00:01– Directeur général Benoît Rocher, directeur général et président du directoire d'AropaPort,
00:05qui réunit les ports du Havre et de Rouen, ainsi que le port fluvial de Paris,
00:09première entité portuaire française. Bonjour.
00:11– Bonjour. – Et merci d'être avec nous ce matin.
00:14Emmanuel Macron a écrit à Ursula von der Leyen pour sécuriser l'approvisionnement en pétrole.
00:19Est-ce que vous pensez qu'on peut manquer de pétrole ?
00:22– Alors, AropaPort est un hub énergétique.
00:27Nous avons sur la Basse-Vallée de la Seine 40% des capacités de raffinage françaises,
00:32avec deux acteurs importants, Total Energy, qui est à Gonfreuville-Lorcher,
00:36et Nord-Atlantique, qui est une entreprise canadienne à Port-Jérôme-sur-Seine.
00:40Les raffineries actuellement fonctionnent à plein régime,
00:43et Nord-Atlantique a obtenu de l'État l'autorisation d'augmenter sa production.
00:48Donc depuis les événements au Moyen-Orient,
00:52alors déjà, l'origine Moyen-Orient, c'était 15% du total du brut importé en France,
00:59en tout cas sur la vallée de la Seine.
01:01Et donc depuis que Hormuz est bloqué,
01:04les raffineurs ont trouvé d'autres sources d'approvisionnement.
01:07La première origine, c'était les États-Unis,
01:09donc le trafic en provenance des États-Unis a augmenté.
01:12Il y a également d'autres origines qui ont augmenté,
01:15la Norvège, le Nigeria, le Guyana.
01:17Donc aujourd'hui, les raffineries sont correctement approvisionnées en brut.
01:20C'est ce qui explique votre très forte dynamique,
01:22parce que vos résultats semestriels ont été publiés le 10 septembre.
01:25Très forte dynamique des ports,
01:27alors que la guerre en Iran, en Ukraine,
01:29complique finalement tout le commerce mondial, le commerce maritime.
01:33Oui, le commerce mondial est assez compliqué en ce moment,
01:35on est tout à fait d'accord,
01:36aussi bien en raison des troubles géopolitiques,
01:39on s'est parlé des différentes guerres,
01:41et notamment les derniers développements sur le Yémen,
01:45avec les Houthis qui ont pris le détroit de Bab el-Mandeb,
01:49et qui s'intéressent au port de Yonbu.
01:52Vous n'avez pas cité, mais la politique commerciale,
01:54un petit peu erratique des États-Unis,
01:56a aussi un impact très fort sur le commerce mondial,
01:58puisque les États-Unis, c'est notre premier partenaire commercial à l'export.
02:04Donc, dans un contexte agité,
02:06c'est vrai qu'on affiche à la fin du premier semestre un trafic en hausse,
02:11sur tous les différents types de trafic que nous avons sur l'axe Seine.
02:15Qu'est-ce qui tire votre croissance ?
02:17Alors, les vracs liquides, vous en avez parlé tout à l'heure,
02:19les imports de bruts.
02:21Concernant les vracs solides à repas-port,
02:23est connu, et plus particulièrement le port de Rouen,
02:26est connu comme le port d'Europe de l'Ouest d'export de céréales,
02:31puisque la France est un pays qui produit beaucoup de céréales
02:34et qui les exporte dans le monde entier.
02:36Donc, on a complètement contourné l'Ukraine, finalement, là-dessus, sur les céréales ?
02:39On a toujours été une grande puissance,
02:41et les différents acteurs ont su vendre leurs céréales sur les différents continents.
02:46Ce ne sont pas simplement des céréales qui sont exportées dans les pays limitrophes.
02:49On va jusqu'en Asie, notamment pour exporter des orges et l'alimentation animale.
02:53Et puis, il y a un autre trafic important sur l'axe Seine,
02:56qui est le trafic de conteneurs, qui lui progresse très fortement.
02:59On est à plus 7% à la fin du mois de juin.
03:03Juillet et août ont été des mois extrêmement dynamiques.
03:05Donc, il est fort probable qu'on termine l'année...
03:08Comment vous expliquez cette explosion ?
03:10Eh bien, on a deux moteurs de croissance.
03:12Le premier moteur, c'est l'augmentation du trafic domestique,
03:16qui a pour origine ou pour destination le marché français.
03:19Donc, ça signifie qu'on a pris des parts de marché à nos ports voisins et concurrents.
03:24On a de très grands voisins envers ces Rotterdam.
03:27Voilà, on a pris des parts de marché.
03:28Et le deuxième moteur, c'est l'augmentation du trafic de transbordement.
03:32Alors, le trafic de transbordement, c'est au port ce que le voyageur en correspondance est aux aéroports.
03:38Donc, c'est une boîte qui arrive sur un bateau, qui est déchargée sur le quai et rechargée sur un
03:43bateau.
03:43Alors, c'est important d'avoir ce type de trafic pour deux raisons.
03:46La première raison, c'est que ça permet de donner de l'activité au terminal.
03:50Un terminal, c'est une entreprise qui est très intensive en capital,
03:56qui nécessite des investissements importants.
03:59Et donc, plus le terminal travaille, plus on peut amortir les investissements.
04:03Enfin, ce sont les acteurs privés, mais plus ces acteurs peuvent amortir leurs investissements
04:06et donc baisser le coût de passage.
04:07Donc, il y a un vrai intérêt en termes de compétitivité.
04:10Et puis, le deuxième intérêt de développer ce trafic de transbordement,
04:14c'est d'attirer au port du Havre des navires qui, jusqu'à présent,
04:19passaient pas très loin du port, mais ne s'y arrêtaient pas.
04:21Et donc, plus on attire de navires, plus on développe cette toile au départ du port du Havre,
04:27et bien plus on rend le port attractif, puisque ça permet aux clients
04:30de pouvoir toucher tous les ports du monde entier dans des délais qui sont tous les raisonnés.
04:35Alors, justement, le transbordement, on en parlait ce matin,
04:38le prix des tankers et du transport de pétrole augmente très fortement.
04:43Est-ce qu'il faut s'attendre à une augmentation des prix ?
04:47Alors, le prix du pétrole, enfin le prix de l'essence, ou du gasoil d'ailleurs.
04:51Du transport, oui.
04:52Oui, c'est un certain nombre de composantes.
04:57Il est vrai qu'en temps normal, le prix du transport de la matière première,
05:02donc du brut, compte pour une toute petite partie du prix final,
05:05puisque ce transport est effectué par des navires de grande taille,
05:10250 à 330 mètres, qui sont capables d'embarquer des très grosses quantités de pétrole.
05:17Il y a une pénurie en ce moment sur le marché,
05:19puisque avec les différents problèmes dont on a parlé tout à l'heure,
05:23le blocage d'Hormuz et puis les difficultés qu'on peut trouver en mer Rouge,
05:28suite à l'attaque des outils, les bateaux doivent faire une distance plus importante.
05:31Ce qui signifie que la demande en tonnes 1000,
05:36c'est pour ça qu'elle est exprimée, est supérieure.
05:39Et donc, on n'a pas suffisamment de bateaux aujourd'hui pour pouvoir répondre à toute la demande.
05:43D'où l'augmentation des prix.
05:44Enfin, c'est un simple équilibre offre-demande.
05:46Votre trafic de pétrole, on l'a dit, il progresse 5,7%,
05:50alors que la part du Moyen-Orient dans vos approvisionnements,
05:53elle recule de 13%.
05:55Ça veut dire qu'il vient d'où le pétrole qui arrive ?
05:57Il vient des Etats-Unis, il vient de Norvège, il vient du Nigeria, il vient du Guyana.
06:05Les raffineurs ont pu et ont su diversifier leurs sources d'approvisionnement.
06:09Vous vous prévoyez près d'un milliard d'euros d'investissement.
06:12Vous voulez les placer dans quoi ?
06:13Oui, alors nous avons déjà investi un milliard d'euros entre 2020 et 2025
06:18et nous prévoyons d'investir la même somme entre 2026 et 2030.
06:23Alors, ces investissements sont affectés à l'entretien de notre patrimoine
06:29et également au développement de nos infrastructures.
06:31Nous, en tant que port, nous investissons dans les infrastructures.
06:34Je vais donner un exemple très simple.
06:36Tout à l'heure, on parlait de l'augmentation du trafic de conteneurs.
06:39C'est lié aux investissements très importants qui ont été réalisés par le port
06:43Nous avons construit, il y a quelques années, deux ans, 700 mètres de quais supplémentaires
06:49pour permettre d'avoir 4,2 kilomètres de quais.
06:54L'alignement, si vous avez la chance de passer par le pont de Normandie
06:57et que vous ne conduisez pas et que vous regardez en direction du Havre,
06:59vous verrez un des plus gros terminaux de conteneurs d'Europe.
07:03C'est un investissement de plus de 100 millions d'euros.
07:06On est en train d'investir également pour améliorer le report modal des conteneurs sur des barges fluviales.
07:14C'est de l'investissement public.
07:15Et en parallèle, nous avons les privés qui investissent eux aussi
07:18et qui ont annoncé plus d'un milliard d'euros d'investissement sur le port du Havre.
07:23Et donc, l'augmentation du trafic de conteneurs que l'on observe, ce n'est pas le fruit du hasard.
07:27C'est le résultat d'investissements collectifs, publics et privés qui sont en cours sur ce port.
07:33Merci Benoît Rocher d'avoir été avec nous ce matin.
07:36Directeur général, président du directoire d'Aropa Port, port du Havre, de Rouen, port fluvial de Paris.
07:41C'est une interview à retrouver en podcast et en replay sur l'application BFM Business.
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