00:04La finance française a-t-elle suffisamment de données pour fournir des reporting de qualité sur ce qu'elle finance
00:11au quotidien ?
00:12C'est le sujet qui va nous animer aujourd'hui et pour cela nous avons le plaisir d'accueillir sur
00:15le plateau de Smart Patrimoine Vincent Horiac.
00:18Bonjour Vincent.
00:18Bonjour, bonjour à tous.
00:19Merci d'être avec nous, vous êtes le président de Axilia.
00:22Axilia, vous avez mené, j'allais dire il y a quelques jours, en tout cas c'est sorti il y
00:25a quelques jours mais ça a duré à mon avis un petit peu plus que ça, une étude d'auprès
00:29de 82 banques assureurs et gestionnaires d'actifs et vous les avez passés au crible de la norme PICAF.
00:34Vous allez peut-être nous expliquer ce que c'est, c'est une référence internationale qui mesure les émissions de
00:39gaz à effet de serre liées aux institutions financières.
00:42Ça vérifie si les reportings sont de qualité ou non, c'est ça Vincent ?
00:46Exactement, donc PICAF c'est un mot anglais, je vais vous épargner la traduction.
00:50C'est une organisation, une association qui regroupe 800 établissements financiers dans le monde, 300 en Europe, donc c'est
00:56quelque chose de tout à fait important, qui date de 2015 et qui a écrit quelque part, c'est un
01:01peu comme ça qu'on parle maintenant, le code du reporting climatique que doivent utiliser soit les banques, soit les
01:07assureurs, soit les sociétés de gestion.
01:08D'accord. Et alors du coup, vous l'avez, vous avez vérifié auprès des institutions financières françaises aussi, le référentiel
01:16correspondait et où est-ce qu'on en est aujourd'hui ?
01:21Parce que l'idée derrière de ces normes PICAF c'est de pouvoir comparer en fait les institutions au travers
01:24le monde.
01:25Exactement, alors personne n'avait jamais fait. D'accord. On est les premiers à avoir utilisé cette grille, donc qui
01:29n'est pas encore très connue en France, qui a, comme je l'ai indiqué, suffisamment diffusé à l'étranger.
01:34Donc on a utilisé cette grille, on a regardé les 82 sociétés, pourquoi 82 ? Parce qu'il y en
01:40a 82 dans l'indice MSA Europe, donc ce sont des gros acteurs.
01:43D'accord. Encore une fois, banque, assurance, sociétés de gestion. Et donc on a regardé si ces grands acteurs publiaient
01:48correctement, si on pouvait trouver toute l'information que quelque part demande la grille PICAF en matière d'émissions financées.
01:57Alors les émissions financées, c'est intéressant, ce sont les émissions qui sont associées, je dirais, à tout le travail
02:02d'un établissement financier.
02:04Quand il fait un crédit, quand il organise une émission obligataire ou quand une compagnie d'assurance déclenche une couverture
02:11sur quelque chose.
02:13Ça, ça représente 99% des émissions du secteur financier.
02:17Donc c'est ce qu'on finance ?
02:18C'est ce qu'on finance.
02:19D'accord. Ou ce qu'on aide à financer ?
02:20Absolument.
02:20Est-ce qu'on est conscient de ce qu'on finance ? C'est ça la question ?
02:22Voilà. Généralement, on ne voit que les agences bancaires dans la rue. C'est pour l'instant ce sur quoi
02:28ont communiqué les établissements.
02:30Mais ça, ça ne représente que 1% du problème.
02:32Donc tout le sujet, et les gens le conçoivent bien, c'est assez intuitif, c'est à quoi sert l
02:36'argent que je vais déclencher sous forme de prêt, sous forme d'accompagnement à l'émission obligataire ou sous forme
02:42de couverture.
02:43Et c'est là où la question, c'était juste de savoir si on avait suffisamment de données pour pouvoir
02:48être comparé par rapport aux autres, c'est ça ?
02:50Exactement. Alors il y a des constats déjà tout à fait positifs.
02:5594% des 82 acteurs publient des émissions financées.
03:01Alors après, il y a la question de la profondeur, de la qualité, mais 94% se livrent à l
03:07'exercice.
03:08On est parti de zéro. Donc il y a un énorme travail qui a été fait.
03:12Tout ça rentre également dans une logique, par exemple, également de la BCE, qui a posé un programme de transparence
03:19sur le reporting climatique depuis quasiment 10 ans.
03:22BCE, si vous vous souvenez, Nicolas, qui a également mis des amendes à quelques acteurs parce qu'ils n'étaient
03:26pas en règle ou pas à l'heure sur la publication.
03:30Donc ce qu'on a calculé, quelque part, complète tout ça.
03:32Mais qui n'était pas en lien avec les normes PICAF, qui étaient peut-être en lien avec la taxonomie
03:36européenne.
03:37Ça se rejoint.
03:38Ça se rejoint.
03:38Ça se rejoint. In fine, c'est de la data pour effectivement voir si les gens font le travail.
03:45Donc, côté positif, c'est que ça progresse fortement.
03:48Il y a d'autres observations qu'on peut faire.
03:50Il y a plutôt le nord de l'Europe qui est en avance sur le sud de l'Europe.
03:55Pourquoi ? Parce que cette norme PICAF est née à l'initiative d'acteurs, notamment hollandais.
04:00Donc comme c'est les premiers à cette saisie de ce sujet-là, les hollandais sont très très bons.
04:04Bien sûr.
04:05Pour ça. Et puis, nous, comme on est partis plutôt avec nos propres méthodologies, je pense notamment aux banques françaises,
04:10qui sont très grosses, qui sont systémiques,
04:12elles ont pris leur méthodologie, mais la méthodologie en question n'est pas celle de PICAF, tout à fait.
04:17D'accord.
04:18Et donc, les banques françaises se retrouvent un peu distancées, puisqu'elles doivent travailler pour publier ce reporting PICAF, alors
04:25qu'elles sont parties sur d'autres grilles.
04:26D'accord. Donc, le sujet, ce n'est pas qu'elles n'aient pas à la donnée, c'est simplement
04:30qu'en fait...
04:31Elles ne l'organisent pas.
04:32Elles ne l'organisent pas, parce qu'il y a un référentiel international qui est en train de se mettre
04:35en place.
04:35Exactement. Il y a une grille.
04:36D'accord.
04:36Absolument.
04:36Et ça va devenir l'outil de référence ?
04:39C'est déjà l'outil de référence, qui est reconnu également par le GAG Protocol, donc qui a un peu
04:43la comptabilité mondiale de tout ça.
04:47Donc, le peloton, il a entre les mains cette grille, donc tout le monde doit l'utiliser.
04:51Et donc, les Français sont en train de monter en compétence sur PICAF, et dans les mois et années qui
04:56viennent, ils vont rattraper le peloton, mais pour l'instant, ils sont un peu derrière.
04:58Parce que, dans votre étude, effectivement, vous mettez en avant un retard, effectivement, des acteurs français, les banques, mais aussi
05:05les gestionnaires d'actifs, notamment par manque de données.
05:07C'est juste un sujet de mise à niveau, quelque part, sur un nouveau mode de reporting, ou il y
05:10a autre chose derrière ?
05:11Alors, c'est une révolution.
05:13C'est-à-dire que quand on va déclencher un crédit, il va falloir connaître, demander à l'emprunteur quelle
05:20est la nature du projet, et y associer des émissions de CO2.
05:22Pour l'instant, qu'est-ce qui se passe ?
05:24On fait des estimations. Donc, quelqu'un veut acheter une maison, on prend la moyenne des émissions de CO2 liées
05:30à la maison qui va être construite.
05:31Mais la moyenne, ce n'est peut-être pas le chiffre effectif des émissions de CO2 de la maison qui
05:37est construite.
05:37Donc, il y a des écarts, et donc ça génère beaucoup de distorsions dans les calculs, et ça peut pénaliser,
05:43de manière un peu excessive, des acteurs qui seraient très vertueux,
05:46en faisant extrêmement attention au compte plus carbone des projets qu'ils financent.
05:49Alors, pardon, je fais une petite pause pour être sûr de bien comprendre, parce qu'on a quand même beaucoup
05:53parlé de label ISR,
05:54de labellisation en matière d'investissement durable.
05:58On est allé regarder dans quoi des fonds d'investissement investissaient dans les entreprises,
06:02qu'elles étaient la feuille de route carbone ou de décarbonation.
06:06Et là, ce que vous me dites, c'est que quand on fait un crédit à la banque, on ne
06:09sait pas forcément exactement ce qu'on va financer,
06:11et quel est le score carbone derrière de ce qu'on finance.
06:14Eh oui, parce que c'est des milliers d'agences, des millions d'emprunteurs, et pour l'instant, je ne
06:21sais pas si vous avez emprunté,
06:22personne ne vous a rien demandé.
06:23Non, effectivement.
06:24Donc, un label ISR, un questionnaire ESG ne va pas à ce niveau, comme on dit, de granularité.
06:31D'accord.
06:31Il résonne sur, est-ce que vous avez mis en place telle politique ? Est-ce que vous avez fait
06:35une mesure ? Oui, non.
06:36Bon, et on note ça. Là, on commence à rentrer dans le dur, comme on dit un peu trivialement.
06:40Donc, on va le demander aux épargnants ?
06:41Enfin, on va le demander aux entreprises qui lèvent de l'argent pour fabriquer une usine.
06:46Qu'est-ce que tu vas faire de cette usine, etc.
06:47Et ça peut remettre en cause un crédit, potentiellement ? Non, c'est peut-être un peu trop tôt pour
06:49en parler.
06:51Dans la mesure où il y aura des trajectoires, donc pas simplement une observation à l'instant T,
06:55mais que la banque va évidemment se mettre dans une trajectoire pour progressivement amener à ce que ces émissions de
06:59CO2 soient les plus faibles possibles.
07:01Oui, si vous venez chercher de l'argent pour faire quelque chose qui est éminemment carboné,
07:05peut-être que la banque va vous dire, ça ne sera pas moi, ça sera peut-être une autre banque,
07:08mais ça ne sera pas moi parce que j'ai une trajectoire et là, vous allez dégrader ma trajectoire.
07:11Donc, je ne vais pas vous faire le crédit.
07:13D'accord. Donc, il n'y a pas qu'un sujet de reporting.
07:15Il y a aussi un sujet que maintenant, quand on le saura, ce sera marqué.
07:19Et donc, potentiellement, ça va changer des stratégies aussi.
07:21Absolument. C'est déjà dans le tuyau, je dirais.
07:23Mais ça va être si c'est baptisé.
07:25Et c'est comme ça qu'entre les taux réglementaires et les taux, j'irais, d'organisation au sein même
07:33de l'agence ou du département de gestion,
07:35effectivement, les entreprises vont devoir s'aligner.
07:38Et donc, tout ça va aller de pair.
07:41Vous allez en faire de nouvelles études sur le sujet.
07:45Je veux dire, là, par exemple, le résultat de celle-ci, c'est de se rendre compte qu'il y
07:49a besoin d'une mise à niveau
07:50pour correspondre au référentiel international qui n'était pas forcément le chemin emprunté par les institutions françaises.
07:56Demain, la question sera de voir un petit peu comment concrètement on peut se comparer.
07:59Il y a deux enseignements.
08:01Le premier enseignement, c'est que la couverture du bilan de la banque, du portefeuille de crédit n'est pas
08:06suffisante.
08:07Il faut encore l'améliorer.
08:10Ça va aussi se régler par la rotation du portefeuille.
08:12Il y a des crédits qui vont être remboursés et les nouveaux, ils vont être, entre guillemets, propres.
08:16Donc, il n'y aura pas à les caler.
08:17Mais pour l'instant, on n'est pas à 100% de mesure et de publication sur le bilan.
08:23Deuxièmement, comme je l'ai déjà dit, il y a la qualité de la donnée.
08:25Il faut passer de l'estimation à la donnée réelle.
08:28Et puis, oui, chaque année, on va le refaire.
08:30Ça a été un énorme boulot.
08:31On a utilisé l'IA parce que sinon, c'est impossible.
08:36Oui, 16 000 pages.
08:37L'IA a mangé 16 000 pages de rapports CSRD, taxonomie et tout ce que vous voulez.
08:44Parce que l'information est à différents endroits.
08:46Ça serait trop simple.
08:47Donc, on a l'IA à manger ces 16 000 pages des 82 acteurs dans une vingtaine de pays.
08:55Et donc, on a sorti ça.
08:57Nos analystes ont vérifié la donnée, amélioré l'outil d'IA parce qu'il a fallu le caler.
09:03Et donc, l'année prochaine, on est tout à fait fermé pour refaire le calcul
09:08et regarder les écarts entre les résultats de cette année et les résultats de l'année prochaine.
09:12Eh bien, on en reparlera dans un an pour regarder un petit peu comment ça a évolué.
09:16Merci beaucoup, Vincent Aurillac.
09:17Je rappelle que vous êtes président de Axilia.
09:19Merci beaucoup.
09:19Merci de l'invitation.
09:20Et quant à nous, on se retrouve tout de suite dans Enjeu patrimoine.
09:22Merci beaucoup.