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  • il y a 3 mois
Mardi 30 juin 2026, retrouvez Jean-Pierre Petit (Président, Cahiers Verts de l'Économie) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Grégoire Favet.

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Transcription
00:01Générique
00:09Le dernier quart d'heure de Smartbourg chaque soir, c'est le quart d'heure thématique.
00:13Le thème ce soir, c'est celui de la méthode Walsh à la tête de la réserve fédérale américaine.
00:18Nous en parlons avec Jean-Pierre Petit qui est avec nous à distance, en visio, président des cahiers verts de
00:23l'économie.
00:24Bonsoir et bienvenue Jean-Pierre. Merci beaucoup.
00:26Alors on a un peu de recul peut-être, même pas un mois de recul pour parler de Kevin Walsh,
00:33de sa première intervention à l'occasion de la dernière réunion de politique monétaire de la réserve fédérale américaine.
00:38Le même Kevin Walsh va s'exprimer à l'occasion du symposium de Sintra qui se tient en ce moment
00:42au Portugal, organisé par la Banque Centrale Européenne.
00:45Qu'est-ce que vous comprenez quand même de sa feuille de route et au-delà de la mission qui
00:51a lui été fixée par Donald Trump de baisser les taux,
00:54on comprend qu'il y a quand même beaucoup d'autres choses dans le programme Walsh à la tête de
00:58la réserve fédérale américaine, Jean-Pierre ?
01:01Absolument Grégoire. D'abord je dirais que c'est un président de la FED potentiellement novateur et même peut-être
01:09rénovateur.
01:10C'est le sens de tous les groupes de travail qu'il a annoncé quand même, il y en a
01:14beaucoup, sur la communication, sur le bilan de la FED,
01:18sur la qualité des données macro quand même, sur toutes les problématiques, sur les implications de la tech américaine pour
01:25la productivité,
01:25on sait que c'est un grand thème aux Etats-Unis, et l'emploi, un cadre d'analyse plus solide
01:31sur l'inflation, ça fait beaucoup.
01:32Et aux Etats-Unis, quand on met des groupes de travail, c'est pas comme en France où en général
01:36c'est pour parler pour ne rien dire, enterrer le dossier,
01:40mais là-bas c'est en général, c'est quand même un signal pour, surtout quand on arrive, c'est
01:45un signal pour travailler les sujets.
01:47Donc je dirais que la première chose, c'est que c'est un président potentiellement novateur,
01:54ce qui n'a pas été trop le cas de Powell par rapport à Janet Yellen et Ben Bernanke,
02:00ce qui a été le cas de Greenspan après Paul Volcker.
02:03Il y a eu des présidents qu'on fait preuve de continuité,
02:08et puis il y a des présidents un peu novateurs, et lui il est potentiellement novateur,
02:12parce qu'il faudra quand même regarder les résultats, mais je trouve que c'est la première chose.
02:16Ensuite, on le sait, on l'a tout le monde a dit.
02:18Qu'est-ce qui vous intéresse dans le côté novateur de Kevin Warch ?
02:22Parce que bon, l'innovation pour l'innovation, pourquoi pas ?
02:25Où est-ce qu'il y a matière à être novateur aujourd'hui en matière de conduite de la politique
02:31monétaire,
02:32notamment quand on est à la tête de la plus grande banque centrale du monde ?
02:36Par exemple, s'il fait un gros travail sur la productivité,
02:39parce qu'on a une dynamique de productivité, depuis trois ans on a 2,3% de hausse de la
02:44productivité du travail,
02:47ça rappelle la fin des années 90.
02:49Alors ça veut dire que potentiellement, on a une possibilité de stabiliser,
02:55même de faire baisser les coûts unitaires salariaux, malgré une forte croissance.
02:59C'est ce qui s'est passé à la fin des années 90.
03:00Ça voudrait dire que si jamais c'était le cas, pour l'instant ce n'est pas le cas,
03:03pour l'instant il ne s'engage pas là-dessus.
03:06Mais on sait bien que le cycle de politique monétaire de la deuxième moitié des années 90 a aidé à
03:13la formation et au développement,
03:15non seulement d'une forte croissance, parce que je rappelle qu'on était à 4,3% de croissance pendant
03:19cinq ans quand même en moyenne,
03:21hausse de la productivité de 2,5%.
03:25Inflation au sens de Corpici, c'est-à-dire le déflateur, je ne reviens pas trop sur les détails,
03:30mais c'est l'inflation sous-jacente, le meilleur indicateur pour la Fed, c'est le Corpici,
03:35c'est le déflateur de dépenses de consommation sous-jacente, c'est un peu technique,
03:39mais enfin c'est l'indicateur préféré de la Fed, il était sous les 2% pendant quatre ans.
03:44Et c'est ce qui a permis et autorisé l'amplification de la bulle Internet.
03:50Je rappelle que la Fed, malgré cette forte croissance, a baissé ses taux par trois fois en 1998 par exemple.
03:58Donc voilà, tout ça pour dire que c'est un point extrêmement important.
04:02Ensuite, il y a la communication, la transparence, parce que le moins qu'on puisse dire, c'est que là
04:07ça a déjà changé,
04:08puisque le communiqué publié à l'issue du FOMC, il est très court, il n'est pas tellement analytique,
04:16et il a supprimé la forward guidance quand même.
04:19Et ça donc, il a supprimé quelque chose qu'avait vraiment mis en place Ben Bernanke au début de son
04:25mandat,
04:26enfin surtout au moment de la crise de 2008, lorsqu'il avait dit la forward guidance,
04:30maintenant c'est un instrument de politique monétaire, les taux d'intérêt vont rester très bas,
04:36et il a même dit à un moment que les taux d'intérêt resteraient très bas jusque dans le courant
04:412013.
04:42Oui, bien sûr.
04:42Donc il y avait presque, enfin je veux dire, tout était fait pour vraiment lisser les anticipations
04:47et faire en sorte qu'il n'y ait pas de choc de taux, de remontée des taux trop brutales.
04:53Et c'est le bon moment, Jean-Pierre, pour arrêter cette forward guidance mise en place par Bernanke,
04:59mais forward guidance qui notamment ces dernières années a été passablement fragilisée,
05:05si je puis dire, pour ne pas dire trahie même, par ceux qui ont employé cette forward guidance.
05:11C'est-à-dire le moment de l'enterrer définitivement là, Jean-Pierre ?
05:14Non, je ne pense pas. Je pense que là-dessus, il aurait dû faire un peu plus profil bas, je
05:18pense.
05:18Parce que le risque évidemment, c'est que si vous supprimez un instrument de lissage des anticipations de taux futurs,
05:27vous risquez d'augmenter la dispersion des prévisions de taux sur les marchés, et donc d'augmenter la volatilité.
05:33Et si vous augmentez la volatilité sur les taux, vous risquez aussi d'augmenter la volatilité sur l'ensemble des
05:39marchés d'actifs.
05:40Vous risquez d'augmenter la prime de terme aussi.
05:43Voilà, donc il y a un peu un danger là-dessus.
05:45C'est pour ça que c'est, à mon avis, il y a été un peu trop franco là-dessus.
05:49Alors, il recommande aux autres membres du banc de continuer à livrer leurs projections à l'occasion du SEP, leurs
05:58dots, etc.
05:58Pour l'instant, il les a encouragés à continuer à le faire.
06:03Oui, alors ça, là-dessus, ça a été mal.
06:04Il ne peut pas tout remettre en cause.
06:08Greenspan avait déjà amélioré.
06:10Parce qu'avant Greenspan, il n'y avait même pas de communiqués, il n'y avait pas de conférences de
06:14presse.
06:15Il n'y avait même pas de guidage des anticipations.
06:17Donc, il y a eu un progrès.
06:18Il ne remet pas en cause tout ce qu'a fait Greenspan.
06:21Mais en fait, il revient sur le Greenspan des années 90.
06:24C'est-à-dire, si vous m'avez compris, c'est que je me suis mal exprimé.
06:28Donc là, pour l'instant, il est sur l'ambiguïté constructive.
06:31Mais je pense que, bon, là-dessus, il aurait pu être un petit peu moins...
06:37Mais il veut marquer aussi, parce qu'il arrive.
06:39Il veut quand même montrer que c'est un peu lui le patron.
06:43Alors, il écoute les autres.
06:44Il met en place des groupes de travail.
06:46Mais il a des convictions sur lesquelles il se prononce assez nettement.
06:51Voilà.
06:52Alors, le truc aussi très important, mais je le disais tout à l'heure,
06:56c'est la productivité.
06:58Et d'ailleurs, il a rendu hommage à Greenspan, qui est décédé récemment.
07:03Et donc, ça semble...
07:05C'est la partie un peu doviche de son intervention.
07:08C'est-à-dire qu'il semble accrédité un peu,
07:11même si, pour l'instant, il dit qu'il faut se calmer,
07:13il faut attendre encore.
07:15D'autant qu'il y a un petit peu d'AI inflation.
07:17Donc, c'est pour ça que c'est un petit peu difficile avec le prix de l'électricité.
07:21Oui, je l'ai trouvé quand même, dans sa prise de parole,
07:23sa conférence de presse, on lui a posé la question.
07:25Alors, l'IA, est-ce que choc d'offres, choc de demandes, etc.
07:29J'ai trouvé qu'il était quand même moins affirmatif
07:32que dans les propos qu'il avait pu tenir les mois précédents,
07:35quand il n'était pas encore nommé président de la Réserve fédérale américaine.
07:39Il a voulu ménager quand même le consensus.
07:43Oui, absolument.
07:44Parce que dans les phases d'innovation technologique,
07:47il y a toujours des tensions.
07:48Il faut le savoir.
07:50Quand la voiture automobile,
07:52quand l'automobile s'est développée dans les années 20 aux États-Unis,
07:55il y a eu des tensions sur le prix de l'essence.
07:57Quand l'aviation civile a progressé dans les années 50 et 60,
08:01il y a eu des tensions sur le kérosène.
08:02Enfin, voilà, c'est normal.
08:03Là, il y a des tensions sur l'électricité.
08:05Ça, c'est indéniable.
08:06Il y a des tensions aussi sur le prix des semi-conducteurs.
08:11On le voit.
08:12Les prix à l'import, notamment des semi-conducteurs importés de Corée,
08:16augmentent.
08:17La mémoire RAM.
08:18Les produits électroniques, d'une manière générale.
08:20Simplement, ce qu'on voit, c'est que l'électricité,
08:22c'est 2,5 % de l'indice.
08:25Les produits électroniques, les services IT,
08:29si je me souviens bien, c'est 1,7 %.
08:31Donc, pour l'instant, il n'y a pas le feu.
08:33C'est un impact maximum de 0,2 %.
08:35Le grand pari, c'est évidemment de générer des gains de productivité,
08:39que les gains de productivité soient redistribués même à l'extérieur
08:43des producteurs de l'IA, d'une certaine manière,
08:46et que tout ceci se diffuse.
08:49Et ça, c'est beaucoup plus important que les petits chocs d'offres
08:53qu'on vient de signaler.
08:55Parce que là, c'est la meilleure chose pour contenir les coûts unitaires de production.
09:00Et donc, pour favoriser l'augmentation de la croissance potentielle.
09:04Combien de temps la FED peut patienter ou se montrer patiente
09:08par rapport à ce risque ou cette possibilité, effectivement,
09:11d'un choc de productivité majeur ?
09:14Face à des petits chocs d'offres sans importance,
09:17comme vous dites, Jean-Pierre,
09:18mais quand même qui s'accumulent.
09:20Hormuz, peut-être que l'affaire est passée,
09:22mais il y a quand même sans doute encore quelques cicatrices devant nous.
09:26Les highflations, vous l'avez cité.
09:29Il y a quand même un enchevêtrement de sources d'inflation
09:35qui peut justifier une forme de vigilance.
09:39Je parlais de l'accord PCI tout à l'heure.
09:41L'accord PCI est au-dessus d'eux depuis quand même maintenant 5 ans et demi,
09:46depuis le début de 2021.
09:47Ce n'est pas un sujet de la semaine dernière.
09:50C'est un sujet qui est objectivement un peu préoccupant
09:56par rapport à son mandat de stabilité des prix,
10:00même s'il y a toujours l'autre partie du mandat,
10:02la croissance et l'emploi.
10:04D'ailleurs, tu parlais tout à l'heure des DOTS.
10:07Il a laissé les DOTS.
10:08Les DOTS remontent un peu les prévisions de taux à moyen terme.
10:13Et les prévisions aussi.
10:16Les prévisions d'inflation pour 2026 et 2027,
10:20elles ont été augmentées.
10:21Donc, il laisse ces choses-là se faire.
10:26Et il sait très bien que maintenant,
10:28les futurs price une hausse des taux directeurs d'ici la fin de l'année.
10:34Donc, tout ça, il le laisse faire.
10:36Et donc, ça, c'est la partie un petit peu court terme
10:40qui est peut-être la moins intéressante du point de vue intellectuel,
10:44mais qui est la plus opérationnelle du point de vue de la stratégie d'investissement.
10:47Ça, c'est un point important parce que, je le disais tout à l'heure,
10:51durant la bulle Internet, la Fed a eu un comportement,
10:55objectivement, je crois qu'on peut le dire ex poste,
10:57c'est toujours facile de le dire ex poste,
10:58mais objectivement trop accommodant.
11:00Elle a commencé à resserrer seulement à partir de juin 1999.
11:04Il faut le savoir.
11:05Et donc, c'était un peu trop tard.
11:06Alors, évidemment, elle a des excuses parce qu'il y a eu la crise asiatique.
11:09Il y a eu la faillite de LTCM en 1998.
11:12Il y a eu le défaut russe.
11:13C'était des chocs qui faisaient craindre.
11:14Moi, je m'en souviens.
11:15Je travaillais dans une grande banque.
11:17C'était des chocs qui faisaient penser à un risque déflationniste.
11:21Alors, donc, elle prenait des précautions par rapport à ça.
11:23Puis, il faut bien reconnaître que l'inflation était sous la cible.
11:25Donc, elle pouvait le faire.
11:26Voilà.
11:27Mais ça, on n'est pas dans ce cas de figure aujourd'hui.
11:30Parce qu'on est au-dessus de la cible.
11:32Et je pense que la Fed va resserrer.
11:33Mais je pense qu'aujourd'hui, la Fed va resserrer.
11:36Non, non, mais on entend bien.
11:37Le marché commence à l'anticiper.
11:39Il nous reste une minute, Jean-Pierre.
11:41Sur l'affaire Hormuz, là, est-ce que toi aussi,
11:44tu as été surpris par la vitesse à laquelle les prix du pétrole
11:47ont normalisé la situation ?
11:50Oui, parce que notre prix du baril sur le quatrième trimestre d'équilibre
11:55est à 72 et là, on y est pratiquement.
11:57Donc, ça a été un peu plus rapide que prévu.
12:02Et ce, d'autant qu'il faut reconstituer les réserves stratégiques
12:05et puis qu'il va y avoir des tensions.
12:07On sait très bien, on s'est donné 60 jours pour le protocole d'accord.
12:11Mais on sait qu'il va y avoir des tensions assez récurrentes.
12:14D'ailleurs, il y en a eu déjà plusieurs exemples.
12:17On est dans une logique d'apaisement, ça, c'est indéniable.
12:20Et d'ailleurs, on est dans cette logique depuis le 8 avril,
12:23depuis le premier cessez-le-feu.
12:25Et là, c'était renforcé, évidemment, par le protocole d'accord.
12:28Mais cette histoire de tension entre l'Iran, les États-Unis et Israël
12:32n'est pas terminée.
12:34Donc, il y aura forcément des tensions au-delà même des 60 jours.
12:36Parce qu'il y a quand même un certain nombre de dossiers
12:38qui ne sont pas résolus, y compris le stock d'uranium enrichi,
12:43le potentiel d'enrichissement futur.
12:44Enfin, bon, bref, sans parler des missiles balistiques, etc.
12:47Des choses qui ne sont même pas dans le protocole d'accord.
12:50Ça a été un peu rapide.
12:52C'est pour ça que là, actuellement, je suis plutôt pour la stabilisation,
12:56voire des petites...
12:57Parce que la demande mondiale risque d'être un peu plus forte
13:02que ce qui était prévu également.
13:03Parce que la croissance américaine tourne plutôt à 2,5.
13:06La Chine résiste à 4,5.
13:08Et puis, la zone euro qui était à zéro au premier semestre,
13:11grosso modo, va remonter un peu.
13:13Donc, au total, voilà.
13:14C'est pour ça que sur le prix de pétrole d'équilibre,
13:17il faut être un petit peu plus prudent.
13:19Je ne pense pas qu'on retrouve un prix d'équilibre
13:21à 60 dollars dans les prochaines semaines.
13:23Merci beaucoup, Jean-Pierre, pour ce petit point d'étape.
13:25Merci, Grégoire.
13:26À mes parcours de cette année 2026,
13:28Jean-Pierre Petit, qui était avec nous à distance,
13:30le président des Cahiers Verts de l'économie,
13:31invité de Smart Bourse ce soir.
13:35Sous-titrage Société Radio-Canada
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