- il y a 7 mois
« Les Experts sans frontières », c’est le rendez-vous qui nous fait sortir de notre bulle. Chaque vendredi de 18h à 19h sur BFM Business, des experts étrangers installés en France analysent les grands débats de la semaine avec un œil neuf, détaché des prismes franco-français. Finances publiques, réformes, réarmement de l’Europe, choix politiques, international… Leur regard extérieur éclaire, questionne et parfois secoue. Un décryptage sans frontières pour mieux comprendre les grands enjeux du moment.
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00:00BFM Business présente
00:02Les experts sans frontières
00:07Guillaume Poirier
00:10Allez 18h15, ils sont là comme tous les vendredis, bien sûr nos experts sans frontières jusqu'à 19h pour refaire l'actualité internationale du jour, des derniers jours et des prochains jours.
00:19Anticipons, on ne sait jamais, avec nous sur le plateau Hélène Kouns. Bonsoir Hélène, bienvenue professeure à l'INSEC Paris.
00:24Louise Corradin est avec nous, bonsoir Louise. Bienvenue correspondante en France du journal argentin La Nation.
00:30Anna Navarro est avec nous, bonsoir Anna. Bienvenue journaliste portugaise basée à Paris.
00:34Puis Nicolas Zabodji est avec nous, bonsoir Nicolas. Bienvenue correspondante économique du Frankfurter Allgemeine de Saint-Tung à Paris.
00:41Merci à toutes et à tous d'être avec nous ce soir en plateau.
00:44Donc c'est un discours, on le disait, qu'on n'oubliera pas de sitôt, qui nous a franchement interloqué aujourd'hui.
00:50Un discours qu'a prononcé le chef d'état-major des Arnémées françaises, le général Thierry Burkart.
00:55Il était venu pour parler des menaces qui guettent la France.
00:58Il y a un pays qui est revenu régulièrement dans son discours, c'est la Russie.
01:02Écoutez ce qu'il disait ce matin à Paris.
01:05En fait, le risque de guerre en Europe, c'est pas qu'il existe, c'est qu'en fait il est déjà là.
01:10En fait, il y a déjà la guerre sur le continent européen.
01:13Soyons bien clairs, c'est pas parce que c'est au-delà de la frontière de l'article 5 qu'il n'y a pas la guerre en Europe aujourd'hui.
01:17Mais la guerre en Europe, elle est là, sous nos yeux.
01:20Et je vous l'ai dit, avec des jours où il y a plus de 1000 morts.
01:24C'est ça la réalité.
01:25La deuxième chose, c'est que la Russie, dans ses intentions, au-delà de sa déclaration de faire la France de son adversaire principal,
01:32en fait, cette menace-là, elle est quand même présente.
01:34La Russie, elle est partie prenante de toutes les menaces que je viens de décrire depuis le début de la fin.
01:41Et elle constitue à ce titre une menace, ou presque toutes, une menace durable, proche, et qui est pour moi la plus dimensionnante.
01:49Je peine à discerner quelles pourraient être les portes de sortie ou de stabilisation à court terme.
01:55J'estime même qu'on est plutôt face à quelque chose que j'appelle les effets cliquets.
01:58C'est-à-dire qu'il y a des étapes qui sont franchies, et c'est comme si un peu, il n'y aurait pas de retour en arrière, et je pense que c'est un peu la réalité.
02:06Je pense qu'il ne faut pas qu'on s'attende à un horizon visible, à un retour en arrière.
02:10Et donc, ce n'est pas la peine de se dire, je vais faire le dos rond, et en fait, ça reviendra un peu comme avant, et je pourrais reprendre mon business pour gérer les affaires.
02:16Je pense qu'il y a vraiment un effet cliquet, et donc, il faut plutôt se préparer à gérer le monde tel qu'il est aujourd'hui, face à nous, c'est la réalité.
02:23Voilà le discours très cru, mais très vrai, du général Burkhard, qui dit que la Russie a désigné la France comme son premier adversaire en Europe.
02:31La Russie possède tous les attributs d'un État totalitaire. A l'horizon 2030, elle constituera une véritable menace.
02:37L'objectif de Poutine, clairement, c'est, je cite, affaiblir l'Europe et démanteler l'OTAN.
02:42Général Buchler dit que la Russie a désigné la France comme son premier adversaire en Europe.
02:46C'est toute l'Europe qui doit se sentir visée par ce que dit le chef d'état-major des armées.
02:50Oui, certainement, ça fait badaboum, comme déclaration, évidemment.
02:57En même temps, il y a du vrai, effectivement, surtout après certains agissements un peu étranges de la France,
03:05ou peut-être ambigus dans le sang.
03:10Donc, c'est un pays qui est un peu dans la ligne de mire de la Russie.
03:13Mais de là à dire que la Russie va démanteler l'OTAN, sûrement.
03:17Chercher à démanteler l'OTAN.
03:20Absolument, sûrement.
03:21Surtout depuis qu'ils ont démantelé le pacte Varsovie à la fin du siècle dernier.
03:26Mais quand même, cette montée en puissance de la présentation de la Russie
03:31comme une menace qui peut venir envahir les pays européens jusqu'à la France, par exemple,
03:37elle semble envahir aussi peut-être une menace réelle.
03:40et semble peu réelle, en fait, en réalité, parce que, bon,
03:45c'est faire tant de milliers de kilomètres, avec quelle armée, avec quel moyen, avec quelle logistique,
03:50avec quelle administration derrière pour assurer la conquête, l'administration des pays et des terrains conquis.
03:58Il y a des choses très pratiques qui ne sont pas mises en évidence par les militaires,
04:01qui préfèrent mettre en avant le côté politique,
04:03parce qu'il y a quand même un avantage dans cette désignation de la Russie comme ennemie de l'Europe et de la France,
04:09c'est donner le motif, la raison pour le réarmement de l'Europe.
04:13Sinon, autrement, nous sommes tellement habitués à ne pas dépenser militairement
04:17que personne ne va l'accepter.
04:18Donc là, on dit, attention, il y a un loup, il est aux portes de la bergerie, il faut faire quelque chose.
04:23Mais il y a aussi quelque chose d'un peu infantile dans la façon dont ce danger est présenté.
04:29Personnellement, j'aime, parce que c'est vraiment faire fi de l'intelligence des citoyens européens.
04:35Nicolas Zabogi, donc le Frankfurter Allgemeine Zeitung à Paris.
04:38Est-ce qu'en Allemagne, dans la presse allemande, depuis ce matin,
04:40comment est-ce qu'on a réagi à ce discours du chef d'état-major des armées ?
04:43Est-ce qu'on a sourcié en l'entendant ? Qu'est-ce qu'il s'est dit ?
04:47Tout à fait. Honnêtement, c'est rien d'exceptionnel, rien de complètement nouveau.
04:51Non, mais c'est dit avec une franchise, avec une dureté auquel le grand public n'est pas...
04:57Il est intervenu sur toutes les grandes chaînes d'informations françaises ce matin.
05:00Certainement, mais je veux souligner que depuis des mois déjà, en Allemagne,
05:04on parle beaucoup de cette année 2029,
05:06où il y a réellement le risque, la menace d'une invasion de la Russie,
05:10en Liturgie, en Allemagne, peut-être même en Pologne,
05:13donc en Europe de l'Est, en Allemagne surtout aussi.
05:18Et la menace est déjà là.
05:21Je veux aussi ajouter que la menace, c'est rien de quelque chose théorétiquement.
05:26C'est déjà dans l'espace, dans le spatial, c'est déjà dans la mer du Nord,
05:29c'est avec des drones aujourd'hui dans le cyber qu'on voit ce que la Russie fait.
05:35Et on peut parler, oui, déjà d'une guerre.
05:38Aujourd'hui, ça secouait le grand public.
05:40Vous dites que chez vous, en Allemagne, on est déjà plus sensibilisés à cette menace.
05:43Aujourd'hui, malheureusement, après tout le monde part en vacances maintenant.
05:49Peut-être, non, je ne veux pas exagérer,
05:51mais peut-être que c'est malheureusement le dernier été
05:53où on peut partir en vacances comme ça.
05:55Donc il faut une prise de conscience au grand public
05:57qui a commencé, bien sûr, qui n'est pas encore là.
06:01Qui n'est pas encore totalement établi.
06:02On a le sentiment vraiment que la menace est extrême.
06:05Alors, Louis Scoradini, l'Argentine n'est pas aux avant-postes par rapport à l'Allemagne.
06:10Mais écoutez, moi je suis à l'Argentine.
06:13C'est aussi depuis 25 ans et Poutine en particulier.
06:15Donc je peux vous dire que ce qu'a dit le Général, c'est absolument vrai.
06:21Et que c'est vrai.
06:23Encore une fois, c'est le fait qu'il l'ait dit aujourd'hui,
06:25que ce soit lui qui l'ait dit, plus qu'un politique et sur toutes les grandes chaînes d'information aujourd'hui.
06:30Lui, il l'ait dit aujourd'hui.
06:34La semaine dernière, il y a eu le patron de la DGCE,
06:38donc des services secrets français,
06:43qui a aussi pris la parole et qui a dit exactement la même chose.
06:47Et bon, il ne faut pas oublier que dimanche, le Président va annoncer des projets et des augmentations,
06:55probablement des budgets pour les armées.
06:59C'est-à-dire que l'occasion a été choisie justement pas que pour l'augmentation des dépenses de la défense à France,
07:08mais il y a aussi les 5% qu'ils ont décidé et accepté à l'OTAN.
07:15Et donc c'est vrai que les Français vont devoir accepter cette dépense supplémentaire
07:21qui est quand même assez importante et consistante.
07:24Hélène Kuhn, c'est ce que Donald Trump ne nous a pas rendu un grand service finalement.
07:28Et ce que nous a dit aujourd'hui le chef d'état-major des armées va dans le sens de Trump,
07:31qui nous pousse justement à pousser nos budgets de défense à 5% du produit intérieur brut, on le rappelle.
07:35Oui, mais malheureusement, l'administration Trump trahit quand même ce qui était convenu au départ
07:42et met l'Europe dans une situation très difficile.
07:46Alors les états-major américains sont actuellement réellement défaillants.
07:50Et il y avait une séquence la semaine dernière et cette semaine qui le démontre.
07:55Le Pentacron a mis une pause sur la livraison des armes à l'Ukraine.
08:00Très bien.
08:00On en demande à Donald Trump.
08:03C'est bien vous qui avez pris cette décision d'en demande à Donald Trump.
08:07Dans son cabinet, il dit, ah ben, non, non, moi j'envoie les armes.
08:11OK.
08:12Donc le lendemain, il y a un autre journaliste qui dit,
08:15ben, c'est donc, qui a dit oui sur cette pause en livraison d'armes ?
08:20Il a dit, c'est pas moi.
08:22Dites-moi qui c'est alors.
08:23Il rétorque au journaliste, c'est quand même incroyable.
08:25Et donc la suite était terrible.
08:27Il a dit, mais depuis hier, monsieur, alors c'est le surlendement, avez-vous trouvé qui a donné l'ordre ?
08:34Et il dit, ben, c'est pas moi.
08:36Vous voyez, c'est quand même, on est dans une situation incroyable aux États-Unis.
08:40Incroyable.
08:40Sur le parti Défense, avec un ministère de Défense qui n'est pas sérieux sur le poste,
08:46au vu des enjeux, Pete Hexeth.
08:48Donc, je suis réellement navrée en tant qu'Américaine de voir une situation pareille se produire chez moi.
08:54Alors avant, on avait des personnes compétentes.
08:56Oui, effectivement, tous les repères sont...
08:58Concernant cette barre des 5% du produit intérieur brut, est-ce que c'est acquis en Allemagne, Nicolas ?
09:05Est-ce que ça va se faire ?
09:06J'espère.
09:08Heureusement, l'Allemagne a des capacités.
09:10L'Allemagne n'a pas dépensé comme la France ces dernières années.
09:13Donc, on a maintenant, bien sûr, un grand atout, c'est d'avoir la capacité de mobiliser ces milliards
09:18qui ont été annoncés par Merz.
09:19Oui, l'Allemagne, là, je suis plutôt optimiste.
09:21Pour la France, malheureusement pas.
09:23Quand vous voyez ce qui s'est passé à quelques heures entre la France et l'Angleterre,
09:26rapprochement dans le domaine nucléaire notamment, est-ce que vous dites...
09:30Est-ce qu'on ne peut pas se poser la question de savoir pourquoi l'Allemagne ne s'embarque pas
09:32aux côtés des Français et des Anglais aujourd'hui ?
09:35Voilà, on a l'impression d'un cavalier seul de l'Allemagne en matière de réarmement aujourd'hui.
09:38Est-ce que c'est...
09:39J'espère pas que c'est...
09:41Alors, moi, j'ai plutôt l'impression que Merz et Macron, ça, c'est bien, on travaille ensemble.
09:48Et après, oui, Merz et Starmer...
09:51Alors, je vois pas un conflit, là.
09:54C'est important que tout le...
09:56Bien sûr, tout le monde se mette ensemble, mais là, je vois pas un conflit.
10:00Ok.
10:00Louise ?
10:01Non, d'abord, nous sommes en train de parler de la Grande-Bretagne et de la France,
10:05ce sont deux puissances nucléaires, c'est pas le cas de l'Allemagne.
10:09Mais je suis absolument convaincue qu'en Allemagne, ça a été cet accord très, très bien accueilli.
10:15Parce qu'en fait, c'est un pas de plus vers une défense européenne que c'est que,
10:23si je ne me trompe pas, Merz, le chancelier allemand, demande depuis qu'il est arrivé.
10:28Mais en ce qui concerne les 5%, il y a quelque chose qui est intéressant.
10:34Il faut dire qu'ils ont accepté, les membres de l'OTAN, d'augmenter les dépenses au 3,5% qu'est pour la défense.
10:45Mais le reste, les 1,5% restants, c'est tout ce qui a trait à la défense.
10:53C'est-à-dire, on peut construire des autoroutes, on peut construire des hôpitaux, on peut construire des ponts.
11:01Ça a été vraiment une décision assez intéressante, ou bien une trouvaille assez intéressante
11:09de la part du secrétaire général de l'OTAN, Marc Routet, et de ses équipes.
11:13– Encore une question, Nicolas, sur l'Europe.
11:16Je ne sais pas si vous avez suivi les mois qui a suscité chez certains l'idée que l'Allemagne puisse se doter de l'arme nucléaire.
11:24Vous avez vu que ça a suscité un certain débat en France.
11:26Comment est-ce que vous avez regardé ce débat ?
11:28Et les réactions que cela pouvait susciter, finalement, aujourd'hui encore, en 2025, 80 ans, après l'armistice de 1945 ?
11:36– Alors, c'est une discussion, c'est très sensible.
11:39Je pense à ce stade, on peut dire qu'il y a des négociations qui ne sont pas connues,
11:43et c'est peut-être une bonne chose, c'est pas tout le monde, c'est tout le monde, etc.
11:47Alors, à ma connaissance, il y a des discussions très sérieuses entre Macron et Merz.
11:54Et une solution qui est possible, ça pourrait être de définir plus précisément,
11:58ça veut dire quoi la dissuasion nucléaire de l'armance,
12:02alors comment l'Allemagne pourrait être protégée.
12:06Et après, peut-être d'avoir un compromis que, oui,
12:11il n'y a plus de concrétisation sur la dissuasion nucléaire de la France,
12:14et l'Allemagne fait peut-être beaucoup plus dans les sujets conventionnels.
12:22Donc là, on travaille ensemble, et d'ici, fin août,
12:25où il y aura ce conseil des ministres entre la France et l'Allemagne,
12:29je pense qu'il y aura des projets concrets.
12:31– Ça sera du temps long, de toute façon, si l'Allemagne devait se doter de l'arme atomique,
12:34ça se compte en dizaines d'années, finalement.
12:36– Non, peut-être pas, peut-être pas avec l'avancement technologique actuel.
12:41Mais c'est une question politique, de politique internationale,
12:46qui ne peut pas être balayée sous le tapis, évidemment.
12:49Deuxième chose, le fait que la France commence à étendre pas la plus nucléaire français
12:54à l'Allemagne ou à l'Europe, l'idée est dans l'air.
12:57Qu'elle puisse avoir une collaboration avec l'Angleterre est un peu stupéfiant,
13:01puisque l'Angleterre ne peut rien faire sans la double clé américaine.
13:03– Oui, sous la gérance américaine.
13:05– Donc, il y a peut-être quelque chose à voir là-dedans,
13:08mais peut-être pas fait juste pour les effets d'annonce.
13:11Parce qu'en France, il y a vraiment, mais vraiment,
13:14une énorme résistance à cette idée du partage du nucléaire français,
13:19qui est la clé de vote de la défense française,
13:22et qui est la clé de vote aussi de la position de la France dans le monde.
13:26Donc, effectivement, il y a quelque chose à voir
13:28qu'on ne peut pas ajuster à la légère en disant
13:30« Ah, c'est une bonne idée, allez, on va de l'avant ».
13:32Non, quand même, il faut quand même un peu plus de préséance
13:34et un peu plus de réflexion et de garde-fou, évidemment.
13:39– Voilà pour ce discours, oui, vous voulez rajouter un mot ?
13:42– Non, non, je voulais juste signaler
13:44que l'accord qu'ils ont annoncé hier parle juste de coordination.
13:49– De coordination, absolument.
13:50– Ça, c'est très important.
13:51– Même là, même là.
13:51– Et puis…
13:53– Le ton n'était pas le même du côté de Paris et de Londres, d'ailleurs, à ce sujet.
13:56– Pardon ?
13:56– On était plus engagés du côté de Londres que du côté de Paris.
13:59– Oui, et en plus, il y avait déjà une coopération entre les deux pays.
14:05– Et on n'est pas à l'abri d'un abandon américain,
14:08même si les pays qui doivent être à 5% décident enfin à mettre les 5%.
14:14Si on revient sur les dires du vice-président J.D. Vence,
14:18je ne suis pas sûre que c'est les 5% qui vont changer quoi que ce soit.
14:22J'ai un peu peur que c'est autre chose.
14:23– Voilà pour ce discours du général Thierry Burkard,
14:26chef d'état-major des armées françaises aujourd'hui à Paris.
14:28Puis Emmanuel Macron, effectivement, qui parlera dimanche soir,
14:30qui pourra annoncer de nouvelles hausses des dépenses militaires.
14:33Alors, 18h30, une petite pause.
14:35Et puis dans un instant, on se retrouve bien sûr à Paris des droits de douane.
14:37Donald Trump ne désarme pas, disons-le comme ça, tout de suite.
14:40– Les experts sont frontières.
14:49– Guillaume Paul.
14:50– Allez, 18h32, on est de retour sur le plateau des experts sont frontières
14:53comme tous les vendredis.
14:54Anna Navarro, Nicolas Zabodji, Hélène Kuhn, c'est Louis Scoradini.
14:57Ils sont avec nous, on va parler de la guerre commerciale.
15:00Parce que vous savez qu'il y a encore beaucoup de pays
15:01qui n'ont pas reçu le petit courrier de Donald Trump,
15:03qui est censé dire à chacun combien il pourrait être taxé au 1er août.
15:08Mais si ça se trouve, on n'aura pas besoin d'attendre ce courrier
15:11parce que Trump a dit il y a quelques heures qu'en gros,
15:14pour tous ceux qui ne sont pas encore fixés,
15:16et l'Europe en fait partie,
15:17a priori pour tout cela, ce sera une surtaxe planchée de 15 à 20% sur tous les produits.
15:24Alors qu'est-ce qu'a fait que Donald Trump a décidé ça ?
15:26Écoutez ce qu'il a répondu à une journée,
15:28ce qu'il lui a posé ces questions, pourquoi ces taux-là finalement ?
15:31– Notre formule est basée sur le bon sens,
15:35sur le déficit commercial,
15:36sur la manière dont nous avons été traités lors des dernières années
15:39et sur des chiffres bruts.
15:40– Mais cela repose sur des faits très concrets et sur l'histoire passée.
15:49Personne à la Maison-Blanche n'a jamais compris les chiffres
15:51et ni ne s'y intéresse comme moi.
15:53– Bon, donc ça veut dire, Hélène, qu'il a décidé tout seul là.
16:00Mais sur la base de quels critères ?
16:01Alors qu'il y a quelques jours, il nous annonce un report
16:03du 9 juillet au 1er août et d'un seul coup, il dit
16:06« Sans envoyer les courriers, ça sera une surtaxe de 15 à 20% ».
16:10– Mais Donald Trump ne bosse pas ses dossiers.
16:13Vous voyez, il ne bosse pas ses dossiers.
16:15Et il ignore, il s'enlouit des faits.
16:21Donc, on est dans une situation incroyable aux États-Unis.
16:24On est passé quand même des réels experts.
16:27– Oui.
16:28– Toute une administration qui était à l'œuvre,
16:31on aurait pu peut-être ne pas aimer leur bord.
16:33Mais ils bossaient quand même les dossiers.
16:35à un groupe de personnes qui ne bosse pas les dossiers
16:38et qui pensent même que ce n'est pas important
16:40de travailler les dossiers.
16:41Je pense que leur côté isolationniste
16:44va faire que toute la Terre entière
16:46va s'organiser peu à peu sans les États-Unis.
16:50– Et contre les États-Unis ?
16:52– Évidemment, contre les États-Unis.
16:53– Qui a à cœur de venir en aide des États-Unis ?
16:57Personne, c'est normal.
16:58– Bon, alors surtaxe de 15 à 20%,
17:00on ne sait pas si ça s'additionnera
17:02aux 10% de droits de douane de base,
17:04auxquels apparemment personne n'échappera.
17:07Louis Scoradini, est-ce qu'il y a des droits de douane
17:09sur l'Argentine à l'ami Milaï ?
17:12– Oui, exactement, c'est ça que j'allais vous dire.
17:12– Milaï est un ami.
17:13– Je pense que la seule méthode
17:18qui fonctionne avec Donald Trump,
17:20c'est le système de la génouflexion.
17:24Et donc, en Argentine,
17:27on vient d'annoncer, pas officiellement,
17:29que l'Argentine ne paiera absolument aucun droit de douane.
17:34Les produits argentins vont entrer aux États-Unis
17:37sans payer les droits de douane.
17:39Donc, vous voyez que le système fonctionne.
17:41– Mais comment ça ?
17:43– Vous savez très bien que la relation passionnelle
17:49de M. Millay, notre président,
17:52avec Donald Trump, est manifeste.
17:56– Donc, Trump a dit zéro droit de douane ?
17:58– Trump a décidé, pas seulement de ne pas appliquer,
18:02l'information n'est pas officielle, je le répète,
18:06mais elle circule dans les médias.
18:10Donc, l'Argentine ne va pas payer des droits de douane
18:12et les ressortissants argentins
18:15n'auront besoin de visa aux États-Unis.
18:18C'est une exception pour la Médic latine.
18:21Et donc, vous voyez que ce système fonctionne.
18:23Maintenant, est-ce que les Européens peuvent se permettre
18:26l'exercice de la génouflexion tout le temps ?
18:30Ça, c'est la question, la grande question.
18:34– Mais c'est comme ça, par exemple, ce qui est très officiel,
18:36c'est vis-à-vis, par exemple, le Vietnam.
18:38Il a réussi à négocier avec le Vietnam,
18:40mais en contrepartie d'une complexe hôtelière.
18:44Au nom de Trump, vous voyez,
18:45c'est quand même incroyable le marchandise
18:48et le merchandising qu'il y a derrière.
18:49– On est passé de 46% à 20% sur le Vietnam,
18:53si je ne m'abuse,
18:53mais en contrepartie de l'ouverture de marché,
18:55effectivement, et de la grande question.
18:57Alors, est-ce que les Européens sont prêts à pratiquer
18:59l'art de génouflexion ?
19:03Ou pas ?
19:04Nicolas, je voulais vous poser la question,
19:05parce qu'on a l'impression d'un deux poids, deux mesures
19:08au niveau européen, notamment entre les Français et les Allemands.
19:10Les Allemands qui sont prêts à un deal même déséquilibré.
19:13On le sent, peut-être plus que les Français aujourd'hui,
19:15véritablement.
19:16– Oui, plutôt, peut-être.
19:18Mais moi, je suis en faveur de défendre la position
19:20sur la Funderland, dans les négaux.
19:22Pas de provocation, pas rester calme,
19:25essayer de trouver un compromis.
19:27Oui, peut-être un compromis, peut-être un peu défavorable,
19:30mais après, de trouver un compromis,
19:31et pas d'avoir une accélération de ce conflit.
19:35Donc, à mon avis, c'est une position,
19:37c'est une position, c'est une stratégie assez malheur.
19:40Et j'espère que ça reste comme ça.
19:42Et j'espère aussi que l'Europe reste ensemble.
19:46Il ne faut pas diviser.
19:48– On a l'impression que les Allemands sont prêts
19:49à accepter aller des sanctions des droits de douane à 10%,
19:52si on rabaisse un peu les droits de douane en parallèle
19:55sur l'acier, l'aluminium et les voitures, évidemment.
19:58– Mais c'est quoi l'alternité ?
19:58– Les Français ne sont plus va-t'en-guerre.
20:00Les Français disent non, les taux les plus bas.
20:01On sent que les Allemands, eux, à 10% sont prêts à toper avec Trump.
20:04– Il faut être réaliste.
20:05Et peut-être accepter 10%, c'est peut-être le meilleur compromis.
20:08– Mais meilleur pour l'Allemagne.
20:10Peut-être pas pour les pays européens.
20:11– L'industrie automobile, je ne sais pas, de Luxembourg,
20:17ce n'est pas la même que celle de l'Allemagne.
20:19Donc voilà, on est divisé là-dessus, évidemment.
20:24Le Portugal est dans le camp de la France,
20:26plutôt avec la Suède, de ne pas céder.
20:30On n'a pas les moyens, on est un petit pays, la France encore,
20:32mais on n'a pas vraiment les moyens.
20:34Mais même en n'ayant pas les moyens,
20:35on est plutôt dans le camp de ne pas trop céder face à Donald Trump,
20:39qui est très imprévisible et très émotionnel.
20:43Il a instauré 50% de droits de douane au Brésil,
20:46juste parce qu'il n'aime pas la façon dont est traité l'ancien président d'extrême droite, Bolsonaro.
20:51Bon, voilà une bonne raison pour les droits de douane.
20:54– Mais c'est vrai que les dirigeants européens ont un problème,
21:01parce que les grandes entreprises européennes parlent avec les États-Unis
21:05et sont disposées à aller s'installer aux États-Unis,
21:10que c'est en fait l'exigence de Trump.
21:12Lui, il dit, je veux que vos industries viennent produire aux États-Unis.
21:17Et comment faire quand les grands patrons européens décident,
21:23oui, pourquoi pas, on peut y aller, de toute manière,
21:25nous, on va continuer à gagner.
21:28Le problème des dirigeants européens, c'est le travail,
21:32les postes de travail qui disparaissent de l'Europe.
21:36Comment on fait ?
21:37Alors, c'est vrai que ce n'est pas tout à fait facile.
21:42– Pas mal de grands groupes français.
21:45– Ah oui, beaucoup de grands groupes français aussi, bien sûr.
21:47– Après, encore une fois, c'est quoi ?
21:48Une solution vraiment réaliste, une alternative réaliste.
21:52Alors là, je ne suis pas sûr.
21:53– J'allais dire quelque chose, je dis quelque chose.
21:55Effectivement, pour pouvoir se battre,
21:57il faudrait quand même qu'on n'ait pas déjà mis un genou à terre
21:59vis-à-vis des États-Unis.
22:00L'Europe est aujourd'hui isolée sur le plan international.
22:03On a l'impression qu'il n'y a que l'Europe et les États-Unis
22:05qui existent dans le monde, avec le Canada et l'Australie.
22:10Mais l'Europe est isolée.
22:11On s'est coupé du reste du monde.
22:13On regarde les briques, c'est toutes ces puissances montantes
22:16comme de la roupie de sansonnette.
22:18Ça n'existe pas.
22:19Si c'est des vannes du pied, ça ne nous intéresse pas.
22:21Il y a une certaine arrogance.
22:22On a mis genoux à pied face aux États-Unis
22:24parce qu'on dépend en deux pour énormément de choses.
22:27Et notamment militairement au niveau européen.
22:30On a même des matériels qui sont produits en Europe.
22:34S'il y a un logiciel américain indépendant des États-Unis
22:37pour le upgrade du logiciel.
22:40Donc, pour pouvoir se battre, effectivement,
22:44il faudrait qu'on ait d'autres options.
22:47On s'est coupé de toutes les options.
22:49Donc, on est devenu un pays un peu qui est tenu par un collier de chien
22:54par les États-Unis.
22:56Et c'est notre faute.
22:57On peut s'en sortir et on doit s'en sortir.
22:59On doit, mais à court terme, effectivement, je suis d'accord.
23:02C'est difficile de trouver une solution.
23:03Mais dire que la meilleure solution, c'est celle qui avantage un seul pays
23:07aussi puissant soit-il au sein de l'Union européenne,
23:09ça commence déjà à donner un tout petit...
23:11Hélène Kuhns.
23:12Alors, il y a peut-être des solutions qui viennent des États-Unis.
23:16C'est-à-dire, ces tarifs, ces douanes tarifaires sont contestées en interne.
23:21Pour beaucoup, c'est anticonstitutionnel et antidémocratique.
23:24On a quand même notre congrès qui, traditionnellement, vote sur ces choses-là.
23:28Où est-ce qu'on en est de ces démarches juridiques aux États-Unis ?
23:31Alors, il y a quand même un cours fédéral qui a pris une décision contre Trump.
23:36Trump reste à savoir si ça sera validé ou invalidé par le corps suprême.
23:42Vous voyez, donc, ce n'est pas à ce point sûr que ça reste ainsi.
23:45Au-delà du fait que Donald Trump est imprévisible, c'est contesté nationalement.
23:51C'est contesté dans nos cours fédérales.
23:52C'est contesté nationalement.
23:53Et c'est devant la cour suprême que ça va se juger,
23:55puisqu'il y a eu un appel, effectivement, favorable à Donald Trump.
23:57Et en fait, ça, c'est quelque chose qu'on ne voit pas.
23:59Donald Trump est extrêmement habile pour ça.
24:01Vous savez, pendant ce temps qu'il parle des marchandises,
24:04lui-même, à titre personnel et familial,
24:07il fait du merchandising sur des baskets,
24:11sur des bibles, et le plus récent, c'est des parfums.
24:15Vous voyez, donc, il ne se gêne pas.
24:16Tout ça, traditionnellement, c'était absolument anticonstitutionnel.
24:19Ce n'est pas possible.
24:20Mais il a réussi à capter les autres leviers de pouvoir.
24:24Donc, ils ont un mal fou à s'exprimer.
24:27Et surtout pas à s'exprimer contre lui, vous voyez.
24:29Mais ces gens-là, ils ne sont pas à ce point.
24:30Mais puisque vous parliez des BRICS, il y a quelques instants,
24:33Anna, il y a une idée qui commence à circuler au niveau européen,
24:36c'est qu'on ne va pas forcément essayer de se battre
24:37avec les Américains sur cette histoire.
24:39On va accepter les droits de douane.
24:40Et puis, on va tout faire pour essayer de réorienter
24:42nos exportations, celles qui n'iraient pas aux Etats-Unis,
24:45du côté notamment des BRICS,
24:47et notamment du Mercosur.
24:49Mais alors, ça veut dire qu'il va enfin falloir signer
24:51cet accord avec le Mercosur,
24:52contre lequel les Français sont engagés.
24:54Mais que les Allemands veulent signer, voilà.
24:58Il faut se rappeler que la Commission européenne
25:01avait mis sur pied une task force
25:06qui devait planifier les actions à venir
25:12à un cas de retour de Donald Trump.
25:15Et ils ont planifié tout ça.
25:17Et c'est la raison pour laquelle
25:20ils ont essayé de faire vite
25:25avec les accords
25:26ou le Mercosur
25:29ou les autres accords
25:30qui étaient en route pour l'Union européenne.
25:33Je crois qu'ils sont très conscients de ça.
25:35Ils savent parfaitement.
25:36Le problème, c'est qu'un accord
25:38avec un groupe de 4, 5, 6 pays
25:41n'est pas très facile.
25:44On ne peut pas le faire du jour au lendemain.
25:45D'autant plus qu'il s'agit
25:47en général, dans les cas de Mercosur,
25:50il s'agit des pays
25:51qui ne sont jamais d'accord.
25:53Donc, voilà.
25:55Il y a toujours l'un d'eux
25:57qui est en train de partir
25:58parce que je ne veux pas,
25:59parce que maintenant,
26:00il y a une dispute interne,
26:02parce que Millet voudrait
26:03établir un accord de libre-échange
26:06avec les États-Unis
26:07et les autres pays
26:10du Mercosur ne veulent pas.
26:11Et les autres pays du Mercosur
26:11ne veulent pas.
26:11Les lui empêchent.
26:12Et puis, il y a une grande
26:13incondition dans cette affaire,
26:14c'est l'inflation
26:15que ces tarifs,
26:16que ces droits de douane
26:17vont générer.
26:18Parce que tout ça
26:19va être répercuté
26:20dans le prix aux consommateurs.
26:21Évidemment.
26:21Et donc, aux États-Unis,
26:23comme en Europe,
26:24aux États-Unis,
26:24quand les grands patrons
26:25de la grande distribution
26:26ont essayé de l'expliquer
26:28à leurs consommateurs,
26:29Donald Trump les a fait se taire,
26:31mais à un moment donné,
26:31ça va se sentir dans la poche.
26:33Comment ça se va terminer ?
26:34Grand point de drogation.
26:35Dans le temps plus humain,
26:36il dit,
26:37vous pouvez vous contenter
26:39de moins de cadeaux à Noël.
26:40Oui, bien sûr.
26:41C'est déjà un peu prévu
26:42la population.
26:42Dire ça à quelques mois
26:43des mi-termes,
26:44je ne suis pas sûr
26:44que c'est à ce point une solution.
26:45À quelques mois des mi-termes,
26:46c'est effectivement une menace.
26:47Oui, Nicolas, vous voulez...
26:48Oui, je voulais juste dire,
26:49oui, réorienter les investissements,
26:51oui, les exportations.
26:51Donc, il va falloir signer
26:52cet accord du Mercosur
26:53que vous, Allemands,
26:54vous les signez absolument.
26:55Tout de suite,
26:55tout de suite,
26:56Monsieur le Président.
26:56Oui, il ne faut pas bloquer.
26:59Mais après,
27:00il faut être réaliste.
27:01Les États-Unis,
27:02ça reste le marché
27:04le plus grand du monde.
27:04On ne peut pas facilement
27:06compenser d'ici quelques années
27:07l'importance du marché américain.
27:10Là, il faut être réaliste
27:12et il faut regarder les chiffres.
27:13Il faut savoir
27:14que tous les produits industriels
27:16des États-Unis,
27:18c'est le marché,
27:19le premier marché du monde.
27:20Sauf si les États-Unis
27:22se désorganisent complètement
27:24et changent de temps.
27:25Vous voyez ?
27:26Et ça pauvrisse.
27:26C'est à ce point éternel.
27:28On a un lot d'administrations
27:30en place qui n'ont pas à cœur
27:31de maintenir ce marché
27:33tel qu'on l'avait connu
27:34jusqu'à présent.
27:35Donc, il peut complètement changer.
27:38Oui, mais on peut peut-être
27:39espérer qu'un jour,
27:41ces présents
27:41sera remplacés par un autre.
27:42Bon, il serait bien en tout cas
27:43que l'Europe mette sur place
27:44un début de semblant
27:45de réaction commune.
27:47On a jusqu'au 1er août,
27:47on a gagné trois semaines,
27:48on ne voit pas vraiment
27:49ce qu'on est parti pour en faire.
27:50Alors, atelier,
27:51il n'y a pas trop de généflexion.
27:55Pas trop de généflexion.
27:56Non, mais ça passera
27:58par un accord tacite franco-allemand,
28:00notamment sur le niveau
28:01des droits de douane
28:01que nous sommes prêts à accepter.
28:03Évidemment, est-ce qu'on va à 10 ?
28:04Est-ce qu'on va à 15 ?
28:05Est-ce qu'ils acceptent
28:05les 10 % de plancher
28:07en échange d'une baisse
28:10des tarifs de douane
28:15sur quelques produits
28:17qui sont très importants ?
28:18Les automobiles ?
28:18Par exemple, en Allemagne...
28:20La pharmacie, c'est l'automobile,
28:22les machines outils...
28:22En France, les vins et les espiriteux,
28:24probablement, pourquoi pas ?
28:26Mais c'est vrai qu'il y a
28:27quatre pays,
28:28dont le Portugal et la France,
28:30qui réchignent,
28:31ils ne veulent absolument
28:32rien entendre.
28:33Voilà pour cette guerre commerciale
28:35que nous suivons,
28:36événement par événement,
28:37jour par jour,
28:37sur BFM Business.
28:3918h45, on revient dans 30 secondes,
28:40on va parler de la France
28:41un petit peu,
28:42qui est aussi en pleine introspection
28:43sur le plan budgétaire.
28:45Grand oral de François Bérou,
28:46mardi prochain,
28:48on raconte ça dans un instant,
28:49bien sûr, à tout de suite.
28:50Les experts sans frontières
28:52sur BFM Business.
28:53Allez, 18h46,
28:54encore 10 minutes
28:55avec nos experts,
28:56Hélène Kouns,
28:56Anna Navarro,
28:57Louis Corradini,
28:58Nicolas Zabodji
28:59avec nous en plateau.
29:00Alors, on voulait dire
29:01un petit mot de la France,
29:02quand même,
29:02parce que vous savez
29:02que François Bérou,
29:03ça sera le temps fort
29:04de la semaine prochaine,
29:05enfin pour nous en France,
29:05en tout cas.
29:07François Bérou présentera
29:08les grandes lignes
29:08du budget 2026.
29:10Mardi,
29:11il veut un effort
29:11de 40 milliards d'euros.
29:14Les dernières pistes
29:15qui circulent,
29:16laissent penser
29:16que l'effort porterait
29:17plus sur la baisse
29:18de dépenses
29:19et qu'il n'y aurait pas
29:21trop de hausse d'impôts.
29:22D'ailleurs,
29:22François Bérou était
29:23un petit peu
29:23dans cette tonalité
29:24hier soir.
29:25Écoutez ce qu'il disait.
29:27Ces efforts,
29:28je veux que tout le monde
29:29y participe.
29:29Il peut y avoir ici
29:30ou là des efforts particuliers,
29:32mais je ne crois pas
29:33que ce soit par l'impôt
29:34qu'on résout
29:35des problèmes de cet ordre.
29:37Certaines dépenses sociales
29:38devront être contrôlées.
29:40On est obligé
29:41de baisser la dépense
29:42publique du pays.
29:43Ce principe-là
29:44ne changera pas.
29:45Le degré d'effort
29:47que nous allons proposer,
29:49il ne changera pas.
29:50Après,
29:50si quelqu'un a,
29:51dans les deux mois
29:51qui viennent,
29:52de meilleures idées,
29:53je suis preneur
29:54de toutes les bonnes idées.
29:56Mais le but
29:57que nous nous sommes fixés,
29:58il ne changera pas.
29:59Voilà,
30:00François Béraud hier soir
30:01à la télévision.
30:02Nicolas,
30:02comment est-ce qu'on regarde
30:05la France ?
30:06Est-ce qu'on dit
30:06que c'est la dernière fois ?
30:08Cette fois,
30:09on vous regarde
30:09de très très près.
30:10Sinon,
30:10ça pourrait être
30:11un point de non-retour
30:11dans la relation franco-allemande
30:12si vraiment on ne rétablit pas
30:14un temps soit peu
30:14les comptes publics finalement.
30:16C'est la condition
30:16C'est important,
30:18c'est nécessaire,
30:19obligatoire pour la France
30:20d'avoir des moyens
30:22aussi pour financer
30:23des projets communs.
30:24Sinon,
30:24oui,
30:24on peut discuter
30:25entre Berlin et Paris
30:26mais si la France
30:27n'a pas des moyens
30:28pour investir,
30:29qu'est-ce qu'on peut faire ?
30:30Est-ce que l'Allemagne
30:31croit encore,
30:32veut croire encore
30:33à la France ?
30:33On veut croire.
30:34On veut croire.
30:35On a aussi encore
30:36un peu de confiance
30:37mais on courage,
30:39monsieur.
30:40Mais il doit y avoir
30:40un peu de désenchantement
30:41quand même
30:41depuis toutes ces années.
30:43Depuis des années,
30:43c'est pareil pour les agences
30:44de notation,
30:45c'est pareil pour les marchés,
30:46c'est pareil pour tout le monde
30:47mais je veux dire une chose,
30:50c'est vraiment une nécessité
30:51et si on a appris
30:54quelque chose
30:54dans notre histoire,
30:56par exemple,
30:56juste avant Hitler,
30:58c'est la nécessité
30:59pour les partis démocratiques
31:00de trouver des compromis,
31:02d'avoir la responsabilité
31:03de travailler ensemble
31:04pour,
31:05en ce cas-ci,
31:06dépenser moins,
31:08pour vraiment réduire
31:09les déficits.
31:09Sinon,
31:10c'est vraiment
31:10une catastrophe pour l'homme.
31:12Alors là,
31:12les partis allemands,
31:13il y a quelques semaines,
31:14quelques mois,
31:14se sont mis d'accord
31:15pour dépenser
31:16beaucoup plus.
31:17Voilà,
31:17justement,
31:17c'était effectivement
31:19ce qui est ressorti
31:19du programme de coalition
31:20entre la CDU et la SPD.
31:22Avec un certain brio
31:23puisque vous avez mis
31:24sur place un super bazooka
31:25à je ne sais combien
31:26de centaines
31:26de milliards d'euros
31:28sur les prochaines années.
31:29On a la capacité
31:31et les marchés.
31:33Vous avez su trouver.
31:34On a accepté ça.
31:35Et c'est là qu'Anna
31:36va entrer en scène
31:37pour un discours bien senti
31:40sur ces Français
31:40enfants gâtés
31:41qui n'ont pas fait
31:42les réformes
31:42et qui doivent se méfier.
31:43qui doivent peut-être
31:45s'attendre à avoir
31:45débarqué le FMI
31:46dans quelques mois.
31:47Il y a toujours
31:48des choses,
31:48les comparaisons
31:49doivent être faites
31:49à bon escient.
31:51L'Allemagne n'a pas investi
31:52dans les infrastructures
31:52depuis très très longtemps.
31:54Donc ça a permis
31:55au budget national,
31:56fédéral,
31:57d'être relativement
31:59bien contenu.
32:01Et c'est déchargé,
32:02parce que c'est une fédération,
32:03sur les landers
32:04de beaucoup de dépenses
32:06qui est choix en France
32:07à l'État central.
32:08Donc il y a une grande différence
32:09là qu'il faut aussi observer.
32:11C'est beaucoup plus difficile
32:11pour un État centralisé
32:12comme la France
32:13ou comme le Portugal
32:14de grappiller des sous
32:16ici et là
32:16de perdre des économies.
32:18Mais c'est vrai que la France,
32:20parce que c'est un pays
32:21important en Union européenne,
32:22elle s'est permise
32:23d'avoir un certain
32:24laissé aller
32:25à Bruxelles
32:26depuis pas mal d'années,
32:28j'irais même
32:29depuis 2005.
32:31Et donc,
32:31tandis que des petits pays
32:32après,
32:32ils prennent le fouet
32:33très vite,
32:34la France,
32:35on n'ose pas.
32:36Mais là,
32:36la situation devient
32:37un peu,
32:38il y a quelque chose
32:38qui,
32:39surtout depuis 2024,
32:40on a vu
32:41un ministre de l'économie
32:42qui dit
32:42il y a 40 milliards
32:45qu'on n'avait pas vu
32:46de dépenses
32:47qui sont là.
32:48Bon,
32:49ça c'est pas français,
32:49ça c'est pas sérieux
32:51de toute façon.
32:51Donc il y a quelque chose
32:52qui se passe en France,
32:53c'est pas la France,
32:54mais dans cette gestion
32:56du pays
32:56qui nous ne reconnaissons pas
32:58comme étant celle
32:59de la France
33:00habituellement
33:01et qui est extrêmement
33:03préoccupante
33:04parce qu'elle
33:04elle handicape
33:05l'avenir du pays.
33:07Et là,
33:08qu'est-ce qui va se passer ?
33:09Il n'y a pas 30 000 solutions.
33:10Évidemment que
33:11les dépenses militaires
33:12vont sortir du cadre
33:13d'un budget contenu
33:17et pour le reste,
33:18il faut sortir du cadre
33:20des critères de Maastricht.
33:20des critères de Maastricht
33:21pour dire les choses
33:22clairement.
33:23Et qu'en même temps,
33:25la recette,
33:25il faut qu'elle rentre,
33:26elle ne rentre pas aussi bien
33:27dans un pays
33:28qu'il y a des pressions,
33:29les gens épargnent énormément
33:30parce qu'ils ont peur
33:31de l'avenir
33:31et donc ils dépensent moins.
33:34Et dans un contexte
33:34international
33:35où les entreprises,
33:36il faut qu'elles aillent
33:37chercher des clients
33:38et dans l'attente
33:40en France,
33:41savoir à quelle sauce
33:42elles vont être mangées,
33:43et bien elles mettent
33:43un petit peu les larmes
33:44au pied en attendant
33:45de voir ce qui va se passer.
33:46Donc ces marchés
33:47non plus,
33:48ils sont un petit peu
33:49suspendus parfois.
33:51Donc il y a tout cela,
33:52il y a de très bons...
33:53La France s'en sortira,
33:55évidemment,
33:56mais elle va passer
33:57un moment très dur,
33:58surtout s'il y a une coupe
33:59dans les prestations sociales.
34:00Et ce qui semble se diriger
34:01puisqu'on parle
34:02de l'année blanche
34:02effectivement pour l'an prochain.
34:04J'ai des prestations sociales,
34:05du barème de l'impôt sur le revenu
34:06et des pensions de retraite.
34:07Louise, je ne sais pas
34:08est-ce que Ravien Mila
34:09pourrait nous apprendre
34:09quelque chose dans le...
34:11Ou pas, ou pas, ou pas, ou pas.
34:12Je ne sais pas.
34:14Non, mais moi je suis
34:14beaucoup moins pessimiste
34:17que les Français
34:18parlant de la dette
34:20puisque je suis...
34:21En général,
34:22je suis tous les pays
34:23de l'Europe
34:24et c'est vrai
34:25que les pays,
34:26le Portugal,
34:27l'Italie,
34:29la Grèce,
34:30avec des dettes gigantesques
34:31se sont sorties
34:32bien ou mal.
34:34Finalement,
34:35la dette va et bien.
34:36Je n'oublie non plus
34:38que ce pays
34:40a fait un effort gigantesque
34:42pendant la pandémie
34:43que les autres pays européens
34:45n'ont pas fait
34:45et donc,
34:46à un moment donné,
34:47il faut les payer.
34:49Moi, je ne suis pas
34:50très préoccupée
34:52pour la dette.
34:53Vous m'avez entendu dire ça
34:55chaque fois que je viens.
34:57Évidemment,
34:58il va falloir
34:58qu'on fasse des efforts.
35:00Mais la France
35:03n'est pas les pays
35:04les plus malades de l'Europe.
35:07Je ne le vois pas comme ça.
35:08C'est une phrase
35:09que nous,
35:11les journalistes,
35:12aimons beaucoup évoquer.
35:13Mais je ne trouve pas
35:14que ce n'est pas vraiment...
35:14On peut le devenir rapidement.
35:16On peut le devenir.
35:17On peut le devenir.
35:17Ah oui, bien sûr.
35:18Mais on l'a dit
35:18de l'Allemagne
35:19il faut faire quelque chose.
35:20Il y a 15-20 ans.
35:21Oui, c'était vrai.
35:22À l'époque, c'était vrai.
35:24Je veux juste
35:24la charge des dettes.
35:25C'est ça.
35:26La charge de la dette.
35:27On est déjà
35:27à 67 milliards de dollars.
35:29Premier poste de dépense.
35:30Oui, tout à fait.
35:31Ça va augmenter
35:32d'ici 2029
35:33jusqu'à 100 milliards d'euros.
35:34C'est ça.
35:35Moi, je suis d'accord
35:37qu'il faut faire des efforts.
35:38Ça, c'est évident.
35:39On va voir
35:40qu'est-ce qu'ils nous proposent.
35:41La dette de l'Amérique,
35:41elle est partie aussi
35:42pour...
35:42C'est ça.
35:44Il y a des contre...
35:45La belle loi de Donald Trump,
35:46c'est que la dette américaine
35:47va continuer de s'emballer.
35:48Mais vous,
35:49vous avez le dollar.
35:50Voilà.
35:50Oui, mais est-ce que
35:51si ce dollar s'affaiblit,
35:53ça va être une autre affaire.
35:54Mais c'est vrai
35:55qu'à un moment donné,
35:56c'est question de dette
35:57et de déficit.
35:58C'est aussi des histoires
35:59de principe.
36:00Mais au-delà de ça,
36:01vous voyez,
36:01Donald Trump défend
36:02bigrement cette idée
36:04qu'ils étaient quand même
36:05du parti
36:06qui était responsable
36:08fiscalement
36:09de faire exploser
36:10et la dette
36:11et le déficit.
36:12Et ça,
36:12c'est de très longue durée.
36:13Les Républicains
36:14ont fait traîner au Congrès.
36:16Les Républicains
36:16n'étaient pas chauds
36:17pour voter cette loi.
36:18Alors,
36:18une poignée de Républicains
36:20qui ne se représentent pas,
36:21qui représentent l'ancien garde
36:22et qui ont réussi
36:24à négocier des choses
36:25pour leurs propres États.
36:26Donc,
36:27je ne leur donne pas
36:27ce point crédit,
36:28cette poignée de Républicains.
36:30Ce n'est pas une histoire
36:30de courage, là.
36:31Et ce n'était surtout pas
36:32une histoire
36:33de se soucier
36:34de la dette
36:35et du déficit.
36:36Et pendant ce temps,
36:37par contre,
36:38pour tout ce qui est
36:38prestations sociales,
36:39la tragédie qu'on a vue
36:41au Texas,
36:42c'est quand même
36:42un effet direct
36:44de couper
36:46sur les dépenses publiques.
36:48Il n'y avait plus
36:49de météorologie.
36:50Enfin,
36:50toutes les...
36:51Alors,
36:51pourtant,
36:52ce sont des technologies
36:53que nous maîtrisons.
36:54Il n'y avait plus de budget.
36:55Et beaucoup
36:56des cadres responsables
36:57sont partis
36:58avec le doge
36:58d'Iran Masque.
36:59Voilà,
37:00centaines de morts.
37:00C'est vrai qu'à trop couper
37:01dans les dépenses,
37:02il y a des effets récessifs
37:03à la clé.
37:04Vous avez connu ça aussi
37:04au Portugal.
37:05Le Portugal peut en parler
37:06parce que le programme
37:07qui a été mis en pratique
37:08au Portugal
37:08contre un prêt international,
37:11Europe et Fonds monétaire
37:12international,
37:13était un programme
37:13d'une austérité
37:14très sévère,
37:16demandant des réformes
37:16qui étaient pour la plupart
37:17déjà faites,
37:18d'ailleurs,
37:18dans le pays.
37:19Ce qui est demandé,
37:19c'est la privatisation,
37:20privatisation à tout va,
37:21ce qui était une bêtise aussi
37:22pour des secteurs
37:23qui ont à voir
37:23avec la souveraineté du pays,
37:25notamment l'énergie,
37:26mais passons.
37:28Mais effectivement,
37:28il y a un moment donné,
37:29le pays,
37:30moi,
37:31à un moment donné,
37:31j'ai cru que ce pays
37:32ne va pas s'en sortir
37:33parce qu'il s'asphyxiait.
37:34Il mourrait d'asphyxie.
37:36Et il a suffi
37:36un changement d'élection,
37:37il a suffi un programme
37:38qui a donné,
37:40pour le coup,
37:40c'était les socialistes
37:41qui l'ont fait,
37:42mais qui a donné
37:43un peu d'oxygène,
37:45qui a ouvert un peu
37:46les cordons à la bourse,
37:47qui a augmenté un peu
37:49les pensions
37:51qui avaient été réduites,
37:52les salaires qui avaient été réduits,
37:53etc.
37:54Ça a donné une telle confiance,
37:56c'était dur,
37:57mais c'est reparti,
37:58l'économie est repartie,
37:59on connaît aujourd'hui
37:59ce qu'on appelle
38:00ce miracle portugais
38:02qui est un mix
38:02d'austérité,
38:04un mix de remboursement
38:05de la dette
38:06et un mix de confiance
38:08et de faire rentrer
38:09la recette.
38:10Eh bien,
38:10nous allons entrer
38:11dans cette phase,
38:11probablement en France,
38:12pour combien de temps ?
38:13Mais vous avez
38:14beaucoup d'atouts,
38:14beaucoup plus que nous.
38:15On le sait,
38:16nous avons beaucoup d'atouts.
38:17On tâchera de s'en souvenir
38:18le moment venu.
38:19Voilà,
38:19c'est terminé pour cette heure.
38:20Merci à tous les quatre
38:21d'être venus ce soir.
38:22Luiz Corradini,
38:23correspondante en France
38:24du journal argentin
38:24La Nation,
38:25Hélène Kuhns,
38:26professeure à l'INSEC Paris,
38:28Nicolas Zabodji,
38:29correspondant économique
38:29du Frankfurter
38:30Allgemeine de Saint-Tung
38:31à Paris,
38:32et puis Anna Navarro,
38:33journaliste portugaise
38:34basée à Paris également.
38:36Merci à tous les quatre,
38:37avec plaisir.
38:37À très vite
38:38pour de nouvelles aventures.
38:3918h56,
38:39je vous redonne les grands titres
38:40de l'info dans un instant.
38:41Il sera 19h sur BFM Business.
38:43À tout de suite.
38:45Les experts sans frontières
38:47sur BFM Business.
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