00:00Un de nos meilleurs experts, il va nous rejoindre, vient déconstruire les idées reçues.
00:03C'est Christian Biteau, professeur de finances à l'ESSEC.
00:07Il entre en sénateur sur ce plateau d'un pas lent mais ferme.
00:11Bonjour Christian, ravi de vous retrouver.
00:12Bonjour.
00:13Professeur de finances à l'ESSEC et vice-président de Swiss Life Gestion Privée.
00:16On est content de vous retrouver après l'été.
00:18Bonjour.
00:18La rentrée des classes, la rentrée des classes d'actifs.
00:21Oui, on achète, ça on achète.
00:24Merci.
00:25Les marchés anticipent une aggravation de l'inflation à moyen terme.
00:29Une inflation qui durerait, certains ne le pensent pas vous.
00:31Vous voyez là-dedans un gros mytho.
00:36Vous foudroyiez Christian cette idée que sous prétexte que la BCE va relever ses taux,
00:39les marchés s'inquiètent d'une inflation amenée à durer.
00:42Vous nous dites que non, les marchés ne sont pas si inquiets que ça,
00:44qu'ils n'anticipent pas de hausse durable.
00:45J'ai essayé de vous le montrer.
00:47Alors effectivement, il y a de quoi s'inquiéter.
00:48Quand on regarde les derniers chiffres, vous les avez vus cet été.
00:50L'inflation américaine, l'indice PCE qui monte à 3,7%.
00:54En zone heureuse, elle vient de passer la barre des 3%.
00:57On est à 3,3%.
00:58Il y aurait de quoi s'inquiéter.
01:01Pourtant, il y a des indicateurs de marché qui mesurent ce qu'on appelle les anticipations d'inflation.
01:06C'est-à-dire l'idée que se font les investisseurs,
01:09qui mettent des capitaux sur le marché,
01:10de ce que sera l'inflation dans les mois ou dans les années à venir.
01:14Et pourquoi vous dites du coup, en s'appuyant sur ces instruments,
01:18que les investisseurs n'anticipent pas une inflation durable ?
01:20Parce qu'il y a un marché indexé sur l'inflation.
01:23C'est ce qu'on appelle le marché des obligations indexées.
01:26En France, c'est le marché des OATI, indexé sur l'inflation.
01:29Il n'est pas très important.
01:30On va regarder le marché principal sur le plan mondial.
01:33Ce sont les index link bonds.
01:35Alors les index link bonds, indexés sur l'inflation,
01:38c'est un gros marché obligataire aux Etats-Unis.
01:41Pour comprendre comment ça fonctionne,
01:43si par exemple vous achetez 100 euros,
01:45une obligation indexée sur l'inflation qui vous rapporte 1%.
01:50Vous allez la comparer, et c'est ce que l'on fait pour la mesurer tous les jours,
01:53aux obligations à taux fixe sur une durée comparable.
01:56Je prends un exemple, j'ai rendu les chiffres,
01:58vous investissez 100 euros dans une obligation à taux fixe qui vous rapporte du 3%.
02:03Cela veut dire que si vous payez 100 euros,
02:05la première obligation qui ne rapporte que 1%,
02:07vous escomptez, vous anticipez que sur la durée de cette obligation,
02:12la hausse des prix sera au moins de 2%.
02:15Parce que ce 1% sera indexé sur l'inflation à venir, sur l'inflation future.
02:20Donc on a dans le prix de ces obligations,
02:23on aurait une anticipation d'inflation d'au moins 2%.
02:27On appelle ça le point mort d'inflation,
02:29ou le break-even inflation en termes anglo-saxons,
02:32parce que c'est très connu là-bas, c'est regardé statistiquement tous les jours.
02:36Et ça vous permet de voir où en sont les investisseurs quand ils payent,
02:40parce que c'est donc un vrai prix de marché,
02:41c'est une information de marché,
02:43quand ils payent ces obligations indexées sur l'inflation.
02:46Et quand vous décortiquez un petit peu les données,
02:48qu'est-ce que vous dit le marché ?
02:50Alors, quand on regarde les données,
02:51j'ai encore regardé aujourd'hui, tout récemment,
02:53c'est calculé par la Federal Reserve en plus,
02:55donc ça simplifie les calculs,
02:56puisque je vous ai fait un calcul très simplifié entre moins et moins 3%.
03:00Il y a un tout petit peu d'actuariat,
03:02mais quand on fait ces calculs-là,
03:03on observe que l'obligation indexée sur les inflations aux Etats-Unis
03:08anticipe ou ont dans leur prix une inflation de 2,38% à 5 ans.
03:14Bien sûr, on raisonne à moyen terme.
03:15Ce n'est pas l'inflation à 15 jours,
03:17c'est quand on se positionne sur ce type de placement,
03:19combien est-ce qu'il faudra au moins d'inflation pour que ça corresponde,
03:23point mort, à un placement à taux fixe.
03:252,38%, ce n'est pas beaucoup.
03:26Au mois d'avril, c'était monté à 2,69%.
03:29On comprend, c'était le début du conflit,
03:31de la crise au Moyen-Orient,
03:33c'était le pétrole à plus de 100, 110 dollars le baril,
03:36mais aujourd'hui, ça s'est véritablement calmé,
03:382,38%, ce n'est pas beaucoup.
03:40Historiquement, le plus haut de tous les temps
03:42sur ce marché des anticipations d'inflation,
03:45s'est monté à 3,69%.
03:47C'était en 2022.
03:50Enfin, en 2022, on avait une inflation à 10%.
03:52Oui, c'était au début de l'invasion de l'Ukraine.
03:54Au début de l'invasion de l'Ukraine.
03:55Donc aujourd'hui, ces marchés sont assez calmes
03:58vis-à-vis de l'inflation.
03:59Oui, mais là, vous parlez de façon assez globale.
04:03Pour ce qui concerne la France,
04:04les anticipations d'inflation,
04:05pour ce qui concerne la France, elle se situe.
04:07Alors, quand on fait les mêmes calculs sur les OATI,
04:10c'est d'ailleurs publié aussi sur le site officiel
04:12du Trésor français,
04:13on a eu cet été, ça a monté un tout petit peu,
04:15on a eu 1,8% d'inflation anticipée
04:18à moyen-long terme.
04:20Ce n'est pas énorme, 1,8%.
04:22Donc, les marchés sont assez calmes
04:23par rapport à ce risque de dérapage de l'inflation.
04:26Alors qu'en 2022, elle a bien dérapé.
04:28Et là, les marchés n'étaient pas calmes du tout.
04:30On avait mis un krach obligataire.
04:31Et comment on l'explique, en fait,
04:32ce relatif optimisme des marchés ?
04:34Bon, calme, vous avez rempli ce mot-là,
04:36ou optimisme ?
04:37Deux éléments.
04:38Le premier, c'est que la plupart des investisseurs
04:41ont-ils tort ou raison ?
04:42Paris, sur le fait qu'il y aura une solution
04:44au conflit en cours.
04:45Je mets bien un S à conflit, un X à O,
04:47parce qu'il y a tout de même la Russie et l'Ukraine
04:49qui chauffent à nouveau.
04:50Et bien entendu, le moine et l'Orgnon
04:51avec l'actualité du jour.
04:53Mais les gens pensent que, raisonnablement,
04:55que ce soit l'Iran, la Russie,
04:57ou surtout les États-Unis,
04:58politiquement comme économiquement,
05:00doivent arriver à une solution.
05:01Et donc, ça finira par passer.
05:03Et puis, le deuxième point,
05:04qui est beaucoup plus technique,
05:05mais vraiment d'actualité,
05:06parce que la Fed, c'est pour le 15 septembre,
05:08c'est ce qui se passe au niveau
05:10des gains de productivité.
05:12Aux États-Unis, on vient de mesurer
05:13que les gains de productivité depuis un an
05:16étaient de plus 2,1%.
05:19La hausse des salaires sur un an
05:21a été de plus 3,4%.
05:23Et on sait que la Fed regarde ça
05:25de très très près.
05:26Ce qui veut dire que l'écart
05:27entre les gains de productivité,
05:28ça c'est bon, c'est positif,
05:30et les hausses de salaires,
05:31c'est pas bon, c'est négatif,
05:32ça entraînerait de l'inflation,
05:33des hausses de prix des entreprises,
05:35revient à un écart d'à peu près 1,4%.
05:38C'est ce qu'on appelle la hausse
05:39du unit labor cost,
05:41c'est-à-dire du coût réel du travail
05:43après les salaires,
05:44après les gains de productivité.
05:461,4% sur un an,
05:48c'est pas énorme.
05:48On n'est pas en inflation de second tour,
05:50on n'est pas en dérapage inflationniste.
05:52Ça devrait calmer la Fed
05:54dans sa velléité de remonter
05:55les taux d'intérêt,
05:56parce qu'il n'y a pas là
05:57de spirale inflationniste,
05:59dont on parle très souvent,
06:00grâce à ces gains de productivité.
06:02C'est intéressant ce que vous nous montrez
06:03et décrivez là,
06:04parce que vous nous permettez
06:05de voir derrière le rideau.
06:06Voilà, effectivement,
06:07et parfois les écrans de fumée,
06:08on va au-delà, effectivement,
06:10de la surface,
06:11et voilà, en profondeur,
06:12quand on regarde les anticipations
06:13de marché,
06:14on se dit que le marché n'est pas inquiet
06:15de cette question inflationniste
06:16qui pourrait limiter
06:17les ardeurs de la Fed.
06:18De la BCE, c'est moins sûr,
06:19on suivra jeudi la décision
06:20de la Banque centrale européenne.