00:00Générique
00:00Le zoom de ce Smart Impact avec Emmanuel Hauss, bonjour.
00:09Bonjour.
00:10Bienvenue, vous êtes la directrice générale de Paris Commerce.
00:12Vous publiez les résultats d'une étude enquête nationale inédite sur la valeur des commerces de proximité, impact social et environnemental.
00:21On va évidemment la détailler ensemble, mais d'abord un mot de Paris Commerce, c'est quoi Paris Commerce ?
00:26Paris Commerce, c'est le bras armé de la ville de Paris en matière de préservation du commerce de proximité.
00:32Donc ça intervient à plusieurs niveaux, mais notamment en achetant, en préemptant des pieds d'immeubles pour y maintenir notamment des librairies.
00:43On voit bien qu'aujourd'hui, quand il y a une densité comme Paris et des prix de fonciers qui sont très conséquents,
00:54maintenir une librairie à Paris.
00:56C'est vrai qu'on voit des librairies qui ferment parce que ça coûte trop cher de payer le loyer.
00:59Et donc la ville de Paris intervient pour notamment maintenir des librairies à Paris.
01:04Pourquoi une telle enquête ? Quel était votre objectif ?
01:08L'objectif, c'était de démontrer, en fait, tout le monde intuitivement aime le commerce de proximité.
01:14C'est-à-dire les maires, les agents immobiliers, les parents, les femmes, les habitants de ces quartiers.
01:22Et finalement, pourquoi ? Et quelle valeur le commerce de proximité apporte à la société qu'on ne voit pas dans les chiffres ?
01:30Parce qu'on a un seul mot pour le commerce, que ce soit les grandes chaînes, les grandes enseignes internationales très standardisées
01:38ou le petit commerce beaucoup plus singulier qui apporte du lien social, on a un mot et on a un calcul.
01:43Donc l'idée, c'était d'arriver comment on peut démontrer, en fait, la valeur via des chiffres.
01:50Puisqu'on est une société qui fonctionne beaucoup via le chiffre.
01:54Comment on peut démontrer que cette valeur, elle existe et on peut la prendre en compte ?
01:59Et on va dévoiler ensemble les résultats. Il y a six grands rôles informels, on va dire, de ces commerçants, de ces commerces de proximité.
02:06La méthode, c'était quoi ? C'était... Vous avez posé la question à des centaines, des milliers de commerçants.
02:13Vous avez collecté des données. C'était quoi la méthode ?
02:15L'idée, c'était... En fait, ça part d'un... C'est six ans de travail.
02:19Donc ça part d'un challenge data en 2019 à Sciences Po.
02:23Et l'idée, c'était comment on fait, en fait, pour démontrer ce qu'on sait, que ça participe au bien commun.
02:30Et donc, la première question, le travail de Fourmi, c'était de récupérer des données.
02:36C'est-à-dire d'aller voir les commerçants, alors à Paris, à Rouen, à Marseille, Saint-Ouen.
02:40Oui, c'est vraiment une enquête nationale.
02:41Vraiment, une enquête. Et de recueillir et de leur poser des questions, de les écouter.
02:46Et à partir de là, alors évidemment, c'est jamais exhaustif et c'est forcément partiel.
02:53Mais l'idée, c'était à partir de ces données, ensuite, les catégoriser et regarder et se dire
02:58« Mais tiens, en fait, c'est incroyable, le nombre de commerces qui vont intervenir, par exemple,
03:03par rapport à des personnes en situation de précarité. »
03:05Bon, voilà, ça, c'est vraiment où discuter, ne serait-ce que discuter.
03:09Alors tiens, le lien social. On commence par là.
03:1193% des commerçants ont des discussions personnelles avec leurs clients.
03:1678% aident spontanément des personnes en situation de précarité.
03:21Et on voit bien... Alors, c'est massif.
03:25C'est massif.
03:25Déjà, c'est... Et on voit bien l'effet positif pour la société, la lutte contre l'isolement, par exemple.
03:31Exactement. Et surtout, le rôle de pacificateur, en fait.
03:34Moi, je pense que la puissance du commerce de proximité, quand il maille, en fait, nos rues,
03:40c'est la pacification de l'espace public.
03:45Et d'ailleurs, en son temps, c'était Jane Jacobs qui avait décrit ça, mais qui parlait de la théorie « eyes on the street »,
03:52qui est démontrée aujourd'hui par la Harvard Business Review, qui montre qu'en fait, un commerce de proximité disparaît,
04:02la délinquance augmente.
04:04C'est-à-dire qu'en fait, le simple fait qu'il y ait les yeux sur la rue des commerçants,
04:08et on le sait très bien, quand on a des enfants, quand on est une femme, on le sait,
04:12on va passer dans la rue, il y a des commerces de proximité.
04:15Pas des grandes enseignes, c'est vraiment pas la même économie.
04:18Bien sûr.
04:18Donc, pacifier, c'est déjà un sujet très important, surtout en ce moment.
04:25Avec, sur ce lien social, je vais citer un certain nombre de résultats,
04:287 commerçants sudistes qui prennent le temps d'expliquer plusieurs fois par jour leurs produits,
04:34alors là, ça va beaucoup intéresser les marques, parce que ça participe de leur image, de leur transparence, etc.
04:40Et puis, 47%, 1 sur 2, qui organisent annuellement des moments collectifs.
04:44Donc là, on est vraiment dans la vie du quartier.
04:47Et sur la solidarité locale, autre chiffre, près de 8 commerçants sur 10
04:54qui sont sollicités par des personnes en situation de précarité, qui apportent une aide.
04:59Spontané même, sans être sollicité.
05:00Ou spontané, c'est l'accès aux toilettes, c'est de l'eau, c'est le don de nourriture.
05:06On est au cœur de l'humain.
05:09Ça veut dire que le commerce, c'est un sujet politique.
05:12Exactement, au sens premier déjà, c'est-à-dire vie de la cité, politique.
05:15Et puis, sans doute, effectivement, ça devient...
05:19On le voit bien, les dernières années, on voit bien que finalement,
05:22quand le commerce disparaît, ça devient un sujet politique au sens vraiment large.
05:28Parce que les villes ont le lien social.
05:31Enfin, il y a beaucoup de choses qui tombent en même temps que le commerce disparaît.
05:34Donc, comme c'est de la microéconomie, on a...
05:40En France, on est très fort en macroéconomie.
05:41Mais la microéconomie, c'est vraiment de l'ultra-local.
05:46C'est moins regardé.
05:47Donc, l'objectif de cette étude, c'était vraiment de regarder pour la première fois,
05:54et en sonnant et trébuchant, parce qu'encore une fois, on est dans une société du chiffre,
05:58de regarder ce que ça nous a...
05:59Mais alors, vous avez commencé à l'évoquer, mais comment une...
06:02Puisque c'est de la politique, comment une ville peut préserver ses commerces de proximité ?
06:06Il y a le levier du foncier.
06:09Régulation par le foncier, indispensable.
06:10Ça, c'est le levier le plus important ?
06:12Oui.
06:13C'est-à-dire que dans le budget d'une ville, il y a la capacité à quoi ?
06:17À acheter...
06:17À acheter des pieds d'immeubles et aller...
06:20Et effectivement, aller...
06:21Alors, c'est de l'économie.
06:23Donc, il faut faire attention, effectivement, au cadre légal.
06:26C'est-à-dire qu'on ne peut pas subventionner...
06:28Mais par contre, on peut tout à fait faire des loyers qui sont plus bas
06:31et décider un peu comme on a fait pour le logement, en fait.
06:34Mais c'est avec un peu de retard.
06:36C'est-à-dire que la valeur du commerce de proximité...
06:38Là, la ville de Paris l'a clairement identifié.
06:41Et il y a un plan dédié au commerce de proximité qui est massif.
06:45Mais effectivement, on pourrait même imaginer...
06:48D'abord, il y a le reste du monde, j'ai envie de dire.
06:52On voit bien que les villes comme Londres, comme New York...
06:55Et viennent nous voir, d'ailleurs.
06:57Viennent nous voir Paris Commerce en disant...
06:58Mais comment, à Paris, comment vous faites pour maintenir des librairies ?
07:02C'est-à-dire qu'on est sollicité par l'international qui se rend compte...
07:06Par exemple, Manatagne, une espèce de désert de vacances des pieds d'immeubles commerciaux.
07:10Ils se rendent compte qu'en fait, l'attractivité du quartier est en chute libre.
07:15Parce qu'en vrai, une ville n'est plus une ville sans commerce de proximité.
07:19Mais il faut qu'on s'en rende compte souvent qu'ils disparaissent.
07:21Mais est-ce que ça va ? Parce que c'est, par exemple, c'est sur aussi la variété des commerces de proximité.
07:27Oui, la diversité.
07:28La diversité, parce qu'on se retrouve parfois avec des quartiers où c'est très compliqué de trouver.
07:33Alors, j'ai enfoncé les portes ouvertes, mais des commerces de bouche, parce qu'il n'y a que des boutiques de luxe, par exemple.
07:38Exactement.
07:39Et donc, ça peut aller jusqu'à cette finesse de décision de la part de la mairie ?
07:44Absolument.
07:45Nous, en l'occurrence, c'est une société d'économie mixte, mais c'est le bras armé de la ville.
07:49Mais bien sûr, puisque l'objectif, c'est la diversité, de maintenir la diversité commerciale.
07:56Et donc, quand je vous parle des librairies, c'est un exemple pour vous, parce que là, on voit vraiment effectivement que le foncier est au cœur.
08:00Mais sinon, le sujet, c'est la diversité.
08:03C'est-à-dire, c'est la ville du quart d'heure.
08:04C'est que finalement, un quart d'heure de chez vous, vous avez une boulangerie, une épicerie, une librairie.
08:09Et ça, c'est... En fait, c'est ce qui fait. On l'a bien vu pendant le Covid, avec tous les débats autour des commerces essentiels.
08:17Ça a été un moment de prise de conscience pour les municipalités ?
08:21Je pense. Je pense. Justement, on regarde...
08:23Parce que je vous écoute et je me dis, il y a tellement de villes.
08:26Enfin, moi, je sillonne la France en voiture.
08:27Tous les étés, on passe son temps à traverser des entrées de villes qui sont moches et qui sont la preuve qu'il y a de moins en moins de commerces de proximité parce qu'on les a excentrés, les commerces.
08:38Et ils essayent d'ailleurs de faire marche arrière. Et c'est là où la ville de Paris a été précurseurseuse parce que c'est une politique de long terme.
08:47Cette politique, elle a commencé en 2004. Au début, elle a commencé dans un arrondissement où il y avait un problème, justement, de monoactivité, de grossiste,
08:55avec un maire d'arrondissement qui a dit « Mais moi, je vois bien que mon quartier perd en lien social et qu'il y a un problème d'usage. »
09:06Je vais donner d'autres chiffres de cette étude. Par exemple, sur la sécurité. On a commencé à l'évoquer.
09:12Mais 60% des commerçants ont accueilli des citoyens en insécurité dans leur commerce.
09:1945% qui disent « Je réagis immédiatement en cas d'incident. »
09:24Sur une thématique qui nous tient beaucoup à cœur, ici, évidemment, à Smart Impact, sur l'environnement,
09:3088% des commerçants qui ont répondu à, je le répète, enquête nationale, disent « J'agis pour limiter les déchets. »
09:40Et puis, vous me disiez, juste avant que l'interview démarre, de cette étude, vous allez créer une sorte de simulateur, c'est ça ?
09:49Alors, c'est quoi ?
09:49L'objectif, c'est justement de chiffrer, en fait. Parce qu'encore une fois, je vous dis, jusqu'à présent, c'est intuitivement, on sait que c'est important.
09:56Mais l'étape suivante, c'est d'arriver à chiffrer. C'est-à-dire, en gros, si un commerçant, on va dire, si 10% des commerçants consacrent, on s'est rendu compte,
10:0615 minutes à la propreté par jour, en gros, combien ça rapporte à la communauté ?
10:14Et cet argent que ça rapporte, en fait, c'est des économies, par exemple, en termes d'agents dédiés à la propreté. Et ça, c'est valable.
10:24Donc, ce simulateur...
10:25Mais il servira à qui ? Aux collectivités locales, aux mairies ?
10:29Oui, par exemple. Il servira à qui veut, en fait. Qui veut, puisqu'aujourd'hui, on a une seule façon de voir les choses, qui est par le biais de la rentabilité.
10:37On ne regarde pas ce qu'on appelle les externalités.
10:40Ça commence à rentrer un peu dans les bilans des entreprises.
10:43Voilà. Ou négatives. Il y a effectivement maintenant les comptas, les triples comptas, etc. Mais en vrai, sinon, on continuait à être axé sur la compta de 1945.
10:51C'est vrai.
10:52Donc, ce qui est ridicule, parce que les externalités négatives, c'est quand même un sujet sur la pollution, etc. Mais comment on les chiffre ?
11:00Oui.
11:00Et donc, l'objectif de ce simulateur, c'est d'arriver à chiffrer, en fait, pour penser autrement, en fait, justement, politiquement, la valeur du commerce de proximité.
11:09Merci beaucoup, Emmanuel Hauss. Et à bientôt sur Be Smart for Change. On passe tout de suite à notre rubrique consacrée aux startups éco-responsables.
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