Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 1 heure
Jeudi 17 septembre 2026, retrouvez Chunyan Li (Fondatrice, Feida Consulting) et Sandrine Zerbib (fondatrice, ZW Conseil) dans SMART ÉCO, une émission présentée par Sibylle Aoudjhane.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:08Bonjour à toutes et à tous, je suis ravie de vous retrouver pour une nouvelle émission de Smart Eco,
00:12l'émission qui donne la parole à celles et ceux qui font l'économie à retrouver tous les jours à
00:17l'antenne,
00:17mais aussi sur le site bsmart.fr et sur toutes vos plateformes d'écoute.
00:22Et aujourd'hui, on parle de Chine.
00:24Pendant longtemps, le « made in China » a été synonyme de production à bas coût,
00:28mais la Chine est désormais incontournable sur des secteurs stratégiques,
00:31tels que les batteries, les véhicules électriques, le solaire.
00:34Alors, quelles leçons les entreprises européennes peuvent-elles tirer du modèle chinois ?
00:39C'est la question que nous poserons à Sandrine Zerbib, qui est co-autrice de « Danse avec les dragons
00:44»,
00:44« Les entreprises chinoises, un levier pour l'Europe », un livre aux éditions Duneau.
00:49Et puis, nous élargirons le débat.
00:50La Chine, partenaire commerciale incontournable ou concurrent dont il faut se protéger ?
00:56Alors qu'Ursula von der Leyen, dans son discours sur l'État de l'Union européenne,
01:00vient d'alerter sur le déficit commercial européen et nos dépendances face à la Chine,
01:04nous verrons comment rééquilibrer la relation sans renoncer à coopérer
01:08avec Sandrine Zerbib et Shun Yen Li, fondatrices de Feida Consulting.
01:12C'est parti pour Smartéco.
01:19Pendant longtemps, le « made in China » a été synonyme de production à bas coût.
01:23Aujourd'hui, la Chine est devenue incontournable dans les batteries, les véhicules électriques,
01:28le solaire et de nombreuses technologies de pointe.
01:31Comment les entreprises européennes peuvent-elles mieux échanger avec les entreprises chinoises ?
01:35C'est l'objet du livre « Danse avec les dragons », « Les entreprises chinoises,
01:39un levier pour l'Europe » qui va être publié aux éditions Duneau.
01:43Et je suis ravie de recevoir sa co-autrice, Sandrine Zerbib.
01:46Bonjour.
01:47Bonjour.
01:47Merci beaucoup d'être avec nous.
01:49Vous avez été dirigeante d'entreprises en Chine pendant 30 ans, notamment pour Adidas.
01:54Aujourd'hui, vous développez votre activité de conseil.
01:57Et donc, vous écrivez dans ce livre qu'il faut sortir de la lecture de la Chine
02:01comme une menace ou un modèle, plutôt considérer la Chine comme un acteur à comprendre.
02:10La première erreur européenne, ce serait en fait de tout simplement mal comprendre l'entreprise chinoise,
02:16la manière dont fonctionne une entreprise en Chine.
02:20Absolument.
02:21À la fois l'entreprise chinoise et puis même le système chinois.
02:25Je ne parle pas du système politique, bien que c'est quand même un rapport,
02:28mais la machine chinoise dans son ensemble.
02:30Et c'est d'autant plus mal compris que ça change tellement rapidement
02:36que ça nous oblige en fait à changer de grille de lecture à un rythme auquel on n'est pas
02:40habitué.
02:41Et si vous regardez bien, il n'y a pas si longtemps que ça, il y a une trentaine d
02:45'années en gros,
02:46eh bien c'était nous qui apportions à la Chine la technologie.
02:50On parle beaucoup de technologie, mais pas que la technologie.
02:52Les savoir-faire, les capacités industrielles, les méthodes de management, les marques, le marketing.
03:00Et en fait aujourd'hui, tout ça s'inverse.
03:02Donc c'est très difficile pour un occidental d'avoir cette espèce d'agilité mentale
03:07et de changer complètement sa grille de lecture.
03:09D'autant plus que nos entreprises, elles, je veux dire, la manière dont ça fonctionne,
03:13est-ce que ça a beaucoup évolué en Europe par rapport en tout cas à la Chine ?
03:16C'est vraiment pas du tout le même rythme.
03:17Alors ça a évolué malgré tout, mais effectivement ça n'a strictement rien à voir en termes de rythme.
03:21Justement, alors vous parlez de 30 ans en arrière.
03:25Est-ce que rapidement vous pouvez nous donner les points d'étape de ce développement de la Chine,
03:30de ce pays manufacturier, du made in China, created in China, comme vous dites dans le livre ?
03:37Tout à fait.
03:38Alors je pense qu'on peut peut-être faire, allez, trois grandes étapes et puis aujourd'hui.
03:44En fait, la première grande étape, c'est l'ouverture avec Deng Xiaoping qui décide fermement de l'ouverture,
03:50qui essaye d'attirer des capitaux étrangers, non seulement les capitaux, mais la technologie étrangère.
03:57Et c'est là que la Chine rentre dans une phase, on va dire, jusqu'aux années, enfin des années
04:0180,
04:02avec l'interruption malgré tout des événements de Tiananmen et des quelques années qui ont suivi jusqu'aux années 2000.
04:08En gros, on est dans cette phase-là, l'usine du monde, on produit et on apprend.
04:12N'oubliez pas le mot « apprendre » parce que c'est vraiment au centre de tout et c'est
04:15presque au centre de toutes ces étapes.
04:17La deuxième étape, c'est vers les années 2000 que ça démarre, enfin autour des années 2000 et ça se
04:23poursuit jusque vers 2010.
04:24Là, on est dans la maîtrise progressive, tout ça en même temps que l'accès à l'OMC.
04:34Et tout ça vient aussi d'un réveil et donc d'une volonté que je qualifierais de volonté politique
04:39où on constate que finalement ce qu'on a fait dans la première phase, les Chinois constatent que ce qu
04:44'ils ont fait dans la première phase
04:45ne leur donne qu'une toute petite partie de la plus-value de ce qu'ils fabriquent,
04:50qu'en réalité le gros de cette plus-value, elle va à leurs clients pour qui ils fabriquent
04:55et qui plus est, ça ne leur permet pas de monter en gamme et ça crée des dépendances qui ne
05:03changent pas,
05:03qui sont assez figées dans le temps.
05:06Donc en fait, ils se disent « non, ce n'est pas comme ça ».
05:08Et là, ça se voit vraiment dans les plans quinquennaux, il faut briser ces dépendances, c'est le moment du
05:13réveil.
05:13On va travailler sur les infrastructures, sur les supply chains, on va travailler sur l'ingénierie et on va monter
05:19en gamme.
05:20Là, il y a cette forte volonté puis ensuite face visante.
05:22Une vision très claire en plus.
05:23Une vision très claire, pas des entreprises elles-mêmes parce que les entreprises, elles étaient forcément plus pragmatiques.
05:28Mais une vision politique.
05:30Face suivante, là, on rentre à partir de 2010 dans une volonté d'innovation qui est tout à fait marquée.
05:35Et là aussi, c'est une vision politique qui consiste à dire on va investir massivement dans la RND,
05:42dans la politique industrielle, dans la digitalisation qui a joué un rôle absolument considérable dans tout ça.
05:47Et tout ça s'accompagne d'une hyper concurrence qui finalement amène à ce qu'on appelle aujourd'hui les
05:55surcapacités industrielles.
05:57Et finalement, ça nous amène au jour d'aujourd'hui où la Chine a développé tout ce qu'on a
06:03dit et est en position de leadership sur des secteurs clés pour demain.
06:08On a parlé des véhicules électriques, mais il y a les batteries, il y a l'éolien, il y a
06:13les drones, enfin il y a énormément de domaines.
06:15Et en fait aussi, en même temps, elle veut vraiment poser les standards.
06:19Elle veut être partie prenante en fait de la création des standards pour toutes ces nouvelles technologies et ces nouvelles
06:25industries.
06:26Et donc, je dirais que c'est comme ça que je dirais les grandes étapes.
06:29Et ce qui est intéressant, c'est qu'aujourd'hui, on voit les résultats d'une Chine qui a fait
06:33de cette industrie manufacturière une véritable stratégie,
06:36alors que nous, on le dit dans le livre, en Europe, on n'a pas jugé que la production manufacturière
06:42était quelque chose de stratégique à l'époque.
06:45Je dirais que c'est pire que ça. En fait, on a décidé et même théorisé, il y a eu
06:49des écrits là-dessus,
06:50sur le fait qu'on était entrés dans une ère qu'on appelait la post-fab, la post-industrielle, si
06:58vous voulez,
06:59une ère post-industrielle où finalement, on pouvait séparer la fabrication ou l'usine du laboratoire
07:07et laisser en fait l'usine aux pays en voie de développement, dont la Chine,
07:11et nous, nous réserver en quelque sorte les marques, l'innovation, ce genre de choses.
07:17Et ce faisant, on a complètement oublié qu'en réalité, la fabrication, ça produit du savoir.
07:24Et en fait, en faisant ce qu'on a fait, aujourd'hui, on constate que c'est quand même largement
07:29une erreur,
07:29mais en faisant ce qu'on a fait, on a non seulement perdu beaucoup de terrain du point de vue
07:33industriel,
07:34mais on a aussi perdu beaucoup de terrain en matière d'apprentissage.
07:37Je pense que ça, c'est un point absolument fondamental.
07:39Et ça, ça se ressent beaucoup dans l'industrie.
07:41Alors, vous avez travaillé 30 ans en Chine.
07:44Vous, quelle serait votre plus grande expérience terrain ?
07:48Vous êtes passée par Adidas, d'autres marques, plutôt dans le secteur de la consommation.
07:52Qu'est-ce que vous avez remarqué du terrain ?
07:55Alors, la consommation toujours, mais des entreprises extrêmement différentes,
07:59puisque je suis passée à la fois par une grosse multinationale comme Adidas,
08:03je suis passée par des entreprises chinoises, que j'ai dirigées également,
08:06et puis ma propre entreprise que j'ai créée et puis vendue en Chine à des Chinois.
08:10Ce que j'ai... Il y a tellement de choses, mais ça a été une expérience extraordinaire,
08:15parce que sur ce temps relativement court, j'ai vu la Chine changer profondément.
08:19Et du point de vue des entreprises, même dans mon secteur dont on parle moins,
08:23parce que ce n'est pas le secteur de la tech,
08:25j'ai vu des entrepreneurs qui, en l'espace d'une vingtaine d'années,
08:29sont passés de petites entreprises, honnêtement, pas très bien gérées,
08:33un peu chaotiques à des entreprises qui peuvent être, dans certains domaines,
08:37de véritables modèles.
08:39Et encore une fois, là, au cœur de tout ça, il y avait une volonté d'apprendre
08:43qui est un des moteurs majeurs de la Chine, la volonté d'apprendre.
08:47Moi, je vois, par exemple, dans le sport, qui est un univers que je connais bien,
08:51sont apparus des groupes majeurs extrêmement importants, notamment le groupe Anta.
08:56Et quand je dis... Parce que je connais leurs fondateurs, en fait, on a grandi ensemble.
09:01Mais quand je regarde les fondateurs de tous ces groupes, Anta, Extep, 360, Leaning, etc.,
09:07on voit vraiment cette évolution extraordinaire entre des gens qui étaient, finalement,
09:12assez mal dégrossis comme entrepreneurs, à des gens qui ont fait de gros efforts,
09:16qui ont fait tous les EMBA de la Terre pour apprendre et affiner à la fois
09:20leur capacité d'analyse et leur capacité de gestion.
09:23Sandrine Zervib, vous restez avec nous.
09:25On va tout de suite passer au débat éco pour, justement, mieux comprendre
09:29comment est-ce qu'on peut mieux collaborer avec les entreprises chinoises
09:32et surtout ce que les entreprises européennes peuvent apprendre des entreprises chinoises.
09:41Dans son discours sur l'état de l'Union, Ursula von der Leyen a lancé un avertissement
09:45sur les relations commerciales entre l'Europe et la Chine.
09:49Un déficit commercial européen avec la Chine atteint désormais 1 milliard d'euros par jour,
09:54un déséquilibre qu'elle juge insoutenable et qui contribuerait, selon elle,
09:58à la désindustrialisation européenne.
10:01Elle pointe nos dépendances, mais dans le même temps,
10:03elle appelle à continuer à travailler avec Pékin pour trouver des solutions.
10:08Alors la Chine est-elle aujourd'hui un concurrent dont l'Europe doit se protéger
10:11ou un partenaire dont elle peut encore tirer parti ?
10:15Pour en parler, je suis ravie d'être entourée par Chunyan Li,
10:19qui est de FEDA Consulting, qui nous rejoint en visioconférence.
10:23Merci beaucoup d'être avec nous.
10:25Bonjour, merci à vous.
10:26Sandrine Zervi, vous êtes toujours avec nous.
10:28Vous êtes fondatrice de ZW Conseil et co-autrice de Danse avec les Dragons aux éditions du Nau.
10:34Merci d'être encore avec nous.
10:35Chunyan, je me tourne tout d'abord vers vous.
10:39Comme je le disais, Ursula von der Leyen dresse aujourd'hui un constat assez sévère.
10:44Est-ce que l'Europe pour vous se trompe lorsqu'elle regarde de plus en plus la Chine
10:48comme un risque économique dont il faudrait se protéger ?
10:53Tout d'abord, il est vrai que les relations commerciales et les relations en sens général
11:00deviennent plus complexes entre la Chine et l'Europe.
11:03Mais je pense qu'il faudrait prendre un peu de recul et regarder la Chine d'un point de vue
11:12plus équilibré.
11:13Par exemple, il serait un peu simpliste de dire que le choc chinois a causé la désindustrialisation européenne.
11:23Parce que les raisons sont multiples.
11:25Et d'ailleurs, tout au début, c'était les entreprises européennes qui ont pris l'initiative de déplacer leurs usines
11:34en Chine
11:34pour des raisons liées au coût du travail, à la productivité, à la chaîne d'approvisionnement, etc.
11:41Voilà, donc je pense qu'aujourd'hui, il est vrai qu'on se trouve face à une situation plus complexe.
11:48Mais l'état d'esprit compte beaucoup pour moi.
11:51Comme le dit un fameux proverbe chinois, chercher un terrain d'entente tout en conservant ses différences.
11:59Il serait tout à fait possible d'identifier les domaines où l'Europe et la Chine peuvent coopérer
12:06et trouver des synergies et une situation gagnant-cagnant.
12:12Là, qu'est-ce que vous ressentez ? Vous sentez que l'état d'esprit est plutôt ouvert ?
12:18Moi, je pense que, de ce que j'ai ressenti ces dernières années,
12:23j'ai l'impression que l'état d'esprit européen reste quand même un peu conservateur face à la Chine.
12:29D'ailleurs, il y a beaucoup de manque de compréhension, en fait, face à la Chine.
12:35Parfois, c'est aussi pareil dans l'autre sens.
12:38Et on considère souvent la Chine comme un concurrent ou un rival systémique.
12:46C'est le terme utilisé par la Commission européenne.
12:50Tandis que, dans l'autre sens, la Chine n'a jamais qualifié l'Union européenne de rival systémique.
12:59Oui, effectivement, c'est déséquilibré.
13:03Sandrine, je me tourne vers vous, justement, sur cette désindustrialisation.
13:07Est-ce que, pour vous, cette inquiétude européenne est justifiée ?
13:11Moi, j'ai l'impression, malgré tout, que le diagnostic qui est fait dans le discours de Van der Leyen,
13:17il n'est pas faux.
13:18Il n'est pas faux.
13:19Alors, parfois, il est un peu court, en ce sens que le milliard par jour, le milliard par jour, le
13:271 000 milliards ou 1 200 milliards par an,
13:30ou 360 en fait, c'est un mix de plein de choses, en fait.
13:36Il y a à la fois, d'abord, ce qui est produit par des entreprises occidentales et réexporté vers l
13:41'Occident,
13:42mais qui sont des entreprises occidentales basées en Chine.
13:45Il y a le résultat du soi-disant premier choc chinois, c'est-à-dire de la délocalisation voulue et
13:53organisée par les entreprises occidentales.
13:56Et puis, il y a effectivement ce qui est le produit plus du deuxième choc chinois,
14:01et donc, qui est plus dans les domaines plus avancés, dans la tech, dans les véhicules électriques, etc.
14:08Et tout mélanger, c'est déjà, et tout mettre dans un même grand paquet, c'est déjà, en fait, se
14:13priver de finesse dans la réaction,
14:17dans l'analyse et à la fois dans le diagnostic, mais aussi dans la réaction et qu'est-ce qu
14:21'on doit faire.
14:22Donc, ça, c'est un premier point que je ferai.
14:25Effectivement, là, je rejoins Thuniani, c'est-à-dire qu'il faut faire le diagnostic de façon honnête,
14:32en disant que le gros de la désindustrialisation en Europe a été souhaité,
14:38et elle est la résultante, en fait, de ce qu'on a fait.
14:41La conséquence de nos politiques aussi.
14:42La conséquence, ça ne veut pas dire qu'il faut battre sa coupe jusqu'à la fin des temps.
14:45Mais ça veut dire que...
14:45C'est une propre faiblesse européenne.
14:46Il faut regarder nos faiblesses pour les adresser, comme on dira en anglais,
14:52et il faut effectivement reconstruire.
14:55Et cette phase de reconstruction, enfin, je sais qu'il y a une autre partie de discours à venir,
14:58mais cette phase de reconstruction, elle est largement aussi importante que toute la partie protection.
15:06Donc ça, je pense que c'est vraiment un point sur lequel il faut insister.
15:10Et puis, en termes de ton, je pense qu'on a...
15:13Ce n'est pas du tout dans notre intérêt d'aller dans la surenchère.
15:16D'abord, parce qu'on n'a souvent pas les moyens à proportion de ce qu'on dit.
15:20Donc, il vaut mieux dire des choses qu'on peut faire.
15:23Et la surenchère ne permettra pas un dialogue serein qui nous permet de trouver des solutions constructives, en fait.
15:30Alors, la thèse, vraiment, de votre livre « Danse avec les dragons »,
15:33c'est que les entreprises chinoises peuvent être un levier pour les entreprises européennes.
15:38Est-ce que dans ce développement, dans cette réindustrialisation,
15:41en quoi est-ce que, justement, mieux travailler avec la Chine peut nous permettre, finalement, de réindustrialiser en Europe ?
15:47Alors, justement, parce qu'aujourd'hui, il y a des capacités qui ont été développées en Chine
15:53qui n'existent pas ou plus en Europe.
15:58Et que pour accélérer la reconstruction industrielle, en particulier, qui est une nécessité absolue, en fait,
16:05je pense qu'on aurait intérêt, à partir du moment où c'est correctement structuré,
16:10où il y a les bons garde-fous, où on a mis en place les règles qu'il faut,
16:13on aurait intérêt, effectivement, à coopérer, non pas en important des produits,
16:18mais vraiment à coopérer avec des entreprises chinoises implantées en Europe selon certaines règles particulières
16:28pour accélérer la montée en compétences de tout ce qui nous manque.
16:32Et la montée en compétences, ce n'est pas que la technologie.
16:34Il faut être très, très prudent.
16:35La technologie, ça devient obsolète, ça se licencie, ça s'achète.
16:39C'est vraiment tout le reste.
16:40C'est tous les savoir-faire qui tournent autour d'un hub industriel.
16:43Et ça, ça se matérialiserait tout simplement par des investissements chinois, en fait, en Europe ?
16:48Ça se matérialiserait par des investissements, effectivement, chinois en Europe,
16:53sous la forme soit de John Venture, soit sous d'autres formes,
16:56dans le cadre aussi, je pense, de politiques, certes européennes ou nationales, mais aussi régionales.
17:01Parce que là, il faut être sur le terrain.
17:03Donc je pense que là, les régions ont un vrai rôle à jouer,
17:06parce qu'il faut qu'autour de cet investissement, d'abord, on ait cadré cet investissement
17:10avec un calendrier de contenu local, pour qu'on se dise, dans dix ans, qu'est-ce qui va rester
17:15?
17:15Il ne faut pas que dans dix ans, les choses n'aient pas changé.
17:18Il faut que dans dix ans, on puisse dire, on a tant d'ingénieurs locaux,
17:22on a tant de prestataires, tant de fournisseurs locaux,
17:24on a organisé des formations d'ingénieurs dans la région, etc., etc.
17:28Et il faut cette combinaison-là pour que ça soit effectivement un accélérateur.
17:33– Shun Yen Li, dans quel secteur ce serait le plus opportun, aujourd'hui, de coopérer avec la Chine ?
17:41– Je pense que ce serait surtout dans les secteurs de haute technologie.
17:45Haute technologie comme l'IA, les véhicules électriques, les batteries, etc.
17:52Tous les domaines dans lesquels la Chine a beaucoup investi ces dernières années,
17:57parce que ce sont des secteurs stratégiques pour la Chine.
18:00Donc, les entreprises chinoises aussi ont fait beaucoup d'efforts ces dernières années
18:05pour avancer dans ces secteurs.
18:07Même sur ce secteur, la Chine reste plus avancée que l'Europe.
18:13Si on serait en Chine, on pourrait constater cette différence.
18:17Après, je pense que l'on peut s'inspirer mutuellement.
18:20Par exemple, en Chine, l'une des raisons principales pour lesquelles
18:24les entreprises chinoises ont pu avancer très vite dans ces secteurs,
18:28c'est que dès qu'on a une idée, on entre dans une phase d'expérimentation.
18:34On prend des actions, ensuite on ajuste ces solutions en fonction de l'évolution de la solution,
18:43et cela permettrait d'avancer vite.
18:46Bien sûr, ce n'est pas forcément ideal dans tous les cas,
18:50mais je pense que dans l'autre sens, en Europe,
18:52on passe beaucoup de temps à discuter et on n'a pas toujours le temps de mettre en œuvre des
19:00actions,
19:01ce qui ralentit la mise en œuvre de l'innovation.
19:05Et je me permets aussi de revenir un peu sur la question du déficit commercial
19:10que vous avez mentionné tout à l'heure, parce que c'est important pour moi.
19:12Je pense que le commerce international répond d'abord aux besoins et aux règles du marché.
19:21Et s'il y a un grand déficit commercial en Europe face à la Chine,
19:26c'est d'abord parce qu'il y a un fort besoin.
19:29Ces dernières années, il y a beaucoup de pression sur le pouvoir d'achat
19:34et les ménages européens sont devenus plus sensibles au prix.
19:40Et puis, du côté chinois, les entreprises chinoises sont capables de proposer des produits
19:46ayant des prix très compétitifs, avec une grande variété de choix, etc.
19:52Donc tout ça, je pense qu'on peut s'inspirer mutuellement.
19:56Chen Nian Li, vous parlez donc de besoins.
19:59Je pense que Ursula von der Leyen parle aussi de dépendance.
20:02Est-ce que ça, Sandrine, il faudrait justement choisir ces domaines de dépendance
20:08pour pouvoir avoir une coopération mutuelle intéressante ?
20:11Alors, moi, si je me place du point de vue de l'Europe,
20:15je pense que la première chose, c'est de choisir ces combats.
20:17C'est-à-dire de hiérarchiser.
20:19On ne va pas se... D'abord, parce qu'on est quand même dans un monde interdépendant,
20:23même si le monde a changé ces dernières années,
20:25et ça, ça ne va pas disparaître.
20:27Donc on ne va pas de toute façon se débarrasser de 100% des dépendances.
20:30Mais au-delà de ça, dans la situation où on est,
20:33où effectivement on a pris...
20:35Enfin, on est dans un certain déclin,
20:38on a reculé, et la Chine est plus agile que nous dans beaucoup de domaines.
20:43On va revenir sur cette agilité après.
20:44Il faut effectivement choisir ces combats
20:47et ne pas essayer de les mener tous en même temps.
20:50Et d'abord, il y a plusieurs axes pour choisir ces combats.
20:53Le premier, c'est de dire, bon, il y a des domaines,
20:55de toute façon, ils sont déjà à 80, 85%.
20:58Donc, peut-être dans le long terme, je vais faire quelque chose,
21:01mais dans l'immédiat, c'est peut-être pas ce qu'il y a de plus utile,
21:04de mettre trop de ressources là, parce que la marche est trop haute.
21:07Je prends les batteries, on va dire traditionnelles, lithium-ion.
21:11Bon, là, la marche est trop haute.
21:13Peut-être que pour l'Europe, c'est beaucoup plus intéressant de dire,
21:16on va mettre, entre guillemets, la gomme,
21:18sur des technologies de rupture qu'on voit poindre,
21:21mais qui ne sont pas encore au point sur tout ce qui va être sodium,
21:25tout ce qui va être tout solide, tout ce qui va être souffre, etc.,
21:30qui ne sont pas au point,
21:31mais où on a encore une chance de gagner certaines batailles.
21:33Donc, je pense que la hiérarchisation, c'est très important.
21:35Un deuxième phénomène dans la hiérarchisation, c'est de dire,
21:38bon, est-ce que vraiment on pense qu'on va refabriquer du vêtement en France,
21:43ou même en Europe ?
21:44Ça me paraît très peu probable.
21:46C'est peut-être pas non plus...
21:47Et puis, c'est pas une dépendance gravissime.
21:50Voilà.
21:52En revanche, je pense que pour le reste,
21:54effectivement, il faut regarder...
21:56Et c'est pour ça que je parlais tout à l'heure de structurer.
21:58Il faut regarder deux axes.
21:59Le premier axe, c'est la sensibilité stratégique.
22:02Et le deuxième axe, c'est la profondeur du partenariat.
22:05Et en fonction de ça, bon, on a parlé des biens courants,
22:07c'est pas un axe qui mérite qu'on passe beaucoup de temps dessus.
22:12Mais en fonction de ça, on va dire, bon,
22:13il y a des industries qui sont structurantes.
22:15Alors, là, il va falloir effectivement mettre en place
22:19un certain nombre de règles,
22:20en particulier en ce qui concerne le contenu local.
22:23Alors, on a parlé de batteries, de véhicules électriques.
22:26Ensuite, il y a vraiment des technologies qui sont stratégiques.
22:30Là, il va falloir être très vigilant,
22:32notamment sur tout ce qui va être IA, microprocesseurs, robots industriels,
22:37être très vigilant sur ce qui va être protection de marques
22:40et protection de la donnée.
22:41Sa protection de la donnée, ça va être fondamentale.
22:44Et puis, ensuite, on va avoir, là, de véritables lignes rouges
22:48sur ce qui va relever de la souveraineté critique, on va dire,
22:53ou infrastructures majeures, infrastructures militaires,
22:57systèmes de communication gouvernementaux, données sensibles.
23:01Là où on met, en fait, le curseur en fonction de ce qu'on...
23:04Oui, et c'est pour ça que, voilà, le monde est complexe,
23:06donc il faut aussi apporter des réponses adaptées.
23:09Chen Yanli, du point de vue inverse,
23:12comment est-ce que la Chine pourrait avoir besoin
23:15et a besoin de l'Europe ?
23:18Oui, bien sûr.
23:20Déjà, il y a de nombreuses entreprises qui sont présentes
23:22sur le marché chinois depuis assez longtemps.
23:26Et aujourd'hui, la Chine souhaite aussi continuer
23:30à stimuler la consommation interne.
23:32Et puis, la classe moyenne continue à augmenter.
23:38Je parle de la population de la classe moyenne.
23:41Donc, je pense, effectivement,
23:42le marché chinois a encore besoin des entreprises européennes
23:48sur les offres, aussi sur les partenariats,
23:52pour pouvoir bénéficier des synergies.
23:58Côté chinois, déjà, quelles sont les entreprises
24:01qui se sont installées en Europe ?
24:04Quel type d'entreprise ?
24:05Et puis, qu'est-ce qu'ils consomment en Europe ?
24:08Il y a déjà pas mal d'entreprises chinoises
24:11dans le secteur automobile, comme mentionné,
24:15puisque le développement dans ce secteur a été très rapide.
24:19En France, je crois qu'il y a aussi une entreprise dans la patrie,
24:24une sorte de partenariat entre les Chinois et les Français.
24:30Et puis, il y a des entreprises dans le secteur de consommation.
24:35Je pense, par exemple, à iC-Clay, une marque chinoise
24:40dans l'habillement de moyens haut de gamme.
24:43Il y a des plateformes de e-commerce, des entreprises de haute technologie
24:49comme Alibaba et Huawei depuis assez longtemps.
24:54Et on constate également une volonté d'investir davantage en France et en Europe.
25:02En Chine, parce qu'actuellement, la Chine subit quand même une pression
25:06sur l'économie.
25:08Et il y a beaucoup d'entreprises chinoises qui souhaitent s'implanter
25:12et développer leurs affaires à l'international.
25:16Effectivement, c'est ce que, Sandrine, vous décrivez dans votre livre.
25:19C'est donc cette dernière étape d'internationalisation des entreprises chinoises,
25:25mais qui, là, pour le coup, se confronte à plusieurs limites,
25:28que ce soit les réglementations, le cadre environnemental,
25:34l'ESG des entreprises en Europe.
25:37Voilà, ça, c'est un peu leurs limites aujourd'hui ?
25:39D'abord, il faut bien comprendre une chose, c'est que, juste pour compléter ce qu'on a dit avant,
25:46la première chose dont les entreprises chinoises ont besoin, c'est de notre marché.
25:49Parce que la concurrence est tellement féroce en Chine qu'elle rogne, en fait, constamment leurs marges.
25:56Et les entreprises chinoises, elles viennent d'abord ici pour trouver des relais de croissance
26:00et un peu d'oxygène dans les marges.
26:02Mais effectivement, quand elles viennent ici, alors quand elles exportent, la question est complètement différente,
26:07mais quand elles viennent ici pour s'implanter, il y a un certain nombre de clashes, on va dire,
26:13dans la culture d'entreprise qui...
26:16Alors oui, la compliance, mais aussi des choses différentes en ce sens que ce qui a fait parfois la force
26:23des entreprises chinoises,
26:24par exemple, la rapidité, l'adaptabilité, l'agilité, si ce n'est pas adapté à nos marchés, ça peut être
26:31en fait une faiblesse.
26:33Ça peut être perçu comme quelque chose de brouillon, de chaotique, ça peut être perçu, par exemple, l'agilité ou
26:40l'adaptabilité,
26:41ça peut être perçu comme, oh mais il change tout le temps d'avis.
26:44Il y a d'autres... Alors ça, c'est un premier bloc de difficulté.
26:47Un deuxième bloc, c'est aussi dans la culture du management des hommes.
26:51Il y a une verticalité et un esprit collectif qui, même s'il diminue en Chine dans les dernières années,
26:58est beaucoup plus marqué qu'en Europe.
27:01Et la verticalité chinoise dans le management n'est pas du tout supportable, on va dire, pour une entreprise,
27:09enfin, pour des employés européens.
27:10Il nous reste une minute. Dans le livre, justement, vous donnez un exemple d'une coopération d'entreprise,
27:16d'une joint venture qui fonctionne bien.
27:18Est-ce que vous pouvez nous expliquer cet exemple et justement pourquoi est-ce qu'ils ont réussi à faire
27:22cette coordination ?
27:23Alors, il y en a plusieurs, en fait.
27:25On peut prendre l'exemple de Hire, on peut prendre l'exemple de Geely avec Volvo.
27:32En fait, je dirais, ce qu'elles ont en commun, toutes ces entreprises, c'est d'avoir fait un effort
27:37d'observation.
27:37Elles sont très bonnes en observation chez elles.
27:39Le problème, c'est que quand elles arrivent en Europe, les outils d'observation qu'elles ont ne sont pas
27:46les bons
27:46parce que l'observation, ça repose en partie sur de l'intuition.
27:51L'intuition, ce n'est pas de la magie, c'est vraiment l'accumulation d'expériences.
27:54Donc, en fait, souvent, la lecture n'est pas bonne.
27:57Il y a ça.
27:58Et je dirais que le deuxième point qui est extrêmement important, c'est le management local.
28:03Merci beaucoup, Sandrine Zervib.
28:05Je rappelle que vous êtes fondatrice de ZW Conseil, donc co-autrice de ce livre « Danse avec les dragons
28:10» aux éditions du Nau.
28:12Shunien Li, merci beaucoup d'avoir été avec nous en visio.
28:15Vous êtes fondatrice de Feida Consulting et autrice également.
28:19Merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis.
28:21C'était Smartéco.
28:22Au revoir.
Commentaires

Recommandations