Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 1 an
Jeudi 28 août 2025, retrouvez Thibault Prébay (Économiste indépendant et auteur) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Grégoire Favet.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Musique
00:00Nous sommes toujours en édition spéciale depuis les allées de Roland-Garros à l'AREF,
00:14la rencontre des entrepreneurs de France qui marque comme chaque année la rentrée du monde économique.
00:20Nous allons parler d'économie mais en parlant de démographie avant tout avec Thibaut Prébet qui est à mes côtés,
00:26aujourd'hui économiste et auteur indépendant.
00:28Bonjour Thibaut, bienvenue, on se connaît depuis longtemps, le monde des marchés, de la gestion d'actifs vous connaît évidemment depuis longtemps.
00:35Thibaut, vous êtes en train de finaliser un ouvrage sur la démographie, j'ai appelé l'interview « It's the Demography Stupid ».
00:42On avait l'habitude d'entendre « It's the Economy Stupid » mais on va parler de démographie avec vous.
00:48Déjà, pourquoi cette obsession pour la démographie Thibaut ?
00:51Alors quand j'ai commencé ma carrière, il y a bien longtemps, j'étais jeune, j'avais encore plus de cheveux,
00:54on travaillait chez Kylvest avec un économiste indépendant qui s'appelait François de Givry,
00:58quelqu'un de très brillant, et il disait toujours des trucs qui me paraissaient complètement débiles.
01:02Et à la fin, il avait toujours raison, il m'a parlé début 2000, des années 2000,
01:04qu'on aurait bientôt des taux à zéro en Allemagne, moi ça me paraissait mais complètement lunaire.
01:08On était à quoi ? 4% début 2000, c'est ça en Allemagne ?
01:10Et en fait, il disait mais en fait, vu la démographie, vu la baisse des naissances,
01:14c'est sûr qu'à un moment on arrivera à quelque chose de déflationniste et on devra mettre les taux à zéro en zone euro.
01:18Et en fait, je me suis rendu compte qu'il avait toujours raison.
01:21Alors le défaut de la démographie, c'est comme ça ne bouge pas très vite, on raconte un peu toujours la même chose,
01:24donc les gens se lassent, en revanche, en général, on a raison.
01:26Et donc je me suis dit, quand on n'est pas à deux mois, trois mois,
01:28ce qui quand on n'est plus sur les marchés au quotidien est inconfort,
01:31en général, la démographie donne les bonnes réponses et elle les donne très en avance.
01:35Et donc ça, c'est très intéressant. Il y a quelques années, on écrivait par exemple,
01:38dans un monde sans démographie, ce qui va marcher, c'est les nouveaux besoins.
01:41Et donc ça va être la tech, la santé.
01:42Et quand vous regardez le parcours depuis dix ans, c'est plus ça que l'industrie et le retail qui a marché.
01:46Donc vous voyez, ça vous donne des bonnes boussoles.
01:47Et donc j'ai toujours gardé ça avec effectivement le défaut qu'on a l'impression de radoter.
01:51Donc ça peut lasser, mais on a souvent raison, donc on est quand même réinvité.
01:54Et c'est un sujet passionnant.
01:55Et puis on prend un peu de hauteur.
01:57C'est absolument dans les marchés, on a toujours la petite actualité.
01:59Quand on prend la démographie, on a un autre avis.
02:02Donc voilà, c'est quelque chose qui m'a toujours accompagné et qui a toujours trouvé intéressant.
02:05Et j'ai eu envie d'écrire dessus parce que tout le monde en parle aujourd'hui.
02:08Il y a vraiment une effervescence sur le sujet qui est pourtant très prévisible pour des raisons qu'on pourra évoquer.
02:13En fait, on s'en rend compte toujours trop tard.
02:14Oui, il y a une forme de déni effectivement face à ces tendances lourdes, structurelles, démographiques ou un réveil un peu tardif.
02:21Juste pour continuer sur votre bouquin, la sortie est prévue en 26, c'est ça Thibaut ?
02:25D'accord, dans toutes les bonnes librairies en 2026 pour ceux qui s'intéressent à la démographie.
02:30Si on prend justement un peu de recul par rapport aux grandes tendances démographiques mondiales, on est sorti définitivement d'un super cycle démographique.
02:37C'est comme ça que vous le qualifiez, Thibaut ?
02:38Oui, mais alors on est sorti il y a déjà quelques temps.
02:40Ce qui est en train de changer, c'est qu'on est en train de sortir de la phase sympa.
02:43C'est-à-dire que moi, il y a un parallèle que j'aime bien faire, c'est l'idée...
02:46Donc super cycle démographique, c'est des taux de natalité qui permettent le remplacement des populations, etc.
02:50Quelque chose de dynamique de ce point de vue-là.
02:52Et comme la mortalité a beaucoup baissé, des très fortes hausses de population, donc du nombre de consommateurs, mais en même temps de la main-d'oeuvre, ce qui permet de ne pas avoir d'inflation.
03:01Et donc globalement, d'avoir tout le temps une épargne pour financer les besoins, enfin un truc qui s'auto-alimente.
03:06Vertueux quoi.
03:07Le problème, c'est que ça, ça a changé il y a longtemps.
03:09On est passé sous les deux enfants par femme, en l'occurrence les 2,1, parce que c'est un peu plus pour tenir compte de la mortalité infantile et du déséquilibre entre hommes et femmes.
03:16Il y a plus de femmes que d'hommes.
03:17En fait, ça a changé il y a longtemps. Pourquoi on ne l'a pas vu ?
03:19Moi j'aime bien faire un parallèle avec la cristallisation de Stendhal. Est-ce que vous voyez ce que c'est Grégoire ?
03:23Bon, Stendhal, il théorise un truc qui est la cristallisation, qui est de dire en fait que l'être aimé, vous le revêtez de qualité qui fait qu'il vous paraît sublime.
03:29Puis quand vous voyez un peu plus la réalité, c'est un peu emmerdant et parfois c'est un peu tard.
03:33Alors il faut aussi l'image, vous savez, de prenez un morceau de bois, vous le mettez dans de l'eau qui est en train de geler, ça fait des beaux cristaux.
03:38Puis quand ça fond, c'est moins beau.
03:40Péridgen aussi en parle.
03:41Alors l'idée c'est quoi ? C'est que si on prend l'exemple de l'Italie aujourd'hui par exemple, vous avez, comme l'Allemagne il y a 20 ans que tout le monde célébrait, une baisse de la natalité.
03:48Au début, vous avez de moins en moins de dépenses pour les gamins, donc pour le budget c'est plus cool.
03:52Dans le même temps, il y a un chômage qui se pète la gueule parce qu'il y a moins d'arrivants, plus de partants.
03:55Et donc ça a l'air super.
03:56Et puis au bout d'un moment, vous avez aussi de moins en moins de consommateurs, vous avez plus de seniors et de régimes à financer, ce qui vient à nouveau vous plomber votre déficit.
04:03Vous avez une économie comme l'Allemagne aujourd'hui qui enchaîne les récessions.
04:06Et là vous vous rendez compte que c'est pourri.
04:07Mais comme il y a 15 ans, au lieu de dire c'est la démographie qui est en train de nous aider, mais maintenant il faut préparer la suite, vous étiez content de dire c'est grâce à nos politiques.
04:14C'est grâce à nous.
04:15D'ailleurs regardez en 80 en France, on avait une démographie forte, ça allait nous aider à l'avenir.
04:19Et on était hyper envieux de l'Allemagne qui avait une démographie de merde en disant eux c'est des génies.
04:23Et donc en fait le temps qu'on s'en rende compte, qu'on ait un peu de lucidité, c'est trop tard.
04:26Et donc c'est la cristallisation.
04:27Et dernier exemple que j'aime bien prendre en 1980, 2% de chômage au Japon, 12% de taux de chômage aux Etats-Unis, plus fort et plus faible respectivement.
04:36Meilleure croissance des marchés financiers développés depuis les Etats-Unis, pire le Japon.
04:39Donc vous voyez qu'en fait ce truc sympa et économique démographique se retrouve dans la gueule très vite.
04:44Et donc voilà, il y a un devoir de lucidité et on commence à s'y mettre.
04:47Il n'est pas encore trop tard, mais typiquement en Italie, en Allemagne, on a une illusion qui s'est déjà retourné en Allemagne, qui va bientôt le faire en Italie et qui va bientôt commencer en France.
04:54Quand vous dites on commence à s'y mettre, qu'est-ce que ça veut dire Thibault ?
04:57C'est ce réveil tardif.
04:59Oui, mais c'est-à-dire, quelles sont les réactions que vous observez ?
05:02Les réactions de beaucoup de gens, en fait, c'est de se dire, ils ont deux possibilités.
05:04La première, c'est faire preuve de réalisme, ce qu'est en train de faire le gouvernement Bayrou une fois qu'il sait qu'il va sauter, où là on peut dire les choses, qui est de dire on a un problème démographique.
05:11Et donc là, il y a deux solutions.
05:13Une solution qui est pipo, qui est de dire on va relancer la fécondité.
05:15Ça marche dans zéro pays dans le monde.
05:17Pourquoi pipo ? Oui, on ne décrète pas, on le voit en Chine, on ne décrète pas deux, trois enfants.
05:21On a arrêté de l'enfant unique, on est passé à trois, la fécondité, elle a baissé, puis elle a baissé.
05:25La réalité, c'est que les gens font des enfants, ils ont envie de faire des enfants.
05:27Si vous leur interdisez, ok, ils n'en font pas.
05:28Mais si vous dites maintenant, faites-en, ils font ce qu'ils veulent.
05:31Et en plus, quand vous avez une population de plus en plus vieille, elle a quand même de plus en plus de mal à s'y remettre.
05:35Et puis, la planète, tout ça, il y a plein d'éléments.
05:38La fécondité, mais j'ai rien dans mon bouquin, je laisse un peu de...
05:40Oui, vous teasez, très bien.
05:41Mais le point, c'est de dire que ça, c'est la première manière de faire.
05:45La deuxième manière de faire, c'est de dire, c'est fini, maintenant, il faut faire des économies.
05:49Il faut accepter le fait qu'il y aura plus de seniors, donc on ne peut pas tout payer.
05:52Il y aura plus de retraités qui cotisent moins longtemps qu'avant, mais qui vont toucher beaucoup plus longtemps qu'avant.
05:57Il y a un moment, on partait à la retraite, on avait une espérance de vie à cinq ans.
05:59Quand vous arrivez à 25 ans d'espérance de vie quand vous allez à la retraite, ce n'est pas la même chose.
06:02Et donc, il faut accepter l'idée que la retraite, elle doit être plus basse.
06:04Donc, il y a plein d'efforts à faire, d'ajustements, peut-être un peu de retraite par capital.
06:08Il y a plein de sujets qu'il faut aborder, mais dire, non, non, mais ne t'inquiétez pas, on va faire repartir la croissance,
06:12comme font tous les partis politiques, c'est plus sexy.
06:15Mais c'est plutôt...
06:16Et donc là, on est au début de ce réveil tardif, au début de la prise de conscience, là, vous dites.
06:20En fait, si vous revenez dans ce truc...
06:22Je pense à la retraite, par exemple.
06:23Oui, moi, j'avais évoqué ce truc-là à l'époque du changement de système vers des systèmes de coalition en France.
06:28Et j'évoquais, vous savez, les stages of grief.
06:30Voilà.
06:30Je vous en avais parlé, d'ailleurs, sur votre plateau, j'étais dans les premiers à le faire, ça avait été pas mal repris.
06:33On est un peu dans la même chose sur la démographie, c'est-à-dire qu'on est dans la phase, pour l'instant, de déni.
06:37C'est-à-dire qu'on dit, il y a un changement démographique, t'inquiète, on va faire repartir le truc.
06:41Voilà, on a compris, voilà, on a une voiture, le moteur a cassé, mais ne vous inquiétez pas, je fais deux fils, ça repart.
06:45Et après, on va rentrer dans des phases qui vont nous amener jusqu'à l'acceptance, la phase finale, qui va être comment on s'adapte.
06:50Là, on n'en est pas là-dedans, on est à comment on inverse.
06:52Donc, ça ne marchera pas, mais ça montre déjà qu'on a compris qu'il y avait un sujet.
06:56Le seul problème, comme d'hab', c'est qu'on attend que ce soit trop tard pour voir qu'il y a un sujet, parce qu'au début, le sujet a l'air sympa.
07:02Oui, je comprends, c'est le fait.
07:03C'est ces espèces de courbes angi inversées, quoi.
07:05Au début, c'est sympa, et puis après, ça devient contre-productif, ça devient négatif, quoi.
07:09Regardez ce qui se passe en politique française.
07:11Tous les politiques disent, le chômage...
07:12Je regarde un peu, mais pas trop non plus.
07:15Mais quand on dit, le chômage baisse en France, depuis des années, tout le monde dit, c'est pas vrai, ces gifs sont pipeaux.
07:19Non, c'est vrai, mais c'est vrai partout, parce que si vous avez de moins en moins de gens qui arrivent et de plus en plus de gens qui partent,
07:24même dans une tendance neutre, le chômage va baisser.
07:27Donc, ce qu'il faut comprendre, c'est que si l'économie ne fait rien, le chômage va baisser.
07:30Il faut créer de moins en moins d'emplois pour voir le taux de chômage baisser.
07:33Et donc, plutôt que dire, c'est partout pareil, ça n'a rien à voir avec la politique, on essaie de le nier pour pouvoir le mettre sur la gueule.
07:38Mais c'est un mauvais calcul.
07:39Et donc, on est encore dans, quelque part, une forme de déni.
07:42Si le chômage a baissé aux US, c'est pas parce que les économies déroulent, c'est parce qu'eux aussi, ils sont là-dedans,
07:46et comme ils sont plus réactifs que nous et que leur économie va quand même mieux,
07:49pour le coup, sur une économie qui va un peu bien, ça va très vite en baisse du chômage.
07:53Mais, c'est pas une bonne nouvelle, parce que ça va nous amener à des populations qui se japonisent,
07:57ce qui est bon ni pour la croissance, ni pour le déficit, ni pour les taux.
08:00Vous voyez, c'est intéressant, c'est-à-dire qu'on a envie de se gargariser de trucs qui, en fait, plus un peu de la gueule d'avance.
08:03C'est trop tard, oui, c'est trop tard.
08:08Non, mais la japonification, oui, ça reste pour vous un thème pour nos économies développées.
08:11Et puis, ça reste un modèle, ou en tout cas, un exemple à avoir en tête.
08:15Maintenant, je fais des conférences, j'aime bien demander aux gens combien il reste de pays développés
08:18où on est au-dessus du seuil de renouvellement de la population.
08:20Vous pensiez qu'on a combien ?
08:21Pas beaucoup.
08:22Pas beaucoup, c'est quoi, c'est-à-dire ?
08:2410, 15.
08:24Oui, il y en a un.
08:25Un, c'est Israël, qui est quand même un pays très spécifique dans son conflit territorial, dans son côté religieux.
08:31Et même des pays comme le Brésil, le Mexique, on a un 60.
08:34C'est que dalle pour des pays qui étaient avant-vus comme des pays qui étaient religieux, qui étaient à 3, 4.
08:38Et ça, même pour l'immigration, c'est intéressant.
08:40Si vous immigrez dans un pays qui a la même natalité que vous, c'est pas la même chose que si c'est un pays qui a le triple.
08:44Donc, ça a beaucoup de ramifications qui sont intéressantes.
08:46Si on prend le prisme de l'entreprise, alors peut-être que l'entreprise a plus de lucidité sur ses sujets.
08:51L'entreprise qui a des clients, par exemple, peut-être qu'elle a la capacité à s'adapter plus vite.
08:55Comment vous regardez ces histoires et ces tendances démographiques par le prisme de l'entreprise ?
09:00Alors, ça peut être le monde du travail.
09:02Ça peut être aussi la demande finale que l'entreprise adresse.
09:05On y est complètement parce que, de toute façon, vous voyez bien que beaucoup d'entreprises ont lâché l'idée de la croissance pour les valider de la marge.
09:10C'est-à-dire que l'optimisation est devenue un vrai sujet, que la croissance organique,
09:13donc qui s'adresse à la croissance naturelle de la demande de la population, un truc qui disparaît de plus en plus.
09:18Et c'est maintenant l'acquisition de sociétés, justement, pour les gains de productivité, de marge, qui est devenue une stratégie.
09:23Donc, on voit bien que le monde de la croissance pure, il est réservé à quelques élites.
09:26Et du coup, quand il y a Nvidia qui arrive, c'est un ovni que tout le monde regarde parce que ce n'est plus la norme.
09:30Mais c'est un aveuglement.
09:32Alors, c'est un aveuglement ou du réalisme.
09:34Mais c'est comprendre qu'en tout cas, la croissance organique n'est plus la norme.
09:37Et que maintenant, c'est la marge ou la synergie, qui est un peu une autre forme de marge, qui va créer la chose.
09:41Et après, c'est très sectoriel.
09:42C'est-à-dire que si vous voulez gagner de l'argent dans la grande distribution avec un nombre de consommateurs qui va baisser,
09:48c'est très compliqué de voir comment ça va se faire.
09:49Parce que s'il y a moins de gens, vous n'allez pas consommer plus de vêtements, plus de nourriture.
09:53Par contre, si vous allez vers d'autres thèmes, la tech, la santé, là, vous voyez bien que les demandes vont exploser.
09:58Parce que la santé, c'est des besoins qui sont quand même plus basés sur la fin de vie.
10:02On le voit aujourd'hui avec des sujets comme Karmat qui cherche à lever des fonds, qui est une évidence absolue.
10:05La demande de gens qui ont des problèmes cardiaques.
10:07Qui est une évidence absolue, que Karmat cherche à lever des fonds, oui, c'est une évidence, mais pour de bonnes raisons.
10:11Mais que la demande va exploser.
10:13Parce que de plus en plus de gens ont des problèmes cardiaques quand vous avez une population qui vieillit.
10:16C'est complètement évident.
10:17Il a raison, Pierre Bastille.
10:18Bien sûr, l'idée que dans la santé, il y a des thèmes qui vont être très forts durablement.
10:22Parce que même si la population bête, les besoins en santé vont monter pendant encore plus de 50 ans.
10:26Et qu'ils vont être de plus en plus clairs.
10:28Et puis comme ils sont de plus en plus généraux avec des populations qui augmentent, c'est plus facile de les traiter, de généraliser quand la demande augmente.
10:33Donc les thèmes basiques de dire technologie, santé, valeur verte, en investissement, c'est plus vrai que jamais.
10:39Par contre, c'est vrai que si vous faites de la grande distribution, de l'investimentation ou de l'immobilier, face à une demande qui va baisser, ça va être quand même plus compliqué.
10:45Donc le mal, c'est quand même une baisse de la demande, mais c'est surtout une évolution de la demande qu'il faut anticiper, qu'il faut comprendre.
10:50C'est une baisse et une évolution.
10:52Mais c'est vrai que du coup, une entreprise, c'est typiquement vrai pour des rencontres comme celle d'aujourd'hui.
10:56C'est-à-dire, comment on adresse quand on est dans un marché où ça ne progresse plus ?
10:59Est-ce que c'est des nouveaux marchés, l'Afrique demain ou autre ?
11:02Est-ce que c'est un recentrage autour de la marge, un recentrage autour du haut de gamme ?
11:06Il y a tout plein d'interrogations qui sont légitimes, mais qui sont des interrogations pour 30 ans.
11:10Ce n'est pas du tout conjoncturel.
11:11Donc c'est vraiment des interrogations stratégiques que les entreprises doivent se poser aujourd'hui.
11:15Ce qui est d'ailleurs intéressant parce que ça fait 15 ans qu'on vous explique que tout est conjoncturel.
11:18Vous regardez le résultat de Target, le résultat de boîte américaine comme FedEx.
11:20On vous dit « mauvais trimestre pour FedEx ».
11:22Oui, ça fait 40 d'affilée parce que c'est structurel.
11:24Et donc aujourd'hui, la difficulté pour la lucidité de l'entrepreneur, c'est comprendre à quel moment quelque chose qui semblait conjoncturel toutes les années,
11:31est en fait structurel et que la réponse doit l'être.
11:33Vous avez gardé votre âme de gérant et d'investisseur.
11:36On en dirait un mot d'ailleurs des marchés, démographie et marchés.
11:38Mais démographie, endettement, je ne sais pas, les tendances démographiques, le vieillissement, etc.
11:43C'est plus d'endettement ou pas forcément ?
11:46C'est plus d'endettement, mais c'est surtout que l'endettement à la fin, il ne s'arrête pas.
11:49Donc il y a un moment où il faut juste un rééquilibrage.
11:50Et accepter l'idée que nous dire tous les ans que les retraites, c'est financé, c'est 60 ans.
11:53Tout le monde sait que c'est complètement débile.
11:55Et donc il y a un moment où il faut avoir le devoir de lucidité, de dire, bon, on aime bien, ça veut dire, ça, ça va être gratuit pour les seniors.
12:02Quand vous rendez les bus gratuits pour les seniors, ça veut dire que c'est les actifs qui payent.
12:06Ajouter des transferts des actifs vers les seniors, c'est la tendance, ça n'a aucun sens.
12:10Il va falloir renverser ça.
12:11Mais la grosse difficulté, qui est un des sujets que je traite dans mon livre, qui est un défi démocratique,
12:15c'est de dire, quand le plus grand nombre de votants sont les seniors, comment on réorganise les transferts des seniors vers les actifs ?
12:21Bien sûr.
12:21C'est hyper compliqué, puis il y a plein de ramifications, vous voulez gérer la retraite, vous voulez gérer les successions.
12:26Comment vous faites quand vous héritez à 70 ans ? Comment ça crée de la valeur, de la consommation ?
12:30Donc c'est vrai que redessiner tout ça, c'est des défis sociétaux qui, quand on n'arrive déjà pas à faire une confiance ou à voter une mille loi,
12:37va être un défi très important dans tous les pays occidentaux.
12:39On est en plein dedans.
12:40Donc est-ce que ça va avancer comme en Italie le jour où on est un peu au bord, au bord, au bord du gouffre ?
12:46Et là, ça avance.
12:47Et le problème, c'est qu'en France, je pense que nous, on n'est pas au bord du gouffre, on est à 50 km du gouffre.
12:50Oui, c'est ça.
12:51Donc où est-ce qu'on continue à rouler le temps qu'on soit prêt ? Où est-ce qu'on se dit que ça serait bien de faire avant ?
12:54Vu les différents discours, on n'est pas vraiment dans le discours de vérité.
12:57On est encore dans le discours de fantasme, de dire les jours heureux, tout ça.
13:01Donc voilà, c'est un sujet qui va jusqu'à la démocratie et qui va être très important et qu'il faut traiter de manière courageuse.
13:07On n'y est pas tout à fait.
13:08Et si on était courageux avant d'être à deux jours de la démission, ce serait plus facile et on n'y est pas.
13:12Bon, démographie et marché, ça c'est le dernier point qui nous intéresse avec vous.
13:18Thibaut, qu'est-ce que ça veut dire ?
13:19Alors vous avez déjà évoqué effectivement l'idée que la marge l'emporte aujourd'hui sur l'idée de la croissance interne pour les entreprises.
13:27Qu'est-ce que ça veut dire sur les marchés, sur les valorisations des actifs qui sont cotés ou non cotés d'ailleurs ?
13:32Oui, démographie et marché, ça dit quoi ?
13:34Ça dit que dans un monde qui aura de moins en moins de croissance, les actifs qui en ont ont beaucoup de valeur.
13:37Donc là, il est quand même très clair.
13:39Donc des PE plus élevés pour des boîtes qui ont de la croissance.
13:41Oui, mais ça après, c'est quand même déjà quelque chose qu'on voit.
13:44Même d'ailleurs des boîtes qui n'ont pas de croissance comme Tesla, quand les gens espèrent de la croissance, ça peut déjà être énorme.
13:49Donc l'espoir de la croissance devient déjà extrêmement fort, mais demande du capital.
13:54Et donc là, les États-Unis y arrivent.
13:55Nous, on le voit bien, on parlait du secteur de la biotechnologie ou autre qui est déserté.
13:57Recréer du capital pour des sociétés de croissance, ce n'est pas pour nous une évidence.
14:01Donc ça, c'est un premier point.
14:02Le deuxième point, c'est qu'il faut s'habituer à une macroéconomie plus compliquée, plus difficile.
14:07Mais les démographies et les marchés, ça nous dit quoi ?
14:09Ça nous dit aussi plus de régularité.
14:11C'est ça, moins de volatilité quand même dans la macro.
14:15Oui, moins de volatilité parce qu'en fait, quand vous vous réfléchissez, une économie qui est très forte, c'est une économie qui a beaucoup de chômage parce qu'il y a beaucoup d'arrivants sur le marché.
14:21Mais quand vous avez 10 de chômage, quand il y a un pet, tout de suite, tout le monde a peur de se faire virer, tout le monde arrête de consommer et vous créez des cycles très entretenus.
14:29Et il faut cette fameuse relance keynésienne qu'on a pris comme une théorie tout le temps, mais qui en fait devrait être ponctuelle comme la réponse.
14:37Mais quand votre économie, ce qui est le cas du Japon, elle a un chômage de 2, vous le voyez bien, les gens n'arrêtent jamais de consommer.
14:43Il y a toujours un petit filet quoi.
14:44Prenez 2022, 2022, ça va être très difficile boursièrement, mais les gens autour de vous, personne n'a peur de perdre son job parce qu'en fait, les boîtes n'arrivent pas à recruter.
14:51Donc si vous licenciez en 2008, vous savez que dès que ça repart, vous recrutez.
14:54Mais en 2022, une entreprise qui sait que s'il y a licencié, elle va galérer à recruter.
14:58Donc il n'y a pas eu de plan de licenciement.
14:59Donc quand il n'y a pas de plan de licenciement, les gens n'arrêtent pas de consommer.
15:01Donc en fait, votre creux économique, il est quasiment inexistant.
15:05Et vous voyez que l'économie du Japon, c'est exactement ça.
15:06Donc moins de pique et moins de creux quoi.
15:07C'est une économie qui est très régulière, mais avec une pente très faible, voire nulle, voire négative.
15:12Donc on est passé de sinusoïdes très importants en convergent vers des lignes plates, mais un peu mortes.
15:18Et donc ça, c'est un élément qui boursièrement va aussi générer de la régularité.
15:22Donc ça, c'est intéressant, mais avec des rebasculements effectivement vers des indices, avec des valeurs qui en fait font peu de chiffre d'affaires, mais beaucoup de croissance.
15:29Et donc en fait, toutes les valeurs chiffre d'affaires, elles disparaissent des indices.
15:32Je rappelle que j'aime bien le dire, dans les plus gros poids en termes d'emplois en Europe, vous trouvez Stellantis, Volkswagen, Carrefour.
15:40Oui, bien sûr, bien sûr.
15:41Vous trouvez à l'échelle mondiale de téléperformance.
15:42Oui, oui, Walmart, etc.
15:44Et boursièrement, c'est un peu différent parce que boursièrement, c'est bien reparti avec la partie digitale.
15:47C'est vrai.
15:47C'est peanuts.
15:48Et vous prenez les Général Electric et tout ça, ça n'existe plus.
15:50Non.
15:51Et vous prenez le chiffre d'affaires d'Nvidia, je veux dire, on est en train de parler de résultats à 50 milliards de chiffre d'affaires.
15:54C'est grotesque.
15:55Vous parlez du cloud d'Amazon qui reprend quasiment la totalité de la valorisation.
16:02Mais qui implique aussi de faire des paris parce que quand vous voulez prendre une boîte de croissance avant qu'elle soit trop chère, on en est encore là-dessus.
16:08Donc, ça veut dire un marché différent mais qui va, et à mon sens, c'est une des grandes règles actuellement, rester très thématique.
16:14C'est-à-dire que je pense que la thématique contrairement d'autres n'est pas une mode parce qu'un monde démographique touché est un monde où certains secteurs n'ont pas d'avenir.
16:20Et donc, l'idée des rotations de certains secteurs pas chers qui vont revenir, je n'y crois pas tellement.
16:25C'est fini. Ces mouvements-là, c'est fini.
16:27Oui, je pense qu'on va rester vers des secteurs, une vision très démographique sectorielle.
16:30Et vous voyez d'ailleurs, les secteurs qui marquent correspondent tout à fait à ces secteurs à potentiel démographique.
16:35Et les secteurs qui sont touchés sont les secteurs à grande difficulté démographique avec, en gros, le gros sujet qui va être l'immobilier.
16:43Bon, vous avez trouvé le titre du bouquin, Thibault ?
16:45Oui, c'est encore en discussion.
16:46D'accord, avec l'éditeur.
16:47Non, mais le problème, c'est que vous avez envie de faire des choses assez politiques.
16:50Mais la vie d'un livre, ça peut être 2-3 ans.
16:51Donc, si vous répondez à une thématique politique aujourd'hui, sur tous les gens qui font une belle saillie, comme encore fait le Premier ministre japonais sur la démographie.
16:58Qu'est-ce qu'il a dit ?
16:58Dans 6 mois.
16:59Non, mais vous savez, il y a toujours cette idée de drame silencieux qui est formulée de manière différente par plein de personnes.
17:04Voilà, de catastrophes mêlantes.
17:06Donc, tout le monde a un peu son oxymor sur le sujet.
17:07Oui.
17:08Mais la difficulté, c'est que si normalement, ça ne servira plus à personne.
17:10Voilà.
17:11Donc, en cours de débat, mais ce qui est sûr en tout cas, c'est que moi, mon vrai objectif là-dedans, c'est de m'intéresser au pluridisciplinaire.
17:17Ne pas limiter à un problème de retraite, ou un problème éco, ou un problème d'inflation.
17:20Ça touche tout.
17:21Mais c'est de voir tout ce que ça redessine.
17:22Donc, c'est un enjeu ambitieux.
17:24Mais je serais ravi que les électeurs accompagnent là-dessus parce que je pense que c'est un point qui doit tous nous faire réfléchir.
17:28It's the demography stupid.
17:30Merci beaucoup, Thibault Prébet.
17:32Merci, Régoire.
17:32Économiste et auteur indépendant avec nous depuis la rêve dans cette édition spéciale de Smart Bourse.

Recommandations