00:00L'invité de Smart Impact c'est Romain De Garcini, bonjour.
00:09Bonjour.
00:10Bienvenue, vous êtes le co-fondateur, président de Stockpro, créé en 2018 avec Stéphane
00:15Renou.
00:16Plateforme de réemploi et de vente de matériaux de construction neufs, c'est ça le concept
00:21?
00:22Exactement, c'est ça le concept.
00:23Ça peut paraître un peu étonnant mais il y a beaucoup de matériaux neufs dans l'industrie
00:26du BTP qui sont jetés sans avoir eu une première utilisation.
00:28C'est déjà un constat qu'on a du mal à comprendre.
00:33Oui, ça existe dans plein d'autres industries comme l'alimentaire notamment mais c'est
00:37vrai que nous, on part du principe que le meilleur déchet est celui qu'on ne produit
00:39pas et c'est toute notre action chez Stockpro.
00:42Alors, qui sont vos clients et surtout quels services vous leur proposez ?
00:45Alors, on a deux types de clients.
00:47Nos clients c'est d'abord et notre solution c'est d'abord et avant tout à l'industrie
00:50de la construction, les entreprises qui font les chantiers, les distributeurs et les fabricants.
00:56Chacun d'entre eux au cours de leurs actions gaspille des matériaux donc notre mission
01:02c'est de les accompagner en leur proposant des solutions pour limiter justement le gaspillage
01:06de ces matériaux.
01:07Et à l'autre bout de la chaîne, nos clients qui achètent ces produits, ce sont des professionnels
01:11de la construction qui ont envie d'installer et d'utiliser ces matériaux de réemploi
01:15dans leurs chantiers ou des particuliers bricoleurs ou des artisans.
01:20On parle de quelle quantité de matériaux neufs non utilisés dans le secteur du bâtiment ?
01:26Alors en France, ça représente 5 milliards d'euros par an et c'est un gaspillage qui
01:30est assez structurel.
01:31C'est-à-dire qu'année après année, on recrée ce gaspillage.
01:33En Europe, c'est 38 milliards donc vous voyez, c'est un marché gigantesque.
01:37Ça représente pour vous donner un chiffre 7% de la production de déchets du BTP.
01:40Ce qui veut dire que si on utilisait 100% de ce qui est produit mécaniquement, on diminuerait
01:45de 7% la production de déchets du BTP.
01:47Alors que le chiffre global que j'ai trouvé en préparant l'émission, c'est 224 millions
01:52de tonnes de déchets produits chaque année par ce secteur du BTP.
01:57Est-ce que c'est un secteur qui évolue ? Vous avez 5-6 ans de recul.
02:04Maintenant, vous voyez la prise de conscience en cours ou c'est encore un peu… Vous sortez
02:08les rames de temps en temps pour convaincre ?
02:10Pour convaincre.
02:11Tous les jours, on essaie de la convaincre.
02:13Non, je dirais bien sûr que c'est un secteur qui évolue.
02:15Ça fait partie des secteurs les plus polluants.
02:18Donc, il y a une prise de conscience naturelle du secteur tout entier.
02:22Donc, on a une grosse part du problème mais aussi de la solution.
02:25Exactement, c'est l'avantage.
02:26Donc oui, depuis 6 ans, beaucoup de choses ont évolué.
02:31Il y a énormément de propositions de start-up qui se sont créées pour disrupter.
02:36C'est le mot un peu à la mode.
02:37En tout cas, essayer de faire changer les habitudes de la construction.
02:40La construction, c'est un monde qui est assez lent à bouger.
02:44Les habitudes sont profondément ancrées.
02:46Donc, il faut des acteurs extérieurs parce que c'est difficile de se régénérer de l'intérieur.
02:50Parce que le modèle de l'économie linéaire, produire, consommer, jeter, c'est vraiment
02:55le modèle de base du secteur du BTP ?
02:58C'est complètement le modèle de base.
03:00Et ce qui est complexe dans l'industrie du BTP, c'est que c'est un véritable écosystème.
03:04Il y a énormément d'acteurs.
03:05Quand on fait un chantier, on ne le fait pas tout seul.
03:07On le fait avec des architectes, des assureurs, des maîtres d'ouvrage, des bureaux de contrôle.
03:11Tout ce petit monde-là doit changer en même temps pour qu'on passe d'une économie linéaire
03:15à une économie circulaire.
03:16C'est aussi ce qui explique ce changement lent de nos habitudes.
03:20Vous proposez un nouveau service et une nouvelle étape dans l'histoire de Stockpro.
03:27Ce sont des indicateurs d'impact de réemploi.
03:30De quoi s'agit-il ? Expliquez-nous en détail.
03:32L'idée, c'est d'essayer d'expliquer à nos vendeurs, donc toute l'industrie de la construction
03:38comme à nos acheteurs, de leur valoriser leur action.
03:42On la valorise aujourd'hui de deux façons, avec deux indicateurs.
03:45Le premier, c'est le déchet évité.
03:50C'est un indicateur assez simple.
03:51On sait que chaque article a un poids.
03:54En faisant la somme de poids de tous ces articles, on obtient cet indicateur.
03:59Le deuxième, qui est plus complexe, c'est le carbone sauvé ou économisé lié à l'acte de réemploi.
04:06Ce sont des choses qui nous ont pris pas mal de temps à mettre en place.
04:10Ces informations ne sont pas toujours structurées et disponibles.
04:14Il faut les trouver auprès des fabricants d'origine.
04:17Exactement, mais tous les fabricants n'ont pas cette donnée,
04:22puisqu'elle coûte cher à obtenir.
04:24Ce sont les fiches PEP, les fiches FDES, qui sont hébergées
04:27soit chez Ignes, soit dans les bases Eco-Passport,
04:29mais qui représentent une toute petite partie des matériaux qui sont utilisés.
04:32L'objectif, c'était de pouvoir, en s'appuyant sur ces données brutes,
04:37développer un algorithme qui allait pouvoir renseigner en ACV,
04:42en analyse de cycle de vie, l'ensemble des références qui sont présentes sur notre plateforme.
04:46Et d'ailleurs, l'ensemble des références présentes sur votre plateforme,
04:48ça représente combien de produits, de matériaux différents ?
04:52Pour prendre conscience de l'ampleur du boulot que ça a été,
04:56pour pouvoir dire aujourd'hui, on vous propose un indicateur d'impact.
04:59Alors aujourd'hui, on a plus de 30 000 références uniques sur notre plateforme.
05:03C'est un peu plus de 2,8 millions de produits différents.
05:07Et on a, je dirais, une valeur de vente sur notre plateforme de plus de 60 millions d'euros.
05:13Oui, donc effectivement, il fallait préparer tout ça.
05:16Est-ce que vous le faites aussi dans la perspective du déploiement de la CSRD,
05:21des nouvelles directives européennes, sur le bilan extra-financier ?
05:25Parce que ça peut permettre à des entreprises d'intégrer finalement
05:29cet indicateur d'impact de réemploi à leur bilan extra-financier.
05:32Tout à fait, ça c'est une très bonne remarque.
05:34Et c'est d'ailleurs des choses que nous demandent de plus en plus nos clients.
05:37Alors pas nécessairement les entreprises installateurs,
05:40mais nos clients fabricants ou distributeurs ont cette obligation.
05:44Et du coup, c'est un indicateur supplémentaire qu'ils peuvent intégrer dans leur rapport.
05:48Par exemple, un promoteur immobilier, il va pouvoir intégrer ça à son projet ?
05:52Alors, le promoteur, il a maintenant l'obligation de le faire.
05:55C'est-à-dire qu'il doit expliquer quel est le bilan carbone de son chantier.
05:58Et en utilisant des matériaux de réemploi,
06:00il a la possibilité de diminuer justement l'impact carbone de son chantier.
06:06C'est pour ça qu'aujourd'hui, on voit qu'il y a une réconciliation
06:10entre tous ces matériaux qui sont gaspillés et je dirais un appel d'air
06:13qui existe sur les chantiers puisqu'il y a des clauses de réemploi
06:16qui obligent les entreprises de construction à utiliser ces matériaux.
06:20– Et si on essaie d'évaluer finalement ce mouvement,
06:25vous nous dites qu'il y a une prise de conscience, elle est réelle,
06:27je suis assez d'accord avec vous, on la ressent ici dans cette émission,
06:31on était il y a quelques jours au salon de l'immobilier Bacarbone,
06:35il y a un mouvement dans ce sens-là.
06:38Le rôle des collectivités locales, c'est-à-dire qu'il y a pas mal
06:40de collectivités locales qui conditionnent des marchés justement
06:44à la durabilité du projet, vous le ressentez ça aussi ?
06:48– Un peu, mais ça pourrait être…
06:50– Pas suffisamment intéressant ?
06:52– Pas suffisamment parce que la complexité, comme je vous le disais,
06:54c'est une approche collective donc évidemment il faut une impulsion
06:57et le maître d'ouvrage doit être celui qui donne l'impulsion.
07:00Mais après quand vous vous retrouvez en pratique et que l'entreprise
07:05vous explique que si on doit utiliser des matériaux de réemploi,
07:08ça va reporter le chantier de deux semaines
07:10ou ça va créer de nouvelles incertitudes, là le maître d'ouvrage
07:13n'a pas toujours la conviction chevillée pour dire non c'est pas grave,
07:18on assume, on prend le risque, allez-y.
07:20Et parfois ça empêche finalement les habitudes et les bonnes pratiques
07:25de se mettre en place.
07:27– Vous avez fait votre bilan carbone, après 5-6 ans d'existence, ça donne quoi ?
07:31– On a fait notre bilan carbone, 363 tonnes et ce qui est intéressant
07:34c'est 98% de notre bilan carbone est du Scope 3 donc finalement…
07:38– C'est vos…
07:40– C'est des émissions indirectes, voilà.
07:42Et donc un de nos objectifs c'est comment évangéliser et discuter
07:47avec nos clients pour les aider à changer un peu leurs habitudes
07:49ce qui indirectement impactera positivement notre bilan pour la suite.
07:54– Et ça, ça fait partie vraiment, c'est un axe important de vos stratégies RSE ?
07:59– C'est un axe clé parce que notre mission, nous quelque part,
08:02c'est de lutter contre le gaspillage donc il faut que dans les différentes
08:06fonctionnalités qu'on embarque dans l'entreprise,
08:09on puisse être aussi vertueux que la mission qu'on porte vis-à-vis
08:12de nos clients et de nos partenaires et ça en fait complètement partie.
08:14C'est pour ça que, par exemple, dans notre entreprise,
08:16on a fait le choix du 100% télétravail, de l'écomobilité,
08:19un certain nombre d'actions qui permettent d'être alignés
08:22avec les convictions qu'on porte devant nos clients.
08:25– Merci beaucoup Romain de Garcini, à bientôt sur BeSmart for Change.
08:31C'est l'heure du débat de ce Smart Impact,
08:33comment réduire et recycler la PLV et la publicité sur le lieu de vente.
Commentaires