Ce jeudi 11 septembre, Gilles Moëc, chef économiste du Groupe AXA, a abordé le debrief de conférence de presse de Christine Lagarde, l'arrêt du processus de désinflation par la BCE, et l'accélération des prix à la consommation aux États-Unis, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.
00:03Et donc la BCE qui a choisi de ne pas agir, d'attendre, pause, statu quo, qui se confirme et se prolonge.
00:09Gilles Mouac est avec nous, le chef économiste du groupe AXA. Bonjour Gilles.
00:12Ravie de vous retrouver. C'était attendu. Que retenez-vous de plus chaud peut-être ou plus saillant dans le discours ?
00:17La façon de s'exprimer, de projeter les perspectives de Christine Lagarde lors de sa conférence de presse aujourd'hui.
00:22Je pense que la BCE, enfin Christine Lagarde a essayé de projeter l'image d'une banque centrale un peu droit dans ses bottes,
00:31« in a good place » pour utiliser l'expression anglaise.
00:35Donc un ton finalement très apaisé en insistant sur un élément qui peut paraître quand même un tout petit peu surprenant,
00:42c'est l'environnement. C'est vrai que c'est plus équilibré qu'au début de l'été.
00:46Et ça, l'idée derrière, c'est que même si l'accord entre les États-Unis et l'Union européenne sur les tarifs est quand même très défavorable à l'Union européenne,
00:58au moins c'est un accord qui réduit le degré d'incertitude.
01:02Mais ça, c'est suffisant pour que la BCE considère que les risques sont un peu plus équilibrés.
01:07Donc un sentiment d'un certain confort.
01:10En même temps, je pense qu'il y avait quelques éléments intéressants.
01:13Le fait, par exemple, qu'il n'y ait toujours pas de volonté de la BCE d'être très clair sur l'idée qu'on est complètement au bout du cycle d'accommodement monétaire.
01:26Parce qu'à chaque fois, il a refait encore aujourd'hui que les Sénégards disent,
01:30« Oui, le processus de désinflation que l'on connaît depuis quelques trimestres, après le pic d'inflation lié au Covid et à la guerre en Ukraine,
01:39eh bien cette phase-là est terminée, nous sommes in a good place, mais nous devons faire attention à ce qui pourrait suivre. »
01:46Et donc, ils ne ferment toujours pas la porte à faire éventuellement plus dans quelques mois si le besoin s'en fait sentir.
01:53Clairement, ils n'ont pas envie de le faire.
01:55On sent une Banque centrale européenne qui aimerait bien ne pas faire plus et ne pas descendre en dessous de 2 %,
02:01mais la porte reste quand même un peu ouverte.
02:04Et je pense qu'un élément intéressant, c'était dans la prévision, c'est le fait qu'on a une prévision d'inflation sous-jacente à 20,27
02:10qui a été revue un tout petit peu à la baisse, à 1,8, et on est quand même très limite par rapport à l'objectif de 2 % de la Banque centrale européenne.
02:18Donc, si le besoin s'en fait sentir dans les mois qui viennent, le coût politique, si je puis dire,
02:23le coût en termes de crédibilité pour la BCE à nous redonner un tout petit peu de mou, un tout petit peu de soutien supplémentaire,
02:30eh bien ce coût sera relativement faible.
02:32Oui, elle a dit, alors vous l'avez cité, elle a dit le processus de désinflation est terminé.
02:37Est-ce que néanmoins, là-dessus, elle ne va pas un peu vite en bosogne dans la mesure où on voit carrément la déflation en Chine ?
02:42Donc la Chine exporte de la déflation.
02:43Est-ce que de ce point de vue, elle ne va pas un peu vite en bosogne ?
02:45On explique que oui, oui, mais l'un des inflations est terminé quand même.
02:49Pour moi, c'est le risque que court la BCE, c'est de s'en dormir un tout petit peu sur ses lauriers.
02:55C'est vrai qu'on peut considérer qu'elle a très bien géré cette phase d'inflation forte et qu'elle a su répondre au bon moment
03:03et offrir quand même un soutien important à partir de l'année dernière.
03:08Mais encore une fois, on a des prévisions qui sont à la limite, avec une phase quand même d'undershooting,
03:15une inflation très enceinte de l'objectif qui dure un peu longtemps au début de 2026,
03:19et encore une fois, en 2027, un atterrissage sur le sous-jacent qui est nominalement inférieur à 2%.
03:25Donc on est déjà très limite et on n'a pas de marge en cas de choc externe.
03:31Or, pour moi, même si les risques sur la croissance d'après la BCE aujourd'hui sont un peu plus équilibrés,
03:37les risques sur l'inflation pour moi continuent à être à la baisse.
03:40Parce qu'on n'a pas forcément encore vu tous les effets, je pense qu'on a même à peine commencé à les voir,
03:45tous les effets de la réorientation des exportations chinoises depuis les États-Unis vers l'Europe.
03:51Je pense que l'impact sera le plus important dans les mois qui viennent.
03:54Et puis, pour l'instant, la BCE nous dit que le marché du travail tient, et c'est vrai.
03:59Et ça, c'est un élément extrêmement important dont on parle, à mon avis, trop peu en Europe.
04:04Mais si ça casse de ce côté-là, et on a quand même quelques indicateurs conjoncturels
04:09qui nous disent que ça commence à meulir un peu du côté de l'envoi,
04:11là, je pense qu'on pourrait se retrouver avec une évolu de salaire très en-ça de ce que la BCE a aujourd'hui en termes.
04:18Oui, donc le risque de voir une inflation continuer de ralentir,
04:20et d'autant plus si l'euro continue de progresser face au dollar,
04:22parce que parallèlement, la Fed, elle, va entrer probablement dans un cycle de baisse de taux.
04:27Donc peut-être le dollar va-t-il continuer de baisser, l'euro de montée,
04:29ce qui ralentirait aussi l'inflation en l'occurrence, Gilles.
04:32Et puis, il y a une autre question qu'on avait envie de vous poser,
04:34c'était sur les niveaux d'endettement des États.
04:37Bien sûr, vous nous voyez venir la France, le 10 ans français quasiment au niveau du 10 ans italien.
04:40Est-ce que là-dessus, elle a ouvert la porte peut-être à un geste, peut-être moins de réduction du bilan ?
04:45Non, je pense que...
04:46Et là, c'était, à mon avis, totalement illusoire de penser que la BCE allait ouvrir la porte de manière explicite à une action.
04:56D'abord, parce qu'on est très loin d'en avoir besoin.
04:59On est quand même sur des niveaux de pression sur les taux obligataires français
05:02qui n'ont rien à voir avec les degrés de pression qu'on a connus lors des débuts de la crise souveraine
05:08il y a 15 ans sur les pays périphériques.
05:11Il n'y a pas du tout de sentiment d'effet de diffusion de la pression vers d'autres signatures de la zone euro.
05:20Et ça, c'est important pour la BCE, parce que comment justifier une intervention, un soutien spécifique aux marchés obligataires français
05:27alors qu'il n'y a pas d'effet de diffusion au reste de l'Europe ?
05:30Or, la BCE s'intéresse aux conditions financières et aux risques financiers sur l'ensemble de la zone euro.
05:35Pour l'instant, on a quelque chose qui est très idiosyncratique à la France,
05:38parce que, comme vous le signalez, effectivement, on est aujourd'hui sur le niveau de spread équivalent à l'Italie,
05:43mais c'est aussi parce que l'Italie va mieux, ce n'est pas simplement parce que la France va plus mal.
05:47Donc, c'est très compliqué, mon avis, pour la BCE d'aller justifier quelque intervention que ce soit, surtout au stade mondial.
05:54Gilles, un coup d'œil sur les chiffres américains, il y avait quand même une donnée qui était très attendue cet après-midi,
06:00c'était l'inflation, mais l'inflation CPI, le Consumer Price Index, l'inflation au sens classique du terme.
06:06Donc, globalement, assez peu de surprises. Qu'est-ce que vous en retenez ?
06:10Pas de surprise, mais c'est vrai que ça a l'air quand même.
06:12C'est-à-dire qu'on a la confirmation quand même que les forces de la gravité économique n'ont pas été abolies,
06:22que des chocs tarifaires se traduisent par un surcroît d'inflation.
06:26Et si vous regardez les prix de consommation sur trois mois annualisés,
06:29ce qui, à mon avis, est plus intéressant de regarder les glissements annuels,
06:31parce que là, on a des effets de base qui sont assez importants,
06:34on a une réaccélération qui est quand même très sensible depuis maintenant trois mois.
06:38Et on voit bien que c'est l'impact des tarifs,
06:40parce qu'il y a une distinction très nette entre, par exemple, le prix des téléphones
06:44qui sont exemptés de droits de douane, qui continuent à baisser,
06:48et en revanche, alors que ce sont des produits tout à fait similaires,
06:51le matériel audio, le matériel télévisuel,
06:56et bien là, on a une accélération des prix,
06:57parce que quasiment là, tout est apporté et tout est touché par les droits de douane.
07:01Donc ça commence à se mettre en place.
07:02Il y a un élément aussi à surveiller,
07:05et ça, ça va rendre la Fed assez nerveuse, à mon avis,
07:08c'est que l'inflation dans les services continue à être relativement forte.
07:11Alors on peut trouver tout un tas de raisons idiosyncratiques, sectorielles,
07:15qui expliquent cette résistance des prix à consommation dans les services.
07:19Mais ça, pour la Fed, c'est vraiment un problème,
07:21parce que ça veut dire qu'en plus de l'impact sur les tarifs,
07:24qui essentiellement passent par les produits facturés,
07:27on a aussi une résistance dans la partie à des biens non échangeables.
07:32Et ça, ça veut dire qu'il y a une espèce d'inflation intrinsèque,
07:35si vous voulez, aux Etats-Unis,
07:36qui va rendre très difficile, à mon avis, pour la Fed,
07:39les baisses de taux aussi importantes que celles que Donald Trump voudrait voir.
07:44Merci Gilles de nous avoir accompagné.
07:45Le chef économiste du groupe AXA,
07:47c'est une grosse journée, Banque Centrale et Inflation,
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