis juste en lisant la décision, je suis ni pour ou contre,
00:49je suis le pédagogue de la décision aujourd'hui, c'est comme ça que je viens.
00:52Je dis juste que le tribunal a minutieusement précisé pourquoi il a prononcé un mandat de dépôt.
00:595 ans d'emprisonnement dans la pratique judiciaire, 5 ans d'emprisonnement, il y a très habituellement un mandat de dépôt.
01:08Et le fait d'avoir eu un mandat de dépôt à effet différé, c'est justement avoir tenu compte de la situation professionnelle de M. Sarkozy, dit la décision.
01:16Maître Boulet, bonsoir, vous êtes avocat, coprésident de l'association des avocats pénalistes.
01:22Quand on écoute ce magistrat, finalement, il est de la chance Nicolas Sarkozy, il pourrait être déjà en prison.
01:28Nicolas Sarkozy ne se rend pas forcément compte qu'en fait, il est injusticiable comme les autres.
01:32Il a tellement appelé ça de ses voeux en disant je ne veux pas être jugé comme étant ni au-dessus de la loi, ni en-dessous de la loi,
01:37qui découvre ce qu'est la réalité de la justice pénale française.
01:40La justice pénale française, contrairement à ce que son camp prétend depuis des années, ça n'est pas une justice laxiste,
01:45c'est une justice qui peut se montrer sévère et qui peut se montrer dure.
01:48Vous allez même plus loin, vous dites finalement je suis assez content que l'ancien président critique l'exécution provisoire
01:55parce que vous, en tant qu'avocat pénaliste, c'est quelque chose qui vous dérange cette exécution provisoire,
01:59à savoir qu'on met l'individu en prison avant même son procès en appel.
02:03Absolument, et on le dit pas seulement de façon ironique, on se réjouit de constater aujourd'hui
02:08qu'une certaine frange politico-médiatique semble constater que finalement, ce que nous dénonçons depuis des années,
02:17notamment les reculs des droits de la défense et par exemple l'atteinte à la présomption d'innocence
02:22que peut constituer l'exécution provisoire lorsqu'un jugement est frappé d'appel,
02:26que peuvent constituer certaines infractions comme l'association de malfaiteurs
02:29dont depuis des années, nous dénonçons l'utilisation par les parquets de façon de plus en plus extensive,
02:36et bien Nicolas Sarkozy aujourd'hui se rend compte que ces lois qu'il a votées,
02:40dont rappelons-le depuis des années...
02:42Le renforcement de l'exécution provisoire, il n'a pas voté, il n'était pas à l'Assemblée à ce moment-là.
02:46Alors le renforcement de l'exécution provisoire...
02:48Ça date de 2019 ?
02:49Non mais non, ça c'est la création du mandat des points du ferret,
02:51mais on va essayer de ne pas rentrer dans la technique.
02:52Depuis des années, une certaine droite prétend que la justice est laxiste,
02:56prétend que les gens doivent partir en détention dès les premiers faits,
02:59prétend que les recours exercés ne doivent pas permettre la remise en liberté,
03:04et la réalité c'est qu'aujourd'hui, M. Sarkozy se rend compte que les lois qu'il a votées,
03:07qu'il a appelées de ses voeux, et dont son camp réclame systématiquement le durcissement,
03:12s'appliquent tout à chacun, et notamment...
03:14Ça veut dire qu'il aurait pu sortir avec les menottes au poignet ?
03:16Ah mais le texte le prévoit, et ce que disait M. le Président du tribunal ce matin,
03:21c'est qu'on a créé en 2019, effectivement, le mandat de dépôt à effet différé,
03:25et c'est une mesure de faveur, c'est-à-dire que le tribunal aurait pu,
03:27et d'ailleurs deux coprévenus ont été condamnés et ont vu les menottes passer immédiatement
03:31au tribunal jeudi dernier, il aurait pu partir en détention immédiatement,
03:36le tribunal a considéré qu'il présentait certaines garanties,
03:39et lui a offert ce délai pour qu'il puisse s'organiser de façon personnelle.
03:42Alors il faut reprendre quelques points de droit, effectivement,
03:44sur cette exécution provisoire, ce mandat différé.
03:49En fait, ça date de quand tout ça, Paul ?
03:51Alors, M. Troublige a tout à fait raison, quand il dit que c'est le quotidien de la justice,
03:54que de voir effectivement des exécutions provisoires,
03:56notamment lorsque des mandats de dépôt sont prononcés.
03:59En fait, ce qui choque beaucoup l'entourage de Nicolas Sarkozy,
04:01c'est plutôt ce mandat de dépôt, à savoir l'incarcération,
04:03aussitôt la peine prononcée.
04:05Donc là, c'est différé.
04:06Mais s'il avait effectivement condamné un mandat de dépôt simple,
04:09comme par exemple l'homme d'affaires Alexandre Djourie,
04:11il serait effectivement sorti du tribunal les menottes au poignet.
04:14Un mandat de dépôt, c'est toujours exécuté tout de suite,
04:17peu importe que vous fassiez appel, vous partiez en prison immédiatement.
04:20Là, le mandat de dépôt a effet différé.
04:23Ça existe depuis pas très longtemps,
04:24depuis une loi, vous l'avez dit, qui date de mars 2019.
04:27À l'époque, c'était Nicole Belloubet qui était garde des Sceaux.
04:30Avant ça, l'effet différé n'était quasiment jamais utilisé.
04:33Mais maintenant, il y a un article dans le Code de procédure pénale
04:36qui fixe effectivement les critères par lesquels l'exécution provisoire peut s'appliquer.
04:41Sans cette loi, Nicolas Sarkozy a été condamné à 50 prisons.
04:44Et comme toutes les personnes condamnées à 50 prisons y partaient en détention,
04:47sans cette loi, Nicolas Sarkozy se trouverait dès jeudi dernier à la prison de la Santé.
04:52Et quand on met quelqu'un en prison avant son procès en appel,
04:55on se dit qu'on voit mal la justice en appel,
04:58finalement dire « maintenant il est innocent, il a fait la prison pour rien ».
05:02Ça arrive ça ?
05:03Heureusement que l'avocat que je suis peut vous dire qu'il m'arrive d'avoir des bons résultats.
05:07Et oui, il m'arrive de faire constater par une cour d'appel
05:09qu'une décision de culpabilité prononcée en première instance soit affirmée en appel.
05:13Ça sert à ça, une cour d'appel.
05:14Donc c'est la personne qui a fait plusieurs mois de prison,
05:17elle a fait pour rien en fait.
05:19Il y a une réparation quand même ?
05:20Bien sûr, tous les jours, à Paris, partout en France,
05:23mais singulièrement au tribunal de Paris,
05:25il y a une commission d'indemnisation de la détention provisoire
05:28qui indemnisent, et vous n'avez pas idée du nombre de dossiers
05:31qui sont examinés quotidiennement,
05:33des gens qui ont été placés en détention provisoire
05:35et qui sont in fine innocentés
05:37et qui se voient effectivement indemnisés par la justice.
05:39Je vous rassure tout de suite, ça ne coûte pas très cher aux contribuables
05:42parce que les indemnisations sont très symboliques.
05:44Alors justement, on va voir si la justice peut se déjuger en appel.
05:48Est-ce que ça arrive souvent ou pas ?
05:50C'est avec Nargis Hadji.
05:52Après avoir jugé, est-ce que la justice revient sur ce qu'elle a décidé finalement ?
05:57Eh bien après des jugements correctionnels,
05:59c'est le cas de Nicolas Sarkozy,
06:00c'est le tribunal correctionnel de Paris qui l'a condamné.
06:03La réponse est tout simplement non.
06:04Lorsque l'on regarde sur le site du ministère de la Justice,
06:08alors les chiffres sont très récents, c'est 2024,
06:11tous les appels confondus, 9 fois sur 10,
06:13la cour d'appel confirme la décision de culpabilité.
06:16Alors en revanche, ce qui change, c'est le taux de confirmation des peines,
06:20lui, varie de 20 à 70% en fonction de la cour d'appel.
06:24Dans le cas où la personne est relaxée ou acquittée en appel,
06:28peut-elle demander une indemnisation ?
06:29Eh bien la réponse est oui, d'ailleurs elle a 6 mois pour le faire.
06:33Regardez ce que dit le code pénal.
06:35Toute personne placée en détention provisoire
06:37ou exécutant une peine puis finalement acquittée ou relaxée définitivement
06:41a droit à une réparation intégrale du préjudice moral et matériel.
06:45Alors quelle indemnisation ?
06:47Pas de barème officiel, évidemment c'est au cas par cas,
06:49mais plusieurs choses entrent en compte.
06:51D'abord la durée de détention,
06:52le préjudice subi à ce que la personne a perdu son emploi.
06:55Par exemple, il y a-t-il eu une atteinte à sa réputation
06:58ou encore des conséquences psychologiques ?
07:01L'indemnisation en moyenne est d'environ 1000 à 1500 euros
07:04par jour de détention injustifiée,
07:07mais cela varie fortement en fonction des dossiers.
07:11Et l'exemple le plus tristement célèbre,
07:13c'est celui de Christine Villemin,
07:15la maman du petit Grégory, vous vous souvenez ?
07:17Elle passe 11 jours derrière les barreaux,
07:19c'était en juillet 1985.
07:21Finalement, la cour d'appel de Dijon prononce un autre lieu
07:24et en réparation de sa détention,
07:26elle reçoit plus de 400 000 francs,
07:28ce qui équivaut à un petit peu plus de 60 000 euros.
07:30Et si on divise cela par les 11 jours placés en détention,
07:34ça équivaut à environ 5 500 euros par jour de détention.
07:37– Merci Nargis Adjie, je rappelais tout à l'heure
07:40la date dans le calendrier judiciaire de Nicolas Sarkozy,
07:42c'est le 13 octobre qu'il connaîtra la date de son incarcération.
07:46Comment ça va se passer le 13 octobre ?
07:47C'est-à-dire, il va aller où, l'ancien président de la République ?
07:50Il va avoir qui en face de lui ?
07:51– Le 13 octobre, il rencontre l'exécution des peines du parquet
07:55qui va prendre contact avec la maison d'arrêt,
07:57vraisemblablement la maison d'arrêt de la santé,
07:59et ils vont convenir d'une date à laquelle il devra se rendre
08:02à la maison d'arrêt pour être incarcéré.
08:03– Mais ça se passe comment ? C'est un face-à-face ?
08:05– Ça se passe dans un bureau, c'est très administratif,
08:08les avocats sont là, mais on ne peut pas revenir sur la décision.
08:11– Il peut aller en prison le jour même ?
08:12– Dans l'absolu, il peut aller en prison le jour même,
08:14c'est sans doute pas ce que va décider le parquet
08:16qui va le laisser encore une fois s'organiser.
08:18– D'accord, nous sommes avec Christian Estrosi,
08:20le maire de Nice qui est en direct avec nous,
08:23vice-président d'Horizon,
08:24vous avez été un long compagnon de route politique
08:26de Nicolas Sarkozy,
08:29bonsoir monsieur le maire.
08:31Il y a quand même une chose, vous avez décidé,
08:32vous l'avez annoncé aujourd'hui sur les réseaux sociaux,
08:34sur votre compte Twitter,
08:35vous avez décidé de donner le nom de l'ancien président de la République
08:38au futur parvis de l'hôtel des polices municipales et nationales.
08:42Un projet qui a soutenu d'ailleurs Nicolas Sarkozy,
08:46est-ce que ce n'est pas un peu trop tôt ?
08:47Est-ce qu'il ne fallait pas attendre
08:48que toute la procédure judiciaire soit passée ?
08:53– En quoi ce serait lié d'ailleurs ?
08:55Pour moi c'est un geste de décence et d'amitié
08:59à l'égard de celui qui fut un grand ministre de l'Intérieur,
09:04un grand président de la République qui a beaucoup accompagné la ville de Nice,
09:09que ce soit pour l'Euro 2016 et la construction de son grand stade,
09:13qui était à l'initiative de ce qui sera livré d'ailleurs dans quelques semaines,
09:18le grand hôtel des polices mutualisées de la ville de Nice,
09:21entre police municipale et police nationale.
09:24et j'ai estimé qu'à un moment où il y avait un message d'amitié,
09:31de solidarité, en même temps que dans ma ville j'ai veillé depuis mon élection
09:37à ce que le nom de tous les présidents de la République,
09:40de la Ve République puissent figurer dans ma ville alors qu'ils n'y étaient pas tous,
09:44c'était le cas de Georges Compidou, c'était le cas de François Mitterrand,
09:49qu'à son tour son nom puisse figurer en reconnaissance de ce qu'il a fait
09:53pour nous et plus particulièrement dans ces moments où naturellement
09:59c'est une épreuve pour lui, pour ses amis, pour sa famille
10:02et pour ceux qui sont dans l'incompréhension.
10:05– Oui mais vous annoncez donc Nicolas Sarkozy donnera son nom
10:09à ce parvis à Nice au moment où l'ancien président s'apprête à entrer en prison,
10:15est-ce que ce n'est pas un pied de nez ou un défi à la justice
10:17en disant bon peu importe la décision de justice, je fais ce que je veux ?
10:20– Non absolument pas, ce n'est pas un défi, je ne veux pas de cela,
10:28ça c'est un petit débat polémique qui opposerait politique et magistrat,
10:33auquel je me refuse et rendre hommage ce n'est pas juger, c'est rendre hommage
10:38et tout simplement c'est ce que nous faisons.
10:42– La vérité c'est que la France et la République ont besoin des deux,
10:47des magistrats comme des hommes politiques,
10:50mais naturellement je m'interroge comme beaucoup de Français sur cette décision,
10:56mais ce n'est pas le fond du sujet du tout en tout cas.
10:57– Sur quoi vous vous interrogez ?
10:59– Il s'agit de rendre hommage à ce qu'il a été
11:00et qu'il restera d'une manière ou d'une autre,
11:04au-delà de l'amitié, de la confiance,
11:06sans limite que je continue à lui porter.
11:10– Mais Christian Estrosi, c'est le fait du prince ?
11:13C'est une décision personnelle ?
11:14Ou est-ce que vous allez en parler avec le Conseil municipal
11:17et il y a un vote du Conseil municipal ?
11:20– Absolument, ce sera soumis par un vœu au Conseil municipal
11:25qui se tiendra le mercredi 1er octobre
11:28et donc il appartiendra au Conseil municipal
11:31de se prononcer sur ce vœu que je lui soumets.
11:34– Vous dites « je m'interroge » sur cette décision de justice.
11:39En quoi vous vous interrogez ? Sur quel motif ?
11:42– Non, je vous dis que ça va totalement au-delà
11:48de ce pourquoi je m'interroge moi-même.
11:54Il y a des millions de Français qui s'interrogent.
11:57Nous voyons bien qu'aujourd'hui, il y a un tas de réponses
12:01qui ont été apportées sur sa non-culpabilité
12:04sur la plupart des faits qui lui étaient reprochés
12:06et je ne vais pas rentrer dans un débat
12:10puisque vous m'avez convié simplement
12:12pour que je vous donne les raisons pour lesquelles je souhaite
12:15donner son nom à un lieu emblématique
12:20auquel il a contribué dans notre ville.
12:23Mais je ne crois pas qu'on puisse non plus balayer d'un revers de main
12:27ces interrogations que nous nous posons et que se posent un certain nombre de Français
12:32en proclamant comme un dogme l'infaillibilité de la magistrature.
12:37La République, ce n'est pas un dogme, ce n'est pas le Vatican.
12:41S'interroger, ce n'est pas un sacrilège tout simplement.
12:45– On a le droit de critiquer une décision de justice ?
12:47– Je ne la critique pas, je vous dis que nous nous interrogeons
12:51et que s'interroger, au contraire, c'est une force de notre démocratie,
12:56ce n'est pas un sacrilège.
12:58– Mais c'est une décision politique, ce qui arrive à Nicolas Sarkozy selon vous ?
13:04– Je vous répète une nouvelle fois que s'interroger n'est pas un sacrilège
13:11et qu'il n'y a aucune infaillibilité, pardon, mais il y a aujourd'hui un appel.
13:16– Bien sûr, mais monsieur le maire, pardon, je vais préciser ma question,
13:20je vais préciser ma question, monsieur le maire.
13:22– Et nous sommes dans une situation où dès lors qu'il y a un appel,
13:25il y a une présomption de l'innocence.
13:28Bon, accordons cette présomption de l'innocence, tout simplement.
13:33Celle-ci sera jugée en son temps.
13:37– Mais est-ce qu'il faudra revenir sur l'exécution provisoire,
13:40comme certains le souhaitent, en disant qu'il y a un problème
13:42avec cette exécution provisoire ?
13:44– Quelle imbécilité que d'avoir mis dans notre droit,
13:49et je regrette que des parlementaires se soient retrouvés majoritairement
13:54pour mettre dans notre droit cette exécution provisoire,
13:58qui bafoue me semble-t-il en Europe,
14:01car c'est une pratique que l'on ne trouve que dans notre pays,
14:05ces exécutions provisoires, là où dès lors qu'il y a un appel
14:08et tout le monde en Europe a droit à un appel dans la plupart de nos démocraties,
14:14qui naturellement vous accorde la présomption d'innocence.
14:20Aujourd'hui, nous avons quelqu'un qui est présumé innocent,
14:24et il serait temps que l'on revienne sur cette disposition législative
14:29qui n'a plus aucun sens aujourd'hui.
14:32– Vous vouliez réagir, maître ?
14:34– Oui, mais je crois qu'on ne se rend pas compte du vent mauvais
14:37qui souffle depuis quelques jours,
14:38et je crois que les politiques n'ont pas forcément conscience des propos.
14:41Là, on a une sorte de précaution oratoire de la part de M. le maire
14:45qui dit « attention, je ne viens que critiquer une décision de justice »
14:49ou plus exactement « on a le droit de critiquer une décision de justice ».
14:51Depuis trois jours, ce qui se passe, c'est qu'en fait,
14:53on est en train de critiquer l'institution.
14:55Je voudrais rappeler quand même que le pouvoir judiciaire est l'un des trois pouvoirs,
14:58que Nicolas Sarkozy se permet de dire qu'on a franchi toutes les limites d'atteinte à l'État de droit,
15:03et qu'en réalité, le premier soutien de l'État de droit,
15:05c'est le respect du juge et c'est le respect de la décision de justice.
15:08Évidemment que Nicolas Sarkozy a le droit de critiquer une décision qui lui est désagréable.
15:11– Surtout quand ça le concerne.
15:12– Évidemment que ses avocats ont le droit de critiquer,
15:14qu'en revanche, une espèce de mouvement se mette en place derrière
15:18et vienne mettre à bas en critiquant, cette fois-ci personnellement,
15:21des magistrats et la loi, ça me semble particulièrement dangereux.
15:24– Il y a des menaces de mort, d'ailleurs, contre la présidente du tribunal.
15:24– Il y a des menaces de mort. Ensuite, pardonnez-moi, mais je le prends presque avec le sourire,
15:28d'entendre M. Estrosi dire que c'est une imbécilité d'avoir introduit dans la loi
15:31la question de l'exécution provisoire,
15:34je crois qu'en fait, les gens ne réalisent pas.
15:36Tous les jours, tous les jours, des décisions de justice,
15:39des centaines de décisions de justice sont rendues avec exécution provisoire.
15:42Tous les jours, les politiques sont félicites.
15:44– Ça dépend des faits.
15:44– Mais pourquoi ça dépend des faits ?
15:45Pourquoi est-ce qu'on n'est pas tous ces goûts devant la loi ?
15:47Pourquoi est-ce que quand on est présumé...
15:49– Laissez-moi aller jusqu'au bout de ma question.
15:51– Par exemple, Nicolas Sarkozy dit, moi, je ne vais pas fuir, on connaît mon adresse.
15:55Alors peut-être qu'effectivement, quelqu'un qui pourrait fuir ou récidiver,
15:59c'est normal de le mettre en prison.
16:00– Mais quelqu'un qui, a priori, ne va pas récidiver, ni fuir…
16:03– Pardonnez-moi, mais il est ancien président de la République,
16:04il a trois mentions sur son casier judiciaire.
16:06Si lui avait à critiquer, encore une fois, je ne suis pas l'avocat de Nicolas Sarkozy,
16:10et il ne s'agit pas pour moi de parler de Nicolas Sarkozy.
16:12– Non, là, vous êtes plutôt son fonctionnaire.
16:12– Mais non, pas du tout.
16:13J'essaye d'expliquer que ce que vit Nicolas Sarkozy,
16:15c'est que ce que vivent tous les justiciens d'autodiniennes.
16:18– Mais la justice, elle est individuelle, c'est-à-dire qu'en fonction des cas,
16:21vous dites qu'il faut lui donner une exécution.
16:23– Quand le maire de Nice venir dire, il faut revenir sur cette imbécibilité,
16:27alors que depuis une semaine, on a un garde des Sceaux qui dit
16:29c'est un scandale que des gens qui soient mis en cause
16:31pour des violences policières soient remis en liberté,
16:33alors que c'est exactement la même chose que ça s'appelle…
16:35– Ce n'est pas les mêmes faits.
16:36– Vous imaginez qu'entre un violeur et quelqu'un…
16:38– On parle de la présomption d'innocence.
16:40Les principes, c'est ça la force des principes.
16:42Ça doit s'appliquer dans les conditions les plus difficiles.
16:45Ça doit s'appliquer même dans des dossiers de droit commun.
16:47Ça doit s'appliquer même dans des dossiers de terrorisme.
16:49C'est précisément parce qu'on ne veut pas que des anciens présidents de la République
16:51aillent en détention alors qu'ils sont présumés innocents
16:53qu'il ne faut pas que le droit commun aille en détention.
16:55– Peut-être que pour certains, c'est nécessaire que la personne aille en détention
16:58parce qu'elle est dangereuse cette personne et qu'elle peut s'enfuir.
17:00– Mais si elle est dangereuse, vous revenez sur la question de sa présomption d'innocence.
17:03La loi est la même pour tous.
17:04– Donc quelqu'un qui peut s'enfuir, vous le mettez en liberté aussi.
17:06– Mais quelqu'un qui peut s'enfuir, pardonnez-moi,
17:08mais encore une fois, pour sortir du cas de Nicolas Sarkozy,
17:11il me semble qu'un individu qui aujourd'hui a les moyens de payer sa défense,
17:14un individu qui aujourd'hui a les moyens de voyager à l'étranger,
17:17peut tout autant être regardé comme quelqu'un qui aurait les moyens de s'enfuir.
17:19– Vous doutez bien que l'ancien président ne va pas partir,
17:21ne va pas fuir avec sa famille.
17:22– J'en suis persuadé et c'est bien pour ça qu'aujourd'hui,
17:25de façon ironique, je viens dire,
17:26mais je suis heureux que les politiques réalisent.
17:28– Donc vous voulez que ça s'applique à tout le monde ou à personne en fait ?
17:31– Non mais c'est pas je veux.
17:31– Mais j'espère bien, mais je ne comprends même pas qu'on ne partage tout ça,
17:35l'égalité devant la loi, la loi elle doit être la même pour Nicolas Sarkozy,
17:40que n'importe quel justiciable, qu'un anonyme, qu'un étranger,
17:43ou qu'un type dans une situation précaire.
17:45C'est ça la force du droit français.
17:47– Monsieur le maire, est-ce que vous avez demandé à Nicolas Sarkozy
17:50ou lui-même s'il était d'accord pour que le parvis des hôtels de police
17:54porte son nom ? Est-ce que vous l'avez informé personnellement ?
17:57– Naturellement, j'ai eu l'occasion d'avoir quelqu'un qui lui est très proche.
18:05Permettez-moi de conserver, par rapport à mes liens d'amitié,
18:09de proximité avec lui, cette part de discrétion.
18:13Mais voyez, dans ce que j'entends aujourd'hui,
18:16alors que j'ai dans mon propre département,
18:21un parquet qui est intraitable dans la lutte contre le narcoterrorisme,
18:27et qui apporte la preuve que lorsque des magistrats se battent
18:34pour protéger nos concitoyens,
18:37de gens qui présentent des risques importants à notre population,
18:40ils le font, ils le font avec courage et avec détermination.
18:44Et je veux leur rendre hommage.
18:47Et je viens d'entendre des propos qui me paraissent totalement inadmissibles.
18:51vouloir mettre cette catégorie-là sur un pied d'égalité
18:57avec un ancien président de la République,
19:00qui n'a apporté que du prestige, qui n'a apporté que des résultats,
19:03qui a mené des combats dans des crises économiques et industrielles,
19:08sans pareil, et aux côtés duquel j'ai été fier de servir mon pays.
19:11C'est d'une très très grande indécence, tout simplement.
19:16Merci M. le maire Denis Christian Estrosi, merci d'avoir été avec nous.
19:19Est-ce qu'on assiste à la guerre entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir politique ?
19:23Alors il n'y a pas que le pouvoir politique qui s'interroge,
19:25il y a aussi des journalistes, des historialistes, etc.
19:27On la voit, tout le monde a un mot à dire sur cette affaire Sarkozy.
19:31Il y a une libération de la parole, y compris à droite, on le voit.
19:35La droite est quand même un parti de gouvernement et de plus en plus à droite
19:39osent dire aujourd'hui qu'à leurs yeux, la justice est politisée.
19:43C'est-à-dire qu'il n'y a pas que ce problème de l'exécution provisoire
19:45qui en effet pourrait être débattu ou se résoudre par une loi.
19:50Il y a aussi tout ce débat sur la non-impartialité des juges,
19:54avec beaucoup qui à droite ou à la droite de la droite demandent même
19:57à ce que les juges, les magistrats ne puissent plus se syndiquer aujourd'hui.
20:01On a entendu par exemple Marion Maréchal le dire.
20:03Parce qu'on a appris que la présidente avait manifesté contre Nicolas Sarkozy
20:07en tant que syndicaliste en 2011, contre la politique pénale de Nicolas Sarkozy.
20:11C'est ça, Nicolas Sarkozy qui avait critiqué dans une affaire
20:14le fonctionnement de la justice.
20:16Et à partir de là, certains en déduisent que si les magistrats
20:20se permettent d'aller manifester, c'est qu'ils sont forcément politisés,
20:25que donc il faut les en empêcher en prenant en exemple l'armée,
20:27disant que dans l'armée, on n'a pas le droit de se syndiquer aujourd'hui.
20:31Et toujours est-il que les propos sont franchement assez rudes et violents
20:34et ils sont coordonnés avec une dégradation, malheureusement,
20:37de l'image de la justice dans l'opinion.
20:39Parce qu'il y a à peine un Français sur deux dans l'étude du CEPIPOF
20:42qui dit avoir confiance aujourd'hui dans la justice.
20:46Dégradation absolue aussi de l'image des politiques.
20:48Parce que trois quarts des Français considèrent que les élus
20:50ou les responsables politiques sont aujourd'hui, je cite, plutôt corrompus.
20:53Il n'y a qu'à voir l'accumulation d'affaires de toute façon
20:56et qu'aujourd'hui encore le procès de Rachida Dati
20:58pour qu'on comprenne pourquoi cette idée est alimentée.
21:01Et donc, que ce soit dans l'opinion ou dans la classe politique,
21:04il y a une violence croissante dans les propos
21:07contre l'institution judiciaire
21:10et un non-respect gênant de la part de certains politiques
21:12de décision de justice.
21:13Une dernière question en 20 secondes, Maître Boulay.
21:15Le fait que les magistrats sont syndiqués, ça vous gêne ou pas ?
21:20Que vous dire ?
21:21Il me semble que tous, professionnellement,
21:23on peut faire la part des choses
21:24entre ce qui est une position politique et une décision de justice.
21:27Encore une fois, ils ne prennent pas les décisions tout seuls.
21:29Ils prennent les décisions à trois.
21:30Les décisions, on peut tous les consulter et on peut tous les lire.
21:34Moi, ce qui m'importe, c'est que le droit soit respecté,
21:36peu importe les opinions des uns et des autres.
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