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  • il y a 32 minutes
Jeudi 17 septembre 2026, retrouvez François Rimeu (Stratégiste senior, Crédit Mutuel AM) et Bastien Drut (Responsable des études et de la stratégie, CPR AM) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Pauline Gratelle.

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Transcription
00:01Générique
00:05...
00:08Bienvenue dans Smart Bourse, votre émission quotidienne consacrée à l'écoute des marchés.
00:12Chaque jour, vous nous suivez en direct à la télévision à 12h30 et à 17h30.
00:16Vous pouvez nous retrouver en rattrapage en replay sur notre site bismart.fr
00:21et vous pouvez également nous écouter en podcast sur l'ensemble de vos plateformes d'écoute préférées.
00:27Au sommaire de cette édition, ce soir, la réserve fédérale américaine a rejeté fermement
00:32les appels de Donald Trump à baisser les coûts d'emprunt.
00:35C'était largement anticipé par le marché.
00:37La Fed a relevé hier soir ses taux directeurs d'un quart de point,
00:41les portant dans une fourchette de 3,75 à 4%.
00:45C'est son premier tour de vis monétaire depuis trois ans, depuis le mois de juillet 2023.
00:51Malgré les pressions de la Maison Blanche, l'institution a révisé ses perspectives d'inflation.
00:56A la hausse, l'indice PCE est désormais attendu à 3,7% en fin d'année
01:01et le retour à la cible des 2% n'interviendrait pas avant 2029
01:06sous l'effet des tensions géopolitiques et du choc pétrolier.
01:10D'ailleurs, parenthèse, mais l'inflation à 2%,
01:13enfin l'inflation n'a pas atteint la cible de 2% depuis maintenant 5 ans aux Etats-Unis.
01:19Bref, en votant cette hausse des taux à l'unanimité,
01:21le nouveau président de la Fed, Kevin Warch, envoie un signal clair.
01:25La réserve fédérale entend réaffirmer son indépendance
01:28et sauver sa crédibilité face à l'inflation,
01:31quitte à engager un bras de fer avec la Maison Blanche.
01:34Et puis, un mot tout de même de ce qui s'est passé en quelques mois,
01:37puisque en janvier, on le rappelle, les marchés intégraient de baisses de taux.
01:42D'ici la fin d'année, des baisses de taux.
01:44Les temps ont bien changé, puisqu'au-delà qu'il n'y a pas eu de baisses de taux,
01:48ils ont même eu une hausse de taux hier soir.
01:51Et surtout, le marché table désormais à près de 90%,
01:55un second resserrement monétaire d'ici la fin de l'année.
01:59On en parle évidemment avec nos invités sur ce plateau dans un instant.
02:03Et puis, dans les autres décisions de Banque Centrale,
02:06on a regardé celle de la Banque d'Angleterre cet après-midi.
02:08La BOE a opté pour le statu quo à 6 contre 3 maintenant ces taux à 3,75%,
02:16tout en intégrant des tensions inflationnistes plus fortes
02:20et en n'excluant pas un tour de vis en cas d'enlisement de la crise au Moyen-Orient.
02:25D'ailleurs, sur ce sujet, on avait pris connaissance hier des données d'inflation britannique,
02:29l'inflation qui accélère sur un an en août pour atteindre son plus haut niveau
02:32sur les cinq derniers mois à 3,1%.
02:35Enfin, la Banque d'Angleterre a relevé ses prévisions de croissance économique
02:39pour le troisième trimestre, passant de 0,1% à 0,4%.
02:44Pour rappel, la dernière fois que la Banque d'Angleterre avait agi sur ces taux,
02:48c'était en décembre 2025 et c'était pour une baisse, cette fois, de 25 points de base.
02:53Sur les marchés, les taux d'emprunt britanniques à 30 ans
02:57ont perdu plus de 10 points de base pour tomber à 5,75%.
03:01Et le rendement à 10 ans britannique toujours cède un peu moins de 10 points de base
03:05pour évoluer autour de 5,20%.
03:08Dans le reste des marchés obligataires mondiaux, l'heure est à la détente.
03:12La confiance croissante en Kevin Warch soutient le marché.
03:16Le rendement américain à deux ans, très sensible aux anticipations de la Fed,
03:21cède 5 points de base environ.
03:22Pareil pour le 10 ans américain qui évolue désormais sous 4,95%
03:27après avoir passé le seuil de 5% cette semaine.
03:31Un mot très rapide des indices actions qui progressent après la Fed,
03:35que ce soit aux Etats-Unis et en Europe.
03:37Enfin, du côté des cours du pétrole, ils poursuivent leur repli aujourd'hui.
03:41Un repli qu'ils avaient entamé hier.
03:43Le baril de Brent recule encore de 2%, de plus de 2% même par exemple,
03:48alors que l'Arabie saoudite envisage de relancer une partie de son oléoduc Est-Ouest.
04:04Deux invités avec nous ce soir pour décrypter les mouvements de la planète marché.
04:08François Rimeux, stratégiste senior chez Crédit Mutuel AM.
04:12Bonsoir François.
04:13Bonsoir Pauline.
04:14Bastien Drury, responsable des études et de la stratégie de CPRAM.
04:18Bonsoir Bastien.
04:19Bonsoir.
04:20Commençons avec vous Bastien.
04:21La Réserve fédérale a monté ses taux, c'était largement attendu par le marché.
04:25On l'a rappelé donc dans une fourchette entre 3,75 et 4% hier.
04:30Surtout on change un peu de paradigme, la Fed ne repousse plus l'échéance des baisses de taux.
04:35Elle acte clairement leur disparition à horizon 2027, Bastien.
04:40Oui.
04:41Moi je dirais que finalement en termes d'impact de marché, on a vu que ça a été relativement limité
04:47hier soir.
04:49On a un peu d'inversion des mouvements aujourd'hui.
04:52En fait, il y a une grande gagnante finalement de cet épisode, c'est la Fed.
04:57C'est l'indépendance de la Fed.
04:59Parce qu'on a à la tête de la Fed, donc Kevin Warche qui a été choisi par Donald Trump
05:06pour baisser les taux.
05:09Mais ce qu'on peut voir, c'est que ce n'est pas une personne qui prend les décisions de
05:16politique monétaire.
05:17Non, elle reste indépendante la Réserve fédérale.
05:19Oui, c'est ça.
05:19Elle reste assez indépendante, surtout parce que c'est un groupe finalement qui décide de la politique monétaire.
05:26Et le groupe qui en l'occurrence a voté à l'unanimité cette hausse des taux.
05:29C'est 12 personnes.
05:31Et en fait, dans ces 12 personnes, on voit qu'il y a clairement une majorité qui est soucieuse de
05:38préserver la crédibilité de l'institution.
05:42Bon, clairement, l'inflation est montée cette année presque exclusivement à cause des prix de l'énergie.
05:48La inflation sous-jacente n'a pas vraiment monté aux États-Unis.
05:52C'est clairement un choc d'offres auquel on assiste.
05:56On n'a pas du tout un choc de demandes.
05:58C'est ça qui fait vraiment une très grosse différence avec l'épisode de 2022-2023.
06:03Et la FED, c'est qu'elle ne peut pas faire grand-chose.
06:06En revanche, ce qu'elle peut essayer de faire, c'est d'essayer de préserver sa crédibilité, de dire, bon,
06:12voilà, on fait un mouvement, on fait un geste.
06:14Parce qu'on veut montrer qu'on ne laissera pas l'inflation s'installer durablement.
06:20Enfin, déjà, ça fait déjà 5 ans et demi qu'elle est au-dessus de 2%.
06:22Mais la FED essaiera de faire en sorte que l'inflation ne reste pas aussi longtemps encore au-dessus de
06:29la cible.
06:30Et en fait, c'est la volonté de ce groupe, du FOMC, de ces 12 personnes, finalement, qui a été
06:36suivie.
06:37Et je pense que le changement de pied auquel on a pu assister de Kevin Warch lui-même en tant
06:41que personne,
06:43quand il est arrivé, il y avait quand même un petit peu des arguments qui étaient doviches.
06:47qu'on ne savait pas forcément très bien ce qu'il voulait faire.
06:51Et en tout cas, on voit aujourd'hui qu'il a compris, ou l'a sans doute compris, perçu,
06:57qu'il n'était pas seul et que les décisions allaient devoir se prendre à 12.
07:02Et c'est probablement pour ça qu'il a fait ce petit changement au niveau personnel,
07:07notamment avec sa prise de parole à Jackson Hole,
07:08quand il avait dit que l'attention de la FED, maintenant, serait dirigée vers l'inflation plutôt que vers le
07:14marché du travail.
07:15Il s'est juste, finalement, ajusté.
07:18Il s'est ajusté par rapport, finalement, à la volonté du groupe et puis, on va dire, à la vision
07:24du groupe.
07:25Il a compris qu'il ne pouvait pas faire les choses tout seul.
07:28Oui.
07:28Et puis, Donald Trump, par le biais de Kevin Assett, avait dit qu'il respecterait la décision monétaire que prendrait
07:37la réserve fédérale.
07:37Je crois que Trump ne dit pas forcément quelque chose de très différent de ce que je viens de dire,
07:41parce qu'il dit, bon, voilà, je respecte Kevin Walsh, mais il fait face à un board qui est très
07:47hostile.
07:48On comprend que Kevin Walsh ne peut rien faire tout seul.
07:52C'est ça qu'explique Donald Trump.
07:53Et en fait, on voit vraiment que c'est l'indépendance de la FED qui a gagné, finalement, avec cette
07:58décision d'hier soir.
07:59Oui.
08:00François Rimeux, vos commentaires sur cette indépendance de la FED, la crédibilité aussi de la réserve fédérale américaine
08:07et peut-être un mot aussi du discours de Kevin Walsh qui a suivi cette décision monétaire qui était donc
08:13très attendue.
08:14Oui, c'est une très bonne nouvelle, globalement.
08:17On est dans un monde à peu près cohérent.
08:19Ce n'est pas toujours le cas, donc ça fait du bien.
08:21Entre le discours de Jackson Hole et la décision de politique monétaire, tout ça a été aligné.
08:26Ça aurait été incompréhensible pour les marchés de ne pas monter les taux après ce qui avait été dit à
08:30Jackson Hole.
08:31Il y avait eu un petit doute, les commentaires de Williams, de Waller précédemment,
08:34qui disaient que l'inflation core, finalement, si on la regardait de telle ou telle façon,
08:38sur les trois ou quatre derniers mois, il n'y avait pas vraiment de raison de monter les taux.
08:42Donc c'est cohérent, c'est une très bonne nouvelle.
08:45Effectivement, ça renforce l'indépendance de la FED, mais ça renforce sa crédibilité surtout.
08:50Les investisseurs commencent à comprendre le logiciel de Walsh qui semble être un logiciel entre guillemets normal, orthodoxe.
08:56Alors est-ce que c'est une vue de l'esprit ? Est-ce que c'est juste conjoncturel ?
08:59On verra dans le futur.
09:01Mais en attendant, c'est rassurant.
09:02C'est rassurant sur la fonction de réaction de la FED.
09:05Et c'est rassurant pour les parties longues de courbe, qui auraient très probablement souffert si la FED n'avait
09:10pas monté les taux.
09:11C'est rassurant pour l'ensemble des marchés, pour les marchés equity aussi.
09:15Parce que si la FED n'avait pas monté les taux et si les parties longues de courbe avaient souffert,
09:19les marchés actions auraient eux aussi un peu souffert.
09:22Donc ça rassure un peu tout le monde.
09:24On avait une épée de Damoclès, mais en tout cas un petit truc à passer avec la FED.
09:30Et finalement la première réelle décision à prendre par Kevin Walsh depuis sa nomination.
09:34Elle est prise, elle est comprise.
09:36Voilà.
09:37On est bien.
09:38On est dans un monde normal.
09:40Voilà.
09:41Et son discours, il est entre guillemets normalement au quiche.
09:45Il nous dit qu'ils enlèvent une dose d'accommodation.
09:47Voilà.
09:47Ça veut dire quoi ?
09:48Ça veut dire qu'il en reste un peu.
09:49Oui, ça veut dire que c'est toujours accommodant.
09:51Voilà.
09:52Donc ça veut dire qu'il n'y a sans doute pas qu'une seule hausse à venir.
09:54Ah voilà.
09:54C'est ça.
09:55C'est ça la question.
09:56Sans doute plus derrière.
09:58Combien, évidemment, il est anti-Forward guidance.
10:01Donc il ne va pas aller nous livrer ça comme ça.
10:03Ce n'est pas le but du jeu.
10:04Et puis il est comme tout le monde, il n'en sait rien.
10:07Tout ça dépendra éminemment de la poursuite du conflit au Moyen-Orient.
10:12Donc voilà, il a eu un discours entre guillemets normalement au quiche.
10:15Je l'avoue de la situation.
10:16On est au plein emploi.
10:17La croissance nominale est très forte.
10:19Ils ne respectent pas leur targlet d'inflation.
10:22C'est logique de monter les taux.
10:25Il n'y a pas vraiment de question à se poser en fait en tant que banquier central.
10:27Et est-ce que Kevin Warge pourrait remonter les taux selon évidemment la poursuite du conflit, etc.
10:33Mais dès le mois d'octobre, juste avant les midterms ?
10:37Ou est-ce qu'il attendra plutôt décembre ?
10:39Tout est possible en fonction de ce qui se passe au Moyen-Orient.
10:42Si le pétrole vaut 130, 140, si la consommation printe à 7, 8 % analysés, 9 %, tout est possible.
10:48Ça semble quand même peu probable de mon point de vue aujourd'hui.
10:53Juste avant les midterms, en plus sur une réunion où on n'a pas de modification des projections macro.
10:59Ce sont en général pas là qu'ils préfèrent agir.
11:02Donc ça ne me semble pas probable.
11:04Mais ce n'est pas impossible.
11:06Mais peu probable.
11:07Tout dépendra au final de la durée du conflit, de combien de temps le pétrole restera à ses niveaux au
11:14-delà de 100 dollars.
11:15Là on constate une légère détente depuis hier des cours du pétrole bassien.
11:20Mais un baril de Bren qui se maintient quand même au-dessus de ce seuil psychologique.
11:24Et ce, depuis maintenant quand même une semaine, ça ravive aussi les pressions inflationnistes.
11:29Oui, en fait, ce qui est super compliqué pour les banques centrales, c'est que les mouvements sur le prix
11:36du bret, du gaz, de l'électricité, sont très forts, très violents.
11:41En quelques jours, la semaine dernière, le baril a pris quasiment 10 dollars.
11:46Et quand on regarde les trajectoires d'inflation que ça nous donne pour le reste de l'année, ça nous
11:53indique qu'on va avoir une inflation totale qui va continuer à progresser d'ici la fin de l'année.
12:00Mais en même temps, si le pétrole retombait à 90, finalement ce que je viens de dire ne serait pas
12:05vrai.
12:06Donc c'est vraiment une situation qui est très compliquée pour les banques centrales en termes de pilotage de calendrier
12:12finalement de l'inflation.
12:14Mais parce qu'on ne sait pas quand est-ce que ça va se terminer.
12:16Oui, voilà. Donc il y a quelque chose qui est quand même très compliqué de ce point de vue-là,
12:20très clairement.
12:22Maintenant, après, si on est vraiment dans les questions de crédibilité, une hausse de taux en octobre, oui, ça pourrait
12:27être possible.
12:30Après, voilà. Maintenant, pour les mid-terms, il n'y a à peu près rien qui va pour les Républicains.
12:35On a un prix du galon qui est très élevé. On a des taux qui sont très élevés.
12:43Finalement, une hausse de taux, ça changerait finalement aux chances des Républicains pour les mid-terms. Je ne sais pas
12:51trop.
12:51Voilà. La hausse de taux pour le mois d'octobre, le marché price a un peu plus de 50%
12:56contre 44% hier soir.
12:59Oui, oui. C'est très indécis. C'est très indécis. Puis ça dépendra évidemment de ce qui va se passer
13:04sur le baril de pétrole.
13:05Mais ce que j'ai trouvé très intéressant, ce que j'ai regardé à la conférence de presse hier soir,
13:10et ça s'est terminé assez tôt.
13:12Et je me suis dit, c'est bizarre que ce soit déjà terminé.
13:14C'était bien plus court que Jérôme Poel à l'époque.
13:16Et en fait, j'ai regardé la durée finalement de la conférence de presse. C'était 28 minutes.
13:22Alors que Poel, en moyenne, il mettait du 50 minutes, quoi.
13:26Et là, il a fait beaucoup plus court que les deux précédentes conférences de presse.
13:33Et j'ai trouvé dans la façon de répondre aux questions qui était expéditif.
13:39D'accord.
13:40Il répondait à peu près toujours à côté de la plaque.
13:42Ah.
13:42Et de façon très vague, pour ne donner aucune indication.
13:46Et en fait, c'est pour ça que ça s'est conclu très très rapidement.
13:50Alors, je ne sais pas compter le nombre de questions. Je ne sais pas s'il y en avait plus
13:51ou moins de d'habitude.
13:52Mais en tout cas, ça a été, je pense, la conférence de presse la plus courte, peut-être depuis 20
13:58ans.
13:58Enfin, il faudrait faire les calculs. Mais j'ai calculé facilement depuis quelques années. C'était la plus courte, quoi.
14:04Oui. Après, ça va dans le sens, François, de son discours, justement, de ne pas donner d'infos au marché.
14:10Un discours qu'il a gardé depuis quelques mois déjà, maintenant.
14:14Oui. Il est cohérent. Il a dit qu'il voulait que la FED communique moins, d'une manière générale.
14:18Que les banquiers sont trop s'expriment moins, qu'on donne moins d'informations.
14:21Il ne veut pas fournir ses dots, etc.
14:23Donc, il est dans la même logique de donner moins d'informations pour être moins lisible de la part des
14:28marchés,
14:29pour, de son point de vue, extraire plus d'informations aussi de la part des marchés.
14:34Et se laisser les coups des franches pour pouvoir agir de manière A ou B en fonction des événements
14:40et pas, entre guillemets, se conforter à ce qu'il a dit précédemment.
14:44Donc, il est cohérent.
14:45On aura des conférences de presse plus courtes, on aura moins l'intervention de sa part.
14:50Peut-être qu'à la fin des task forces qu'on aura en fin d'année,
14:53on aura aussi moins l'intervention de la part des autres banquiers centraux, on verra.
14:56Mais c'est dans la droite ligne de ce qu'il nous a raconté depuis sa nomination.
15:01Il n'y a pas vraiment de surprise de ce côté-là.
15:02Bon, on parlait des cours du pétrole il y a quelques minutes seulement.
15:06Des cours du pétrole qui ont aussi joué sur les taux, sur les marchés obligataires.
15:13Des taux qui se sont tendus, vite, fort.
15:16Le rendement américain à 10 ans, François, qui était encore à 5% hier, depuis quelques jours déjà.
15:23Est-ce que c'est un risque réel pour les marchés ?
15:28Et quel est le seuil, s'il y a un seuil, à partir duquel on doit commencer à s'inquiéter
15:33sur ces marchés ?
15:34Alors malheureusement, il n'y a pas de chiffre magique, ça n'existe pas.
15:36Il y a des barrières psychologiques que les marchés ont en tête.
15:39Évidemment, 5%, c'est tout rond.
15:41C'est un seuil, mais bon, pas plus important que 5, 10 ou 4, 90.
15:45Il n'y a pas de chiffre magique.
15:48Après, ce qui compte pour les marchés, c'est la raison pour laquelle les taux montent.
15:52Si on suit la théorie économique, les taux longs, ça doit valoir la croissance nominale à peu près.
15:56Quand on regarde la croissance nominale américaine, sur les 5 dernières années,
15:59elle évolue entre 5 et 6% environ.
16:02Les taux longs à 5%, ce n'est pas du tout incohérent.
16:06Ils peuvent valoir 5,5%, ce n'est toujours pas incohérent.
16:08Ce qui était plutôt incohérent, c'est quand les taux étaient vraiment plus bas.
16:12Oui, mais après, quand on était dans les taux beaucoup plus bas,
16:16on était aussi dans une période où la croissance nominale était beaucoup moins forte,
16:18on avait beaucoup moins d'inflation.
16:20Donc, tracer des graphiques de croissance annulisée sur 5 ans versus les taux longs,
16:25on a des choses qui tournent sur long terme, de manière assez similaire.
16:29Donc, aujourd'hui, il n'y a pas de grande incohérence sur le niveau des taux.
16:32Encore une fois, il pourrait valoir 50 points de base de plus, il n'y aurait toujours pas d'incohérence.
16:35Tant que tout ça, parce que la croissance nominale est forte, ce qui est le cas aujourd'hui,
16:39et on sait pourquoi, investissement gigantesque, déficit budgétaire gigantesque, etc.
16:44Évidemment, l'inflation.
16:46Finalement, pour les marchés, on a une forme de paradigme normal.
16:50C'est peut-être la période de QE de 2008 jusqu'à 2020 qui était une période dans l'histoire
16:54plus anormale.
16:55On revient sur les niveaux de taux qui sont assez classiques dans l'histoire.
16:585%, je crois que c'est un taux assez moyen, assez médian pour les taux longs américains sur 30, 40
17:03ou 50 ans.
17:04Donc, il n'y a pas d'incohérence.
17:06Tant que c'est parce que la croissance nominale est forte, ça ne posera pas de problème pour les marchés.
17:12Mais tout ça s'accompagne en général de dynamiques de bénéfices qui sont plutôt positives.
17:16Entre guillemets, le sweet spot, le point le plus sympa pour la croissance des earnings,
17:20c'est une inflation autour de 3, 3,5%.
17:22C'est là où on est aujourd'hui.
17:24Et c'est d'ailleurs ce à quoi on assiste, des croissances bénéficiaires qui sont assez fortes.
17:29Donc, tant qu'on est dans le même paradigme, ça va pour les marchés.
17:35Le jour où on aura un changement, où on n'aura plus d'investissement dans l'IA,
17:38où on aura une croissance qui va baisser,
17:40parce qu'on ne pourra pas faire autant de déficits,
17:42parce qu'à un certain endroit, il n'y a plus assez de capitaux pour aller acheter toute cette dette,
17:47on en tira les conséquences.
17:49Mais on n'en est pas encore là, a priori.
17:51Oui, parce que ce mouvement quand même de tension sur les taux,
17:56c'est un mouvement qu'on a observé un peu partout dans le monde.
17:59quand on regarde les taux allemands à 10 ans, avec par exemple les taux français à 10 ans,
18:06avec un écart à près de 100 points de base encore là, ce matin,
18:10même au Japon, le 10 ans à 3%, à la veille de la décision de la Banque du Japon d
18:15'ailleurs, demain.
18:17Mais qu'est-ce qu'on peut dire de ce mouvement vraiment global, mondial de hausse de taux ?
18:22Alors déjà, on l'a un peu dit tous les trois, c'est très lié au pétrole.
18:27Le prix du pétrole est le même pour tout le monde, ou à peu près tout le monde.
18:33Et du coup, c'est ça le premier élément qui fait que les taux montent.
18:39Ensuite, sur le fait que les marchés actions le réceptionnent finalement relativement bien,
18:45c'est parce que ça s'accompagne de la croissance, comme vient de le dire François.
18:50Après, je dirais que le deuxième élément qui explique la hausse des taux longs,
18:55c'est quand même une articulation entre la politique budgétaire et la politique monétaire qui est assez atypique.
19:02Parce qu'on a des déficits publics qui sont encore assez importants.
19:07Aux Etats-Unis, c'est quand même 6% du PIB.
19:10Alors que la politique monétaire n'est pas accommodante.
19:15Et puis là, on arrive quand même sur des taux directeurs qui sont à 4%.
19:19Le taux de 10 ans, il est à 10%.
19:21Et donc, cette articulation finalement entre politique monétaire et politique budgétaire est assez inhabituelle.
19:29Le problème que ça occasionne, c'est que plus les taux montent, plus ça fait monter le coût de la
19:36dette.
19:36Et plus ça fait monter le coût de la dette, plus les investisseurs se posent des questions sur la soutenabilité
19:41des dettes.
19:42Et plus ils vont exiger une prime de risque importante et plus les taux vont monter.
19:46Donc ça peut faire un peu une sorte de petit cercle vicieux, qui ne va pas forcément très vite, qui
19:52n'est pas forcément très puissant.
19:54Mais ce qu'on peut voir quand même cette année, c'est que les pays pour lesquels, quand on prend
19:58les pays développés, pas seulement les pays européens,
20:02les pays développés pour lesquels les hausses de taux longs ont été les plus importantes cette année,
20:06c'est quand même les pays qui ont les dettes publiques qui sont les plus importantes.
20:08Les pays qui ont des dettes publiques relativement faibles, leur taux a beaucoup moins monté que les taux américains, que
20:15les taux japonais par exemple.
20:17Donc il y a quand même ce facteur additionnel qui arrive là-dessus.
20:21Puis comme le disait Warch hier, il y a aussi les émissions des hyperscalers.
20:27Le fait que cette année, on ait des émissions du secteur de la tech, des émissions obligataires du secteur de
20:33la tech qui sont vraiment très importantes.
20:35Surtout sur la partie longue de la courbe, ils émettent sur des maturités très longues.
20:39Et tout ça fait une concurrence pour le capital.
20:41Pour le capital, il y a les émissions obligataires, il y a aussi les IPO, donc les émissions d'action.
20:47Et toute cette bataille pour le capital, ça contribue aussi finalement à faire monter les taux longs.
20:53Donc il y a un peu tout ça finalement.
20:56Il y a le pétrole, il y a la dette publique élevée, il y a les émissions des hyperscalers.
21:03C'est un peu tous ces mouvements-là.
21:05Et en fait, évidemment, on en parle tous les jours.
21:08Et j'imagine que chez vous, vous en parlez aussi tous les jours.
21:11Et en fait, on a quand même un peu de mal à voir un élément qui arriverait prochainement et qui
21:20pourrait clairement mettre fin à cette...
21:24Voilà, donc on est tous un peu dans l'attentisme finalement.
21:28De voir comment ça évoluera.
21:30Voilà, et ce n'est pas aussi facile que ça d'identifier des facteurs qui font que ça s'arrête.
21:35Alors évidemment, si le pétrole demain perd 20 dollars, là oui, clairement, les taux vont baisser fortement.
21:42Mais les émissions des hyperscalers ne vont pas s'arrêter rapidement.
21:45Les dettes publiques ne vont pas baisser brutalement.
21:47Les banques centrales ne vont pas baisser leurs taux brutalement.
21:50Et donc tout ça fait que ce n'est pas aussi facile que ça de voir des triggers, des déclencheurs
21:56finalement de l'arrêt de ce mouvement de hausse des taux longs.
21:59Oui, le plus simple serait que le pétrole baisse assez rapidement.
22:03Ah oui, c'est ce que tout le monde espère finalement.
22:06Bon, on a parlé longuement de cette réserve fédérale américaine et du discours de Kevin Warch.
22:14On a pris connaissance, François, de la décision monétaire de la Banque d'Angleterre aussi aujourd'hui.
22:19La Banque d'Angleterre qui a opté pour le statu quo à 6 contre 3, qui a remis quand même
22:26aussi un peu l'inflation au cœur dans sa communication.
22:30Est-ce que vous avez des commentaires à faire sur cette décision monétaire qui était là aussi largement attendue par
22:36le marché ?
22:36Oui, il n'y a pas de surprise.
22:37Le vote est partagé, 6-3, mais c'est comme de coutume pour la BOE.
22:42Donc là non plus, il n'y a pas de surprise.
22:44Les changements de prévision macro, là non plus, elles ne sont pas surprenantes.
22:47Elles étaient attendues.
22:48Le seul facteur qui a peut-être un peu surpris les marchés, c'est qu'ils ont modifié la structure
22:54de leur quantitative tightening.
22:55Donc la réduction de leur bilan.
22:59Et ils ont dit qu'ils n'allaient plus offrir au marché toutes les dettes supérieures à 2049.
23:04Donc ça représente à peu près 120 milliards de sterlin.
23:07Et donc moins d'offres sur le côté partie longue de courbe.
23:12Forcément, ça joue plutôt à la détente des taux longs.
23:14Et c'est pour ça qu'on assiste aujourd'hui à une baisse assez significative, qui n'est pas dingue
23:18vu les mouvements qu'on a depuis trois mois.
23:22Ça ne va pas changer d'histoire.
23:23Mais c'est symptomatique de ce qu'on voit partout sur les tensions sur les parties, pas que longues de
23:32courbe, mais aussi longues de courbe.
23:34Et la volonté des États, des banquiers centraux, des gouvernements du Trésor de limiter le coût d'endettement.
23:42Et le UK est bien placé pour ça.
23:44Ils auraient eu des alertes dans le passé.
23:47Voilà, ça fait longtemps qu'ils n'émettent plus déjà de long.
23:51Là, ils vont un cran plus loin.
23:53Ça ne fait plus partie non plus de leur programme de quantitatif tightening.
23:57Donc voilà, c'est ça la seule surprise finalement de la Banque d'Angleterre.
24:01Ça, c'était une vraie surprise.
24:02Ce n'était pas vraiment attendu.
24:03On savait qu'ils allaient sans doute annoncer quelque chose, mais peut-être pas autant de cette nature-là.
24:08Donc petite surprise.
24:09On va changer la phase des marchés, mais bon, petite surprise.
24:12Bon, on a parlé de pas mal de choses, Bastien.
24:17On a parlé de la fête, du pétrole, de la BEE.
24:21Il nous reste trois minutes pour finir.
24:24Est-ce qu'à part tous ces éléments, qu'est-ce que vous regardez pour la fin d'année ?
24:29Alors, je ne sais pas, ça peut être les matières premières.
24:32Il n'y a pas que le pétrole, le gaz.
24:33Il y a aussi l'or, mais aussi peut-être en termes de secteur, en termes de zone géographique aussi.
24:38À quoi vous êtes attentif chez CPR ?
24:41Alors, je ne m'attendais pas à cette question, mais je vais répondre l'or.
24:45D'accord.
24:46En fait, ce qui était intéressant avec l'or, c'est que c'est une classe d'actifs.
24:52Enfin, c'est un actif, on va dire une matière première, qui a beaucoup souffert avec le conflit en Iran.
24:57Parce que, évidemment, avec la forte hausse des taux, ça a pénalisé un actif qui, lui, n'a pas de
25:03taux, n'a pas de rendement.
25:06Du coup, on a eu une forte baisse des prix du pétrole sur les mois de mars, avril, etc.
25:11Et ça a suivi le mouvement de hausse des taux longs.
25:14Et ce qu'on a pu voir, c'est une vraie inflexion à partir du mois d'août.
25:18À partir du mois d'août, on a eu pas mal d'interventionnisme du trésor américain,
25:25notamment sur le marché d'échange, avec le fait qu'ils achètent du yén et donc qu'ils vendent du
25:30dollar.
25:31Et ça, c'est quelque chose qui est revenu ensuite, un peu plus tard.
25:35Je crois que c'était vers le début septembre.
25:39Et ça a réaccrédité, ça a remis au goût du jour, finalement, la thèse de la dédollarisation.
25:45Donc, on a eu un peu de ça.
25:47Et puis aussi, la tentative du trésor américain, de Scott Bessent, de racheter les titres du trésor.
25:55Donc, ça, c'était vers le milieu du mois d'août.
25:58C'était plutôt un flop.
26:00Mais en tout cas, je pense que ça a envoyé un signal au marché, finalement.
26:06En tout cas, c'était perçu comme tel sur le marché de l'or,
26:09que les trésors se posaient vraiment des questions sur comment ils allaient se débrouiller, finalement,
26:15pour assurer la soutenabilité des dettes publiques.
26:18Et en fait, ces craintes-là sur la soutenabilité des dettes publiques, en général,
26:23ça a vraiment, finalement, donné de nouvelles, un nouveau souffle, finalement, au cours de l'or,
26:29qui avait bien rebondi.
26:30Donc, c'était au milieu du mois d'août, cette tentative, finalement, de Scott Bessent.
26:36Mais ce qu'on peut voir, c'est que quand, malgré tout, sur les dernières semaines,
26:42même quand les taux montent, l'or ne souffre plus autant que ce qui pouvait se passer sur les mois
26:49de mars-avril.
26:49Donc, je pense qu'il y a vraiment eu un point d'inflexion sur ce marché-là.
26:53Et donc, voilà, ça fait partie des choses qu'on regarde actuellement, éventuellement, pour la fin d'année.
26:57C'est drôle parce que, justement, à midi, on avait notre correspondant américain
27:01et on a fait deux parties, la crédibilité de Kevin Warsh et la décrédibilité de Scott Bessent.
27:08Oui, oui, mais là, Scott Bessent, c'est quand même compliqué.
27:10Mais en même temps, ce que je pense vraiment, c'est que Donald Trump a dû lui dire
27:14« L'étau monte, s'il te plaît, fais quelque chose ».
27:17Et lui dit « Je ne sais pas forcément très bien ce que je peux faire,
27:20à part essayer de racheter un peu des titres du Trésor sur la matérité longue ».
27:23Et les capacités, finalement, la puissance de feu n'est pas si importante que ça.
27:28Et c'est pour ça que, bon, les marchés, finalement, ont un peu balayé cette tentative de Scott Bessent.
27:33Tentative un petit peu échouée.
27:35Merci beaucoup, messieurs Bastien Dru, responsable des études et de la stratégie de CPRAM
27:40et François Rimeux, stratégiste senior de Crédit Mutuel Asset Management.
27:45Merci à tous les deux d'avoir été avec nous dans cette émission.
27:49Merci à vous de nous avoir suivis.
27:51Et puis, on se retrouve demain à midi et demi pour une nouvelle émission de Smart Bourse sur Bsmart.
27:58– Sous-titrage Société Radio-Canada
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