- il y a 3 heures
Jeudi 29 octobre 2026, retrouvez Saïd Hammouche (fondateur, Mozaïk RH), Brice Teinturier (directeur général délégué, Ipsos) et Raouf Ben Slimane (président, Ôvoyages) dans SMART JOB, une émission présentée par Arnaud Ardoin.
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00:08Bonjour à tous, vous regardez SmartJob, votre rendez-vous emploi, RH et management sur BeSmart for Change.
00:13Émission spéciale aujourd'hui au sommet de l'inclusion 2026 à la maison de la RATP.
00:18Dans un cercle RH, on va parler du pacte social, comment le redonner du souffle.
00:23On va en parler avec Brice Tinturier, le directeur général délégué d'Ipsos,
00:26et Saïd Amouch, le président fondateur du groupe Mosaïque RH.
00:31Et en seconde partie d'émission, un grand entretien avec Raouf Ben Slimane.
00:36C'est le président de Haut Voyage, anciennement Thalasso numéro 1.
00:40Une réussite issue des quartiers, il va nous raconter son parcours et aussi sa vision sur l'égalité des chances.
00:46On le retrouve en toute fin d'émission. On commence tout de suite avec le cercle RH.
01:03Comment restaurer le pacte social ?
01:05C'est le sujet du cercle RH aujourd'hui au sommet de l'inclusion à la maison de la RATP.
01:09On s'appuie notamment sur une étude géographie de l'égalité réalisée par Ipsos BVA
01:14en partenariat avec le CISI École d'ingénieurs pour la fondation Mosaïque RH.
01:18On en parle avec mes invités. Brice Tinturier, bonjour.
01:21Bonjour.
01:21Directeur général délégué d'Ipsos qui a réalisé cette étude et à côté de vous Saïd Hamouch,
01:27le président fondateur de Mosaïque RH Group et qui s'occupe aussi de la fondation Mosaïque RH.
01:33Cette étude peut-être pour commencer, quelle est la méthodologie, sur quel échantillon vous avez travaillé pour avoir tous ces
01:41chiffres ?
01:41Oui, vous avez raison, c'est un point important parce que c'est une étude qui est relativement atypique.
01:46Je remercie Mosaïque de nous avoir permis de faire ce travail.
01:49Elle repose sur un échantillon classique de 1000 Français, un échantillon représentatif de la population française.
01:56Mais ce qu'il est moins, c'est qu'on a fait un suréchantillon auprès des habitants des quartiers de
02:01la politique de la ville.
02:02Donc on en a à peu près 700, un petit peu moins de 700 dans cette enquête.
02:07Il y en a une partie qui est extraite de l'échantillon national.
02:11Et puis on a un gros boost pour avoir donc ces habitants.
02:14Le profil de ces habitants, on le connaît par l'INSEE, donc on a fait en sorte aussi qu'ils
02:19soient représentatifs.
02:21On a bien deux échantillons, national et de ces habitants représentatifs.
02:25Et puis on en a un troisième de plus de 700 personnes qui sont des habitants dans véritablement le rural.
02:31Là aussi, on part des données de l'INSEE.
02:33Là aussi, on en extrait de l'échantillon principal.
02:36On en rajoute pour avoir suffisamment de répondants.
02:38Et à chaque fois, faire en sorte qu'on ait trois échantillons représentatifs.
02:41Donc c'est une belle enquête et c'est une enquête qui permet d'aller en profondeur sur chacune de
02:46ces sous-populations.
02:48Et je me retourne vers vous, Saïda Mouche, puisque issu de ce travail-là, il y a un second travail,
02:53un rapport que vous avez co-rédigé avec Rura,
02:57que vous avez remis au gouvernement.
02:58On est en année de présidentielle, donc on sait que ce gouvernement ne sera plus là dans quelques mois.
03:03Quel était l'intérêt et vos objectifs de remettre ce document-là et ses préconisations maintenant ?
03:10Il y avait un intérêt qui était très simple.
03:12Le premier intérêt, c'est d'abord de comprendre s'il y avait des similitudes entre les problématiques en ruralité
03:17et celles des quartiers politiques de la ville.
03:19Ce sont d'abord des populations pauvres qui habitent ces territoires.
03:22Et donc, ça nous intéressait de voir et d'observer ce qui pouvait se passer.
03:25Et puis surtout, on a tiré un certain nombre de conclusions, des conclusions qui mettent en commun un projet de
03:30société qui doit aujourd'hui voir le jour.
03:33On sait aujourd'hui pertinemment que ce rapport Talent de France aboutit à une charte qui mobilise les entreprises pour
03:42pouvoir s'engager davantage.
03:44Et la grande fierté de ce rapport, c'est d'avoir embarqué plus de 1500 entreprises sur un engagement très
03:51concret.
03:51C'est des objectifs de recrutement de 8% sur l'emploi, sur des populations issues des quartiers politiques de
03:56la ville ou des populations rurales.
03:59Et 15% sur l'alternance. Donc, c'est véritablement un point d'étape important.
04:03On continuera ce travail à la fois de mobilisation des entreprises, parce que c'est elles qui signent les contrats,
04:08mais également en fait des décideurs politiques qui doivent avoir du leadership,
04:13qui doivent nous aider à avoir une vision stratégique à court et à long terme.
04:17On le voit, c'est important. Alors, on reparlera de la responsabilité des pouvoirs publics et des entreprises un peu
04:22plus tardivement.
04:23Mais ce qu'on voit dans l'étude, c'est qu'il y a vraiment une corrélation, je m'adresse
04:27à vous, Brice Tinturier, entre l'insertion professionnelle ou en tout cas la confiance qu'on a en son insertion
04:33professionnelle
04:33et son sentiment d'appartenance à la société. Ça, c'est quelque chose qui ressort, parce que selon qu'on
04:39est en fait dans une grande ville ou dans une zone prioritaire,
04:42un quartier prioritaire de la ville ou une zone rurale, on n'a pas le sentiment de partir au même
04:46point de départ, en fait.
04:48Oui, c'est un des enseignements majeurs pour le coup de l'étude. Juste avant, je voudrais revenir sur l
04:53'idée de mosaïque.
04:54C'est l'image que j'utilise pour caractériser le pays. Moi, je crois que ce pays est une mosaïque
04:59et pas un archipel.
05:00Ça veut dire qu'il y a du commun et puis ça veut dire qu'il y a des différences.
05:03Et on le voit très bien dans cette enquête.
05:05Dans les préoccupations, par exemple, des Français, des ruraux et des habitants des QPV, des quartiers prioritaires de la ville,
05:13vous avez beaucoup de communs et puis vous avez des spécificités. Les spécificités, elles concernent prioritairement les habitants des quartiers
05:21prioritaires de la politique de la ville.
05:23C'est assez normal. C'est pour ça qu'ils sont prioritaires. Il y a bien là des spécificités.
05:27Et pour répondre à votre question maintenant directement, très clairement, les deux tiers des Français, 65%, nous disent qu'aujourd
05:37'hui en France,
05:37même en faisant les mêmes efforts, certaines personnes ont moins de chances que d'autres d'accéder à certaines opportunités
05:44professionnelles.
05:44C'est quand même colossal. Un tiers seulement, 35%, nous disent qu'on peut réussir professionnellement si on travaille suffisamment.
05:53Dans les quartiers de la politique de la ville, ces 65%, ils passent à 75%.
05:58Et quand on regarde d'un peu plus près, d'où l'intérêt d'avoir ces échantillons, on est à
06:0390% chez les jeunes de moins de 25 ans de ces quartiers.
06:07Donc il y a bien là un sujet majeur. Il y a bien un lien entre l'insertion professionnelle, on
06:13le voit aussi sur d'autres indicateurs de l'étude,
06:16et le sentiment d'appartenance à la société française.
06:19Chez les ruraux, on est plutôt aligné sur l'ensemble de la population.
06:23Donc là, c'est vraiment les habitants des QPV qui ont une véritable attention, sensibilité au fait que,
06:30« Non, on n'arrive pas, même en bossant beaucoup, on a de véritables désavantages, de véritables éléments qui vous
06:37contraignent et qui font qu'on a plus de mal à obtenir certaines opportunités professionnelles. »
06:43L'insertion professionnelle des jeunes, on regarde encore dans les chiffres de l'étude, c'est que la plupart des
06:48gens qui sont sondés disent que c'est un enjeu de société majeure.
06:51D'ailleurs, on a eu un rappel très douloureux le 17 octobre, qui venait de loin, puisque ce n'est
06:55pas le 17 octobre que ça a commencé à protester.
06:58Mais on voit bien que si ce sujet-là, cette insertion professionnelle n'est pas traitée, que l'égalité des
07:04chances n'est pas améliorée,
07:05la société ne peut pas aller bien. Factuellement, ça crée des situations de tension.
07:11C'est justement le paradoxe. C'est-à-dire qu'on a aujourd'hui des populations qui souhaitent travailler et
07:14qui sont empêchées pour des mauvaises raisons,
07:18précarité, inégalité et discrimination.
07:21Et puis on est en rupture finalement à une promesse qui est très forte, qui porte les valeurs du pays,
07:26c'est la valeur travail.
07:27Donc aujourd'hui, on est empêchés de travailler et ceux qui souhaitent travailler en fait n'ont plus aujourd'hui
07:33beaucoup d'espoir comme étant un levier d'intégration
07:36et considèrent qu'à compétence égale, c'est plus complexe. Et ça, c'est vraiment quelque chose de très, très
07:41puissant dans la représentation de chacun sur lequel il faut travailler absolument.
07:45Je vois que Mérisse Tinturier veut répondre. Je vous en prie, allez-y.
07:47Oui, je vais donner le chiffre exact parce qu'il est quand même massif.
07:50C'est 83% des Français qui estiment que quand on rencontre des difficultés pour accéder à l'emploi, on
07:56se sent moins bien intégré.
07:57La société française. Ça n'a l'air de rien, mais c'est quand même massif.
08:01Ça veut dire que ce lien là, il est total. On a tendance à trop l'oublier.
08:05Le travail est un facteur puissant et le facteur d'intégration à la société française.
08:11Donc quand vous rencontrez ces difficultés d'insertion, eh bien vous fabriquez, j'ai envie de dire de la dysharmonie
08:16dans la société,
08:18mais c'est beaucoup plus profond que simplement de la dysharmonie.
08:20Parce qu'on s'identifie beaucoup à son travail. Et puis là, les chiffres, en fait, si on va plus
08:23loin, c'est un levier d'intégration.
08:24Si on va chez les jeunes, 96% chez les élèves et étudiants ressentent ça.
08:29Et quand c'est les élèves et étudiants dans les zones, dans les quartiers prioritaires, on monte à 98%.
08:33Absolument. Ça veut dire quasiment tout le monde.
08:35C'est massif. C'est massif. Et vous savez, moi, j'aime bien cette définition de Freud du bonheur qui
08:41dit le bonheur, c'est aimer et travailler.
08:43Eh bien, on retrouve ça pour être intégré, pour se sentir membre à part entière d'une communauté, ce qui
08:49est essentiel.
08:50Il faut aussi passer par le travail. C'est un levier d'intégration massif et on se sent vite exclu
08:56si on bute sur des enjeux, des possibilités d'insertion professionnelle
09:00qui ensuite vous intègrent beaucoup plus largement.
09:02Si on essaie de se mettre un peu au niveau du terrain, donc au terrain, dans les quartiers prioritaires de
09:07la ville, dans les zones rurales qui sont parfois mal situées,
09:11peut-être qui sont coupées de grandes zones de transport, quelles seraient les attentes prioritaires ?
09:16En fait, qu'est-ce que les gens attendraient pour commencer à enclencher un début de solution ?
09:19D'abord, il n'y a pas une préférence demandée, en fait. Il y a une volonté d'être traité
09:26de la même manière que tout le monde.
09:28Donc, la question de l'égalité de traitement, c'est quelque chose d'extrêmement attendu.
09:32Et d'où l'injustice, en fait, le sentiment d'injustice.
09:35Si on n'est pas traité de la même manière, eh bien, derrière, je ne suis pas finalement bien intégré,
09:40je ne suis pas considéré.
09:42Et pourquoi je dois en réalité faire plus pour avoir la même...
09:46Au même niveau de motivation de là où on m'attend, alors qu'on ne me donne pas, en fait,
09:49une considération qui permet de reconnaître mes compétences.
09:52Ça, c'est le premier problème. Et le second problème, qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'à
09:55partir du moment où on souhaite travailler,
09:57qu'on a fait des efforts, qu'on a des diplômes et qu'on est empêché, eh bien, c'est
10:00une catastrophe, en fait,
10:02parce que l'économie, eh bien, elle a du mal à se développer si elle n'a pas de compétences.
10:06Et c'est une conséquence directe qu'on peut avoir par rapport à ces populations.
10:10Oui, on perd des talents potentiels qui pourraient sortir de ces quartiers ou de ces zones rurales.
10:14Au niveau des pouvoirs publics, est-ce qu'il y a une responsabilité partagée, on imagine, entre l'État, les
10:21pouvoirs publics,
10:21donc même au niveau des régions, il peut y avoir des actions, et les entreprises ?
10:26Qu'est-ce qui peut être fait pour qu'on améliore, par exemple, ne serait-ce que le recrutement,
10:31faire en sorte qu'il y ait plus de personnes issues de ces quartiers prioritaires de la ville ou de
10:36ces zones rurales
10:36qui arrivent à accéder à des postes dans des entreprises au niveau de qualification,
10:41ou ne serait-ce qu'à bon niveau de pérennité, puisque c'est ça aussi la question ?
10:45Alors d'abord, dans l'enquête, ce qu'on voit, c'est qu'il y a une très grande attente
10:48à l'égard à la fois des pouvoirs publics,
10:50donc de l'État, dont on considère qu'il doit intervenir prioritairement pour limiter, pour faire cesser ces inégalités d
10:57'insertion,
10:57et puis également les entreprises, l'État et France Travail, tous les organismes qui peuvent efficacement œuvrer.
11:06Ensuite, comment est-ce qu'on lutte contre ces biais ?
11:08Eh bien, on teste aussi toute une série de mesures, très clairement, et encore une fois,
11:12toujours chez les habitants des quartiers de la politique de la ville, et notamment les jeunes,
11:17il y a l'idée qu'il y a des discriminations, des biais qui jouent, qui pénalisent notamment ces jeunes,
11:23ça peut être des biais dus à l'origine, des biais dus au nom, des biais dus à un certain
11:28nombre d'éléments,
11:29qui font que les barrières à l'entrée sont extrêmement importantes, elles sont ressenties,
11:34et j'ai envie de faire le pont quand même aussi avec l'actualité.
11:37Il y a un sujet autour de la jeunesse, il y a un sujet majeur autour de l'insertion de
11:42la jeunesse,
11:43et encore plus quand il y a des enjeux économiques, l'insertion économique et sociale de ces jeunes.
11:48Ce qu'on voit, ce n'est pas que du ressenti, là les gens répondent par rapport à un ressenti,
11:52une perception,
11:52mais l'enquête, elle nous dit également que 40% des habitants des quartiers prioritaires déclarent avoir personnellement été désavantagés.
11:59Ça veut dire, ça aide à mouches, que certains déclarent une situation concrète, factuelle,
12:04où ils ont eu ce sentiment de voir passer une opportunité de manière injuste.
12:09Ça c'est terrible.
12:10Absolument, et ça c'est une des conséquences aujourd'hui de la France, de la situation française.
12:14Il faut se rendre compte que ce chiffre dit aussi quelque chose de très important qu'on a découvert dans
12:18le rapport Talent de France,
12:20c'est que 42% de la population française soit habite soit en quartier populaire, soit en ruralité.
12:27Et donc on a aujourd'hui une grande partie des Français qui ont ce sentiment.
12:31Et donc ce n'est pas marginal, ce n'est pas en fait être dans une logique de victimisation.
12:38On est vraiment dans quelque chose dont on doit prendre conscience et qui illustre un certain nombre de dysfonctionnements.
12:45Dans le recrutement, on parle de biais de clonage, le fait de recruter des gens qui viennent des mêmes écoles,
12:49qui viennent des mêmes zones géographiques, comment on peut lutter contre ça ?
12:53Parce que je ne pense pas qu'un recruteur sciemment fasse du biais de clonage quand il recrute, on ne
12:58le sait pas forcément.
13:00J'ai envie de dire déjà en en étant conscient, en étant davantage conscient, d'où le travail permanent qui
13:06doit être fait
13:07pour lutter contre ces biais, lutter contre ces a priori et obtenir que tous aient la même chance d'insertion.
13:15Alors après, il y a beaucoup de choses sur les ajustements, les CV anonymisés, sur un certain nombre de pratiques
13:21qui peuvent être augmentées, améliorées.
13:24Mais le premier élément, je pense, c'est d'être conscient de l'enjeu, de se rendre compte que les
13:29talents,
13:29et d'ailleurs les Français le disent, les talents, ils sont partout, et ils considèrent, on le voit massivement dans
13:35l'enquête,
13:36qu'on rate des talents importants en raison justement de ces biais de sélection à l'embauche.
13:41Donc les talents, ils sont partout, il faut juste aller les chercher partout là où ils sont.
13:46Et j'ai envie de dire, c'est aussi un choix politique, la présidentielle va devoir traiter ces sujets-là.
13:51Vous, Saïd Hamouch, est-ce que vous avez le sentiment aujourd'hui que les partis politiques, les personnalités politiques,
13:56notamment les candidats, ils sont à la hauteur sur ces sujets-là, parce qu'on a vu certaines déclarations en
14:02marge du 17 octobre,
14:03et quand on voit les chiffres de l'étude, on se dit qu'il y a certaines déclarations qui auraient
14:06peut-être mieux dû ne pas être prononcées.
14:09Mais est-ce que vous pensez que les candidats notamment, là, ils ont pris conscience de ce sujet-là,
14:14et pris conscience que c'est un sujet important pour la présidentielle qui arrive ?
14:17Je crois que la conscience, en fait, elle est dans toutes les têtes aujourd'hui.
14:20Le problème, c'est qu'il y a d'autres priorités qui remontent plus vite, et on oublie ce sujet.
14:24En fait, c'est ça le problème fondamental.
14:26Et quand j'ai participé au débat du MEDEF avec les candidats à l'élection présidentielle,
14:31ces questions d'intégration par le travail, ces questions d'insertion,
14:34ces questions de discrimination, de précarité professionnelle n'ont pas été abordées.
14:37Et c'est la raison pour laquelle on a décidé de proposer ce rendez-vous à tous les candidats de
14:41l'élection présidentielle,
14:43parce que nous, on est convaincus de deux choses.
14:45C'est-à-dire qu'il y a 20 ans, on parlait de ce drame à Clichy-sous-Bois,
14:49Ziyad et Bouna, où on a eu une espèce de déclencheur.
14:52La sensibilisation, elle a eu lieu, elle a commencé.
14:54Mais on est toujours dans l'ère de la sensibilisation.
14:56Et aujourd'hui, on a besoin de se fixer des objectifs.
14:58On a besoin de mesurer ces objectifs.
15:00C'est ce que dit le rapport Talent France.
15:02Et on a besoin, surtout, parce que la politique publique, elle doit permettre ça,
15:06de contrôler et d'affecter les aides publiques, par exemple,
15:09sur ceux qui sont inscrits dans cette culture de résultats,
15:12une culture de lutte contre le chômage d'une manière concrète
15:14sur les populations qui sont aujourd'hui marginalisées économiquement,
15:17une culture de résultats aussi sur la valorisation de celles qui sont le plus en avance,
15:23qui doivent servir d'exemple et qui ont plein de bonnes pratiques à diffuser.
15:27Merci beaucoup, Saïd Amouj.
15:28Donc, président, je le rappelle, président fondateur du groupe Mosaïque RH,
15:32qui chapeaute notamment cette fondation Mosaïque RH.
15:34Brice Tinturier, merci beaucoup également.
15:36Donc, le directeur général délégué d'Ipsos avec cette étude,
15:39donc, géographie de l'égalité,
15:41qu'on aurait même pu intituler géographie de l'inégalité,
15:44puisque ça parle surtout de ça.
15:46Les talents des zones rurales ou des quartiers prioritaires de la ville,
15:49on en voit, parfois, on en voit beaucoup dans le sport, dans la culture.
15:53C'est souvent là, en fait, où il y a le plus de rôles modèles qui sortent.
15:56On en a aussi dans l'entrepreneuriat.
15:58C'est mon prochain invité, Raouf Benzliman,
16:00qui est le président de Thalasso numéro 1 et de Haut Voyage,
16:03qui va me retrouver d'ici quelques minutes pour raconter son parcours personnel
16:07et comment lui, issu des quartiers, a réussi à devenir un patron.
16:23Smart Job, un grand entretien au sommet de l'inclusion à la maison de la RATP.
16:27On accueille un entrepreneur issu des quartiers, issu de la banlieue,
16:32Raouf Benzliman, bonjour.
16:33Bonjour.
16:34Président fondateur de Thalasso numéro 1, de Haut Voyage.
16:37Peut-être pour commencer, parce que tout le monde ne connaît pas forcément ces entreprises,
16:40rappelez-nous quel est le secteur d'activité, quelles sont les offres de ces deux noms ?
16:45Alors, Thalasso numéro 1, devenue la grande marque aujourd'hui plus connue Haut Voyage,
16:49est un tour opérateur, évoluant donc dans le secteur du tourisme.
16:54Nous sommes généralistes, positionnés sur les vacances bandes DR,
17:00à la fois sur le moyen courrier et long courrier.
17:02Aujourd'hui, nous employons environ 200 personnes pour un chiffre d'affaires d'environ 350 millions d'euros.
17:09Et au départ, le premier projet qui date de 2003, si je ne me trompe pas,
17:13Thalasso numéro 1, c'était une vision, se positionner sur un secteur de niche,
17:18le voyage de bien-être.
17:19Comment vous est venue cette intuition, j'ai envie de dire ?
17:22Alors, exactement, c'était une intuition et une vision qui a consisté à se dire,
17:28je me suis dit à l'époque, on va rentrer dans le siècle de la vitesse à outrance du stress
17:33et du surmenage.
17:34Et donc, il va y avoir un besoin, en fait, de ralentir, de déstresser, de décompenser.
17:41Et donc, en fait, le voyage bien-être, c'est la notion que j'ai créée à l'époque, en
17:472003,
17:47la notion de voyage bien-être pour tous, pour moi, c'était l'antidote à ce siècle de la vitesse
17:54et du stress
17:55dans lequel on baigne totalement aujourd'hui.
17:57Surtout quand on est entrepreneur, chef d'entreprise, on sait qu'on travaille beaucoup.
18:01On sait de quoi on parle.
18:02Oui, on sait de quoi on parle.
18:02Et c'est souvent, justement, ce qu'oublient de faire les dirigeants, c'est de savoir se reposer.
18:06Donc, vous, vous en avez fait une activité à part entière, une offre économique.
18:10Voilà, en fait, c'est une réponse qu'on apporte.
18:13Et on le voit aujourd'hui, puisque depuis la création en 2003, nous sommes en 2026,
18:19je dirais que la tendance, elle s'est encore accentuée, accélérée.
18:22Et les gens ont besoin vraiment de partir, de larguer les amarres.
18:27De ralentir, parfois.
18:28De ralentir, absolument.
18:30Et maintenant, on a été plus loin que cette niche, c'est vrai,
18:32en devenant généraliste sur les vacances au soleil.
18:37À la fois long courrier, moyen courrier.
18:39On va revenir sur un moment un peu compliqué de l'actualité française.
18:43Le 17 octobre, on a tous les images en tête.
18:46Des cortèges qui se passent très bien.
18:48À côté de ça, des scènes de violence à Paris, dans des grandes villes.
18:52J'ai vu que vous, vous aviez réagi sur vos réseaux sociaux.
18:55Quelle image, quelle impression, en tant qu'entrepreneur, en tant que chef d'entreprise,
19:00vous retenez de ce 17 octobre ?
19:01Parce que j'ai l'impression que pour vous, c'était très douloureux, quand même, ces images.
19:05Alors oui, c'est douloureux d'abord pour la France, avant de parler de notre cas particulier.
19:12C'est douloureux pour toute l'économie française.
19:14C'est douloureux en termes d'image, renvoyé à l'étranger.
19:17On sait très bien que la notion d'image et de confiance par rapport à une destination,
19:22c'est ce qui fait voyager.
19:24C'est ce qui fait venir, en l'occurrence, les étrangers en France.
19:27Et pour ce qui nous concerne, si on parle des Français, en assistant à ces scènes vraiment d'un autre
19:36temps,
19:37on a assisté à des, il faut le dire, c'est des scènes de barbarie, voilà.
19:42Ça provoque en fait un attentisme au niveau des Français qui se posent des questions,
19:48qui se disent mais qu'est-ce qui va se passer à l'avenir ?
19:50La jeunesse, on voit bien qu'elle est un peu déboussolée, elle a des attentes,
19:55il y a une frustration de la part de cette jeunesse.
19:58Et pour ce qui est des adultes que nous sommes, et des contributeurs à l'économie,
20:03il y a une obligation d'y réfléchir et d'y apporter une réponse rapidement.
20:06Il n'y a pas que le politique.
20:07Nous sommes tous contributeurs aux solutions qui doivent être apportées aux problèmes de nos sociétés.
20:14On le voit dans l'étude justement de l'Ipsos, c'est que l'insertion professionnelle des jeunes que vous
20:20évoquez,
20:20de manière sous-jacente, ça devrait être un enjeu de la campagne présidentielle qui arrive.
20:25Mais pour l'instant, on n'a pas forcément le sentiment que tous les candidats qui sont sur la ligne
20:30de départ
20:31se sont emparés du sujet.
20:33En fait, il y a d'autres sujets peut-être qui sont au-dessus de la liste,
20:36parce que peut-être rapportant plus de points, parce que les jeunes ne votent pas autant, par exemple,
20:40que les personnes actives de plus de 45 ans.
20:43Alors malheureusement, c'est le serpent qui se mord la queue,
20:45c'est-à-dire qu'on essaie de résoudre les problèmes économiques.
20:47Or, pour moi, les problèmes des banlieues, les problèmes de la jeunesse,
20:52les problèmes des quartiers difficiles, les problèmes d'insertion, les problèmes d'inclusion,
20:57pour moi, c'est la priorité, parce que c'est les problèmes par lesquels il faut commencer.
21:02C'est ce qu'on doit traiter en priorité et en amont,
21:05parce que si on ne le fait pas, on va avoir des problèmes économiques.
21:10Une jeunesse qui n'est pas formée, où la République ne vient pas à la rencontre,
21:17si la République ne vient pas dans les quartiers pour dire aux jeunes,
21:21vous êtes tous éco, vous faites partie de la nation, vous comptez, votre potentiel est une richesse.
21:29Si on ne va pas vers eux, on va avoir une jeunesse qui va sentir qu'on la disqualifie
21:35et qui est rejetée par la République.
21:38Et puis les effets négatifs seront dans 5-10 ans, seront encore bien.
21:41Le boomerang, il va être plus important.
21:44Et les effets négatifs, effectivement, vont se faire ressentir au niveau de toute l'économie.
21:49Donc pour moi, c'est vraiment un des sujets majeurs à traiter en amont,
21:53avant tous les sujets d'augmentation fiscale, etc.
21:57Tout ça, c'est de la politique politicienne.
22:00Les vrais sujets, ils sont là.
22:02Les jeunes de banlieue notamment, ou de zone rurale, d'ailleurs, dans l'étude d'Ipsos,
22:06il y a aussi les jeunes de zone rurale, ont le sentiment d'avoir moins d'opportunités professionnelles
22:12à niveau d'efforts égales avec le reste de la population,
22:15ce qui est assez terrible sur la motivation qu'on peut mettre dans la vie active.
22:19Vous, vous êtes un peu un contre-exemple.
22:20Vous venez d'une zone périphérique, Creil, et très tôt, vous avez eu la certitude de ce que vous vouliez
22:28faire.
22:29Entrepreneur, est-ce que vous vous souvenez en amont de ce qui vous a donné cette étincelle,
22:33ce qui vous a donné ce cap que vous avez subi et qui vous a amené là où vous en
22:37êtes ?
22:39Vous me parlez de ma vie, de la totalité de ma vie, de mon parcours.
22:44Bien sûr que je m'en rappelle.
22:45Maintenant, est-ce que je suis le meilleur exemple ?
22:49Parce que c'est un peu compliqué pour moi de donner des leçons ou dire qu'est-ce qu'il
22:59faut faire.
23:01Et c'est en cela que je me considère comme un cas particulier,
23:03parce que depuis enfant, effectivement, je savais ce que je voulais faire et j'étais déterminé.
23:08Alors maintenant, s'il y a une leçon, s'il y a un conseil à donner, c'est, je parlerais
23:15comme un sportif.
23:16Ceux qui veulent devenir champions du monde, je ne sais pas, moi, de boxe ou champions dans le football ou
23:21n'importe quelle activité sportive,
23:24les jeunes, ils savent très bien qu'on n'arrive pas comme ça du jour au lendemain.
23:27Voilà, sans effort.
23:28Et sans méthode aussi peut-être ?
23:30Sans effort, sans méthode, sans sacrifice.
23:33Eh bien, il faut dupliquer ça dans le monde professionnel.
23:35Il faut avoir conscience que nous sommes dans une société qui est un peu compliquée,
23:39qui est très compliquée concernant le sujet de l'insertion des jeunes.
23:42Et il faut affronter ça, pour moi, comme un défi sportif.
23:46C'est-à-dire se dire, voilà, les barrières qui se présentent ou qui vont se présenter,
23:50je sais que je vais chuter, je ne vais pas gagner à toutes les courses pour parler d'un athlète,
23:54par exemple,
23:55ou je ne vais pas gagner tous les matchs pour parler d'un footballeur.
23:58Je vais prendre des coups dans la figure pour parler d'un boxeur, mais je veux y arriver.
24:03Mais voilà, je veux, si on a la volonté, c'est le plus important.
24:07Et ça veut dire aussi d'avoir une réaction positive par rapport aux échecs,
24:11parce que vous, ce qu'on sait de vous, parce que vous parlez assez peu de votre vie privée,
24:14votre première expérience professionnelle,
24:17deux ans à peine après l'obtention du troisième cycle en droit des affaires,
24:21vous fondez une première entreprise.
24:22Donc vous, vous définissez votre première expérience professionnelle,
24:25non pas comme un stage ou comme une expérience au sein d'une entreprise,
24:28mais une création d'entreprise.
24:29Ça, ce n'est pas tout le monde qui va aller dans cette direction-là.
24:32Il y a quand même eu, j'imagine, des étapes avant, des échecs,
24:35des choses que vous avez ratées et qui vous ont aidées.
24:37Est-ce que vous avez le souvenir notamment d'un échec qui a été très utile
24:41pour construire, façonner l'adulte que vous êtes ?
24:43Franchement, étant d'une nature optimiste,
24:46je me souviens surtout du choix et de la détermination que j'avais
24:51face à ce que j'avais déjà anticipé comme un échec.
24:55C'est-à-dire pour un jeune issu de l'immigration, comme moi,
25:02et venant de la banlieue, même si c'est la banlieue reculée,
25:09ça serait compliqué.
25:10Et donc, en ayant cette conscience, je me suis dit que je ne pouvais
25:14compter que sur moi-même.
25:15Et c'est pour ça que j'ai tenté l'aventure de présenter ma candidature
25:19dans ce qu'on appelait les Big Six à l'époque,
25:22les grands cabinets d'audit, je n'ai pas été pris alors que j'avais
25:26le potentiel et les capacités.
25:28Et donc, j'en ai déduit que c'était une confirmation de ce que je pensais.
25:31Il fallait que je trace ma route tout seul.
25:33Que vous deviez travailler plus dur et surtout créer votre entreprise.
25:36Et c'est souvent ce qu'on voit dans les quartiers prioritaires de la ville,
25:39c'est que beaucoup de jeunes n'arrivant pas à trouver un CDI,
25:41créent leur micro-entreprise par exemple.
25:43Ça, c'est un problème économique quand même.
25:45C'est que les entreprises qui ont du mal à recruter,
25:48là, elles se privent quand même de potentielles ressources humaines.
25:51C'est un très gros problème économique parce qu'en fait,
25:55on peut dire aux jeunes, soyez prêts à affronter les difficultés
26:01et soyez prêts au combat.
26:03Mais tous les jeunes ne sont pas prêts à cela.
26:07Quand on parle de tous les jeunes, c'est absolument tout.
26:08Ce qui est issu de quartiers difficiles ou de quartiers luxueux,
26:13on n'est pas tous prédisposés à être dirigeants d'entreprises,
26:15à être entrepreneurs.
26:16Et donc, c'est un vrai sujet.
26:18Il faut vraiment que nous, les acteurs économiques, on ouvre la porte.
26:24C'est ce que je fais à mon niveau en tant que dirigeant de tour opérateur.
26:28On a beaucoup, je vais être précis, on a autour de 15% de jeunes chez nous.
26:33Sur le total de salariés, c'est à peu près 200 personnes
26:35qui sont en formation, en alternance chez nous.
26:39Au niveau du recrutement, on sait, il y a le concept du biais de clonage,
26:43c'est-à-dire de recruter des gens qui ont fait les mêmes études
26:46ou plus ou moins les mêmes études,
26:47qui viennent plus ou moins des mêmes zones géographiques,
26:49plus ou moins du même niveau social.
26:51Par exemple, dans vos entreprises,
26:53est-ce qu'il y a des dispositifs, des choses concrètes,
26:56mises en place justement pour essayer d'éviter ce type de biais ?
26:59Ou est-ce que ce n'est pas nécessaire grâce à votre histoire personnelle ?
27:02Peut-être que ça imprime aussi plus facilement ?
27:04C'est ce que j'allais dire.
27:05Ce n'est pas nécessaire parce que d'abord,
27:06on est, je le rappelle, tour opérateur,
27:09on évolue dans le milieu du voyage.
27:10C'est quand même par définition l'industrie de l'ouverture,
27:14de l'échange avec les autres.
27:16Et donc, on se doit d'être exemplaire là-dessus.
27:19On ne fait pas des voyages si on est fermé d'esprit
27:23et qu'on formate les profils qu'on veut recruter.
27:26Donc, je dirais plutôt qu'il y a un préjugé
27:29et une prédisposition d'entrée
27:31pour recruter des profils justement disparates.
27:34Et on s'est amusé avec ma DRH
27:37à regarder le nombre d'origines
27:40parmi les collaborateurs chez nous.
27:42On a constaté qu'on avait des Français
27:45originaires de 12 pays étrangers chez nous.
27:48Ça apporte quelque chose à l'entreprise au quotidien,
27:51cette diversité ?
27:51Mais surtout dans le secteur que nous sommes.
27:54C'est l'ouverture d'esprit.
27:56Raouf, Ben Slimane, merci beaucoup.
27:58Le temps file très vite.
27:59Ça passe très très vite quand on a quelqu'un
28:00avec une histoire aussi riche à raconter.
28:02Président de Au Voyage,
28:05Thalasso numéro 1 qui était la première structure
28:07qui a commencé l'histoire.
28:09Merci beaucoup d'être venu sur le plateau de SmartJob.
28:11Cette émission au sommet de l'inclusion
28:13à la maison de la RATP est terminée.
28:16Prochaine émission SmartJob
28:17dans nos locaux habituels.
28:18Je vous dis à très bientôt.
28:19Merci à tous.