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  • il y a 7 semaines

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00:00Bonjour, bienvenue dans Les Informés, c'est parti pour une demi-heure de décryptage de l'actualité.
00:05Bonjour Renaud Delis.
00:06Bonjour Agathe.
00:07Deux questions à la une ce matin.
00:09Alors que Volodymyr Zelensky est à Paris, la France peut-elle s'insérer dans le tandem Trump-Poutine ?
00:16Et puis Jordan Bardella agressé, est-ce un signe de plus de la dégradation du climat politique ?
00:22Pour nous éclairer aujourd'hui, nos informés Stéphanie Despierre, journaliste politique à LCP.
00:27Bonjour Stéphanie.
00:28Bonjour.
00:28Jean-Jérôme Bertolus, éditorialiste politique à France Info TV.
00:31Bonjour Jean-Jérôme.
00:32Et Nicolas Teilhard, journaliste à la rédaction internationale de Radio France.
00:36Bonjour Nicolas.
00:37On commence donc Renaud avec notre premier débat, une visite sous pression de Volodymyr Zelensky à Paris aujourd'hui.
00:44Volodymyr Zelensky de retour ce matin même à l'Elysée, deux semaines à peine après sa dernière visite à Paris.
00:50Je crois que c'est la dixième visite en France du président ukrainien depuis le début de la guerre, il y a bientôt quatre ans.
00:56Une visite qui s'inscrit dans un contexte particulier, une activité diplomatique intense avec des discussions encore hier, la nuit dernière en Floride entre des responsables ukrainiens et américains à partir du fameux plan de paix américain dégainé par Donald Trump il y a une semaine, un peu plus d'une semaine.
01:15Et puis très prochainement demain à priori une visite de l'émissaire spécial de Donald Trump, Steve Witkoff à Moscou et Volodymyr Zelensky qui arrive sous pression après d'une part la divulgation de ce plan de Donald Trump et puis d'autre part le scandale de corruption qui ébranle son pouvoir et qui la contraint à se séparer de son bras droit à Kiev.
01:33Comment les ukrainiens peuvent-ils gérer les incertitudes de l'attitude de Donald Trump ? Est-ce que Donald Trump peut finir par lâcher l'Ukraine au profit de Moscou et du Kremlin ?
01:45Quelles conséquences l'attitude américaine a sur l'ensemble de la diplomatie européenne ? Voici ce qu'on disait ce matin sur l'antenne de France Info, Dmitry Okuchnir.
01:54Dmitry Okuchnir c'est à la fois un militaire et un entrepreneur ukrainien qui est présent justement dans une délégation ukrainienne à Paris cette semaine et qui pointe le rôle des américains dans cette négociation.
02:05Avant que Trump devienne président on disait c'est 50-50 soit il va nous soutenir soit il va pas nous soutenir et aujourd'hui on voit que ça continue en fait.
02:18Aujourd'hui il soutient demain il soutient pas. La bonne chose dans tout ça c'est que Trump il donne une leçon à l'Europe que l'Europe doit se réveiller et doit être plus forte aujourd'hui.
02:28Il n'y a plus de 7 alliés sur lesquels l'Europe comptait qui sont les Etats-Unis.
02:34On va parler de ce tandem Etats-Unis-Russie mais d'abord Nicolas Teilhard, Volodymyr Zelensky affaibli par des scandales de corruption.
02:42Est-ce qu'il est encore assez solide, assez légitime pour négocier la paix ?
02:46Alors légitime oui, c'est le président ukrainien. Il n'y a pas eu d'élection organisée et pour cause il est impossible.
02:52Et ça en Ukraine il y a un consensus là-dessus d'organiser une élection à un moment donné où 20% de votre territoire est contrôlé par une puissance étrangère.
03:02Affaibli c'est une certitude parce que cette affaire de corruption elle touche son entourage.
03:09Et là elle a poussé au départ de son bras droit André Yermak, celui qui a mené pratiquement l'ensemble des négociations depuis le début de la guerre
03:18et qui était l'interlocuteur clairement privilégié de Washington.
03:22Maintenant il a aussi une manière de regarder cette situation en disant
03:25« Vous voyez, la différence entre nous et la Russie c'est que dans une démocratie qui fonctionne, une affaire de corruption,
03:31elle est traitée même dans un pays en guerre et même quand elle remonte jusqu'au cercle les plus proche du pouvoir. »
03:36Donc ça il y a un débat en interne qui peut exister en Ukraine.
03:40Ce qui est sûr c'est que ça l'affaiblit notamment vis-à-vis des Américains.
03:43Et d'un Donald Trump qui a l'air plus pressé que jamais d'en finir avec ce dossier
03:47et qui donne un petit peu la pression à travers ses déclarations de vouloir appuyer sur la faiblesse de Volodymyr Zelensky.
03:52On sait que la relation est quand même très compliquée depuis longtemps entre les deux hommes.
03:57De vouloir appuyer sur ce moment de faiblesse pour lui dire désormais il faut négocier, il n'y a pas le choix.
04:02Dans ce contexte, que vient faire Volodymyr Zelensky à Paris avec Emmanuel Macron, Stéphanie Despierres ?
04:07Il vient rechercher du soutien parce qu'on l'a dit, il est sous haute pression.
04:10Emmanuel Macron essaye aussi de recevoir Volodymyr Zelensky à chaque fois qu'il y a une visite
04:15ou des pourparlers avec les Etats-Unis pour montrer le soutien des Européens.
04:20Emmanuel Macron essaye d'être la figure de proue du partenariat, du soutien européen à l'Ukraine.
04:27Même si on voit que pour l'instant, l'Europe a beaucoup, beaucoup de mal à faire entendre sa voix.
04:33On l'a dit, c'est la dixième visite du président ukrainien à l'Elysée depuis 2022.
04:39Donc c'est un dossier sur lequel Emmanuel Macron s'implique beaucoup.
04:42Mais c'est vrai qu'il a du mal à porter à lui seul.
04:45Et de toute façon, l'Europe, il y a des grosses, grosses divergences au sein de l'Union Européenne.
04:48Est-ce que ça avance du côté des Européens, justement, Nicolas Teilhard ?
04:51Est-ce que la France et les Européens ont réussi à s'insérer dans ce tandem Trump-Poutine ?
04:55Pas du tout. Enfin, on l'a vu ces derniers jours.
04:58Il y a quand même eu des négociations menées, je veux dire, un petit peu en sous-marin par les États-Unis,
05:04directement avec Moscou.
05:05Ni les Ukrainiens, ni les Européens n'ont été tenus au courant.
05:08Ils ont découvert cette proposition de plan de paix quasiment dans la presse en même temps que les Ukrainiens.
05:13Ça a été en plus une première version qui a été très inspirée par, on va dire, le récit que fait le Kremlin de cette situation.
05:25Ensuite, un round de négociations à Genève où les Européens se sont quasiment invités en dernière minute.
05:30De façon de dire, il est inconcevable qu'on ne soit pas là et qu'on ne soit pas présent pour tenter d'équilibrer un tout petit peu cette proposition.
05:37Quand on discute en Floride hier, chez Steve Whitcoff, qui est quand même l'homme dont on a compris depuis deux semaines
05:44qu'il discutait régulièrement avec le Kremlin pour quasiment leur donner le mode d'emploi.
05:49C'est lui le négociateur en chef ?
05:51C'est lui en tout cas qui est l'homme du dialogue avec Moscou.
05:53Ça c'est une certitude. Il a fait plusieurs allers-retours ces derniers mois.
05:56Il a l'habitude de traiter avec Moscou et avec Vladimir Poutine en personne.
06:00Et c'est lui qui est chargé d'aller, d'une certaine manière, lui remettre en main propre la dernière version du plan de paix.
06:07Il doit s'envoler dans les prochaines heures et il est attendu à Moscou demain.
06:12C'était dans son complexe hôtelier que les discussions avaient lieu ces dernières heures,
06:15alors qu'on a appris dans la presse américaine ces derniers jours
06:18qu'il avait quasiment donné un mode d'emploi aux Russes pour savoir comment manier Donald Trump sur ce dossier.
06:24Donc ça dit quand même quelque chose de la manière dont se passent les discussions.
06:28Les Européens, ils ont une porte d'entrée d'une certaine manière, c'est Marco Rubio.
06:32Qui est le secrétaire d'État américain, qui est le chef de la diplomatie officielle,
06:36j'allais dire un peu canal historique.
06:38C'est-à-dire que c'est la version officielle de la diplomatie américaine
06:41qui a une tradition beaucoup plus atlantiste
06:43et surtout qui est un petit peu le représentant de tous ces élus américains.
06:47Et il y en a, côté démocrate comme côté républicain d'ailleurs au Congrès,
06:51qui eux restent hostiles à la Russie,
06:53qui s'inquiètent de la relation qu'entretient Donald Trump avec Moscou
06:57et qui équilibre un tout petit peu la balance d'une certaine manière.
07:01Renaud Delis.
07:02C'est là qu'on voit l'un des problèmes principaux auxquels se heurtent les Européens,
07:06c'est qu'ils ne jouent pas avec les mêmes règles du jeu que Donald Trump.
07:08C'est-à-dire que les chancelleries européennes, les chancelleries occidentales,
07:11l'Union Européenne, etc.
07:12jouent avec les...
07:13enfin, usent des canaux diplomatiques officiels.
07:17Et en l'occurrence, leur interlocuteur est celui sur lequel il mise,
07:20comme le disait à l'instant Nicolas Taillard,
07:22c'est le secrétaire d'État, Marc Rubio, sauf que Donald Trump,
07:24il a ses propres règles.
07:26Et qu'on le voit, mise davantage sur Steve Whitcoff, l'homme du Kremlin, très clairement.
07:31C'est-à-dire que le fameux enregistrement qui a révélé,
07:34qui a souligné un peu plus, mais là, qui a vraiment révélé au grand jour sa proximité,
07:37le fait qu'il est, force un peu le trait, quasiment porte-parole du Kremlin,
07:40Steve Whitcoff, aurait dû, dans n'importe quelle démocratie négociant,
07:44et les États-Unis sont évidemment une démocratie,
07:47délégitimer ce personnage.
07:49Et ne plus le président en charge, en l'occurrence Donald Trump,
07:53aurait dû remettre en cause, en tout cas, le mandat qu'il avait attribué à Steve Whitcoff.
07:57Pas du tout, c'est même plutôt le contraire.
07:59D'ailleurs, on voit que la complicité, l'intimité entre les deux hommes,
08:02Donald Trump et Steve Whitcoff, a conduit à cette discussion hier en Floride,
08:06chez Steve Whitcoff, et c'est lui qui va demain à Moscou.
08:08Donc là, les Européens sont extrêmement désarmés face à une telle pratique diplomatique
08:14qui ne relève pas des ressorts traditionnels.
08:18Et avec cet embarras supplémentaire,
08:19que la moindre critique un petit peu trop véhémante pourrait braquer Donald Trump.
08:23Donc on est même avec une prudence de Sioux dans le langage
08:28et la manière de décrire ce qui se passe ces derniers jours côté européen,
08:32parce qu'on ne veut surtout pas que Donald Trump s'en serve en disant
08:35« débrouillez-vous tout seul ».
08:36Mais donc tout est vain aujourd'hui, Jean-Jérôme Bertolus,
08:38cette visite de Volodymyr Zelensky, elle ne sert à rien ?
08:41– Ah non, elle me paraît absolument fondamentale,
08:45même si les résultats concrets, effectivement, seront sûrement très évanescents,
08:49mais c'est absolument fondamental par tout ce qui vient d'être rappelé,
08:53c'est-à-dire que l'Europe est évincée par les États-Unis,
08:57qui est une sorte de pont entre Moscou et Washington,
09:01symbolisé effectivement par ceux dénommés Steve Whitcoff,
09:04qui a dit qu'il avait la plus grande admiration pour Vladimir Poutine,
09:09l'avenir Poutine qui est poursuivi par la Cour pénale internationale
09:13pour crime de guerre quand même, je le rappelle.
09:15Donc il est essentiel pour Emmanuel Macron de rappeler que l'Europe est là,
09:20même si l'Europe est affaiblie, pour les raisons qu'on vient de dire,
09:22même si l'Europe est affaiblie parce que Emmanuel Macron est affaibli
09:25au plan intérieur, parce que les principaux leaders en Europe sont affaiblis
09:29aussi pour des questions intérieures,
09:32et que l'Europe a du mal à joindre les deux bouts au plan budgétaire
09:36et de financer cette guerre.
09:38Mais cette présence symbolique aujourd'hui de Volodymyr Zelensky à l'Élysée
09:42me semble essentielle.
09:42– Le mot de la fin, Nicolas Thérèse.
09:44– Il y a un aspect qu'il ne faut pas oublier, me semble-t-il,
09:46c'est qu'on parle beaucoup du soutien des Européens à Volodymyr Zelensky,
09:49on parle peu du rôle que tient l'Ukraine dans la défense de l'Europe.
09:53Or, face à la menace russe telle qu'elle est présentée de plus en plus souvent
09:58par les diplomaties européennes, par les services de renseignement,
10:01l'Ukraine aujourd'hui, c'est un rempart essentiel à ce que pourrait être
10:05la menace russe dans les prochaines années.
10:07Et ça, il y a un bon nombre de dirigeants, à commencer par Emmanuel Macron,
10:10qui l'ont compris.
10:11– Aider l'Ukraine, c'est aussi nous aider, nous, Européens.
10:14C'est ce que vous dites.
10:14Merci beaucoup Nicolas Théliard, journaliste à la rédaction internationale
10:17de Radio France.
10:18Dans un instant, on passe à notre deuxième débat.
10:21Jordan Bardella, agressé.
10:23Qu'est-ce que cela dit du climat politique ?
10:25Mais tout de suite, il est 9h16, et c'est l'Info en une minute
10:27avec Maureen Suignard.
10:28– Peut-il y avoir un accord entre le gouvernement et le parti socialiste ?
10:33Les dirigeants du PS reçus par Sébastien Lecornu ce midi,
10:37des discussions autour du budget, celui de la sécurité sociale
10:40sera de nouveau examiné demain par les députés.
10:43Il comprend de nombreuses coupes budgétaires,
10:44mais aussi la suspension de la réforme des retraites.
10:47Et c'est contre ces coupes que plusieurs syndicats appellent
10:50à la grève demain.
10:51La CGT, FSU et Solidaires s'opposent aussi aux suppressions de postes.
10:55Il pourrait y avoir des perturbations dans les services publics,
10:58l'éducation nationale, le périscolaire, les transports en commun,
11:01dès ce soir cette fois.
11:02La semaine à venir s'annonce cruciale pour l'Ukraine.
11:05C'est ce qu'affirme ce matin la chef de la diplomatie de l'Union européenne.
11:08Le président ukrainien est à Paris ce matin pour rencontrer Emmanuel Macron.
11:12Des délégations ukrainiennes ont été reçues hier aux Etats-Unis
11:16pour négocier un possible plan de paix avec Moscou.
11:19Moins de 100 avions A320 toujours immobilisés ce matin.
11:22Le constructeur aéronautique Airbus a dû effectuer un changement d'urgence de logiciel
11:26sur 6000 appareils en quelques jours.
11:29L'ancien logiciel rendait les avions vulnérables aux radiations solaires.
11:33Les informés avec Stéphanie Despierre, journaliste politique à LCP,
11:48Jean-Jérôme Berteluz, éditorialiste politique à France Info TV.
11:52Renaud Deli, deuxième sujet, Jordan Bardella, agressé.
11:57Qu'est-ce que cela dit du climat politique ?
11:59Le président du Rassemblement National qui a été agressé, c'était samedi,
12:02lors d'une séance de dédicace de son livre à Moissac dans le Tarn-et-Garonne.
12:05Il signait des exemplaires quand un homme s'est approché,
12:08il lui a écrasé un œuf sur la tête.
12:09Jordan Bardella a porté plainte.
12:12L'homme a été interpellé.
12:13Il s'agit d'ailleurs d'un agriculteur retraité de 74 ans
12:17qui, selon le procureur de Montauban, serait en quelque sorte un récidiviste
12:21puisqu'il avait déjà visé Éric Zemmour pendant la campagne présidentielle de 2022.
12:26Une agression dont a été victime Jordan Bardella
12:28et qui a été très clairement condamnée par le ministre de l'Intérieur,
12:31Laurent Nunez, hier chez nos confrères de BFM.
12:34Non, bien sûr, je condamne très fermement cette agression, c'est inacceptable.
12:38Nous sommes dans une démocratie, tout le monde doit pouvoir s'exprimer.
12:41Et ces actes qui sont des actes d'intimidation,
12:44au Dieu, quels qu'en soient les motifs, c'est absolument inacceptable
12:46et ça dénote aussi un durcissement du climat politique.
12:49– Mardi dernier d'ailleurs, Jordan Bardella avait déjà été pris à partie,
12:54c'était à Vesoul, par un lycéen de 17 ans qui lui avait jeté de la farine
12:58lors d'un bain de foule.
13:00Et puis rappelons que les agressions à l'endroit des élus
13:02se sont multipliées ces derniers mois et ces dernières années,
13:05quelles que soient les étiquettes.
13:06On se souvient d'ailleurs d'Emmanuel Macron lui-même,
13:08giflé, c'était en 2021.
13:10Jean-Luc Mélenchon, comme Christophe Castaner,
13:13visé il y a quelques années par un projet d'attentat attribué à l'ultra-droite.
13:16Manuel Bompard, auquel un colis piégé avait été envoyé,
13:19ça c'était au début du mois d'octobre.
13:21Ou encore Raphaël Glucksmann, qui avait été lui molesté
13:23pendant la campagne européenne par des militants d'extrême-gauche.
13:25Sans oublier par exemple le maire de l'Aïlerose,
13:27devenu ministre de la Ville, Vincent Jean-Brun,
13:29agressé, attaqué jusqu'à son domicile lors des émeutes de 2023.
13:33Ou encore des élus, notamment Macronistes,
13:36dont les permanences avaient été dégradées, saccagées,
13:39dès le mouvement des Gilets jaunes.
13:40Alors est-ce qu'on assiste là à une dégradation du climat politique
13:44qui se manifeste par des agressions,
13:46quelles qu'en soient la nature, qui sont évidemment toutes condamnables,
13:49et quelles qu'en soient la nature et l'ampleur ?
13:50Et est-ce que ça augure d'ailleurs d'une campagne présidentielle 2027
13:54particulièrement violente ?
13:57Est-ce que c'est vraiment nouveau Stéphanie Despierre
13:58ou ça a toujours existé finalement ?
14:00Être élue, c'est s'exposer à des agressions ?
14:03Alors ça n'a pas toujours existé.
14:05En revanche, je pense que ça date beaucoup des Gilets jaunes.
14:09On a senti une bascule au moment des Gilets jaunes,
14:11notamment parce qu'il y a eu par exemple des agressions d'élus,
14:15de députés, des infractions dans les domiciles des députés.
14:18Donc là il y a une...
14:19Une libération du passage à l'acte ?
14:21Une libération du passage à l'acte,
14:22et aussi la levée d'une sorte de tabou.
14:24C'est-à-dire qu'on s'en prenait aux permanences,
14:26on s'en prend aux candidats, aux politiques, en campagne, etc.
14:31Mais on n'allait pas par exemple dans les Gilets jaunes dans les domiciles des députés.
14:35Et ça c'est un point marquant.
14:37On a vraiment vu une bascule à ce moment-là.
14:39Ensuite, on l'a dit, il y a eu régulièrement des enfarinages d'hommes politiques, etc.
14:45Mais c'est vrai que le climat politique est compliqué.
14:49La France a quand même, dans l'histoire, une sorte de tradition de violence en politique.
14:55Et là, vu l'acuité des débats, vu les affrontements,
14:58que ce soit sur les plateaux télé, que ce soit dans l'hémicycle à l'Assemblée,
15:04en effet il y a une recrudescence de cela.
15:06Et la campagne présidentielle sera un moment important.
15:11Et tous les candidats vont voir leur sécurité.
15:14Parce que là on parle d'agressions individuelles,
15:16mais il y a aussi un risque terroriste qui va poser sur les candidats.
15:21Moi je me rappelle en 2017, lors de la campagne de Fillon,
15:22il y a des meetings, il y avait des snipers sur les toits pour sécuriser les meetings.
15:26Il y a en tout cas un consensus dans la classe politique, Jean-Jérôme.
15:30Tout le monde a été assez unanime dans la condamnation de cette agression envers Jordan Bardella.
15:36Oui, tout à fait.
15:37Qu'il soutient ou pas le rassemblement national.
15:39Oui, tout le monde a agrété.
15:41Et heureusement, cette agression,
15:43Jordan Bardella lui-même s'en est pris à l'extrême gauche à la brutalisation du débat.
15:50Il semble que ce retraité de 74 ans ait déjà agi contre Éric Zemmour,
15:55et puis précédemment contre même un véhicule de Marine Le Pen.
16:01En fait, moi j'ai envie de dire que oui, le climat politique se dégrade nettement,
16:09et l'une des manifestations les plus évidentes me paraît les réseaux sociaux,
16:14l'une des manifestations encore plus évidentes me paraît les menaces directes de mort sur les réseaux sociaux,
16:21le fait que, par exemple, on expose l'adresse et le nom des magistrats lorsqu'ils conduisent des grands procès.
16:32Des magistrats ou des journalistes ou des responsables politiques.
16:35Les gens avec lesquels on n'est pas d'accord, on leur met une cible dans le dos sur les réseaux sociaux.
16:39Exactement.
16:39Et on leur met une cible ouvertement, c'est-à-dire on donne leurs coordonnées.
16:43Enfin, c'est une espèce de... c'est plus du harcèlement, c'est au-delà.
16:48Donc ça, ça me paraît très grave, ça me paraît préfigurer un jour un passage à l'acte extrêmement grave.
16:55On n'en est pas encore aux États-Unis, on parlait de la violence, etc.
16:59Très justement.
17:01Bon, aux États-Unis, il y a des élus récemment, des élus démocrates qui se sont fait tuer chez eux.
17:07On se souvient de la tentative de meurtre contre Donald Trump.
17:11On n'en est pas là, enfin.
17:13Et j'ai envie de dire que oui, il y a toujours eu, même si ça se généralise peut-être un peu, des agressions.
17:21Parce que par exemple, il y a une agression, enfin par exemple Nicolas Sarkozy, en 2011,
17:27s'était fait brutaliser pendant la campagne.
17:29Vous vous souvenez peut-être de ces images où il est empoigné sur une barrière,
17:34où ses gardes de sécurité, ses gardes du corps se précipitent sur l'agresseur.
17:38Donc je veux dire, il y a toujours eu une espèce d'agression, effectivement, on rappelle la GIF.
17:46Pour l'instant, Dieu merci, il n'y a pas eu encore de... ça n'est pas allé au-delà.
17:51Mais l'agression de ce qui s'est passé ce week-end ne me paraît pas, comment dire, amplifiée, etc.
17:57Voilà ce qui se passe dans le débat aujourd'hui.
18:00Le problème, vous le disiez, c'est qu'il y a une condamnation qui est unanime.
18:03Fort heureusement, il faut condamner en démocratie tous les actes violents,
18:06quelle que soit la nature ou l'ampleur de cette violence, et quelle que soit la cible en l'occurrence,
18:10Jordan Bardella, comme Emmanuel Macron, comme Jean-Luc Mélenchon, etc.
18:14Tous les politiques, il faut défendre les représentants, évidemment, de la démocratie parlementaire,
18:19face à ces accès de violence, quels qu'ils soient.
18:21On a rappelé plein d'exemples, on se souvient aussi d'ailleurs du candidat François Hollande,
18:25qui avait été enfariné pendant la campagne présidentielle de 2012, etc.
18:28Donc tout le monde a été touché.
18:29Mais le problème, c'est que cette condamnation, unanime, encore une fois,
18:32elle ne se traduit pas, me semble-t-il, par une prise de conscience collective,
18:35et en particulier des acteurs du débat public.
18:38C'est-à-dire que l'exemple vient d'en haut, c'est toujours pareil,
18:40comme disait le bon président Mao, si j'ose dire, c'est une blague évidemment,
18:43mais le poisson pourrit toujours par la tête.
18:45C'est-à-dire qu'un régime, ou un débat public,
18:49il est rongé du sommet dès lors que ceux qui sont supposés porter ce débat public
18:55ont eux-mêmes des comportements répréhensibles.
18:58Et là, ça renvoie à ce qui se passe à l'Assemblée nationale
19:01et à ce climat de plus en plus dégradé, violent, d'année en année ou de mois en mois.
19:06Ça renvoie évidemment à la pratique des réseaux sociaux,
19:08y compris par des responsables politiques.
19:10Je ne parle pas là des comptes anonymes qui nous abreuvent tous les uns ou les autres
19:13de menaces de mort à un moment ou à un autre,
19:15mais je parle d'un certain nombre de comportements par des responsables politiques,
19:18par des élus qui participent eux aussi de ce lynchage numérique
19:22qui est devenu une pratique quasi ordinaire sur les réseaux sociaux.
19:26Et ça, ça se traduit par une forme de violence dans la société
19:29et ils finissent eux-mêmes par en être ces politiques victimes.
19:32Donc il faut qu'il y ait une prise de conscience dans l'attitude et la parole publique.
19:37On peut défendre de façon extrêmement ferme,
19:40sans rien renier de son projet, de ses idées, etc.,
19:46des idées, des propositions,
19:49sans pour autant utiliser une forme de brutalité
19:52qui se traduit par la dénonciation et même la disqualification de l'adversaire,
19:57par des listes de noms et a fortiori par des menaces de violence.
20:01De la violence verbale à la violence physique,
20:04c'est vrai qu'il n'y a qu'un pas qui...
20:05Et on voit qu'il y a une banalisation de cette forme de violence
20:08et on sait aussi d'ailleurs, puisque les élections municipales arrivent,
20:12que les élus municipaux eux-mêmes, les maires,
20:14sont devenus des cibles aujourd'hui,
20:15alors que c'était des personnages beaucoup plus respectés,
20:18notamment du fait de leur lien de proximité avec la population.
20:20Oui, dans les sondages, c'est l'élu préféré des Français.
20:23De moins en moins et de plus en plus de maires sont agressés.
20:25Il faut s'attendre à une campagne des municipales et présidentielle extrêmement violente, Stéphanie ?
20:31Extrêmement violente, je ne sais pas, mais ce sera clairement tendu.
20:34On l'a dit, les maires qui sont en première ligne,
20:37vous vous rappelez de ce maire qui avait été violemment agressé
20:39parce qu'il avait tenté d'empêcher quelqu'un de déposer des déchets dans sa commune ?
20:44Donc il y a une vraie tension dont les maires sont aussi victimes,
20:47alors que jusque-là, ils étaient en effet les élus préférés des Français,
20:50mais ils sont aussi en première ligne.
20:51Le maire, c'est la première figure de l'État.
20:53Donc quand il y a un mécontentement, souvent ils sont très exposés.
20:56Et les municipales vont probablement montrer des tensions assez importantes.
21:00Merci beaucoup les informés.
21:02Merci Jean-Jérôme Bertolus, éditeur réaliste politique à France Info TV.
21:05Merci Stéphanie Despierre, journaliste politique à LCP.
21:08Et merci Renaud.
21:09Merci Agathe.
21:10On se retrouve demain.
21:11Et vous retrouvez les informés ce soir à 20h avec Victor Maté.
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