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  • il y a 11 mois
Regardez L'esprit de l'info avec Thomas Sotto du 26 septembre 2025.

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00:00Thomas Soto, RTL Matin.
00:02J'assumerai mes responsabilités et s'ils veulent absolument que je dorme en prison, je dormirai en prison.
00:09Mais la tête haute.
00:11Je dormirai en prison mais la tête haute, les premiers mots de Nicolas Sarkozy à l'issue du jugement
00:15qui a donc été délivré hier par le tribunal correctionnel de Paris.
00:18Cinq ans de prison ferme pour l'ancien chef de l'État.
00:21On va en parler avec notre grand témoin du jour dans l'esprit de l'info, c'est vous Alain Duhamel.
00:25Bonjour, bienvenue.
00:25Bonjour.
00:26Vous en avez vu des choses durant votre carrière.
00:28Mais un ex-président qui va en prison, ça c'est une première.
00:32Est-ce que ça vous surprend ? Est-ce que ça vous choque ?
00:35Qu'est-ce que vous vous êtes dit, vous Alain Duhamel, quand vous avez pris connaissance de ce jugement hier ?
00:39J'ai d'abord été suffoqué par l'idée de l'incarcération immédiate.
00:47Immédiate, c'est à quelques jours près.
00:50Pour le reste, oui, il faut reconnaître que c'est un grand choc.
00:55Pas simplement parce que c'est la première fois, mais dans les conditions dans lesquelles tout ça se passe.
01:03Je dois dire que, d'abord, mon premier réflexe, c'est que j'étais triste.
01:08J'étais triste parce que c'est une décision terrible.
01:10Donc, une décision terrible pour Nicolas Sarkozy.
01:13Triste pour lui, triste pour le pays, triste pour nous.
01:17J'étais triste pour lui, c'est humain.
01:19Mais j'étais triste pour nous parce que je savais que les réactions hors de France,
01:23ça c'est la première chose à laquelle j'ai pensé, seraient extrêmement violentes.
01:30Vous n'avez pas démenti ce matin, effectivement, quand on voit la presse étrangère, quand on voit cet impitoyant.
01:34D'ailleurs, je l'ai dit hier, tout de suite, c'est ce que j'ai dit, on va parler de la France comme on n'en a jamais parlé.
01:42Alors, bien sûr, il y aura deux réactions.
01:45Je prends un exemple extrême.
01:49Les pays scandinaves vont se dire, finalement, la France, c'est une démocratie ordonnée, comme nous, implacable quand il le faut.
01:57Et puis, beaucoup d'autres pays seront totalement incrédules en disant, mais alors, depuis quand les chefs se font mettre en prison, etc.
02:04Et ça rappellera d'autres régimes peu recommandables.
02:07Alors, ce que vous décrivez là, c'est l'impression, le ressenti qu'on a pu avoir, que vous avez eu hier.
02:12Henri Guénaud, qui est l'ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, qui a été sa plume pendant tout le quinquennat,
02:18était l'invité d'RT le matin.
02:20Il est allé plus loin que votre suffocation, celle que vous évoquiez.
02:23Écoutez les mots qu'il a employés ce matin sur RTL.
02:25Je considère que c'est une sorte de coup d'État judiciaire contre la séparation des pouvoirs.
02:30Aujourd'hui, je n'ai plus confiance dans la justice de mon pays.
02:33C'est difficile d'entendre ça, un coup d'État judiciaire.
02:36Alors, je ne suis pas d'accord, ça n'est pas un coup d'État judiciaire.
02:39En revanche, c'est l'interprétation la plus sévère possible des textes qui existent.
02:45Textes, il faut bien le dire, qui ont été votés par l'Assemblée nationale et par le Sénat.
02:49Les juges ne font qu'appliquer les lois, que les politiques...
02:52Alors, ce sont les politiques qui votent les lois.
02:54Donc, ce sont les politiques qui donnent les bases.
02:57Cela dit, pour chaque cas individuel, les magistrats sont censés adapter aussi leurs réponses à chaque cas.
03:04Bon, là, ce qui évidemment, alors là pour le coup, m'a choqué sans réserve, c'est l'application immédiate.
03:11Donc, c'est l'incarcération à venir à la discussion provisoire.
03:13Donc, bien sûr qu'elle ne durera pas longtemps, bien sûr qu'il sera aménagé pendant cela, mais il n'empêche, c'est une humiliation pour lui et c'est une humiliation pour nous.
03:23C'est un règlement de compte, ce jugement ?
03:25Non, je ne crois pas ça.
03:26Je ne crois pas ça, mais...
03:27Juge qu'il avait traité de petit poids à l'époque, alors décidait de faire la peau.
03:31Bien sûr, non, mais ça, il avait eu tort.
03:33Il avait eu tort à la fois sur le fond et il avait eu tort de le dire.
03:36Oui.
03:36Bon, mais non, ça n'est pas ça, c'est l'application la plus rigoureuse possible d'un texte qui est contestable, qui a été voté par les parlementaires, mais qui est contestable.
03:47L'incarcération immédiate s'est faite pour empêcher des dealers ou des braqueurs de se sauver, de fiches le camp pour parler vulgaire.
03:55Bon, évidemment, ça ne le concerne pas du tout.
03:58Et là, en réalité, c'est une décision qui a un seul objet, c'est que, quelle que soit la suite, autrement dit, quelle que soit l'appel, et quelle que soit la cassation, et quelle que soit le cas échéant, la cour européenne, etc., que de toute façon, il est passé quelques jours ou quelques semaines en prison.
04:18Il y aura l'image, il y aura le marquer au fer rouge.
04:22Et pour autant, Alain Duhamel, tout à l'heure, à 7h10, le président de l'USM, l'Union Syndicale des Magistrats, qui est donc un juge, était notre invité ici sur la telle, et il nous rappelait que, dans plus de 80% des cas, quand les peines de prison sont de 5 ans de prison ferme, il y a exécution provisoire.
04:39C'est donc pas un cas particulier.
04:40Mais si, c'est un cas particulier, parce que l'application de l'exécution provisoire, elle est faite, je vous le disais, pour des braqueurs, des dealers, tous ceux qui ont la possibilité, et en tout cas, l'extrême envie de se sauver.
04:56Bon, Nicolas Sarkozy, il ne va pas se sauver, il ne va pas traverser, il ne va pas traverser la manche à la nage.
05:04Donc, bien sûr que c'est une volonté de le flétrir.
05:09Donc, cette partie-là du jugement, elle est politique.
05:12C'est ça ce que je comprends.
05:14Elle est, je trouve, contestable.
05:17Je ne dis pas qu'elle est politique, mais je trouve qu'elle est contestable, en tout cas, moi, elle me choque.
05:21Il y a eu beaucoup de réactions politiques, évidemment, du côté de la droite, notamment.
05:25Alors, à gauche, soit on ne commande pas au PS, soit on dit, ben voilà, en gros, vous voulez toujours plus de sévérité,
05:31ben voilà, pour une fois qu'on applique, vous n'êtes pas d'accord quand ça vous concerne.
05:34Ça, c'est vrai.
05:35Et puis, à droite, réaction de Bruno Retailleau, de Laurent Wauquiez, de Valérie Pécresse,
05:41qui, globalement, soutiennent plutôt l'homme que la cause judiciaire.
05:45Voilà, ils prennent la distance nécessaire.
05:46Vous avez raison.
05:47Et pourtant, on entend des politiques, en permanence, quand ils viennent le matin, dire, on ne commande pas une décision de justice.
05:53Mais c'est ce qu'ils font tous depuis hier.
05:55Oui, et c'est ce que nous faisons les premiers, d'ailleurs, il faut le dire aussi.
05:59C'est vrai.
06:00Mais, bien sûr qu'on a le droit de commenter une décision de justice.
06:04On n'a pas le droit de mettre en cause les juges eux-mêmes, mais on a le droit de commenter une décision de justice.
06:10Et, franchement, c'est ce que tout le monde fait aujourd'hui.
06:12Enfin, je pense qu'il y a aussi un autre aspect qui, moi, m'a évidemment frappé, puisque j'y suis particulièrement attentif en ce moment.
06:23C'est le fait que ça introduit une crise dans la crise.
06:28C'est-à-dire que la France est en crise.
06:31Elle est en crise politique, elle est en crise économique, elle est en crise budgétaire, elle est en crise militaire.
06:37Elle est en crise dans à peu près tous les domaines.
06:39Et, en plus, en France, il y a une crise d'identité culturelle qui existe et qui se développe.
06:46Et, on y ajoute, ça c'est factuel, je ne dis pas que c'est du tout que c'était recherché, mais c'est factuel, on y ajoute une crise judiciaire.
06:54Et une double crise judiciaire.
06:56Parce qu'il va y avoir polémique sur les magistrats qui ont pris la décision.
07:00Mais, immédiatement, c'est écrit d'avance, il va y avoir aussi remise en cause de ce qu'on appelle le gouvernement des juges.
07:10C'est-à-dire qu'on va dire...
07:12Et ça, c'est ce qu'on entend à chaque fois qu'il y a une décision qui déplaît un politique.
07:16Exactement.
07:16On entend c'est le gouvernement des juges.
07:17Voilà.
07:17Mais oui, mais ça va se développer.
07:19Et, en particulier...
07:20Parce qu'en fait, c'est ça, les Français qui vous écoutent, Alain, et comme ceux qui écoutaient Henri Guénaud ce matin,
07:26ils se disent, ok, Guénaud, il nous dit, il y a un coup d'état judiciaire, j'ai plus confiance dans la justice de mon pays.
07:33Vous vous dites, attention, il va y avoir une défiance envers les juges.
07:35Si je suis convoqué, moi, ce matin, devant la justice, je dis quoi ?
07:39Je dis, je n'ai pas confiance en vous, je ne vous crois pas, je ne reconnais pas votre autorité, on va en arriver là, dans le pays ?
07:43Oui, moi, je ne vous ai pas dit que j'ai défiance vis-à-vis des juges.
07:47C'est exact.
07:48Je vous ai dit que les juges ont choisi l'interprétation la plus sévère avec l'application immédiate.
07:54C'est tout à fait différent.
07:55Je suis tout à fait conscient aussi que, bien entendu, ceux qui sont les plus allants pour voter des textes très durs
08:02contre les détenus, contre les coupables, sont ceux qui, aujourd'hui, se proclament les plus tristes et les plus incompréhensibles.
08:14Mais mon idée sur le gouvernement des juges, ce n'est pas du tout, moi, de mettre en cause le gouvernement des juges.
08:19Non, non, je parlais de l'opinion publique.
08:21C'est de me dire, si dans deux ans, il y a en France un gouvernement du Rassemblement National,
08:33s'il y a un gouvernement tout simplement de droite classique, dans ces cas-là, c'est évident qu'il va y avoir la remise en cause des pouvoirs de magistrats et du Conseil constitutionnel.
08:44Il va y avoir une bataille là-dessus, et c'est très dangereux parce que le Conseil constitutionnel, en France, dans nos institutions, c'est ce qu'on a de mieux.
08:53En trois mots pour conclure, Henri Guéno, il a dit qu'il faudrait le gracier au moins partiellement, au moins sur une partie de la peine.
08:58Il faudrait ça ou ça serait encore pire que le remettre et pire que le mal ?
09:02Déjà, les Français vont être persuadés, à tort, que ce qui se passe, c'est la preuve que les milieux politiques sont corrompus, ce qui n'est pas vrai.
09:11Et vous faites bien de l'appuyer.
09:13Et pour être plus précis, ce qui n'est plus vrai, parce que les lois sont extrêmement sévères, plus que dans aucun autre pays.
09:21Pour le reste, les décisions de justice sont ce qu'elles sont.
09:25En l'occurrence, elles m'attristent, elles m'inquiètent, mais je la respecte parce que c'est une décision de justice.
09:32Et c'est la justice des hommes. Merci beaucoup Alain Duhamel d'être venu.
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