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  • il y a 1 an
Les informés du matin du 7 janvier 2025

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News
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00:00Et bienvenue dans Les Informés, en direct jusqu'à 9h30 sur France Info, bonjour Renaud Dely.
00:08Bonjour Salia.
00:09Et avec nous autour de la table ce matin, Alix Bouillaguet, éditorialiste politique à France Info TV, bonjour Alix.
00:14Bonjour Salia.
00:15Je signale l'interview politique chaque matin à 7h45 sur le canal 27 France Info TV.
00:20Bonjour Etienne Girard.
00:21Bonjour Salia.
00:22Rédacteur en chef à L'Express, merci d'être là ce matin.
00:25Renaud Dely, c'était il y a dix ans, il y a dix ans la rédaction de Charlie Hebdo a été attaquée par les Frères Kouachi.
00:31Avec un bilan terrible de douze morts, dont huit membres de la rédaction.
00:35Donc cet attentat islamiste, l'attentat de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015.
00:40Huit membres de la rédaction abattus pour leur dessein.
00:44Et puis aussi des policiers qui ont été assassinés.
00:47Deux jours plus tard, il y a eu les quatre victimes, les quatre français juifs morts dans l'attentat de l'Hyper Cacher.
00:54Et puis quelques jours plus tard, le 11 janvier, dans les rues de Paris et ailleurs en France,
00:59des millions de français qui descendent dans la rue pour défendre la liberté d'expression,
01:03garante de toutes nos autres libertés et donc de la démocratie.
01:06Un grand moment d'unité nationale.
01:08Tout le monde se disait je suis Charlie, c'était le mot d'ordre, le cri de ralliement de ce rassemblement.
01:14Que reste-t-il de cet esprit Charlie dix ans après ?
01:19D'ailleurs qu'est-ce que c'est que l'esprit Charlie ?
01:22Je vous propose d'écouter quelques mots de la dessinatrice Coco,
01:26qui travaillait déjà à l'époque et qui travaille toujours à Charlie Hebdo
01:30et qui nous résume en quelques mots bien à elle ce que c'est justement que cet esprit Charlie.
01:36La tyrannie parfois émotionnelle par rapport à ce qu'on fait,
01:40genre vous allez trop loin, vous vous moquez, vous respectez rien,
01:44je suis choquée, je suis offensée de ci, de ça, de ce que vous avez fait.
01:48On s'en fout, on s'en fout.
01:51Rien n'a changé sur notre façon de faire, on ne se censure pas.
01:57Rien n'a changé en termes de liberté, de liberté d'expression de Charlie,
02:01qui ne se censure pas effectivement.
02:03Ce qui a changé ce sont les conditions dans lesquelles les Hebdos mettent leur travail,
02:06même si déjà à l'époque il était sous surveillance policière.
02:09Aujourd'hui les locaux même du journal, d'ailleurs l'adresse est inconnue,
02:12et les journalistes, la rédaction de Charlie Hebdo,
02:15qui travaille dans le plus grand secret, est sous protection policière.
02:19Dix ans après, que reste-t-il de cet esprit Charlie ?
02:22Rappelons-le, je suis Charlie, ça signifie défendre la liberté d'expression,
02:26évidemment la liberté de tout faire, de tout dire et de tout caricaturer,
02:31y compris d'ailleurs les religions.
02:33Ça ne suffit pas forcément d'être d'accord avec tous les dessins en question.
02:37Qu'est-ce que ça signifie cet esprit Charlie ?
02:40Est-ce qu'il perdure aujourd'hui dans la société française d'une part,
02:43et puis dans le monde politique d'autre part ?
02:45Est-ce qu'il ne s'est pas un petit peu dilué, comme le disait il y a quelques jours,
02:48l'ancien président François Hollande ?
02:50D'abord, chez les Français, Alex Bouyagué, l'esprit Charlie est-il toujours là ?
02:53Oui, je pense que l'esprit Charlie est toujours là dans le sens,
02:56en fait c'est ce que montre un récent sondage de l'IFOP je crois,
02:59qui montre que cette volonté, cette valeur cardinale
03:03qui pourrait être la liberté d'expression,
03:05est toujours quelque chose de très important.
03:07Mais il y a quand même des petits signaux qui montrent
03:10que le climat a changé.
03:13En fait, l'esprit Charlie, c'est vrai que depuis 10 ans,
03:17il tend de plus en plus à s'effacer, à disparaître.
03:20D'abord parce que les causes du drame sont toujours présentes,
03:24il y a toujours du terrorisme, on n'a pas éradiqué le terrorisme,
03:27on voit encore 9 attentats déjoués en 2024,
03:30ce sont les chiffres donnés par Bruno Retailleau.
03:33Il y a toujours du séparatisme, du fondamentalisme islamiste.
03:38On sent aussi que la laïcité est de plus en plus contestée.
03:43On voit que les professeurs, parce qu'entre-temps,
03:46depuis 10 ans, depuis le fameux esprit Charlie,
03:48il y a eu Samuel Paty, il y a eu Dominique Bernard,
03:50des profs assassinés,
03:52et donc des professeurs qui s'autocensurent de plus en plus,
03:57et on peut les comprendre sur ce sujet de laïcité.
03:59Et puis les fameuses valeurs de Charlie,
04:02cette liberté d'expression, le droit à la satire, à l'humour,
04:05on sent aussi que ça, c'est quand même des concepts
04:08qui sont de plus en plus délicats à manier.
04:10On voit ce qui se passe récemment autour de l'humoriste Sophia Aram,
04:13on voit aussi ce qui se passe sur les écrivains,
04:16Kamel Daoud, sur Boalem Sansal,
04:20où on sent que la gauche, notamment, se fait assez discrète.
04:25Donc il y a aujourd'hui, on manie avec beaucoup plus de précautions
04:29ces concepts-là, et j'irais même plus,
04:32j'ai l'impression que l'idée même de la démocratie,
04:34de notre modèle de société,
04:36tend à être de plus en plus contestée.
04:38Et puis, oui, il y a les Français, il y a le climat politique.
04:41Charlie, tout le monde était Charlie,
04:44et toute la gauche était Charlie il y a dix ans.
04:46On voit aujourd'hui que la gauche,
04:49et surtout, principalement, les Insoumis,
04:52n'est plus Charlie du tout,
04:54et qu'il y a une montée de l'antisémitisme également,
04:57qu'il y a une inquiétude chez les Français de confession juive.
05:00Donc voilà, dix ans après, l'esprit de Charlie,
05:03il tend quand même à s'effacer.
05:05L'esprit de Charlie s'est dilué, c'est ce que dit
05:07l'ancien président de la République, François Hollande.
05:09À cette place, il y a quelques minutes,
05:11François Molin, ancien procureur de la République de Paris,
05:13lui disait, ce qu'on a vécu le 11 janvier,
05:15avec ces millions de Français qui ont manifesté
05:18pour afficher leur soutien à Charlie Hebdo,
05:20pour manifester pour la liberté d'expression,
05:22c'était le dernier moment de concorde nationale.
05:25Avec la question, est-ce qu'aujourd'hui,
05:27on pourrait assister à la même concorde nationale
05:30qu'il y a dix ans ?
05:31Moi, je ne l'exclus pas, parce qu'on parlait
05:33de quelque chose de très différent, même différent,
05:35de « est-on esprit Charlie ou pas ? »
05:37C'est « peut-on tuer au nom d'un désaccord sur des idées ? »
05:41Et ça, il me semble que dix ans plus tard,
05:43on est toujours tous d'accord dans notre immense majorité
05:46des faits inqualifiables et qui justifiaient que
05:493,7 millions de Français se déplacent dans la rue
05:53quatre jours plus tard.
05:54À mon avis, là-dessus, on n'a pas bougé.
05:56En revanche, le soutien de la gauche à Charlie s'est étiolé,
06:01a disparu, porté par les Insoumis, effectivement.
06:05Ce qui m'intéresse, c'est d'essayer de comprendre pourquoi.
06:08On a vu un double mouvement.
06:11Déjà, depuis trente ans, il se passe quelque chose
06:14d'inédit dans la société française vis-à-vis des religions,
06:17de la pratique de la religion.
06:19Quand Charlie Hebdo a été fondée
06:21et quand Harakiri, son ancêtre, a été fondé,
06:24la religion en France, c'était avant tout le catholicisme
06:28et c'était vu comme les dominants.
06:31On restait dans un esprit révolutionnaire.
06:33Le clergé est issu des privilégiés.
06:35Donc, quand on se moquait de la religion,
06:38quand on se moquait du catholicisme,
06:41on se moquait des dominants.
06:43Ça faisait rire tout le monde.
06:44Aujourd'hui, la religion en France, c'est aussi l'islam.
06:47Et la grande nouveauté, c'est que c'est aussi
06:49des catégories beaucoup plus modestes
06:51de la population française.
06:53Et il y a un malaise à gauche là-dessus.
06:55Peut-on se moquer de catégories plus modestes
06:58de la population ?
06:59En réalité, pas de catégories plus modestes,
07:01de la religion de membres de catégories plus modestes
07:04de la population ?
07:05À cette question-là, la gauche,
07:07qui est depuis 15 ans, depuis, on va dire,
07:09le mandat de François Hollande,
07:11dans la hantise d'être perçue comme celle
07:13qui trahit le peuple,
07:15comme celle qui trahit les plus modestes,
07:17la gauche de Jean-Luc Mélenchon,
07:19a choisi de ne plus, de rompre
07:21avec cette tradition irrévérencieuse
07:23de la gauche,
07:25et d'être dans le camp d'eux,
07:27et dans un camp qui est
07:29uniquement porté par
07:31l'indignation, et qui n'accepte plus
07:33la dérision, l'humour noir
07:35vis-à-vis de ce que peut être
07:37une partie des valeurs
07:39d'un électorat
07:41ou de catégories pauvres.
07:43Et à cela, en plus, il y a une forme
07:45de puritanisme venu d'un mouvement
07:47anglo-saxon. Alors là, je ne pense pas
07:49aux critiques de la religion, mais ce que peuvent être
07:51les critiques, ce que peuvent être
07:53des moqueries ou des dessins
07:55de dérision sur, par exemple,
07:57les violences sexuelles, avant qui étaient
07:59beaucoup mieux acceptées, on comprenait que c'était de l'humour,
08:01que c'était de la dérision. Aujourd'hui, l'idée du
08:03second degré sur ces questions-là passe
08:05beaucoup moins chez une partie du monde militant de gauche.
08:07Il y a un bougé, effectivement, à gauche
08:09sur ces questions-là, Renaud Delis,
08:11mais est-ce que c'est par rapport, si on prend
08:13le cas de Jean-Luc Mélenchon,
08:15qui est le cas le plus simple
08:17abordé là, aujourd'hui,
08:19est-ce que c'est que lié, par exemple, à la critique
08:21de la religion musulmane, ou alors c'est même aussi
08:23toutes les autres religions qui ne l'acceptent plus ?
08:25C'est plus global, effectivement. Quand vous dites le plus simple,
08:27c'est parce que c'est le plus spectaculaire, le cas de Jean-Luc Mélenchon.
08:29Il suffit de réécouter, dix ans après, le très beau discours
08:31qu'il a prononcé à l'époque aux obsèques
08:33de Charbes, dont il revendiquait
08:35l'amitié, dont il parle comme d'un camarade
08:37de ce jour-là, c'était en janvier
08:392015 à Pontoise,
08:41j'ai réécouté ce discours
08:43d'une dizaine de mutes hier,
08:45il dénonce, il rend hommage
08:47à Charbes dans des termes formidables, il dénonce
08:49les fanatiques religieux,
08:51les crétins sanglants, je le cite, qui ont
08:53assassiné, justement, ce
08:55défenseur de la liberté d'expression.
08:57Il récuse aussi,
08:59pas dans ce discours, mais de multiples reprises
09:01à cette période-là, le terme même d'islamophobie,
09:03considérant qu'on doit pouvoir critiquer
09:05toutes les religions,
09:07l'islam comme les autres, et aujourd'hui, effectivement,
09:09Jean-Luc Mélenchon dit exactement
09:11l'inverse, ça illustre cette erreur,
09:13cette essentialisation
09:15que commet une partie de la gauche, croyant justement
09:17là, mélangeant essentialisation
09:19et question sociale,
09:21et ce qui est vrai, et juste un dernier
09:23point sur le cas de Jean-Luc Mélenchon, c'est qu'on
09:25s'aperçoit qu'au moment
09:27de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques
09:29à la fin du mois de juillet dernier,
09:31qu'a-t-il dit, Jean-Luc Mélenchon ? Il a expliqué
09:33qu'il avait été gêné par cette cérémonie,
09:35faisant évidemment allusion
09:37à la prestation de Philippe Catherine qu'on a en mémoire,
09:39et il a utilisé cette formule,
09:41il a dit, Jean-Luc Mélenchon,
09:43devait-on choquer les croyants ?
09:45Fallait-il choquer les croyants ? C'est quand même étrange
09:47pour quelqu'un qui
09:49prétendait, jusque-là,
09:51en tout cas, défendre la laïcité.
09:53Ce qu'il faut dire aussi, c'est qu'au moment de l'attentat
09:55de Charlie Hebdo,
09:57on a parlé de la marche du 11 janvier, des millions de
09:59Français qui ont manifesté en soutien à Charlie
10:01et à la liberté d'expression,
10:03mais il y avait aussi des gens qui disaient,
10:05et c'est pour ça que Renaud a expliqué
10:07au début, on peut être
10:09pour la liberté d'expression, mais ne pas apprécier
10:11effectivement les dessins.
10:13Déjà à l'époque, on entendait des
10:15« Je suis Charlie », mais
10:17ils l'ont quand même un peu cherché. On entendait
10:19ce genre de choses. Il ne faut pas aussi, c'est vrai,
10:21relire... La manifestation du 11 janvier
10:23était une formidable manifestation
10:25d'unité nationale, mais on entendait
10:27déjà ce type de propos à l'époque.
10:29Ce qui est vrai, c'est qu'aujourd'hui,
10:31malheureusement, ce type de propos, et donc cette
10:33incompréhension de ce qu'est la liberté d'expression
10:35et le droit à la satire, et le fait que le
10:37SFM n'existe pas dans une démocratie
10:39laïque comme la France, malheureusement, toutes ces
10:41réticences-là ont plutôt progressé depuis
10:43dix ans. Et pour toutes les religions, effectivement, que ce soit
10:45l'islam, le catholicisme, parce que
10:47Charlie dessine sur toutes les religions.
10:49Et en corollaire de ça, dans cette
10:51fameuse manifestation du 11 janvier, c'était
10:53« Je suis Charlie », « Je suis juif », « Je suis flic ».
10:55On se souvient des haies d'honneur
10:57pour les services d'ordre,
10:59et on voit aujourd'hui combien
11:01l'état d'esprit a changé. Aujourd'hui, du côté
11:03de Jean-Luc Mélenchon et des Insoumis, on dit
11:05« La police tue », c'est pas tout à fait
11:07le même message. Donc, oui,
11:09on est un peu loin de l'esprit Charlie.
11:11Violence policière décelée
11:13par les Insoumis.
11:15On continue la conversation, juste après
11:17le Fil info de Maureen Suynard à 9h17.
11:19L'inflation
11:21reste stable. En décembre,
11:23à 1,3% sur un an,
11:25les prix de l'énergie ont enregistré un léger rebond
11:27selon les données de l'INSEE,
11:29mais les prix de l'alimentation, eux, n'ont pas bougé.
11:31Ces chiffres sont surveillés de près
11:33par le gouvernement, qui tente en ce moment de construire
11:35un budget. Le ministre de l'économie a reçu
11:37hier le parti socialiste,
11:39Olivier Faure, qui affirme ce matin
11:41qu'il reste ouvert aux compromis. Le PS
11:43réserve le droit de voter une nouvelle censure
11:45du gouvernement et demande
11:47une suspension de la réforme des retraites.
11:49L'événement a été un choc
11:51collectif pour les Français. Il y a 10 ans,
11:53les frères Kouachi ont tué 12 personnes
11:55à Paris, dont 8 membres
11:57de la rédaction de Charlie Hebdo.
11:59Un attentat terroriste. Des commémorations
12:01sont prévues en fin de matinée dans la capitale.
12:03Emmanuel Macron sera présent, le chef
12:05de l'État qui décide finalement de maintenir
12:07son projet de musée mémorial
12:09du terrorisme à Surenne.
12:11C'est une information France Info.
12:13Il se trouve désormais au sud du Cap Vert,
12:15Charlie Dalin en tête du Vendée Globe,
12:17le tour du monde à la voile en solitaire.
12:19Il a une légère avance sur Johan Richombe
12:21qui navigue 117 000
12:23nautiques derrière, l'équivalent
12:25de 215 kilomètres.
12:27...
12:29France Info
12:31...
12:33Les informés, Renaud Dely,
12:35Salia Brakia.
12:37...
12:39Et les informés continuent avec Alix Bouyague, éditorialiste politique
12:41à France Info TV avec Etienne Girard,
12:43rédacteur en chef à L'Express.
12:45C'est à 11h30 qu'ont lieu les commémorations
12:47devant les anciens locaux
12:49de Charlie Hebdo, 10 ans
12:51après Renaud Dely.
12:53Juste un petit mot,
12:55pour être un peu plus optimiste ou positif
12:57que ce qu'on disait jusqu'à présent. Parce qu'effectivement,
12:59si on fait le constat en disant qu'aujourd'hui le pays
13:01s'est fracturé, au regard de l'unité nationale
13:03du 11 janvier 2015,
13:05il s'est en quelque sorte archipélisé,
13:07c'est l'expression utilisée par
13:09Jérôme Fourquet en particulier.
13:11On voit que le notarisme ronge l'unité
13:13de la République, on voit que l'antisémitisme
13:15explose, on a tous ces signaux d'alerte qui se sont
13:17aggravés. On a aussi
13:19une forme d'ignorance qui a progressé
13:21notamment dans les jeunes générations qui peinent
13:23de comprendre que la laïcité
13:25ce n'est pas un glaive anti-musulman
13:27comme le prétendent certains, mais au contraire
13:29un bouclier pour tous les citoyens,
13:31quelle que soit leur confession, s'ils en ont une d'ailleurs.
13:33Et pour tous ceux qui n'en ont pas et qui n'ont pas
13:35de religion, et rappelons quand même que la France est majoritairement
13:37un pays dont les
13:39citoyens ne se revendiquent
13:41pas d'une religion quelconque.
13:43Il y a aussi l'autocensure,
13:45la peur qui a progressé, on évoquait les enseignants
13:47notamment évidemment après les assassinats de Samuel Paty
13:49et Dominique Bernard. Et pour autant, si on jette un regard
13:51au-delà de nos frontières,
13:53on constate que dans ce monde où il y a quand même
13:55une grande fatigue démocratique, la poussée
13:57de régimes forts,
13:59brutaux, autoritaires,
14:01la montée justement
14:03de communautarismes religieux
14:05exacerbés ou d'hystéries d'identité exacerbées,
14:07que ce soit outre-Atlantique ou en Europe,
14:09il demeure une exception française.
14:11Et c'est vrai qu'il demeure quand même,
14:13je ne sais pas si on peut appeler ça l'esprit Charlie, mais
14:15d'autres parlent à chaque fois de cette fameuse laïcité
14:17à la française. En tout cas, il reste
14:19une spécificité qui résiste, et une société française
14:21qui résiste. Et d'ailleurs, après
14:23les attentats de janvier 2015
14:25et puis les autres, tous ceux qui ont suivi les attentats
14:27de masques qu'a connus le pays, évidemment
14:29le 13 novembre 2015, mais aussi Nice
14:31le 14 juillet 2016 et malheureusement bien d'autres,
14:33il faut constater que le pays
14:35n'a pas basculé. L'unité de la République
14:37a quand même tenu. Le pays a tenu
14:39et d'une part
14:41n'a pas évidemment
14:43et fort heureusement versé dans une forme de
14:45guerre civile quelle qu'elle soit, et d'autre part
14:47elle ne s'est pas donnée dans les urnes à l'extrême droite.
14:49L'extrême droite a progressé, mais par réaction
14:51on aurait pu imaginer que l'extrême droite
14:53l'emporte. Elle continue de progresser
14:55certes, mais c'est une réaction effectivement
14:57d'une frange de l'électorat qui demeure
14:59aujourd'hui minoritaire. Il y a le petit doute d'Alex Bouiaguet.
15:01Oui, moi j'ai quand même l'impression que
15:03oui, la France ne s'est pas
15:05effondrée, mais qu'elle supporte
15:07entre guillemets, je le dis bien entre guillemets
15:09chaque drame
15:11et qu'il y a
15:13moins d'éclats, qu'il y a moins de
15:15et que l'extrême droite ou le
15:17Rassemblement National finalement
15:19chacun peut faire son
15:21beurre sur ça. Il y a quand même
15:23pour moi un état d'esprit qui est en train
15:25un petit peu de s'effriter, des résistances
15:27qui sont quand même en train de se
15:29de s'affaiblir.
15:31Donc oui, moi c'est vrai
15:33que je ne suis pas très optimiste
15:35sur...
15:37C'est si on se compare aux autres, si on
15:39reprend ce que dit Renaud Dely, si on
15:41se compare aux autres...
15:43Je regarde, je me désole, mais quand je me compare
15:45je me... voilà.
15:47Oui, mais on voit aussi peut-être les limites aussi
15:49de cette fameuse laïcité à la française
15:51et on voit bien que même les politiques
15:53ils ont du mal à savoir
15:55comment manier désormais ce concept.
15:57Je vous propose de changer de sujet
15:59maintenant, alors pas de quelque chose
16:01de plus
16:03d'espoir, j'en doute malheureusement
16:05Renaud Dely, puisque les consultations
16:07ont repris à Bercy pour construire
16:09enfin peut-être un budget.
16:11L'enjeu peut sembler moindre évidemment
16:13au regard du sujet qu'on a abordé, pour autant il est
16:15important, il est même capital, puisque nous n'avons
16:17toujours pas de budget 2025
16:19alors qu'il est, enfin rappelons que les crédits 2024 ont été
16:21reconduits temporairement
16:23en attendant la conclusion
16:25d'un nouveau budget, la confection d'un nouveau budget.
16:27François Bayrou et le gouvernement
16:29Siatel, le ministre de l'économie
16:31Eric Lambart d'ailleurs, a entamé
16:33un cycle de consultations.
16:35Il a reçu hier le Modem,
16:37les socialistes, il continue aujourd'hui avec les écologistes,
16:39les communistes, LR Demain,
16:41le Rassemblement National fermera la marche en fin
16:43de semaine, bref, tout le monde va être consulté
16:45pour essayer d'apporter sa pierre à un édifice
16:47commun et qu'enfin la situation
16:49politique très complexe que l'on
16:51connaît accouche d'un budget.
16:53Hier les socialistes ont été reçus et ils ont
16:55noté une évolution, une ouverture
16:57de la part du gouvernement, notamment
16:59sur la réforme des retraites. Voici ce qu'en a dit
17:01à la sortie de cette entrevue
17:03le président du groupe socialiste au Sénat
17:05Patrick Cannaire.
17:07Nous avons été
17:09si non entendus, en tout cas
17:11il y a eu une proposition
17:13de modification, d'évolution
17:15de la réforme de la retraite
17:17la ministre en charge
17:19Madame de Montchalin
17:21n'a pas été dans le détail
17:23mais manifestement
17:25la pression que nous avons mise depuis le début
17:27sur ce dossier fait bouger
17:29les lignes au sein du gouvernement
17:31et cela est tout à fait positif.
17:33On sent qu'il y a une ouverture là, Etienne.
17:35Je ne suis pas si sûr.
17:37Désolé de doucher
17:39les espoirs de certains.
17:41Non, parce qu'on n'a pas levé
17:43l'ambiguïté de départ
17:45qu'il faut lever. C'est
17:47Lucas d'Emmanuel Macron
17:49peut-on défaire ce que
17:51j'ai fait en l'occurrence ? Il l'a dit
17:53depuis le début, si je nomme un Premier ministre
17:55d'un gouvernement, ce n'est pas pour défaire
17:57or ce que veut précisément
17:59la gauche ici, le parti socialiste
18:01c'est défaire
18:03au moins une partie de la réforme
18:05des retraites. Quel terrain d'antan de trouver ?
18:07D'ailleurs je trouve ça frappant.
18:09Il y a une proposition de bouger
18:11mais on ne sait pas laquelle.
18:13Ce qui montre bien que les choses
18:15ne sont pas mûres et que le gouvernement
18:17n'est pas prêt à faire une
18:19véritable offre qui
18:21déferait une partie de la réforme
18:23de retraite et ça c'est vrai
18:25pour absolument tout et c'est le point
18:27sur lequel on va choper
18:29dans les prochaines semaines, dans les prochains mois
18:31s'il n'y a pas vraiment, si on ne bouge pas
18:33dans la tête du Président de la République parce que c'est là
18:35que ça se passe en réalité
18:37c'est ça parce qu'ensuite
18:39s'il permet de bouger effectivement
18:41le monde change.
18:43Est-ce qu'on a le droit de défaire
18:45une partie du bilan
18:47d'Emmanuel Macron ? Tant qu'on ne répond pas oui
18:49à cette question, on n'élargira pas
18:51l'assise de la majorité
18:53parlementaire. Parce que
18:55ce que disent les socialistes c'est que s'il n'y a pas de concessions
18:57remarquables,
18:59il n'y a pas de concessions de censure.
19:01Je vais prendre le total contre-pied d'Étienne
19:03ou alors c'est décidément...
19:05Je suis pessimiste en début sur Charlie
19:07et je suis résolument optimiste sur le dossier
19:09des socialistes. Pourquoi je pense
19:11vraiment que ce sera beaucoup plus simple
19:13pour François Bayrou, pour Michel Barnier parce que
19:15il y a quand même eu des bougées. D'abord
19:17tout le monde est conscient, ce n'est pas une mince affaire,
19:19ça a l'air simple de le dire, mais qu'il faut un budget.
19:21La loi spéciale, c'est une cote mal taillée
19:23ça ne peut pas durer. Il y a une forme d'unanimité
19:25sur ce sujet-là.
19:27Il y a aussi une conscience que si
19:29François Bayrou était renversé, on rentre là
19:31clairement une forme de crise de régime.
19:33C'est-à-dire que ce n'est pas...
19:35On en sera au cinquième ou au sixième où j'ai arrêté de compter
19:37Premier ministre avec, on attend
19:39un des démissionnaires.
19:41Je pense que les Français n'en peuvent plus et la classe politique
19:43aussi, mise à part
19:45sans doute les insoumis d'une moindre mesure
19:47ou d'une certaine mesure le Rassemblement National
19:49et puis surtout, effectivement, ce ne sont plus
19:51du tout les mêmes interlocuteurs.
19:53On voit que ce n'est plus le RN, c'est le Parti Socialiste.
19:55Or, quand on écoute ce que dit
19:57le Parti Socialiste, quand on écoute plus précisément
19:59ce que dit François Hollande,
20:01il résume ainsi l'état d'esprit. Il dit d'abord
20:03je ne souhaite pas la démission
20:05d'Emmanuel Macron, ni la dissolution
20:07ni la crise de régime.
20:09C'est quand même une première information.
20:11Il doit terminer son mandat, Emmanuel Macron.
20:13La deuxième information, c'est qu'il dit que
20:15François Bayrou peut tenir
20:17jusqu'en 2027. Donc ça veut dire que
20:19il y aura un gauchissement
20:21du budget, ça c'est sûr.
20:23Et quand on entend Éric Lambart
20:25qui vient, issu de l'éran de la gauche,
20:27ami personnel même
20:29du premier secrétaire
20:31Olivier Faure,
20:33quand il dit qu'il y a des convergences possibles,
20:35quand on entend Patrick Cannaire,
20:37patron des socialistes
20:39au Sénat, dire que les lignes
20:41ont bougé, ça veut dire que oui
20:43il va y avoir des inflexions
20:45et y compris sur
20:47la réforme des retraites. François Bayrou,
20:49on a vu, il s'est
20:51émancipé aussi d'Emmanuel Macron
20:53quand il le faut, et en l'occurrence pour sauver
20:55sa peau, ce sera peut-être le cas.
20:57On reste sur une note d'optimisme ?
20:59Ma grande surprise d'ailleurs. Moi d'abord,
21:01j'ai plutôt penché du côté d'Alex Bouiaguet.
21:03C'est rare. On le soulignait bien l'année.
21:05Avec un peu plus de retenue, mais pourquoi ? Parce que je constate
21:07qu'effectivement, ça c'est clair, Éric Lambart, le ministre de l'économie
21:09ne parle pas comme son prédécesseur.
21:11Très clairement, il insiste sur les ouvertures.
21:13Il a décidé,
21:15il le dit très clairement d'ailleurs, plutôt de se tourner
21:17vers les socialistes. Il dit qu'il peut y avoir
21:19dit-il un dialogue fécond avec le CDI, bien plus avec
21:21les socialistes qu'avec l'ERN. Peut-être
21:23ont-ils enfin compris du côté exécutif que
21:25miser sur l'indulgence temporaire
21:27éphémère et fragile de Marine Le Pen,
21:29c'était un calcul assez suicidaire. On a bien vu
21:31qu'au gré de ses humeurs, elle peut changer d'avis en quelques heures.
21:33Donc,
21:35si jamais ce gouvernement veut tenir, c'est bien de ce côté-là
21:37qu'il peut avoir
21:39une forme d'assurance politique. Il y a
21:41très clairement une évolution du côté
21:43du gouvernement quand même, dans le discours.
21:45Je rejoins
21:47Étienne Girard sur le fameux tabou, peut-on toucher
21:49au bilan d'Emmanuel Macron, mais
21:51peu ou prou, il va y être contraint d'une façon ou d'une autre, et c'est peut-être
21:53en train de se produire. Et puis, il y a une évolution de l'autre
21:55côté, parce que concession remarquable,
21:57comme le dit Olivier Faure,
21:59ce n'est pas abrogation de la réforme des retraites,
22:01ce n'est plus non plus gel de la réforme des retraites.
22:03Aujourd'hui, on parle d'amélioration, d'amélioration
22:05significative, sur la pénibilité,
22:07sur les carrières longues, sur l'emploi des femmes,
22:09etc., etc., sur plein de sujets.
22:11Mais les socialistes aussi ont bougé.
22:13Dernier point, je pense que Jean-Luc Mélenchon
22:15les aide aussi à bouger, puisque Jean-Luc Mélenchon a encore
22:17hier moqué le plat de lentilles,
22:19je le cite, que le gouvernement
22:21propose à Olivier Faure, en expliquant qu'il n'y serait pas.
22:23Ça va être difficile pour les socialistes,
22:25si jamais des deux côtés ça bouge, évidemment,
22:27du côté du gouvernement d'abord,
22:29mais aussi du gouvernement socialiste, et il semblerait que ça bouge aussi,
22:31de retourner, j'allais dire, à la maison
22:33du Nouveau Front Populaire, sous la férule
22:35de Jean-Luc Mélenchon, au vu des
22:37relations qu'ils entretiennent aujourd'hui. C'est-à-dire, c'est difficile
22:39de retourner aujourd'hui en disant, bon ben, finalement
22:41on s'est trompé, et on vote la censure.
22:43Donc, il est quand même possible
22:45que, pour un certain temps, ce gouvernement échappe
22:47à la censure, non plus grâce à
22:49la mensuétude et l'indulgence éphémère de Marine Le Pen,
22:51mais plutôt en essayant
22:53d'arriver à une forme de compromis avec les socialistes.
22:55Bon, on reste sur la note d'optimisme alors, hein.
22:57Merci beaucoup.
22:59Pas un optimisme de dingue non plus, hein.
23:01Merci à tous les trois.
23:03Alex Bouillague, éditeur réaliste politique à France Centrale,
23:057h45, l'interview politique.
23:07Etienne Girard, merci à vous.
23:09Merci.
23:11On regarde tout de suite qu'il propose cette semaine une enquête
23:13sur l'empire d'assaut.
23:15Les dessous de la bataille de succession à la tête de l'Empire,
23:17justement. L'express qu'on retrouve
23:19où en 2025 ?
23:21Évidemment, comme l'année dernière.
23:23Dans tous les bons kiosques.
23:25Dans tous les bons kiosques. Et il y a le numérique aussi.
23:27On est en 2025. Merci beaucoup,
23:29Renaud. Les informés du soir, c'est à 20h,
23:31avec Agathe Lambret et Jean-Rémi Baudot.
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