00:00Avec Christophe Perilla, directeur général de Valeo, bonjour.
00:03Merci d'être avec nous ce matin.
00:04Les équipes mentiers doivent faire face à une montée en croissance,
00:07à une concurrence très forte de la Chine.
00:0969% des équipes mentiers européens étaient confrontés à un concurrent chinois au printemps,
00:13contre 57% un an plus tôt.
00:15Et les constructeurs chinois détiennent 10% de parts de marché en Europe.
00:19Face à cette poussée, vous vous dites qu'il faut adopter des mesures protectionnistes.
00:23C'est le sens de la tribune, des tribunes que vous avez publiées,
00:27notamment dans les échos où vous le titrez, il est minu moins 5.
00:32Oui, on pense qu'il faut défendre les emplois européens,
00:36de la même manière que les autres régions du monde se défendent.
00:41Une voiture vendue en Amérique du Nord, elle doit avoir 70% de contenu local.
00:46Une voiture vendue en Inde, elle doit avoir 80% de contenu local.
00:51L'ensemble des acteurs de l'industrie automobile ont été incités à se localiser en Chine.
00:56depuis 30 ans.
00:58Donc une voiture qui est vendue en Europe, elle doit être assemblée en Europe,
01:02avec des composants qui viennent principalement d'Europe.
01:06Ce n'est pas le mot protectionnisme que j'utilise.
01:09J'utilise le terme de réciprocité, vous l'avez compris.
01:11Chaque région du monde incite son industrie automobile à être locale.
01:17Je pense que l'Europe doit avoir une industrie automobile forte et locale.
01:22Et le curseur, vous le mettez à 75% ?
01:25Le curseur, c'est assez simple comme équation.
01:30Aujourd'hui, l'industrie automobile européenne ne s'est pas délocalisée.
01:34Elle est toujours en Europe et elle est à 75% en Europe.
01:3775% de la valeur d'une voiture aujourd'hui européenne est en Europe.
01:41Donc si vous mettez le curseur au-dessus de 75%, vous avez de la relocalisation.
01:47Si vous mettez le curseur en dessous de 75%, vous avez de la délocalisation.
01:52C'est aussi simple que ça.
01:53Donc nous, on plaide au minimum pour le statut quo par rapport à la situation actuelle, c'est-à-dire
01:5875%.
01:59Et alors, le Parlement européen va dans votre sens ?
02:02Alors, le projet émis par la Commission européenne il y a quelques mois, c'est 70%.
02:07Et la version du Parlement européen, en tout cas des rapporteurs du texte au Parlement européen qui est sorti il
02:13y a quelques jours, dit 75%.
02:16Donc le Parlement, on a l'impression qu'il cherche plutôt à durcir le texte, en tout cas durcir, c
02:23'est-à-dire faire en sorte qu'il y ait plus de localisation en Europe, ce qui est une bonne
02:28chose.
02:28On verra ce que seront les décisions et les arbitrages finaux.
02:33Est-ce que le risque, ce n'est pas de renchérir les voitures françaises et européennes et de permettre à
02:39côté de ça à la Chine, elle, de rester compétitive ?
02:42C'est une question qu'on oppose tout le temps, on va dire, au « made in Europe ».
02:47Après, il faut décider ce qu'on veut.
02:49Est-ce qu'on veut des emplois européens ou est-ce qu'on veut tout acheter de régions du monde
02:54où il y a une plus forte compétitivité ?
02:57Est-ce qu'on a perdu la bataille ?
02:59Non, on n'a pas perdu la bataille, mais je vous donne un chiffre.
03:02L'Europe est 30% moins compétitive que la Chine.
03:05Pourquoi ? Parce qu'il y a 5 ans de déflation successive en Chine et 5 ans d'inflation en
03:13Europe.
03:14Au final, les coûts ont divergé de 30%.
03:17Après, on peut décider de tout acheter de certaines régions du monde ou d'essayer de produire en Europe.
03:23Si le curseur est mis à 75%, c'est le statut quo.
03:26Donc, vous ne renchérissez pas le prix de la voiture.
03:29Vous le gardez là où il est.
03:30On voit bien que la Chine, elle gagne des parts de marché.
03:33Elle investit le marché français, le marché européen.
03:37Donc, on est quand même en mauvaise posture.
03:39Donc, les constructeurs chinois, il faut les inciter à produire en Europe.
03:42Les équipementés chinois, qui sont nos compétiteurs, on se bat contre eux en Chine.
03:46On est présent en Chine.
03:47Il faut aussi les inciter à venir en Europe.
03:50L'Europe n'est pas un territoire fermé.
03:52Souvent, ils assemblent en Europe, mais ils ont des composants qui viennent de Chine.
03:56Ils n'assemblent pas en Europe.
03:57Aujourd'hui, ce sont des véhicules qui sont principalement importés de Chine.
04:01Et donc, tout l'enjeu, c'est de faire en sorte que les emplois soient des emplois qui soient européens.
04:06Donc, il ne s'agit pas d'être protectionniste des entreprises, aujourd'hui, qui sont situées en Europe.
04:14Il s'agit simplement d'inciter ceux qui veulent vendre des voitures en Europe,
04:19ceux qui veulent commercer en Europe.
04:22Il faut les inciter à produire en Europe.
04:24Ça s'appelle le Made in Europe.
04:26Et encore une fois, c'est ce que font l'ensemble des autres régions du monde.
04:31Il s'agit simplement de faire en Europe ce que les autres font.
04:34Ça s'appelle de la réciprocité.
04:36Ça s'appelle ne pas être naïf.
04:37Ça s'appelle avoir une Europe qui défend les industriels et qui ne défend pas seulement les consommateurs.
04:44Avec la concurrence chinoise, est-ce qu'il n'y a pas un côté un peu schizophrénique de votre part
04:47?
04:48Parce qu'aujourd'hui, 53% des ventes de valeaux sont réalisées auprès des constructeurs chinois.
04:51Contre 50% un an plus tôt, votre principal moteur de croissance géographique, c'est la Chine.
04:56Alors, 53% des ventes de valeaux avec les constructeurs chinois en Chine.
05:00Pas dans le monde.
05:02Oui, bien sûr, le marché chinois est très important.
05:04Nous, on est arrivé il y a 30 ans, on s'est localisé en Chine.
05:09Nous, on défend un business qui est un business automobile qui est local.
05:13Nous, on est européens en Europe et on est chinois en Chine.
05:17Et puis, on est nord-américains en Amérique du Nord.
05:19On est indien en Inde.
05:20C'est ça la logique de valeaux, c'est ça la logique de l'industrie automobile, être local.
05:25Donc, on est implanté en Chine pour le marché chinois et on se bat contre les compétiteurs locaux.
05:31On est implanté en Europe et on se bat contre les compétiteurs européens pour le marché européen.
05:37Donc, les marchés sont des marchés qui sont finalement des marchés où on opère de manière locale.
05:43Il y a trois quarts des équipementiers qui anticipent un ralentissement de leur capacité de production.
05:47Est-ce que vous allez échapper, vous, valeaux, à cette statistique ?
05:51On a annoncé le retour de la croissance pour 2027 parce qu'on est porté par nos technologies.
05:56Voilà, vous avez une transformation incroyable de la voiture qui devient électrifiée,
05:59elle devient autonome, elle devient logicielle.
06:02Et ça, ça porte les technologies de valeaux.
06:05Donc, il y a de plus en plus de valeaux dans une voiture.
06:07Et donc, on annonce, on est confiant sur le retour de la croissance de valeaux à partir de l'année
06:13prochaine.
06:14Retour de la croissance partout dans le monde et en particulier en Europe.
06:17Et ça, ça nous aidera.
06:18Il y a aussi beaucoup d'IA dans vos logiciels, dans vos capteurs.
06:22Ça oblige, j'imagine, à beaucoup d'investissements.
06:24Les taux d'intérêt qui augmentent, c'est un frein pour vous ?
06:29C'est un renchérissement de nos frais financiers.
06:32Donc, on est très attentif à la dette et à la réduction de la dette.
06:36Et à ce titre, on a eu au premier semestre une belle réduction de notre dette.
06:40Et on va continuer dans cette direction-là.
06:42Oui, la maîtrise des frais financiers pour une entreprise comme pour un État.
06:45Donc, vous anticipez des résultats qui seront plutôt porteurs pour cette année ?
06:51Alors, ils ont été bons au premier semestre.
06:53On a vraiment eu des résultats qui ont été d'ailleurs salués par la Bourse.
06:56Et on a annoncé la confirmation de tous nos objectifs pour cette année,
07:01qui sera une nouvelle année de progression des résultats financiers de Valeo.
07:05Vous n'êtes pas trop dépendant technologiquement de NVIDIA, de Google ?
07:09Vous arrivez à garder cette forme d'indépendance qui est aussi une question de souveraineté ?
07:13En fait, on est très complémentaire.
07:16C'est-à-dire qu'on embarque dans nos produits, en particulier, vous faites allusion à des logiciels ou à
07:21des puces.
07:22On les embarque dans des calculateurs, des gros ordinateurs que nous développons, que nous produisons.
07:28Et qui embarque leur technologie et les nôtres.
07:32Donc, on met des bouts de logiciels de ces sociétés que vous citez.
07:36On met des bouts de logiciels développés par Valeo.
07:39Et on assemble tout ça.
07:41Et on gère pour nos clients cette capacité à produire des gros calculateurs
07:46à partir d'un écosystème avec du Valeo dedans et des morceaux qui viennent d'autres partenaires.
07:52En tant que chef d'entreprise, qu'est-ce que vous attendez du ou de la prochaine locataire de l
07:57'Elysée ?
07:58Qu'est-ce qui pénalise aujourd'hui, selon vous, l'industrie automobile française ?
08:04D'abord, je constate qu'il y a une forme de consensus sur la réindustrialisation.
08:09Tout le monde parle de réindustrialisation.
08:11Alors, pour réindustrialiser, après, il faut passer la déclaration d'intention à des mesures, on va dire, concrètes.
08:19Il faut d'une part une forme de protection européenne made in Europe.
08:27On en a parlé au début de cet entretien.
08:29Et puis, il faut de la compétitivité.
08:31Je crois que vous l'avez dit au début de votre entretien.
08:34On est face sur chaque appel d'offres de Valeo.
08:37On a des compétiteurs d'Inde, de Corée, du Japon, d'Allemagne, de Chine, qui sont en compétition avec nous.
08:46Donc, la compétitivité, ce n'est pas un gros mot.
08:49La compétitivité, c'est le travail quotidien des entreprises.
08:52Et il y a le travail que fait l'entreprise elle-même pour avoir les meilleures usines, les unes les
08:57plus efficaces.
08:58Et puis, il y a les coûts, les impôts, les taxes.
09:02Je rappelle l'équation de Valeo.
09:06La France, c'est 12% de nos effectifs.
09:08C'est 35% de nos charges sociales mondiales.
09:11OK, le message est passé.
09:12Merci à vous, Christophe Perilla, d'avoir été notre invité ce matin, directeur général de Valeo.
09:18Merci à vous.
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