00:00 (Générique)
00:06 - Bonjour Justine Lecalier, bienvenue.
00:08 - Bonjour.
00:09 - Vous êtes la directrice d'opérations de Circul-Egg avec son créateur Yacine Cabège
00:14 qu'on avait reçue ici même il y a quelques mois voire quelques années.
00:17 Vous avez reçu le prix Odo BHF des jeunes entrepreneurs dont Bismarck est partenaire,
00:22 le prix de l'encouragement, c'est ça ?
00:24 - Exactement.
00:25 - On va dire un mot de ce que ce prix peut représenter pour une entreprise comme la vôtre
00:29 mais d'abord je voudrais qu'on...
00:30 Il y a sans doute pas mal de téléspectateurs qui ne connaissent pas Circul-Egg, c'est quoi ?
00:34 - Circul-Egg c'est une entreprise effectivement créée en avril 2020.
00:38 Notre mission c'est de donner une seconde vie à tous les coproduits de l'industrie agroalimentaire
00:42 en commençant par les coquilles d'œufs pour vraiment recréer du lien entre des filières industrielles
00:46 qui n'existaient pas avant dans une démarche circulaire et locale.
00:48 Et concrètement on s'est attaqué aux coquilles d'œufs puisqu'il y a 40 000 tonnes de coquilles
00:52 qui sont rejetées chaque année en France par l'industrie agroalimentaire.
00:55 On a développé un procédé industriel breveté pour récupérer la coquille d'œuf, la décontaminer,
01:02 la séparer, on sépare la coquille de la membrane et avec la coquille de la membrane
01:06 on en fait de nouveaux ingrédients à très haute valeur.
01:08 - Parce que c'est riche en fait une coquille d'œuf ?
01:10 - Exactement, il y a énormément de trésors derrière une coquille d'œuf.
01:13 En fait déjà il y a la coquille externe qui contient du carbonate de calcium,
01:17 c'est un minéral qu'on retrouve dans beaucoup d'applications à la fois dans les matériaux
01:21 comme un agent de charge et aujourd'hui la plupart du carbonate de calcium provient de l'extraction des carrières de calcaire
01:26 donc il y a un impact important, on propose une alternative biosourcée recyclée.
01:31 Ensuite on peut l'utiliser comme apport calcium dans l'alimentation.
01:34 Puis il y a surtout cette petite membrane interne, vous voyez quand on écaille un œuf...
01:37 - Qu'on a parfois du mal à retirer.
01:38 - Exactement, qui est très embêtante et bien ça c'est cette membrane qui a énormément de valeur ajoutée
01:43 puisqu'elle contient ce qu'on appelle du collagène, de l'acide hyaluronique, de la chondroéthine sulfate,
01:48 ce sont des mots qui peuvent sonner barbares mais en fait c'est des biomolécules d'intérêt
01:51 qui ont des propriétés prouvées cliniquement sur la diminution des douleurs articulaires,
01:54 sur la beauté de la peau et des cheveux.
01:56 - Oui donc j'entends collagène, je pense effectivement tout le secteur de la beauté, de la cosmétique.
02:03 Si on fait un peu la liste des secteurs qui sont d'ores et déjà intéressés par ce que propose CircuLEG ?
02:10 - Alors effectivement on est un peu multisecteur, nous on est des ingrédientistes,
02:13 pour la membrane on va l'adresser en priorité au secteur du complément alimentaire,
02:17 dont la beauté effectivement est articulaire, comme une source de collagène
02:20 qui vient remplacer aujourd'hui le collagène, c'est un marché qui est en plein boom,
02:23 mais la plupart du collagène, ce que les consommateurs ne savent pas,
02:26 c'est que la plupart du collagène provient souvent d'extractions bovines, porcines ou marines,
02:31 issues d'Amérique latine et souvent d'élevage intensif qui peut amener même à la déforestation.
02:36 Il y a eu un article de Guardian qui montrait les liens entre le boom du collagène
02:39 et les déforestations en Amérique latine parce qu'il y avait des élevages bovins spécialement pour produire du collagène.
02:44 Nous on propose une source locale, biosourcée, végétarienne de collagène pour ces secteurs-là,
02:49 et aussi la paix de food et même la nutrition pour sportifs,
02:52 et la coquille externe, donc là c'est les matériaux, plutôt comme je le disais,
02:55 la peinture, le revêtement de sol, le verre, on peut le mettre dans énormément d'applications.
03:00 Donc c'est vraiment intéressant parce qu'on est dans des enjeux de relocalisation,
03:05 de souveraineté d'une certaine façon, disons les mots,
03:08 et effectivement d'impact environnemental beaucoup plus faible avec ce que propose Circulate.
03:14 Vous avez donné le chiffre de 40 000 tonnes de coquilles générées chaque année.
03:18 Il faut savoir que la France, alors on fait le match avec l'Allemagne,
03:20 mais le premier producteur européen d'œufs, donc c'est un marché gigantesque.
03:27 Et ce sont les casseries d'œufs, c'est ça, qui s'occupent de séparer la coquille du contenu.
03:34 Ce sont vos partenaires, vos fournisseurs, comment ça se passe avec les casseries d'œufs ?
03:39 Donc effectivement, les casseries, souvent c'est un métier inconnu du grand public.
03:43 Ces usines qui cassent les œufs, eux c'est vraiment nos partenaires qui nous fournissent la matière première.
03:49 On veut mettre en place avec eux un partenariat gagnant-gagnant,
03:53 puisque l'idée c'est qu'aujourd'hui, en fait, ils doivent payer pour s'en débarrasser de ces coquilles d'œufs,
03:57 et souvent c'est des valorisations à faible valeur ajoutée,
04:00 voire un impact négatif comme l'incinération ou l'épandage,
04:04 et surtout qu'elles ont une pression réglementaire des autorités sanitaires
04:07 qui les poussent à trouver d'autres alternatives plus durables pour valoriser leurs coquilles.
04:10 C'est-à-dire qu'elles n'ont pas le droit de juste prendre leurs coquilles et les mettre sur les sols agricoles,
04:14 parce qu'avec la grippe aviaire en plus, il y a des risques de contamination des sols.
04:17 Et donc elles, elles ont un enjeu.
04:19 Vous leur achetez ou ils vous donnent cette matière première ?
04:22 Aujourd'hui, on a mis en place un partenariat où on récupère gratuitement la coquille d'œufs,
04:26 mais demain, on veut mettre en place, dès lors qu'on atteint une rentabilité suffisante,
04:30 ça fait partie aussi des ambitions de Circulate,
04:32 que c'est mettre en place un partenariat gagnant,
04:34 on les revalorise, on rehausse toute la filière agricole.
04:36 On ne sait pas encore quel modèle ça va prendre.
04:38 Est-ce que ça va prendre le modèle d'un rachat de la matière première ?
04:40 Est-ce que ça va prendre un modèle de Jun Venture ?
04:42 Puisqu'en fait, on a pour ambition d'installer des modules à la sortie de toutes les casseries,
04:46 que ce soit en France, mais aussi en Europe, voire aux États-Unis et en Asie.
04:49 Logique de circuit court, évidemment.
04:50 Exactement. Et donc là, on peut penser à des modèles,
04:52 on peut être très créatif dans les modèles à mettre en place avec nos partenaires.
04:55 Cette volonté, finalement, de faire bénéficier l'écosystème de l'innovation Circulate,
05:00 ça va jusqu'aux éleveurs ?
05:02 Oui, c'est l'idée, effectivement.
05:03 L'idée, c'est qu'on arrive à remonter toute la filière
05:06 et qu'on rétribue aussi les éleveurs pour les encourager aussi dans une transition agroécologique.
05:11 On sait qu'aujourd'hui, dans la filière agricole,
05:13 chaque centime compte, ils n'ont pas forcément beaucoup d'aide
05:16 pour changer vers un modèle plus respectueux,
05:18 que ce soit du bien-être animal, mais aussi des pratiques.
05:21 Nous, si on peut les encourager avec notre business model à aller vers ces filières,
05:25 on aimerait bien pouvoir remonter jusqu'aux éleveurs.
05:27 Alors, vous clôturez une levée de fonds importante, 5 millions d'euros, c'est ça ?
05:32 Avec quelle idée ?
05:35 C'est un financement de l'industrialisation de Circulate ?
05:38 On en est à cette étape de votre histoire ?
05:41 Oui, on avait déjà fait une première levée de fonds il y a deux ans maintenant.
05:44 Là, on clôture cette deuxième avec un fonds d'investissement à impact de référence,
05:49 notamment des business angels clés dans le secteur des industries qui nous intéressent.
05:53 Cette levée de fonds va nous servir à financer l'ouverture de notre première usine,
05:58 qui aura lieu officiellement en novembre prochain.
06:01 Ça fait un an qu'on travaille dessus avec les travaux qui ont été effectués cette année.
06:05 La première ligne sera opérationnelle en novembre.
06:08 D'ailleurs, on fait une journée d'inauguration.
06:11 Vous êtes le bienvenu. C'est une grande invitation.
06:14 Merci pour l'invitation. Vous avez choisi la Bretagne.
06:16 Le site est situé à Genzay. Pourquoi ce choix ?
06:19 Il y a les poulets de Genzay. C'est une très belle région.
06:23 C'était stratégique. L'idée était d'être au barricentre entre toutes les casseries partenaires.
06:29 Aujourd'hui, on travaille déjà avec les plus grosses casseries.
06:32 C'est un marché très concentré qui représente déjà 80 % du volume de coquilles rejetées.
06:36 Elles sont toutes situées en Bretagne, Pays de la Loire, Normandie.
06:39 Genzay, c'est vraiment à équidistance entre ces casseries.
06:43 Ça correspond à l'objectif de Circuit Court dont vous parliez tout à l'heure.
06:47 Combien de tonnes de coquilles d'œufs sera cette usine susceptible de traiter chaque jour ?
06:53 Parce que c'est en jours. C'est tonnes, jours.
06:55 Exactement. Ça va être une montée en cadence progressive.
06:58 Au début, on parle en shift, en équipe de travail.
07:02 Sur une équipe de travail, on sera capable de traiter 5 tonnes sur la première ligne.
07:06 A terme, on pourra traiter jusqu'à 50 tonnes par jour de coquilles d'œufs sur cette usine.
07:11 Sachant que c'est qu'une étape intermédiaire.
07:13 Comme je vous l'ai dit, l'objectif final, et c'est un programme de recherche et développement qu'on a,
07:18 c'est d'installer des modules directement à la sortie des casseries pour s'adapter aux cadences des casseries.
07:23 C'est-à-dire qu'on serait en flux tendu.
07:26 Quand vous dites des modules, ça veut dire qu'on crée quand même une usine à côté,
07:30 plus petite que celle que vous avez créée là ?
07:33 L'idée, pour faire très schématiquement, c'est d'avoir des conteneurs, un modèle plug and play,
07:38 des conteneurs qu'on puisse facilement dupliquer.
07:41 Donc, aller à la sortie de la casserie, il y a de l'espace foncier disponible,
07:44 on viendrait installer notre conteneur.
07:46 Et ce conteneur, il y aurait une vis sans fin qui relierait la casserie à notre module
07:54 pour récupérer les coquilles directement à la sortie de la casserie.
07:58 Et ensuite, dupliquer ce modèle très facilement à l'échelle internationale.
08:02 Dans cette usine de Genzé, il y a combien d'emplois créés ?
08:05 Est-ce que c'est très automatisé ? Est-ce qu'il y a quand même des emplois ?
08:10 Et si vous voulez, quels ?
08:11 Oui, alors effectivement, le but, c'est d'automatiser au maximum.
08:13 Néanmoins, il y aura un grand centre de recherche et développement qu'on va développer.
08:16 Parce qu'en fait, ce qu'il faut dire, c'est que si Genzé, à terme, deviendra un centre de recherche,
08:20 on va loriser d'autres coproduits.
08:22 On ne veut pas s'arrêter à la coquille d'œuf.
08:23 Donc, au total, d'ici l'année prochaine, il y aura déjà au moins une bonne quinzaine d'emplois créés.
08:28 Et à terme, il y aura une cinquantaine de personnes employées sur ce site pour nos projets de recherche.
08:32 Alors justement, d'autres coproduits de l'agriculture, ça pourrait être quoi ?
08:36 Sans livrer de secrets.
08:38 Oui, on regarde.
08:39 Pourquoi vous commencez à réfléchir ?
08:40 Déjà, il faut savoir qu'il y a 12 millions de tonnes de coproduits qui sont rejetés chaque année en France par l'industrie agroalimentaire.
08:44 Et 80% sont dits faiblement valorisés, surtout à destination de l'énergie ou utilisés comme fertilisants.
08:49 Donc, il y a un large choix disponible.
08:51 Nous, notre procédé, on pense qu'il peut s'adapter à différents types de coproduits, notamment dans les minéraux.
08:56 On pourrait devenir un expert des minéraux biosourcés avec d'autres coproduits à coque, notamment, qui pourraient être valorisés.
09:04 Ce sont des pistes qu'on creuse un petit peu avec nos partenaires.
09:07 Je le disais en présentation, vous avez reçu ce prix de l'encouragement Odo BHF des jeunes entrepreneurs.
09:11 Qu'est-ce que ça représente pour une jeune entreprise comme la vôtre ?
09:14 Alors nous, le concours Odo BHF, je crois que c'était la deuxième édition.
09:17 On en avait entendu parler dès la première édition et c'est un concours déjà très prestigieux.
09:21 On a pu pitcher devant des experts dans leur domaine de référence pour inciter quelques-uns dans notre jury.
09:27 Il y avait Sophie Lacoste, Philippe Odo, bien sûr, Michael Benailloux.
09:31 Donc, des personnes vraiment des monstres dans leur domaine d'activité.
09:34 Donc, c'était assez impressionnant.
09:35 Ça nous a permis aussi de renforcer la légitimité dans notre projet et de gagner en visibilité.
09:41 Et bien sûr, il y a une dotation financière qui n'est pas négligeable.
09:44 Merci beaucoup Justine Lecalier.
09:46 A bientôt sur Vismard.
09:47 Bon vent à Circul-Egg.
09:49 On passe au zoom de ce Smart Impact.
09:52 On cherche les causes du réchauffement de l'océan.
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