Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 3 minutes
Jeudi 17 septembre 2026, retrouvez Bastien Drut (Responsable des études et de la stratégie, CPR AM) et François Rimeu (Stratégiste senior, Crédit Mutuel AM) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Pauline Gratelle.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:05Générique
00:10Deux invités avec nous ce soir pour décrypter les mouvements de la planète marché.
00:14François Rimeux, stratégiste senior chez Crédit Mutuel AM.
00:18Bonsoir François.
00:19Bonsoir Pauline.
00:19Bastien Drure, responsable des études et de la stratégie de CPRAM.
00:23Bonsoir Bastien.
00:24Bonsoir.
00:25Commençons avec vous Bastien.
00:27La réserve fédérale a monté ses taux, c'était largement attendu par le marché.
00:30On l'a rappelé donc dans une fourchette entre 3,75 et 4% hier.
00:36Surtout on change un peu de paradigme, la Fed ne repousse plus l'échéance des baisses de taux.
00:40Elle acte clairement leur disparition à horizon 2027 Bastien.
00:45Oui.
00:47Moi je dirais que finalement en termes d'impact de marché, on a vu que ça a été relativement limité
00:53hier soir.
00:54On a un peu d'inversion des mouvements aujourd'hui.
00:58En fait, il y a une grande gagnante finalement de cet épisode, c'est la Fed.
01:03C'est l'indépendance de la Fed.
01:05Parce qu'on a la tête de la Fed, donc Kevin Warch qui a été choisi par Donald Trump pour
01:13baisser les taux.
01:13Bon, voilà, mais ce qu'on peut voir, c'est que ce n'est pas une personne qui prend les
01:21décisions de politique monétaire.
01:22Non, elle reste indépendante, la réserve fédérale.
01:24Oui, c'est ça, elle reste assez indépendante, surtout parce que c'est un groupe finalement qui décide de la
01:30politique monétaire.
01:31Et le groupe qui en l'occurrence a voté à l'unanimité cette hausse des taux.
01:35C'est 12 personnes et en fait, dans ces 12 personnes, on voit qu'il y a clairement une majorité
01:41qui est soucieuse de préserver la crédibilité de l'institution.
01:47Bon, clairement, l'inflation est montée cette année presque exclusivement à cause des prix de l'énergie.
01:54L'inflation sous-jacente n'a pas vraiment monté aux États-Unis.
01:57C'est clairement un choc d'offres auquel on assiste.
02:01On n'a pas du tout un choc de demandes.
02:03C'est ça qui fait vraiment une très grosse différence avec l'épisode de 2022-2023.
02:08Et la fête, c'est qu'elle ne peut pas faire grand-chose.
02:11En revanche, ce qu'elle peut essayer de faire, c'est d'essayer de préserver sa crédibilité,
02:17de dire bon voilà, on fait un mouvement, on fait un geste,
02:20parce qu'on veut montrer qu'on ne laissera pas l'inflation s'installer durablement.
02:25Enfin, déjà, ça fait déjà 5 ans et demi qu'elle est au-dessus de 2 %,
02:28mais la fête essaiera de faire en sorte que l'inflation ne reste pas aussi longtemps encore au-dessus de
02:34la cible.
02:36Et en fait, c'est la volonté de ce groupe, du IFOMC, de ces 12 personnes finalement, qui a été
02:42suivie.
02:43Et je pense que le changement de pied auquel on a pu assister de Kevin Warch lui-même en tant
02:47que personne,
02:48quand il est arrivé, il y avait quand même un petit peu des arguments qui étaient doviches.
02:52qu'on ne savait pas forcément très bien ce qu'il voulait faire.
02:57Et en tout cas, on voit aujourd'hui qu'il a compris, il a sans doute compris, perçu,
03:02qu'il n'était pas seul et que les décisions allaient devoir se prendre à 12.
03:07Et c'est probablement pour ça qu'il a fait ce petit changement au niveau personnel,
03:12notamment avec sa prise de parole à Jackson Hole,
03:14quand il avait dit que l'attention de la fête maintenant serait dirigée vers l'inflation plutôt que vers le
03:20marché du travail.
03:21Il s'est juste finalement ajusté, il s'est ajusté par rapport finalement à la volonté du groupe
03:27et puis on va dire à la vision du groupe.
03:30Il a compris qu'il ne pouvait pas faire les choses tout seul.
03:33Oui, et puis Donald Trump, par le biais de Kevin Assett,
03:38avait dit qu'il respecterait la décision monétaire que prendrait la réserve fédérale.
03:43Je crois que Trump ne dit pas forcément quelque chose de très différent de ce que je viens de dire
03:46parce qu'il dit, bon voilà, je respecte Kevin Warsh,
03:51mais il fait face à un board qui est très hostile.
03:54On comprend que Kevin Warsh ne peut rien faire tout seul.
03:57C'est ça qui explique Donald Trump.
03:59Et en fait, on voit vraiment que c'est l'indépendance de la fête qui a gagné finalement avec cette
04:04décision d'hier soir.
04:05Oui. François Rimeux, vos commentaires sur cette indépendance de la fête,
04:09la crédibilité aussi de la réserve fédérale américaine
04:12et peut-être un mot aussi du discours de Kevin Warsh qui a suivi cette décision monétaire qui était donc
04:18très attendue.
04:20Oui, c'est une très bonne nouvelle globalement.
04:22On est dans un monde à peu près cohérent.
04:25Ce n'est pas toujours le cas, donc ça fait du bien.
04:27Entre le discours de Jackson Hole et la décision de politique monétaire, tout ça a été aligné.
04:32Ça aurait été incompréhensible pour les marchés de ne pas monter les taux après ce qui avait été dit à
04:36Jackson Hole.
04:36Il y avait eu un petit doute, les commentaires de Williams, de Waller précédemment,
04:40qui disaient que l'inflation corps finalement, si on la regardait de telle ou telle façon,
04:44sur les trois ou quatre derniers mois, il n'y avait pas vraiment de raison de monter les taux.
04:48Donc c'est cohérent, c'est une très bonne nouvelle.
04:51Effectivement, ça renforce l'indépendance de la Fed, mais ça renforce sa crédibilité surtout.
04:56Les investisseurs commencent à comprendre le logiciel de Warsh qui semble être un logiciel entre guillemets normal, orthodoxe.
05:02Alors est-ce que c'est une vue de l'esprit ? Est-ce que c'est juste conjoncturel ?
05:05On verra dans le futur.
05:06Mais en attendant, c'est rassurant.
05:08C'est rassurant sur la fonction de réaction de la Fed et c'est rassurant pour les parties longues de
05:12courbe
05:13qui auraient très probablement souffert si la Fed n'avait pas monté les taux.
05:17C'est rassurant pour l'ensemble des marchés, pour les marchés equity aussi,
05:21parce que si la Fed n'avait pas monté les taux et si les parties longues de courbe avaient souffert,
05:25les marchés actions auraient eux aussi un peu souffert.
05:28Donc ça rassure un peu tout le monde.
05:29On avait une épée de damoclès, mais en tout cas un petit truc à passer avec la Fed
05:35et finalement la première réelle décision à prendre par Kevin March depuis sa nomination.
05:40Elle est prise, elle est comprise.
05:43Voilà, on est bien, on est dans un monde normal.
05:46Voilà, et son discours, il est entre guillemets normalement au quiche.
05:50Il nous dit qu'il enlève une dose d'accommodation.
05:53Voilà, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il en reste un peu.
05:55Oui, ça veut dire que c'est toujours accommodant.
05:57Voilà, donc ça veut dire qu'il n'y a sans doute pas qu'une seule hausse à venir.
06:00Ah voilà, c'est ça la question.
06:02Sans doute plus derrière.
06:04Combien, évidemment, il est anti-forward guidance ou qu'il ne va pas aller nous livrer ça comme ça,
06:09ce n'est pas le but du jeu.
06:10Et puis, il est comme tout le monde, il n'en sait rien.
06:12Tout ça dépendra éminemment de la poursuite du conflit au Moyen-Orient.
06:18Donc voilà, il a eu un discours entre guillemets normalement au quiche,
06:21vu la vue de la situation.
06:22On est au plein emploi, la croissance nominale est très forte.
06:25Ils ne respectent pas leur target d'inflation.
06:28C'est logique de monter les taux.
06:30Il n'y a pas vraiment de questions à se poser en tant que banquier centrale.
06:33Est-ce que Kevin Warge pourrait remonter les taux selon, évidemment, la poursuite du conflit, etc.,
06:39mais dès le mois d'octobre, juste avant les mid-terms ?
06:42Ou est-ce qu'il attendra plutôt décembre ?
06:45Tout est possible en fonction de ce qui se passe au Moyen-Orient.
06:47Si pétrole vaut 130, 140, si la consommation print à 7, 8 % annulés, 9 %, tout est possible.
06:53Ça semble quand même peu probable, de mon point de vue aujourd'hui.
06:58Juste avant les mid-terms, en plus sur une réunion où on n'a pas de modification des projections macro.
07:05C'est en général pas là qu'ils préfèrent agir.
07:08Donc ça ne me semble pas probable.
07:10Mais ce n'est pas impossible.
07:11C'est sûr, tout dépendra au final de la durée du conflit,
07:16de combien de temps le pétrole restera à ses niveaux au-delà de 100 dollars.
07:21Là, on constate une légère détente depuis hier des cours du pétrole bassien,
07:25mais un baril de Bren qui se maintient quand même au-dessus de ce seuil psychologique.
07:29Et ce, depuis maintenant, quand même une semaine, ça ravive aussi les pressions inflationnistes.
07:34Oui, en fait, ce qui est super compliqué pour les banques centrales,
07:39c'est que les mouvements sur le prix du bread, du gaz, de l'électricité,
07:44sont très forts, très violents.
07:47En quelques jours, la semaine dernière, le baril a pris quasiment 10 dollars.
07:51Et quand on regarde les trajectoires d'inflation que ça nous donne pour le reste de l'année,
07:58ça nous indique qu'on va avoir une inflation totale qui va continuer à progresser d'ici la fin de
08:03l'année.
08:05Mais en même temps, si le pétrole retombait à 90, finalement, ce que je viens de dire ne serait pas
08:11vrai.
08:11Donc c'est vraiment une situation qui est très compliquée pour les banques centrales
08:15en termes de pilotage de calendrier, finalement, de l'inflation.
08:19Mais parce qu'on ne sait pas quand est-ce que ça va se terminer.
08:22Oui, voilà. Donc il y a quelque chose qui est quand même très compliqué de ce point de vue-là,
08:25très clairement.
08:27Maintenant, après, si on est vraiment dans les questions de crédibilité,
08:31une hausse de taux en octobre, oui, ça pourrait être possible.
08:35Après, voilà, maintenant, pour les mid-terms, il n'y a à peu près rien qui va pour les Républicains.
08:41On a un prix du galon qui est très élevé.
08:45On a des taux qui sont très élevés.
08:49Finalement, une hausse de taux, ça changerait finalement aux chances des Républicains pour les mid-terms ?
08:56Je ne sais pas trop.
08:57Voilà.
08:57La hausse de taux pour le mois d'octobre, elle est passée, le marché price, un peu plus de 50
09:02% contre 44% hier soir.
09:05Oui, oui, c'est très indécis.
09:06C'est très indécis, puis ça dépendra évidemment de ce qui va se passer sur le baril de pétrole.
09:11Mais ce que j'ai trouvé très intéressant, ce que j'ai regardé à la conférence de presse hier soir,
09:16et ça s'est terminé assez tôt.
09:17Je me suis dit, c'est bizarre que ce soit déjà terminé.
09:20C'était bien plus court que Jérôme Poel à l'époque.
09:21Et en fait, j'ai regardé la durée finalement de la conférence de presse, c'était 28 minutes,
09:27alors que Poel, en moyenne, il mettait du 50 minutes, quoi.
09:32Et là, il a fait beaucoup plus court que les deux précédentes conférences de presse.
09:38Et j'ai trouvé dans la façon de répondre aux questions qui était expéditif.
09:45Il répondait à peu près toujours à côté de la plaque, et de façon très vague,
09:49pour ne donner aucune indication.
09:52Et en fait, c'est pour ça que ça s'est conclu très très rapidement.
09:55Alors, je n'ai pas compté le nombre de questions, je ne sais pas s'il y en avait plus
09:57ou moins que d'habitude.
09:58Mais en tout cas, ça a été, je pense, la conférence de presse la plus courte, peut-être, depuis 20
10:04ans.
10:04Enfin, il faudrait faire les calculs, mais j'ai calculé facilement depuis quelques années, c'était la plus courte, quoi.
10:10Oui, après, ça va dans le sens, François, de son discours, justement, de ne pas donner d'infos au marché.
10:16Un discours qu'il a gardé depuis quelques mois déjà, maintenant.
10:20Oui, il est cohérent.
10:21Il a dit qu'il voulait que la Fed communique moins, de manière générale,
10:24que les banquiers sont trop s'expriment moins, qu'on donne moins d'informations,
10:27qu'il ne veut pas fournir ses dots, etc.
10:29Donc, il est dans la même logique, de donner moins d'informations pour être moins lisible de la part des
10:34marchés,
10:35pour, de son point de vue, extraire plus d'informations aussi de la part des marchés.
10:40Et se laisser les coudées franches pour pouvoir agir de manière A ou B,
10:45en fonction des événements, et pas, entre guillemets, se conforter à ce qu'il a dit précédemment.
10:49Donc, il est cohérent.
10:51On aura des conférences de presse plus courtes, on aura moins l'intervention de sa part.
10:55Peut-être qu'à la fin des task forces qu'on aura en fin d'année,
10:58on aura aussi moins l'intervention de la part des autres banquiers centraux, on verra.
11:01Mais c'est dans la droite ligne de ce qu'il nous a raconté depuis sa nomination.
11:06Il n'y a pas vraiment de surprise de ce côté-là.
11:08Bon, on parlait des cours du pétrole il y a quelques minutes seulement.
11:12Des cours du pétrole qui ont aussi joué sur les taux, sur les marchés obligataires.
11:19Des taux qui se sont tendus, vite, forts.
11:22Le rendement américain à 10 ans, François, qui était encore à 5% hier, depuis quelques jours déjà.
11:28Est-ce que c'est un risque réel pour les marchés ?
11:34Et quel est le seuil, s'il y a un seuil à partir duquel on doit commencer à s'inquiéter
11:38sur ces marchés ?
11:39Alors, malheureusement, il n'y a pas de chiffre magique, ça n'existe pas.
11:42Il y a des barrières psychologiques que les marchés ont en tête.
11:45Évidemment, 5%, c'est tout rond.
11:46C'est un seuil, mais bon, ce n'est pas plus important que 5, 10 ou 4, 90.
11:51Il n'y a pas de chiffre magique.
11:53Après, ce qui compte pour les marchés, c'est la raison pour laquelle les taux montent.
11:57Si on suit la théorie économique, les taux longs, ça doit valoir la croissance nominale, à peu près.
12:01Quand on regarde la croissance nominale américaine, sur les 5 dernières années,
12:04elle évolue entre 5 et 6% environ.
12:07Les taux longs à 5%, ce n'est pas du tout incohérent.
12:11D'accord.
12:11Puis, ils peuvent valoir 5,5, ce n'est toujours pas incohérent.
12:14Ce qui était plutôt incohérent, c'est quand les taux étaient vraiment plus bas.
12:17Oui, mais après, quand on était dans les taux beaucoup plus bas,
12:21on était aussi dans une période où la croissance nominale était beaucoup moins forte,
12:24on avait beaucoup moins d'inflation.
12:25Donc, tracer les graphiques de croissance annulisée sur 5 ans versus les taux longs,
12:30on a des choses qui tournent sur long terme, de manière assez similaire.
12:35Donc, aujourd'hui, il n'y a pas de grande incohérence sur le niveau des taux.
12:37Encore une fois, il pourrait valoir 50 points de base de plus,
12:39ce qui n'aurait toujours pas d'incohérence.
12:41Tant que tout ça, parce que la croissance nominale est forte,
12:44ce qui est le cas aujourd'hui, et on sait pourquoi,
12:46investissement gigantesque, déficit budgétaire gigantesque, etc.
12:49Évidemment, l'inflation.
12:52Finalement, pour les marchés, on est dans une forme de paradigme normal.
12:56C'est peut-être la période de QE de 2008 jusqu'à 2020
12:59qui était une période dans l'histoire plus anormale.
13:01On revient sur les niveaux de taux qui sont assez classiques dans l'histoire.
13:045%, je crois que c'est un taux assez moyen, assez médian
13:07pour les taux longs américains sur 30, 40 ou 50 ans.
13:10Donc, il n'y a pas d'incohérence.
13:12Tant que c'est parce que la croissance nominale est forte,
13:14ça ne posera pas de problème pour les marchés.
13:17Tout ça, ça accompagne en général de dynamiques de bénéfices
13:20qui sont plutôt positives.
13:22Entre guillemets, le sweet spot,
13:23le point le plus sympa pour la croissance des earnings,
13:26c'est une inflation autour de 3, 3,5%.
13:28C'est là où on est aujourd'hui.
13:29Et c'est d'ailleurs ce à quoi on assiste,
13:32des croissances bénéficiaires qui sont assez fortes.
13:34Donc, tant qu'on est dans le même paradigme,
13:37ça va pour les marchés.
13:40Le jour où on aura un changement,
13:42où on n'aura plus d'investissement dans l'IA,
13:43où on aura une croissance qui va baisser
13:45parce qu'on ne pourra pas faire autant de déficit,
13:47parce qu'à un certain endroit, il n'y a plus assez de capitaux
13:50pour aller acheter toute cette dette,
13:53on en tirera les conséquences.
13:54Mais on n'en est pas encore là, a priori.
13:57Oui, parce que ce mouvement quand même de tension sur les taux,
14:02Bastien, c'est un mouvement qu'on a observé un peu partout dans le monde.
14:05Quand on regarde les taux allemands à 10 ans,
14:10avec par exemple les taux français à 10 ans,
14:12avec un écart à près de 100 points de base encore là, ce matin,
14:16même au Japon, le 10 ans à 3%,
14:18à la veille de la décision de la Banque du Japon d'ailleurs, demain.
14:22Mais qu'est-ce qu'on peut dire de ce mouvement vraiment global, mondial de hausse de taux ?
14:28Alors, déjà, on l'a un peu dit tous les trois,
14:31c'est très lié au pétrole.
14:34Le prix du pétrole est même pour tout le monde,
14:36enfin, ou à peu près tout le monde.
14:38Et du coup, c'est ça le premier élément qui fait que les taux montent.
14:44Ensuite, sur le fait que les marchés actions le réceptionnent finalement relativement bien,
14:50c'est parce que ça s'accompagne de la croissance, comme vient de le dire François.
14:55Après, je dirais que le deuxième élément qui explique la hausse des taux longs,
15:01c'est quand même une articulation entre la politique budgétaire et la politique monétaire
15:06qui est assez atypique.
15:08Parce qu'on a des déficits publics qui sont encore assez importants.
15:13Aux États-Unis, c'est quand même 6% du PIB.
15:16Alors que la politique monétaire n'est pas commodante.
15:21Et puis là, on arrive quand même sur des taux directeurs qui sont à 4%.
15:25Le taux de 10 ans, il est à 10%.
15:27Et donc, cette articulation finalement entre politique monétaire et politique budgétaire
15:32est assez inhabituelle.
15:35Le problème que ça occasionne, c'est que plus les taux montent, plus ça fait monter le coût de la
15:41dette
15:41et plus ça fait monter le coût de la dette, plus les investisseurs se posent des questions
15:46sur la soutenabilité des dettes et plus ils vont exiger une prime de risque importante
15:50et plus les taux vont monter.
15:52Donc ça peut faire un peu une sorte de petit cercle vicieux
15:56qui ne va pas forcément très vite, qui n'est pas forcément très puissant.
15:59Mais ce qu'on peut voir quand même cette année, c'est que les pays pour lesquels
16:03quand on prend les pays développés, pas seulement les pays européens
16:07les pays développés pour lesquels les hausses de taux longs ont été les plus importants cette année
16:11c'est quand même les pays qui ont les dettes publiques qui sont les plus importantes.
16:14Les pays qui ont des dettes publiques relativement faibles
16:17leur taux a beaucoup moins monté que les taux américains, que les taux japonais par exemple.
16:23Donc il y a quand même ce facteur additionnel qui arrive là-dessus.
16:27Puis comme le disait Warch hier, il y a aussi les émissions des hyperscalers.
16:33Le fait que cette année on ait des émissions du secteur de la tech,
16:37des émissions obligataires du secteur de la tech qui sont vraiment très importantes.
16:40Surtout c'est la partie longue de la courbe, ils émettent sur des maturités très longues.
16:45Et tout ça fait une concurrence pour le capital.
16:47Pour le capital, il y a les émissions obligataires, il y a aussi les IPO,
16:52il y a donc les émissions d'action.
16:53Et toute cette bataille pour le capital, ça contribue aussi finalement à faire monter les taux longs.
16:58Donc il y a un peu tout ça finalement.
17:01Il y a le pétrole, il y a la dette publique élevée, il y a les émissions des hyperscalers.
17:09C'est un peu tous ces mouvements-là.
17:11Et en fait on en parle, évidemment on en parle tous les jours,
17:13et j'imagine que chez vous vous en parlez aussi tous les jours.
17:16Et en fait on a quand même un peu de mal à voir un élément qui arriverait prochainement
17:25et qui pourrait clairement mettre fin à cette...
17:29Voilà, donc on est tous un peu dans l'attentisme finalement.
17:34De voir comment ça évoluera.
17:36Voilà, et c'est pas aussi facile que ça d'identifier des facteurs qui font que ça s'arrête.
17:41Alors évidemment si le pétrole demain perd 20 dollars, là oui, clairement, les taux vont baisser fortement.
17:48Mais les émissions des hyperscalers vont pas s'arrêter rapidement,
17:51les dettes publiques vont pas baisser brutalement,
17:53les banques centrales vont pas baisser leurs taux brutalement.
17:55Et donc tout ça fait que c'est pas aussi facile que ça de voir des triggers,
18:01des déclencheurs finalement de l'arrêt de ce mouvement de hausse des taux longues.
18:05Oui, le plus simple serait que le pétrole baisse assez rapidement.
18:08Ah oui, c'est ce que tout le monde espère finalement.
18:11Bon, on a parlé longuement de cette réserve fédérale américaine
18:15et du discours de Kevin Warch.
18:19On a pris connaissance, François, de la décision monétaire de la Banque d'Angleterre aussi aujourd'hui.
18:24La Banque d'Angleterre qui a opté pour le statu quo à 6 contre 3,
18:30qui a remis quand même aussi un peu l'inflation au cœur dans sa communication.
18:36Est-ce que vous avez des commentaires à faire sur cette décision monétaire
18:39qui était là aussi largement attendue par le marché ?
18:42Oui, il n'y a pas de surprise.
18:43Le vote est partagé, 6-3, mais c'est comme de coutume pour la BOE.
18:48Donc là non plus, il n'y a pas de surprise.
18:50Les changements de prévision macro, là non plus, elles ne sont pas surprenantes, elles étaient attendues.
18:53Le seul facteur qui a peut-être un peu surpris les marchés,
18:56c'est qu'ils ont modifié la structure de leur quantitative tightening,
19:01donc la réduction de leur bilan.
19:05Et ils ont dit qu'ils n'allaient plus offrir au marché toutes les dettes supérieures à 2049.
19:10Donc ça représente à peu près 120 milliards de sterling.
19:13Et donc moins de supply sur le côté, moins d'offres sur le côté partie longue de courbe.
19:18Forcément, ça joue plutôt à la détente des taux longs.
19:20Et c'est pour ça qu'on assiste aujourd'hui à une baisse assez significative,
19:23qui n'est pas dingue vu les montaux qu'on a depuis trois mois.
19:27Ça n'a pas changé d'histoire.
19:28Mais c'est symptomatique de ce qu'on voit partout,
19:34sur les tensions, sur les parties pas que longues de courbe,
19:38mais aussi longues de courbe.
19:40Et la volonté des États, des banquiers centraux, des gouvernements du Trésor
19:45de limiter le coût d'endettement.
19:48Et le UK est bien placé pour ça.
19:50Ils ont eu des alertes dans le passé.
19:53Voilà, ça fait longtemps qu'ils n'émettent plus déjà de long.
19:56Là, ils vont un cran plus loin.
19:58Ça ne fait plus partie non plus de leur programme de quantitative tightening.
20:03Donc, voilà, c'est ça la seule surprise, finalement, de la Banque d'Angleterre.
20:07Ça, c'était une vraie surprise pour le coup.
20:08Ce n'était pas vraiment attendu.
20:09On savait qu'ils allaient sans doute annoncer quelque chose,
20:11mais peut-être pas autant de cette nature-là.
20:13Donc, petite surprise.
20:15On va changer la phase des marchés, mais bon, petite surprise.
20:18On a parlé de pas mal de choses, Bastien.
20:23On a parlé de la fête, du pétrole, de la BOE.
20:27Il nous reste trois minutes pour finir.
20:29Est-ce qu'à part tous ces éléments, qu'est-ce que vous regardez pour la fin d'année ?
20:35Alors, je ne sais pas, ça peut être les matières premières.
20:37Il n'y a pas que le pétrole, le gaz.
20:38Il y a aussi l'or.
20:39Mais aussi, peut-être, en termes de secteur, en termes de zone géographique aussi.
20:43À quoi vous êtes attentif chez CPR ?
20:47Alors, je ne m'attendais pas à cette question, mais je vais répondre l'or.
20:51D'accord.
20:51En fait, ce qui était intéressant avec l'or, c'est que c'est une classe d'actifs.
20:58Enfin, c'est un actif, on va dire une matière première, qui a beaucoup souffert avec le conflit en Iran.
21:02parce qu'évidemment, avec la forte hausse des taux, ça a pénalisé un actif qui, lui, n'a pas de
21:09taux, n'a pas de rendement.
21:11Du coup, on a eu une forte baisse des prix du pétrole sur les mois de mars, avril, etc.
21:17Et ça a suivi le mouvement de hausse des taux longues.
21:19Et ce qu'on a pu voir, c'est une vraie inflexion à partir du mois d'août.
21:23À partir du mois d'août, on a eu pas mal d'interventionnisme du trésor américain,
21:30notamment sur le marché d'échange, avec le fait qu'ils achètent du yen et donc qu'ils vendent du
21:36dollar.
21:36Et ça, c'est quelque chose qui est revenu ensuite, un peu plus tard.
21:41Je crois que c'était vers le début septembre.
21:43Enfin, et ça a réaccrédité, ça a remis au goût du jour, finalement, la thèse de la dédollarisation.
21:51Donc, on a eu un peu de ça.
21:53Et puis aussi, la tentative du trésor américain, donc de Scott Besant, de racheter les titres du trésor.
22:01Donc, ça, c'était vers le milieu du mois d'août.
22:04Donc, c'était plutôt un flop.
22:06Mais en tout cas, je pense que ça a envoyé un signal au marché, finalement.
22:12Enfin, en tout cas, c'était perçu comme tel.
22:13Sur le marché de l'or, que les trésors se posaient vraiment des questions sur comment ils allaient se débrouiller,
22:20finalement,
22:21pour assurer la soutenabilité des dettes publiques.
22:23Et en fait, ces craintes-là sur la soutenabilité des dettes publiques en général, ça a vraiment, finalement, donné de
22:31nouvelles, un nouveau souffle, finalement, au cours de l'or qui avait bien rebondi.
22:36Donc, c'était au milieu du mois d'août, cette tentative, finalement, de Scott Besant.
22:41Mais ce qu'on peut voir, c'est que quand, malgré tout, sur les dernières semaines, même quand les taux
22:48montent, l'or ne souffre plus autant que ce qui pouvait se passer sur les mois de mars-avril.
22:55Et donc, je pense qu'il y a vraiment eu un point d'inflexion sur ce marché-là.
22:58Et donc, voilà, ça fait partie des choses qu'on regarde actuellement, éventuellement, pour la fin d'année.
23:02C'est drôle parce que, justement, à midi, on avait notre correspondant américain et on a fait deux parties, la
23:09crédibilité de Kevin Walsh et la décrédibilité de Scott Besant.
23:13Oui, oui, mais là, Scott Besant, c'est quand même compliqué.
23:16Mais en même temps, ce que je pense vraiment, c'est que Donald Trump a dû lui dire « les
23:20taux montent, s'il te plaît, fais quelque chose ».
23:23Et lui dit « je ne sais pas forcément très bien ce que je peux faire, à part essayer de
23:26racheter un peu des titres du Trésor sur la matérité longue ».
23:29Et les capacités, finalement, la puissance de feu n'est pas si importante que ça.
23:34Et c'est pour ça que, bon, les marchés, finalement, ont un peu balayé cette tentative de Scott Besant.
23:39Tentative un petit peu échouée. Merci beaucoup, messieurs.
23:41Bastien Dru, responsable des études et de la stratégie de CPRAM.
23:46Et François Rimeux, stratégiste senior de Crédit Mutuel Asset Management.
23:50Merci à tous les deux d'avoir été avec nous dans cette émission.
23:54Merci à vous de nous avoir suivis.
23:56Et puis, on se retrouve demain à midi et demi pour une nouvelle émission de Smart Bourse sur Bsmart.
Commentaires

Recommandations