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- il y a 10 mois
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00:00Ravie de vous retrouver pour ces informés du dimanche matin, votre rendez-vous de décryptage de l'actualité en compagnie ce matin de Mathilde Ciro et avec nos deux informés du jour.
00:12Bonjour Richard Verly, journaliste franco-suisse, le média Blick, je cite votre dernier ouvrage, c'est Amérique qui nous déteste à l'écran.
00:21Et puis Benjamin Morel qui nous accompagne, bonjour, politologue, maître de conférences en droit public, deux sujets à la une ce matin, on va parler du budget, quel budget pour l'année prochaine ?
00:33Mais d'abord Mathilde, la crise agricole quand la politique s'en mêle.
00:37Oui, la mobilisation des agriculteurs se poursuit, on recensait encore hier une cinquantaine de points de blocage sur des axes routiers, autoroutiers.
00:44La politique sanitaire dans le dossier de la dermatose a fait beaucoup débat sur l'abattage, la vaccination à grande échelle, dans un climat qui pouvait rappeler certaines controverses du temps du Covid.
00:55Or, à part Gérard Larcher qui lui dispose d'une formation de docteur vétérinaire, toute la classe politique n'est pas pourvue de compétence en la matière, loin de là.
01:04Ce qui n'empêche pas un certain nombre d'élus de remettre en cause le bien fondé des décisions de l'État, basé pourtant sur un consensus scientifique.
01:13Alors ce qui est frappant à la faveur de cette crise, c'est encore une fois cette radicalité, la récupération bien sûr de certains politiques qui n'hésitent pas à surfer sur cette colère, sur un sentiment d'abandon du monde rural, de déclassement.
01:27Il a été observé d'ailleurs depuis plusieurs années une percée du vote RN chez les agriculteurs, traditionnellement ancré plutôt à droite.
01:34Il n'était donc pas très étonnant Thomas de voir Marine Le Pen prendre fête et cause pour cette mobilisation agricole et dans son sillage la députée Edwige Diaz qui était notre invitée ce matin et qui enfonce le clou.
01:50Moi je souhaite que la crise soit réglée, c'est la raison pour laquelle je dis à Madame Genevard, Madame la Ministre, votre travail c'est d'apporter une solution aux agriculteurs, de les écouter et pas d'envoyer les blindés.
02:02Parce que là en fait on est en train, si vous voulez, Macron aura quand même réussi l'exploit d'opposer ceux qui nous nourrissent à ceux qui nous protègent et en prenant les français en otage.
02:12Donc Madame Genevard a fait des pieds et des mains pour rester au gouvernement, qu'elle apporte une réponse à la crise agricole.
02:17Il y a une vraie crise agricole, le malaise est profond Richard Verly et on a du mal à voir comment on va sortir de tout ça parce qu'il y a la stratégie de l'État contre la dermatose nodulaire qui reste en place,
02:28l'abattage des troupeaux dès le premier cas n'est pas remis en cause pour l'instant et il y a la signature de l'accord avec le Mercosur, certes décalé d'un mois,
02:37mais qui pourrait quand même se faire, même si c'est reculé de quelques jours. Comment est-ce que vous voyez les choses évoluer ?
02:44Pas bien, alors ça va peut-être un peu se calmer pour les fêtes parce qu'en tout cas sur le front du Mercosur, moi j'étais au Conseil européen jeudi,
02:50Emmanuel Macron a donc obtenu ce report, mais un report jusqu'au 12 janvier, regardez le calendrier, ça veut quand même pas dire grand chose.
02:56Quand on est arrivé tous jeudi matin au Conseil européen, il y avait des tracteurs de paysans belges tout autour du quartier où se tenait le sommet.
03:05Donc c'est un gros contingent d'agriculteurs français.
03:07Également, d'accord, absolument. Ceux que j'ai rencontrés étaient belges mais il y avait aussi des agriculteurs français.
03:12Mais c'est pour dire que la tension elle est très forte et que les agriculteurs ils veulent des actes.
03:15En plus ils ont compris que derrière tout cet épisode Mercosur d'hermatose nodulaire, il y a la renégociation de la politique agricole commune
03:24qui va commencer dès les prochains mois en vue de la prochaine session qui s'ouvrira à partir de 2027.
03:29Donc autrement dit, le monde agricole est vent debout. Est-ce que ça peut tenir ?
03:34Après il y a les conditions particulières, il y a notamment, on le sait, c'est comme ça que ça se passe en France,
03:39et pas seulement les chèques qui seront faits pour les calmer, c'est-à-dire des subventions ponctuelles, des aides ponctuelles.
03:44Est-ce que ça peut suffire à faire retomber la température ?
03:47Avec un Premier ministre, Benjamin Morel, qui s'est emparé du sujet, qui a reçu les syndicats,
03:53mais il reste ferme et en tout cas il ne remet pas en cause pour l'instant cette fameuse stratégie de lutte contre la dermatose nodulaire.
04:02Il reste fidèle à la ligne de conduite.
04:04D'ailleurs c'est assez intéressant parce que l'abattage des troupeaux, il était décidé non pas par le politique mais par des scientifiques.
04:09Il y a eu une sorte de consensus scientifique sur le sujet, mais on voit que ce message n'est pas reçu par les agriculteurs, ils n'acceptent pas.
04:16Non, ils n'acceptent pas. Alors à la différence de Gérard Larcher, je ne suis pas vétérinaire, donc je ne prendrai pas de position sur le fond.
04:21Mais il est vrai qu'aujourd'hui vous avez, je dirais, un double enjeu, c'est-à-dire que vous avez d'un côté un gouvernement qui pendant des années
04:28a d'une certaine façon co-géré le monde agricole avec la FNSEA.
04:32Vous aviez un syndicat ultra majoritaire et donc c'était dans les deals qui pouvaient être construits
04:37que vous pouviez faire accepter les décisions.
04:40Ça, ça s'est terminé, ça s'est déjà fissuré à gauche avec la montée de la Confédération Paysanne.
04:45Et puis surtout aujourd'hui, avec la coordination urale, vous avez un secteur beaucoup plus concurrentiel
04:51dans le syndicalisme agricole et une FNSEA qui est pris en étau dans ce cadre-là.
04:56La coordination urale plus proche de l'extrême droite.
04:57Plus proche de l'extrême droite, plus proche du rassemblement national.
05:00Et c'est le deuxième point, vous avez une politisation des enjeux ensuite au niveau national et au niveau politicien.
05:07C'est-à-dire que tout d'un coup, vous l'évoquiez, on a un consensus scientifique.
05:10A priori, on devrait pouvoir s'y fier et pour le gouvernement, il serait dangereux de ne pas s'y fier.
05:15Parce que si demain, vous avez une épidémie qui se répand et qui n'a pas pris les bonnes décisions,
05:20ce ne sont pas les syndicats qu'on va aller voir, c'est d'abord lui.
05:22Et donc, il doit assumer ces décisions-là.
05:25Mais dès lors que politiquement, elles deviennent clivantes et elles sont instrumentalisées comme clivantes,
05:29eh bien pour lui, c'est évidemment complexe, notamment dans le contexte qu'on a bien décrit avec le Mercosur,
05:35avec la tension aujourd'hui sur les prix et sur les salaires des agriculteurs.
05:40Tout ça fait que vous avez une situation explosive avec des agriculteurs qui ont deux grands avantages du point de vue, je dirais, politique.
05:47C'est que, un, ils sont populaires, ils incarnent quelque chose, même s'ils sont peu nombreux, ils ont une vraie popularité dans l'opinion.
05:55Et deuxièmement, ils ont des moyens de blocage.
05:57Un mouvement populaire pouvant bloquer, pour tout gouvernement, c'est un peu l'enfer.
06:02Avec une question, Mathilde, qui peut finalement tirer les bénéfices politiquement de cette situation ?
06:09Comment est-ce que vous voyez les choses ? Pour le gouvernement, ça c'est sûr, c'est compliqué.
06:11Comme le disait Benjamin Morel, je pense que le fait syndical un peu nouveau, c'est cette coalition, entre guillemets, des extrêmes
06:20entre la coordination rurale et la confédération paysanne, qui pourtant, normalement, sont plutôt opposées sur le fond,
06:27mais qui, là, gagnent en puissance au détriment de la FNSEA, et on l'a vu lors des élections dans les chambres agricoles, etc.
06:34Et donc, bien sûr, on a vu depuis le début de cette crise, double crise avec la dermatose et le Mercosur,
06:41que c'est essentiellement du côté de la gauche et de la gauche la plus radicale, la France insoumise,
06:47qui s'est emparée énormément de relayer cette colère agricole, de se déplacer sur les barrages routiers.
06:54Et de l'autre côté, évidemment, toujours l'ERN, qui, sur ce sentiment de déclassement,
07:00ce sentiment d'abandon, d'une perte de pouvoir, entre guillemets, essaye de prospérer,
07:07essaye de s'emparer de cette colère. Et, si vous voulez, pour ces deux formations politiques,
07:12c'est assez facile, parce que n'ayant jamais été au pouvoir, n'ayant jamais été en responsabilité,
07:18on ne peut pas leur faire grief d'un mauvais bilan ou d'une action qui n'aurait pas été efficace,
07:23contrairement, évidemment, au gouvernement et donc aux forces dites modérées, au centrisme et au LR et au Parti socialiste.
07:30Même si c'est vrai aussi, Richard Verli, que je trouve que les députés ERN, je ne sais pas si c'est votre sentiment aussi,
07:35mais sont relativement discrets dans leur soutien aux agriculteurs.
07:38On ne les voit pas forcément en masse sur les barrages.
07:41Peut-être aussi parce que l'ERN veut incarner une forme d'ordre,
07:45et que peut-être, en termes d'image, c'est compliqué de défendre à la fois l'ordre,
07:50et à la fois de tolérer des barrages sur une autoroute ?
07:53Bon, d'abord, tous ne viennent pas de zones agricoles.
07:55Il y a, on l'a dit, il y a eu ces dernières années l'émergence d'un vote Rassemblement National dans les zones rurales,
08:01mais les fiefs du Rassemblement National, ça reste plutôt des zones désindustrialisées et sinistrées.
08:08Donc, je crois que tous les députés Rassemblement National, loin sans faux, ne maîtrisent pas les questions agricoles.
08:14Et puis, d'autre part, je ne sais pas si c'est leur opposition au désordre qui les rend un peu prudents,
08:20c'est simplement qu'ils savent, j'imagine que Marine Le Pen se charge de leur dire,
08:24et que les gens qui travaillent les dossiers aussi, que c'est un dossier extrêmement compliqué, l'agriculture,
08:30parce qu'ils remontent tout de suite au niveau européen, je parlais de la politique agricole commune,
08:34que des négociations sont en cours, et donc, pour le Rassemblement National,
08:38se profiler sur ce sujet, c'est s'aventurer dans des terres quand même compliquées,
08:42où à un moment donné, il faut apporter des réponses précises,
08:45prenez la dermatose nodulaire, par exemple, on l'a dit, consensus scientifique,
08:49abattage des troupeaux dès le premier cas, justement pour permettre d'éradiquer la maladie dans une zone,
08:54c'est ce qui était passé en Savoie, donc je ne suis pas sûr que les députés RN ont envie d'aller sur des terres
09:00qu'ils ne maîtrisent pas complètement, c'est le cas de le dire, en parlant de terres.
09:03Donc, ils soutiennent le mouvement, mais pour l'instant, ils évitent d'entrer dans le détail,
09:07sauf à appeler la ministre de l'Agriculture à agir, ce qui franchement ne mange pas de pain.
09:11Mais ce qui est vrai, Benjamin Morel, c'est qu'il y a une difficulté du politique ces dernières années
09:14à répondre aux colères des agriculteurs.
09:17Il y a une grosse difficulté, en effet, parce qu'en effet, vous avez quelque chose qui est multiscalaire,
09:20qui est multiniveau, vous avez une politique européenne qui, en la matière, est extrêmement présente.
09:25L'Union Européenne s'est fondée en partie sur l'idée d'une souveraineté alimentaire
09:29qui impliquerait à travers la PAC une action communautaire extrêmement importante
09:34et avec derrière des fonds.
09:37La France, aujourd'hui, est en difficulté au niveau européen, je parle sous le contrôle de Richard.
09:41Et donc, dans ce cadre-là, vous avez cette bataille-là en interne.
09:44Et pour défendre la PAC, vous êtes contraint, parfois, de faire des sacrifices,
09:48à la fois sur son contenu et sur d'autres dossiers.
09:50Donc, on a une France qui a des capacités d'action limitées, qui est fragile,
09:53et qui, dans les négociations du Mercosur, est qui, plus est, aujourd'hui, relativement isolée.
09:58L'alliance avec l'Italie ne va probablement pas durer.
10:01Les demandes de Giorgia Meloni sont beaucoup plus sectorielles.
10:04Donc, dans ce cadre-là, vous avez une capacité de l'État à agir sur cette politique
10:09qui a été communautarisée, extrêmement, une capacité d'action qui reste relativement limitée.
10:15Ensuite, vous avez des sujets économiques que l'on connaît.
10:17Vous avez une agriculture qui a beaucoup perdu en compétitivité,
10:21qui a été fragilisée.
10:22Et, en même temps, vous avez un sujet qui est extrêmement symbolique,
10:26et même qui prend au trip les Français.
10:28Vous voyez les résultats du Salon de l'Agriculture,
10:32vous voyez les enquêtes d'opinion qui parlent, justement, du monde agricole.
10:35Quand vous parlez de l'agriculture, vous ne parlez pas que d'un secteur économique.
10:38Vous ne parlez pas, non plus, que d'une profession.
10:40Vous parlez d'une image que le pays se donne de lui-même.
10:44Et, dans ce cadre-là, vous avez un sujet politiquement très sensible
10:47sur lequel vos marges d'action sont potentiellement assez réduites.
10:51Et on en reparlera très vite, évidemment, sur France Info.
10:53Vous restez avec nous, notre deuxième sujet dans un instant.
10:56Quel budget pour 2026 ?
10:58On voit ça juste après le fil.
10:59Info l'essentiel à 9h50 avec Diane Ferchit.
11:03Un vol Air France dérouté en urgence.
11:06Parti de Paris, il devait rejoindre Ajaccio hier,
11:08mais il a dû se poser à Lyon en cause d'un incident
11:10en plein vol sur l'un des moteurs de cet avion Airbus.
11:13Plusieurs passagers disent avoir entendu un bruit important
11:16vu des flammes du côté d'un des réacteurs.
11:18L'avion s'est mis à trembler.
11:20L'atterrissage d'urgence s'est fait sans encombre.
11:23La crise agricole perdure avec encore des actions.
11:26Aujourd'hui, sur l'A63 et l'A64, notamment,
11:29la vaccination des bovins continue dans le sud-ouest.
11:311 sur 5 vaccinés contre la dermatose nodulaire bovine,
11:34selon Matignon.
11:36A deux semaines de la mise en place du parquet national anticriminalité organisé,
11:39le ministre de la Justice s'exprime dans le Parisien aujourd'hui en France.
11:43La question est de savoir désormais qui va gagner
11:45entre l'autorité de l'État et la criminalité organisée,
11:48déclare Gérald Darmanin.
11:50Il ajoute que le nouveau PNACO va récupérer près de 170 affaires,
11:54dont celle de l'évasion de Mohamed Hamra.
11:56Vladimir Poutine se dit prêt au dialogue avec Emmanuel Macron,
11:59le président de la République,
12:00qui a affirmé vendredi soir qu'il allait redevenir utile
12:03pour les Européens de parler aux dirigeants russes.
12:06Une ouverture au dialogue du Kremlin,
12:08saluée ce matin par l'Elysée.
12:13France Info
12:14Les informés
12:17Thomas Sechier
12:18Mathilde Sirot
12:20Toujours en compagnie de Benjamin Morel et de Richard Verly,
12:26notre deuxième sujet, Mathilde Sirot,
12:28le budget.
12:30Quand aura-t-on un budget pour l'année prochaine ?
12:33Et bien, étant donné que Sébastien Lecornu ne souhaite pas revenir sur son engagement
12:37de ne pas avoir recours à l'article 49.3,
12:41objectif qu'il partage avec son nouvel allié Olivier Faure, le socialiste,
12:45une petite musique prend de l'ampleur au Parlement,
12:47selon laquelle les débats budgétaires,
12:49qui reprendront donc en janvier après l'adoption dans quelques jours d'une loi spéciale,
12:54pourraient durer presque indéfiniment.
12:57C'est-à-dire que le Premier ministre pourrait s'échiner à tenter de faire rapprocher les positions,
13:01ce qu'il n'a pas réussi cet automne,
13:04pendant encore des semaines, voire des mois,
13:07le temps que, de guerre lasse, les députés se résignent à voter un projet de loi de finances.
13:12Sauf qu'on voit bien que mettre d'accord les groupes opposés,
13:15c'est très compliqué, mais aussi faire rapprocher les deux chambres,
13:18Sénat, Assemblée,
13:20c'est ce qui rend quasiment impossible le fait de parvenir à un vote conforme.
13:25Philippe Juvin, qui est rapporteur général du budget à l'Assemblée,
13:28faisait d'ailleurs ce constat vendredi.
13:30– Nous aurions pu aboutir à un compromis,
13:32parce que nous avions beaucoup travaillé,
13:35Jean-François Husson et moi-même, ainsi que nos équipes.
13:38Nous étions près d'un compromis.
13:40Nous ne sommes pas, en revanche, assurés
13:42que le texte sur lequel nous aurions pu aboutir
13:45aurait pu avoir et le vote positif de l'Assemblée,
13:49et le vote positif du Sénat.
13:50– Alors le problème, c'est que passer plusieurs semaines,
13:54plusieurs mois sans budget, ça peut nous coûter très cher,
13:56et que la France pourrait être rattrapée par la réalité de la situation financière.
14:02Donc étant donné cette exaspération,
14:04cette lassitude des parlementaires qui grandit,
14:07la pression sera très forte sur le gouvernement
14:09pour abréger leur souffrance en quelque sorte,
14:12et donc dégainer un 49-3,
14:14si le Premier ministre a suffisamment d'assurance du côté du PS,
14:18qu'il n'y aura pas de motion de censure.
14:19– Benjamin Morel, un mot sur cette loi spéciale,
14:22qui va sans doute être votée concrètement,
14:25qu'est-ce que ça veut dire ?
14:26On reconduit en fait le même budget en 2026 ?
14:30– Oui et non, c'est un peu plus compliqué.
14:32En fait, il faut bien comprendre qu'il n'y a pas de shutdown en France,
14:34c'est-à-dire que vous devez toujours exécuter les dépenses,
14:36vous devez toujours payer les fonctionnaires,
14:38les cartes vitales fonctionnent toujours,
14:40ce n'est pas qu'elles peuvent, c'est qu'elles doivent,
14:42et c'est un fonctionnaire qui vous le dit.
14:43Le principe de continuité du service public fait que
14:45les dépenses sont toujours exécutées.
14:47Le problème, c'est vous payer comment, vos fonctionnaires ?
14:50Et là, vous avez besoin de recettes.
14:51Le principe d'une loi spéciale,
14:53c'est d'autoriser le gouvernement,
14:55c'est très court, 4 ou 5 articles,
14:57c'est d'autoriser le gouvernement à prélever les impôts,
15:00les collectivités territoriales aussi,
15:02et de l'autre côté,
15:03d'avoir de l'autre côté une capacité d'emprunt sur les marchés.
15:08Donc c'est mettre des ressources en face de vos dépenses.
15:10Concernant vos dépenses,
15:11ce n'est pas tout à fait le 12e provisoire de la 3e République,
15:15ce n'est pas comme l'Espagne.
15:16En Espagne, on dit l'Espagne a tenu des années sans budget,
15:18oui, mais parce qu'en fait,
15:20vous avez un copier-coller du budget des années précédentes.
15:22En France, ce sont uniquement les dépenses
15:24qui vont être les dépenses courantes de l'État.
15:27Par exemple, vous devez continuer à payer vos militaires,
15:31mais les nouveaux avions, vous ne pouvez pas les acheter.
15:33Et derrière vos avions, vous avez une politique de réarmement,
15:36derrière vos avions, vous avez également des avionneurs.
15:38Ces avionneurs, ils ont des sous-traitants.
15:39Et donc c'est tout un plan de l'économie
15:41qui vide la commande publique,
15:42qui risque d'être affaibli,
15:43et ça, économiquement,
15:45c'est un coût en termes de croissance,
15:46en termes d'équilibre économique.
15:49De l'autre côté, pour vos recettes,
15:51vous reprenez en effet
15:53les équilibres de l'année précédente.
15:56Donc ça veut dire que, par exemple,
15:57l'impôt sur le revenu ne peut pas être réindexé.
16:01Ça, ça veut dire que vous avez des foyers
16:02qui tombent dans l'impôt sur le revenu
16:04ou qui changent de tranche.
16:05Et donc vous avez des Français mécontents.
16:07Donc si ça dure un mois,
16:08on a des solutions de rééquilibrage.
16:10Si ça dure deux mois, c'est plus compliqué.
16:11Si ça dure six mois, l'impact économique est important.
16:14Donc si on part de ce constat,
16:16ça veut dire qu'il va nous falloir un budget assez vite.
16:19Ça veut dire, Richard Verli,
16:20que le Premier ministre pourrait être tenté
16:22par revenir sur sa promesse
16:23d'abandonner le 49-3.
16:25Il me semble, mais là, en général,
16:28je lis les commentaires
16:29et j'écoute les commentaires de Benjamin.
16:30On va l'écouter.
16:31Il me semble que le 49-3 serait une solution,
16:34je parle sur le plan pratique,
16:36qui satisferait un peu tous ceux
16:38qui regardent la France aujourd'hui.
16:39parce que ça permettrait d'abord de savoir où elle va,
16:42ça permettrait aux industriels
16:44qui sont concernés par la commande publique
16:46de recevoir ces commandes, etc.
16:4849-3, on rappelle,
16:49c'est-à-dire soit on aura un budget,
16:50soit le gouvernement tombe.
16:51Voilà.
16:52Et en plus, le 49-3,
16:53même s'il a suscité dans l'histoire
16:55beaucoup de mouvements,
16:57de réprobations,
16:58tout le monde s'entend plus ou moins
16:59pour dire que c'est assez efficace
17:01comme mécanisme.
17:02Donc voilà, la question,
17:04c'est qu'aujourd'hui,
17:05le Premier ministre en fait un point d'honneur.
17:07C'est même, on en vient à penser si c'est pas à ça
17:10que va se résumer au fond
17:11le passage de Sébastien Lecornu
17:13à la tête du gouvernement,
17:15c'est d'avoir abandonné le 49-3 et tenu.
17:18Après, sur le budget,
17:19il y a quand même un paradoxe vu d'Europe.
17:21C'est qu'une France qui ne passe pas de nouveau budget,
17:24finalement, elle dépense plutôt moins.
17:26Elle dépense moins.
17:27Parce que vous avez une espèce de frein naturel
17:29aux dépenses publiques,
17:30il n'y a pas d'engagement,
17:31il n'y a pas d'économie non plus,
17:33entendons bien,
17:33mais c'est un peu un budget réduit aux aquets,
17:35en quelque sorte.
17:37Donc, je ne crois pas que ce soit dramatique
17:39ou inquiétant pour les partenaires européens de la France
17:41si, encore une fois,
17:43c'est quelque chose qui trouve une issue,
17:47on va dire, assez rapidement.
17:49Pour l'instant, franchement,
17:50on attend la France sur d'autres terrains.
17:52Par contre, elle ne pourra pas prendre d'engagement.
17:54Ça, c'est important.
17:55Parce que sur tous les programmes
17:56où elle est attendue par ses partenaires,
17:58notamment les programmes de défense,
17:59elle sera aux abonnés absents.
18:00En 10 secondes, Benjamin Morel,
18:02est-ce que c'est souhaitable ou pas
18:03de revenir au 49-3 juste pour le budget ?
18:06Soit vous trouvez une majorité,
18:08ça n'existe pas aujourd'hui,
18:09soit vous déclenchez des ordonnances,
18:10c'est une sorte de super 49-1-3 sans vote,
18:13soit vous revenez au 49-1-3,
18:15ce qui serait en effet un moindre mal.
18:17Et bon courage pour le triple salto arrière
18:18en termes de communication politique,
18:20après avoir dit,
18:21moi, Sébastien Lecornu,
18:22je renonce au 49-1-3.
18:23Bref, c'est un problème de com'.
18:24On n'est plus à une contradiction près
18:26en même temps en ce moment.
18:28Merci beaucoup, Benjamin Morel.
18:29Merci à vous, Richard Verly.
18:31Je remontre votre dernier ouvrage,
18:32C'est Amérique qui nous déteste.
18:35Et merci à vous, Mathilde Sirot,
18:37pour les informer.
18:38L'info se poursuit, bien sûr,
18:39sur France Info.
18:40Bonne journée.
18:40C'est Amérique.