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  • il y a 23 heures
Aujourd'hui, c'est au tour de Jean-Pierre Colombiès, ancien policier de la Police judiciaire, de faire face aux GG. - L’émission de libre expression sans filtre et sans masque social… Dans les Grandes Gueules, les esprits s’ouvrent et les points de vue s’élargissent. 3h de talk, de débats de fond engagés où la liberté d’expression est reine et où l’on en ressort grandi.

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Transcription
00:04On l'a évoqué hier dans Les Grandes Gueules, cette lettre que le garde des Sceaux, Gérald Darmanin,
00:10dans le sillage de l'affaire Lilliana, a envoyé à son homologue de l'intérieur, Place Beauvau,
00:16c'est-à-dire Laurent Nunes, pour pointer du doigt le manque d'enquêteurs,
00:20la faiblesse de leur formation dans le traitement des violences sexuelles.
00:23Et il pointait du doigt aussi dans ces histoires ce qu'on appelle les stocks de procédures fantômes,
00:29qui attendent, qui n'ont pas été instruites, qui n'ont pas avancé.
00:33Du côté des policiers, on a poussé un sacré coup de gueule.
00:36Tous syndicats confondus, d'ailleurs c'était à noter, pour dire de qui se moque Gérald Darmanin.
00:41Il a été notre patron, et là il nous trahit, il nous met tout sur le doigt en disant
00:45si les affaires de violences sexuelles n'avancent pas.
00:47Alors on a un ancien policier avec nous, de la police judiciaire, c'est Jean-Pierre Colombias.
00:51Bonjour, vous êtes souvent sur les plateaux de BFM TV pour parler des enquêtes,
00:56vous êtes venu présenter ici vous-même votre livre.
00:59Et vous faites partie de ces policiers qui s'estiment aujourd'hui vraiment,
01:02enfin qui est en colère après ce qu'a dit Gérald Darmanin, pourquoi ?
01:05Je ne suis pas en colère seulement depuis que Gérald Darmanin s'est exprimé,
01:09je suis en colère depuis plusieurs années par rapport au désintérêt total des politiciens,
01:14des politiques de tous bords d'ailleurs, vis-à-vis de la police judiciaire, vis-à-vis de la matière
01:19judiciaire.
01:21Moi ça ne m'étonne pas du tout, parce qu'on voit bien qu'il y a une sorte de
01:25jeu, de patate chaude.
01:27Chacun essaie de se défausser sur les autres, alors que tous, je dis bien tous, partagent la responsabilité de cet
01:34état des lieux.
01:34Vous parliez des syndicats de police, je suis un petit peu surpris parce que ce sont les mêmes syndicats de
01:38police
01:38qui, il y a quelque temps, ont manifesté avec Gérald Darmanin, souvenez-vous, devant l'Assemblée nationale,
01:43contre la justice, estimant qu'ils n'étaient pas...
01:46– Pour dire le problème de la police, c'est la justice.
01:47– Absolument, et on avait un ministre de l'Intérieur, moi je n'avais jamais vu ça, vous savez,
01:52j'ai passé 34 ans dans la police, j'ai fait quelques manifestations,
01:55parce qu'il se trouve que j'ai été délégué syndical, c'est la première fois que je voyais un
01:58ministre de l'Intérieur
01:59aller serrer des paluches à des manifestants qui venaient manifester contre l'institution,
02:04quelle qu'elle soit, que ce soit la justice ou la police.
02:06Mais je vais vous apprendre peut-être quelque chose, et si je le fais, tant mieux.
02:10Est-ce que vous savez qu'il y a des services d'audit au ministère de l'Intérieur ?
02:13Est-ce que vous savez qu'il y a des services d'audit à l'IGPN ?
02:16Et que ces services ont pour vocation de faire l'état des lieux des dossiers en stock ?
02:20Pas depuis la semaine dernière, pas depuis l'affaire Liana, depuis toujours, depuis des années, c'est comme ça.
02:27On fait des bilans sur les stocks en cours.
02:29Donc quand je vois qu'il y a une sorte de jeu d'effarement, on joue à la vierge effarouchée
02:35parce qu'on se rend compte qu'il y a des stocks considérables de dossiers en attente dans les services
02:39de police,
02:40et d'ailleurs, tu restes, et que le parquet s'en émeut.
02:43J'ai eu des réunions avec le procureur de la République de Paris, dans un service parisien, un commissariat parisien,
02:49parce que nous avions 13 000 dossiers en souffrance.
02:51Les fameux dossiers qui étaient, ils n'étaient pas fantômes, ils étaient là, bien rangés, dans une pièce aveugle,
02:56personne ne s'en occupait, ils dormaient là.
02:59Je ne parle pas d'agression de mineurs, attention.
03:01Oui, parce que là on parle de violences sexuelles, c'est ça qui choque.
03:04Là je ne parle pas d'affaires gravissimes, mais quand même, là où je veux en venir,
03:08c'est que vous avez un jeu qui consiste à gérer un stock ingérable, de plaintes, de dossiers parqués,
03:15parce qu'il y a énormément de plaintes qui vont directement au parquet,
03:18et le parquet ne sachant pas en faire, parfois ne les lisant même pas,
03:22les transfère systématiquement aux services de police.
03:25Donc on ne s'en inquiète pas plus que ça, on sait que ça va être enregistré, rangé.
03:29Mais ce n'est pas de la faute des policiers là, si ces plaintes n'avancent pas,
03:32si ces 1275 procédures à Nîmes ne bougent pas,
03:36905 à Caen, et qui concernent des affaires de violences sexuelles.
03:38Et je termine sur ce stock, vous allez comprendre pourquoi ça n'intéressait personne.
03:42Le service en charge de ces instructions parquées ne disposait d'aucun OPJ.
03:46Donc il était systématiquement obligé de faire appel à d'autres unités de la même entité
03:50pour régler les affaires.
03:50Donc c'est un manque de moyens quoi en fait.
03:52Et bien sûr, un désintérêt surtout, un désintérêt total.
03:54Alors pourquoi est-ce qu'on vous a pointé du doigt ?
03:55Parce que c'est plus facile.
03:56C'est plus facile de se retourner finalement sur le dernier maillon de la chaîne.
03:59Vous savez, il y a toujours cette caricature de l'oiseau qui est au sommet de la pyramide
04:05et puis qui chie sur tous les autres.
04:06C'est exactement ce à quoi vous assistez.
04:08On règle des comptes parce que les uns comme les autres n'ont pas fait leur boulot.
04:13Tout simplement.
04:13Voire même, l'ont aggravé.
04:15Et là je fais référence à la réforme de la départementalisation de la police judiciaire
04:19qui est une catastrophe,
04:20qui a créé ce que moi j'appelle des baronnies policières.
04:24On a créé des postes de directeurs partout.
04:26Donc ça donne du grain à moudre au corps des commissaires notamment,
04:28qui à mon avis est bien mal inspiré aujourd'hui de pousser lui-même un coup de gueule.
04:32Parce que c'est eux qui ont en charge de la gestion de tout ça.
04:34Et on s'est bien gardé au niveau ensuite des préfets
04:37de faire remonter cette information de non-gestion.
04:40Parce qu'il y a aussi un gros problème de RH
04:43au niveau de la répartition des effectifs au sein de la police nationale.
04:46Il y aurait beaucoup à dire.
04:47Alors, qu'est-ce que vous en pensez de ce qui se passe là ?
04:50Moi, vu de l'extérieur au moment de l'affaire Liana,
04:52je me demandais, est-ce que le politique n'a pas trop mis la pression sur le narcotrafic
04:59au détriment de ces affaires de mœurs ?
05:02Est-ce que ça, ça a vraiment joué là-dedans ?
05:05Ou est-ce que c'est un système qui fait qu'on traite 10% des plaintes qui arrivent
05:09parce qu'il y en arrive trop et on a passé de bras pour les traiter ?
05:12Vous apportez un peu la réponse.
05:13C'est un système.
05:14C'est-à-dire que ça fait des années, une vingtaine d'années à peu près,
05:17qu'on a mis le paquet sur le maintien de l'ordre, le service de l'ordre,
05:20la voie publique, les arrestations, faire du chiffre, voilà.
05:23Et le judiciaire, enfin moi j'ai été inspecteur, je suis rentré dans la police
05:26comme inspecteur, pas comme officier de police.
05:28La nuance est importante.
05:29Mon métier, c'était l'investigation.
05:31Il y avait des enquêteurs et des inspecteurs qui ne faisaient que ça,
05:35l'investigation.
05:36Parce que c'est un métier.
05:37On ne devient procédurier, pas comme ça,
05:39pas en formant des gardiens de la paix 4 mois avant leur sortie d'école.
05:42C'est un métier, c'est une spécificité.
05:44Et on ne devient enquêteur digne de ce nom,
05:47qui commence à savoir à peu près de quoi il parle,
05:49qu'au bout de 5 ans d'exercice de son métier.
05:52Or, ce métier d'investigation n'intéressait pas les politiciens.
05:56Vous savez, ça a commencé avec la politique du chiffre.
05:58Rappelez-vous, dans les années 2000, avec Nicolas Sarkozy,
06:01qui voulait du chiffre, du chiffre, du résultat.
06:03Sauf que ça s'est fait au détriment de la qualité.
06:06Donc petit à petit, vous avez eu un délitement d'évocation,
06:09de la technicité qui a totalement disparu.
06:12Et on n'en est qu'au début.
06:13C'est-à-dire qu'en fait, ce que vous dites,
06:14c'est que ces affaires qui ont dit être en stock de violences sexuelles,
06:18elles demandent une enquête.
06:19Bien sûr.
06:20Elles demandent de l'investigation, de la spécificité.
06:23Et donc, pour ça, ça prend du temps.
06:25Et ça, on l'a mis de côté, quoi, en fait.
06:28On a priorisé, comme le disait Didier, peut-être,
06:30la voix publique, le stup, etc.
06:33Oui, mais pas au niveau des enquêteurs.
06:35Il faut bien comprendre, vous parlez des stups.
06:36Mais il y a régulièrement des priorités.
06:38Dès qu'il y a un événement un peu médiatisé,
06:40d'une agression, un coup de couteau par-ci,
06:43un coup de couteau par-là, un drame,
06:45on met la priorité, on met le focus là-dessus.
06:47Mais les enquêteurs sont les mêmes.
06:49Ce ne sont pas des gremlins.
06:51Non, mais concrètement, c'est ça qu'on aimerait comprendre, nous.
06:54Concrètement, il y a des dossiers sur lesquels un enquêteur est,
06:57il le met sous la pile et il en ressort un autre,
07:00parce que le politique a donné des ordres,
07:02ou parce qu'il y a une affaire médiatisée,
07:04ou grosso modo, les gens font comme ils peuvent avec ce qu'ils ont.
07:08Non, mais c'est ça.
07:09C'est surtout que vous avez les mêmes enquêteurs
07:11dont la pile de dossiers augmente régulièrement.
07:13C'est le tonneau des danaïdes,
07:15mais un tonneau des danaïdes qui déborde aujourd'hui.
07:17On est arrivé au bout d'un système, on va parler clair.
07:19Le système est à bout de souffle, concrètement.
07:22On a joué la montre,
07:24parce qu'il y avait encore des enquêteurs
07:25qui étaient à peu près dignes de ce nom,
07:27il y avait encore du monde dans les services dits de PJ,
07:30mais on vous ressort souvent, notamment,
07:32les recrutements qui sont faits par le ministère de l'Intérieur
07:34et le focus qui est mis.
07:35Mais c'est un faux problème, ce n'est pas vrai.
07:37Pourquoi je dis que ça n'est pas vrai ?
07:38On vous annonce 8 000 recrutements,
07:40sauf que dans le même temps, il y a eu 10 000 démissions.
07:41– Ça, c'est ce que dit Gérald Darmanin.
07:43Il a dit, quand j'étais ministre de l'Intérieur,
07:45j'ai recruté 8 000 personnes.
07:46– Oui, mais il les a mis où ?
07:47C'est ça qu'il faut lui poser comme question.
07:49Et il faut lui demander en parallèle combien il y a eu d'émissions.
07:51Qu'est-ce que vous priorisez réellement ?
07:52Les CRS, le maintien de l'ordre, la brave L…
07:55– Alors, ils ont été mis où, les 8 000, alors ?
07:56Ils n'ont pas été mis en investigation, c'est ce que vous voulez dire ?
07:59– Non, oui, mais on n'a jamais autant connu
08:01de démissions, de départs et de reconversions,
08:03soit vers les polices municipales,
08:05parce que c'est plus souple en termes d'horaire
08:07et même en termes de rémunération,
08:09parce qu'aussi, on ne valorise pas,
08:10on a dévalorisé, c'est pas qu'on ne valorise pas,
08:12on a dévalorisé la fonction judiciaire.
08:14C'est-à-dire que les meilleurs avancements,
08:16les meilleures primes vont vers les services de voie publique,
08:19essentiellement le maintien de l'ordre.
08:21Vous avancez moins en carrière
08:22quand vous êtes enquêteur dans un commissariat, par exemple.
08:24– Alors, qu'est-ce que ça t'inspire, Joël, cette histoire ?
08:26– Premièrement, ça m'inspire que je ne sais pas pourquoi
08:28M. Lermanat est encore en poste.
08:29– Il doit démissionner ?
08:30– Il n'aurait déjà dû être là
08:32depuis qu'on a découvert
08:35tout ce qui se cachait derrière
08:37l'assassinat de la petite Liana.
08:39Je suis désolée, dans ce pays, il faut bien des responsables
08:43aux choses.
08:44Et les responsables ne peuvent pas être
08:46les petits policiers.
08:47Pardon, ce n'est pas dégradant comme ça,
08:50mais je veux dire, le fonctionnaire
08:51qui fait son métier dans le bureau,
08:54ça ne peut pas être toujours lui, en fait.
08:56Et là, ce qu'il nous explique,
08:57c'est que le responsable, c'est le fonctionnaire
08:59dans son bureau.
09:01Moi, je ne peux pas entendre ça.
09:02Oui, je ne peux pas entendre ça.
09:04Notamment venant de M. Gérald Darmanin,
09:05parce que M. Gérald Darmanin,
09:06lorsqu'il était Premier ministre de l'Intérieur,
09:09il est venu sur plusieurs plateaux,
09:11on l'a interrogé sur la police,
09:12sur les méthodes de la police, etc.
09:13Et il a toujours dit qu'il y avait
09:15zéro problème avec les méthodes de la police.
09:17Donc, en fait, pour lui,
09:19sous sa direction, en tout cas,
09:21il n'y avait zéro problème.
09:23– Ça, c'est la règle d'or.
09:23– Pas une fois, il a dit,
09:25nous avons des soucis en matière
09:27de stock de dossiers,
09:28ce sont des choses sur lesquelles nous travaillons,
09:30de formation.
09:31Non, zéro problème avec la police.
09:33Et tout d'un coup, qu'est-ce qu'il nous balance ?
09:34Il nous balance un rapport où,
09:36tous les problèmes sont de la police.
09:38Écoutez, il faut aller se balader,
09:40enfin, nous, les citoyens
09:41qui avons affaire au commissariat, etc.
09:43Moi, je suis déjà allée en commissariat,
09:44même pour porter plainte.
09:45Lorsque vous passez derrière,
09:46vous voyez, vous passez derrière
09:47parce qu'il prend votre plainte et tout.
09:48Vous sentez quand même que
09:50les gens ne travaillent pas
09:51dans des conditions optimales.
09:52– Avec des boules de ficelles.
09:53– Oui, vous le sentez,
09:54ils sont trois, quatre par bureau.
09:56Vous sentez que ce n'est pas
09:57des conditions normales
09:59pour traiter les plus gros problèmes
10:01de la vie des citoyens.
10:03Donc, je suis désolée
10:04pour M. Darmanin,
10:05même si je reconnais,
10:06dans l'affaire Liana, monsieur,
10:08qu'il y a eu des problèmes
10:09dans comment on a reçu les familles,
10:11notamment la maman de la petite Rosa,
10:13je crois,
10:14où on lui disait
10:15d'arrêter d'appeler, etc.
10:16Voilà, on sait
10:17qu'il y a eu quand même
10:18un traitement
10:18qui était peut-être des fois
10:20inhumain dans le traitement et tout.
10:21Mais moi, je mets ça aussi
10:22sur le compte.
10:23Bien sûr qu'il faut pointer ça,
10:24mais il y a aussi le stock,
10:27la pression.
10:27Moi, par exemple,
10:28sur un autre domaine,
10:29je travaillais dans le logement social
10:31qui est aussi encombré de demandes.
10:33Et j'ai toujours dit,
10:34quand je suis partie
10:34en Ile-de-France,
10:35on avait 80 000 demandes
10:37sur le bureau.
10:39Et j'ai travaillé
10:40à une période
10:40où les gens ne saisissaient pas
10:42eux-mêmes leurs demandes,
10:42donc nous devions tout saisir
10:43à la main.
10:44Mais je vous assure,
10:45les délais étaient immenses.
10:46Les gens se plaignaient
10:47parce qu'en fait,
10:48ils se disaient,
10:48mais comment ça se fait
10:48que ma demande,
10:49je ne la vois pas en ligne, etc.
10:50C'était horrible la pression.
10:52Et donc vous aviez des collègues,
10:53moi je le faisais,
10:54mais des collègues
10:54qui recevaient mal les gens,
10:56qui les envoyaient chier carrément.
10:59Donc, M. Darmanin,
11:00il ne doit pas être là,
11:01je suis désolée.
11:02– Ça changerait.
11:02Alors excusez-moi,
11:03mais je comprends ce que vous dites
11:04et c'est vrai que c'est le premier réflexe
11:05qu'on a,
11:06c'est qu'à un moment donné,
11:06il doit y avoir une responsabilité politique
11:08et pas simplement morale.
11:09Ce n'est pas le tout de dire,
11:10ouais, on ne savait pas trop.
11:11Non, non.
11:12Le problème,
11:12c'est que ça ne servirait à rien
11:14parce que c'est ce qui a été dit
11:15tout à l'heure,
11:16c'est un problème de système.
11:17C'est-à-dire que tant que vous avez
11:19un système qui se déculpabilise
11:20en permanence,
11:21lui, il est en bout de fil,
11:22en bout de chaîne,
11:23il est entouré de préfets
11:24qui ont le même réflexe
11:27de dire non, non,
11:27mais nous, on maîtrise notre secteur,
11:28rassurez-vous.
11:29– Et puis qui ont la trouille
11:30de se faire débarquer aussi.
11:30– Exactement,
11:31on les a menacés.
11:32J'ai connu des périodes
11:33au début du sarkozisme triomphant
11:35où il y avait des réunions mensuelles
11:36sous l'autorité des préfets.
11:38Vous avez le bon édan du chef de service
11:40qui était distribué
11:41si les chiffres n'étaient pas bons.
11:42Donc vous avez bien compris
11:43que dans cette configuration-là,
11:44c'était une course à l'échalote
11:46pour présenter des statistiques
11:47qui étaient à peu près valables.
11:48Donc on est dans cette configuration-là
11:50de dire non, non,
11:51mais tout va bien,
11:52on maîtrise.
11:52Parce que vous avez aussi
11:53l'arrière-pensée permanente
11:54qui est politique.
11:56Et là où je veux en venir,
11:57c'est que même si demain,
11:58Gérald Darmanin présente sa démission,
12:00on est à six mois
12:01des élections présidentielles,
12:02vous allez le remplacer par qui ?
12:04– Par quelqu'un qui va se payer
12:05les affaires courantes.
12:06– Qu'est-ce que ferait son successeur ?
12:07– Ce qui est terrible,
12:11alors qu'il n'est pas ancien ministre
12:14de l'Agriculture, quoi.
12:15– On est bien d'accord.
12:16Et que comme je vous l'ai dit…
12:17– Il tape sur ce qu'il a fait, quoi.
12:18– Et comme je vous l'ai dit,
12:19il y a des audits.
12:20Il y a des audits.
12:21Cette situation, cet état des lieux…
12:22– Il la connaissait quand il était en poste.
12:23– Il le savait quand il était aux manettes.
12:24– Ce que j'explique dans le bouquin,
12:26c'est que ça ne tombe pas du ciel.
12:28Nous avons plus de 20 ans
12:29de désagrégation de la formation
12:31et de la matière judiciaire.
12:32Quand vous êtes ministre de l'Intérieur,
12:33je suis désolé.
12:34Si vous ne savez pas ça,
12:34il faut aller planter des choux.
12:36Bon, vous n'avez pas besoin
12:37qu'on vous aide dans cette matière.
12:38Mais à un moment donné,
12:39il faut se regarder un peu dans la glace,
12:40quelque part.
12:41Vous savez que ça ne va pas.
12:42Vous savez qu'on recrute
12:43des gardiens de la paix
12:44à 5 et 6 de moyenne.
12:45Vous savez que la formation OPJ,
12:46elle est laissée pour compte.
12:49J'insiste là-dessus
12:50parce que c'était mon cœur de métier.
12:51On ne recrute plus
12:52et on ne forme plus
12:54d'enquêteurs spécialisés.
12:55Moi, mon rêve serait d'avoir
12:57une filière qui existe,
12:59une filière réelle
13:01de traitement du judiciaire,
13:02de la plainte au magistrat.
13:03Et que cette filière,
13:04dans la mesure du possible,
13:05soit le plus autonome possible
13:08du politique.
13:08Parce que ça désengagerait
13:11des influences.
13:12Mais on en est très loin
13:13puisque tout le monde
13:14marche à la baguette.
13:15Tout le monde marche à la baguette
13:16ou sous l'objet de la menace.
13:18On parle de ça.
13:19On parle de menace.
13:20Quand vous faites une procédure
13:23que vous estimez...
13:24Vous savez que le parquet
13:25envoie parfois des dossiers...
13:26Écoutez-moi bien
13:27parce que c'est la réalité concrète.
13:28C'est du terrain.
13:29Des dossiers prioritaires
13:31pour des contrefaçons
13:32de sacs Vuitton.
13:33Trois sacs Vuitton.
13:34C'est marqué priorité.
13:35À traiter en urgence.
13:36Vous ne croyez pas
13:37qu'il y a un problème ?
13:38Alors que par rapport à ça,
13:39vous avez des atteintes aux personnes.
13:41Je ne parle même pas
13:41d'atteinte à des mineurs.
13:44Vous voyez le sens des priorités.
13:45Selon que vous soyez
13:47nanti ou pas,
13:48eh bien il est à géométrie variable.
13:49Donc c'est pour ça que
13:51chacun doit se regarder
13:52dans la glace.
13:53Que ce soit au ministère
13:54de la Justice...
13:54Donc il y a une vraie réforme
13:56à faire sur la...
13:56Une vraie révolution.
13:57Une vraie révolution.
13:58Antoine.
13:59Est-ce qu'on ne vous utilise pas...
13:59Pardon, très vite.
14:00Est-ce qu'on ne vous utilise pas
14:01pour la carrière ?
14:02Moi, j'ai l'impression quand même
14:03que ces politiques,
14:04M. Darmanin,
14:04notamment au ministère de l'Intérieur
14:05surtout,
14:07utilisent les policiers
14:07pour leur carrière.
14:08C'est-à-dire que vous êtes
14:10un puissant levier
14:13pour atteindre
14:14un poste de président
14:15plus tard.
14:16Vous avez un exemple célèbre.
14:17Oui, tout à fait.
14:18Du coup, il a fait jurisprudence.
14:20Est-ce qu'à ce moment-là,
14:21vous croyez encore
14:22au ministre,
14:23à vos chefs,
14:24en vos ministres ou pas ?
14:26C'est une bonne question.
14:26Est-ce que vous croyez au ministre
14:28ou c'est l'administration
14:28qui décide ?
14:29Je vais vous répondre très clairement.
14:31Il y a belle lurette
14:31que je ne fais plus du tout
14:33confiance aux politiques.
14:34Clairement.
14:35Quelques ministres que ce soit,
14:36quelques pouvoirs que ce soit.
14:38Là, on se focalise
14:39sur Gérald Darmanin.
14:40On avait eu à l'époque
14:41Manuel Valls
14:42qui nous avait créé
14:42les ZSP,
14:43les fameuses zones
14:44de sécurité prioritaire
14:45sur le quart nord-est de Paris
14:4618-19-20.
14:49On sait très bien,
14:50en tant que professionnel,
14:51tout le monde le savait,
14:52que c'est un coup d'épée dans l'eau
14:53parce que la criminalité s'adapte,
14:54elle évolue.
14:55Vous mettez de la focale
14:56sur un secteur,
14:57ils font quoi ?
14:57Ils vont ailleurs,
14:58tout simplement.
14:59Et c'est le problème pour les stups.
15:00C'est exactement la même problématique
15:02pour les stups
15:02dont je parle longuement
15:03dans le bouquin
15:04où j'explique que
15:05c'est insoluble
15:06du point de vue
15:06strictement judiciaire.
15:08Tout simplement
15:09parce que ça répond
15:10à une mécanique sociétale
15:11qui nous dépasse largement,
15:13qui dépasse même
15:13le cadre des frontières nationales.
15:15Mais si vous vous focalisez
15:17sur le problème
15:18avec le petit bout
15:18de la lorgnette,
15:19vous n'avancerez jamais.
15:20Antoine,
15:20jamais.
15:22Je ne vais pas revenir
15:22sur tout ce qui a été dit
15:23sur Gérald Darmanin.
15:24Je suis effectivement
15:24également fasciné
15:26par sa capacité
15:27à oublier
15:27qu'il a été
15:28ministre de l'Intérieur.
15:29Moi, ce qui m'intéresse
15:30de manière très concrète,
15:32c'est le fonctionnement
15:33de l'enquête
15:34parce que c'est quand même
15:35l'endroit où s'entremêle
15:36le travail du policier
15:37sous la supervision du juge
15:39et le commun des mortels.
15:41On ne voit pas
15:42comment ça peut se passer
15:43et pour orienter
15:45un tout petit peu
15:46ma question,
15:46je pense qu'il y a
15:47un besoin urgent
15:47de réforme de la procédure.
15:49Il y a des lourdeurs
15:49de procédures
15:50qui sont fabuleuses
15:51qui font qu'on n'y arrive pas.
15:52Le poids de l'administratif.
15:53Il y a des moyens
15:56qui s'améliorent.
15:57Il y a un problème
15:57informatique fabuleux
16:00qui n'est pas résolu.
16:01Mais il y a aussi
16:02un problème normatif
16:03où on devrait faciliter l'enquête.
16:04Alors, il y a
16:05un double problème
16:05à ce niveau-là.
16:06Un, l'outil
16:07n'est pas suffisamment performant.
16:09La latitude d'enquête
16:10est très limitée.
16:11Pourquoi ?
16:11Parce que les services de police
16:12ont une double casquette.
16:13Particulièrement
16:14les services d'enquêteurs.
16:15Il y a un,
16:16le directeur d'enquête
16:17qui reste le magistrat.
16:19Vous ne rendez compte
16:20qu'au magistrat.
16:20Et puis, vous avez
16:21l'ordonnateur des moyens
16:22qui est l'administration.
16:24Le régalien.
16:25On va faire simple.
16:26Le ministère.
16:27D'accord ?
16:27Donc, un policier
16:28dans un commissariat
16:30il est sous l'autorité
16:31administrative et logistique
16:33des moyens
16:33par l'administration.
16:34Très clairement,
16:34le commissaire lui dit
16:35tu passes deux jours
16:36sur cette enquête
16:37et tu es surveillé
16:38par le magistrat
16:39sur les moyens.
16:39Exactement.
16:40Moi, je vais vous faire rire.
16:42J'espère,
16:42un sourire.
16:43Quand je suis arrivé
16:44à Neuilly-sur-Seine,
16:45on m'a un jour dit
16:46tiens, voilà,
16:46ça c'est le dossier
16:47de X,
16:48procureur de la République
16:49de Nanterre.
16:49C'est son dossier.
16:50Ce n'est pas le dossier
16:51d'un autre.
16:52Son dossier.
16:53Son dossier,
16:54je commençais un petit peu
16:55à trembler.
16:55Qu'est-ce que c'est ?
16:55Il y avait dix plaintes
16:56dans ce dossier.
16:57C'était des plaintes
16:58d'enjoliveurs.
16:59De bagnole ?
17:01Oui, monsieur.
17:07Donc, le dossier,
17:09la priorité
17:10du procureur
17:11de la République
17:11de l'époque,
17:12c'était
17:14d'enquêter
17:15sur ces vols.
17:16Donc, ça veut dire
17:17que ça perdure,
17:18tout ça aussi.
17:18C'est le proc qui décide
17:19des dossiers
17:20qui sont prioritaires
17:21et de là où il faut
17:22mettre les moyens.
17:22Il y a une puissance
17:23qui s'exerce.
17:24Donc, le commissaire,
17:25qui est un homme
17:26très respectable,
17:27avec qui j'avais
17:27d'excellentes relations,
17:29voilà, c'est
17:31ce dossier.
17:32Et on avait été reçu
17:32avec mon chef d'unité
17:34à l'époque
17:34par le dit procureur
17:35dans son bureau
17:36qui voulait faire un point
17:37et qui était prêt
17:38à ouvrir une information
17:39judiciaire
17:40sur ces vols
17:40de 10 enjoliveurs.
17:42Je ne sais pas
17:42si vous réalisez.
17:44Effectivement.
17:45Jean-Pierre Colombiès,
17:46merci d'être venu
17:47nous expliquer tout ça.
17:47Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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