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Aurélien Barrau, astrophysicien et militant écologiste, donne régulièrement des conférences pour expliquer son point de vue sur la civilisation et le monde actuels. Il met en lumière le mode de vie destructeur qui anime notre société et donne des clefs de lectures hyper pertinentes.

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Source
Aurélien Barrau https://youtu.be/Ry2129LhNf0?si=gsZ_FaTiOABD7JLC
Musique https://www.youtube.com/watch?v=39PVEaSytpo

Réponses au quiz de fin :

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Le réchauffement climatique est-il le principal problème ?
Non, la chute de la vie sur Terre l'est.

Quelle définition donne Barrau pour le verbe exister?
Ne pas suivre le flux inertiel.

Quelle est la définition de Logos chez les Grecs ?
Langage et rationalité.

#barrau #écologie #transition #climat #conférence #extrait #ethiqueettac

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:07En effet, c'est très amusant d'entendre, enfin c'est amusant, mais c'est tragicomique en réalité,
00:13toutes ces questions sur le solutionnisme. En réalité, souvent la question se résume,
00:18et encore, je l'ai conscientisé, à diminuer les émissions de CO2. En fait, l'hypothèse de base
00:24de tout ce qu'on appelle la transition écologique, l'hypothèse non dite, c'est qu'un monde parfait,
00:28un monde idéal, c'est un monde où on continuerait exactement pareil en émettant un peu moins de gaz
00:34à effet de serre, parce que quand même, on est conscientisé. Et en fait, ça c'est presque,
00:38alors moi aussi je suis plutôt côté Gunther Anders, c'est-à-dire je suis plutôt côté ultra pessimiste
00:43sur ce qui va nous arriver, mais ça c'est le seul truc sympa que je vais dire aujourd'hui,
00:47peut-être même ce mois-ci d'ailleurs, c'est qu'en réalité, on pourrait gagner sur tous les tableaux
00:52en même temps. C'est-à-dire que si on prend juste le temps de réfléchir trois secondes,
00:56on se rend compte que ce sont essentiellement les mêmes mécanismes qui sont à l'origine
01:02de la chute de la vie sur Terre, dont le réchauffement climatique n'est qu'un petit aspect.
01:07J'insiste que dans le niveau catastrophique de diminution des populations animales actuellement
01:12et même d'ailleurs de diminution de l'espérance de vie humaine, le réchauffement climatique
01:17ne joue jusqu'alors essentiellement aucun rôle. Donc on n'émettrait pas un gramme de CO2,
01:21on serait quand même à l'aube de la sixième extinction massive. Donc c'est très étrange,
01:25d'un point de vue rationnel et factuel, cette surfocalisation sur le climat.
01:29Mais donc, disais-je, ce qui est assez amusant, c'est que si on déjoue un peu
01:33et qu'on regarde globalement l'affaissement de la vie sur Terre, ce qui n'est pas exactement
01:36un détail, on se rend compte donc que les causes sont quasiment les mêmes
01:40que l'affaissement du sens, du bonheur, de la créativité et de ce que Pablo appelait
01:46très justement la puissance d'être. Si vous voulez, prenons l'exemple de l'intelligence
01:50artificielle. La question sincère, c'est au-delà du gadget. Est-ce que nous souhaitons ?
01:57Parce que, voilà, il faut être bien clair. L'intelligence artificielle, et peut-être
02:00mon ami Romain Couillet d'ailleurs est dans la salle, il a écrit ça très bien, a des
02:04externalités négatives catastrophiques en termes de néocolonialisme, en termes de
02:10dévastation des espaces naturels, en termes de perte de lien avec les non-humains, en termes
02:14d'émissions de gaz à effet de serre, en termes d'extraction de matières premières, en termes
02:18de dévastation des réserves naturelles, essentiellement des pays d'Afrique dans
02:22lesquels on enterre toutes les saloperies qui sont les externalités secondaires de
02:25ces choses-là. Tout ça est parfaitement exact, il faut le dénoncer. Mais on pourrait
02:30peut-être aussi se poser une question un peu plus fondamentale, à savoir quand bien
02:34même toutes ces externalités seraient miraculeusement effacées. Je vous le dis tout de suite,
02:39c'est pas possible, mais c'est une expérience de pensée. Quand bien même nous pourrions
02:43le faire, est-ce que nous souhaiterions vivre dans un monde où nous aurions des publicités
02:49ciblées, choisies pour décupler nos addictions, où nos polices d'assurance seraient calculées
02:54par des algorithmes objectivant le fait que si votre papa a eu un cancer, vous paierez
02:58beaucoup plus cher parce que votre probabilité objective de crever tôt est légèrement plus
03:02élevée, dans un monde où nos amants et nos amis seront choisis par des machines,
03:07dans un monde finalement où il n'y a plus d'excursions, d'inouïes, d'errances,
03:11d'inattendues, de bifurcations, de failles, bref, de ce qui fait même la définition de
03:17l'existence. Existence, ça veut dire extraction. Exister, ça veut dire par définition ne pas
03:24suivre le flux inertiel. L'intelligence artificielle, par essence, par construction,
03:30quelle que soit la puissance des processeurs, est inertielle. Et donc, ce que je veux simplement
03:35dire qui est extrêmement simple, presque trivial, c'est qu'en réalité, on n'a même pas besoin de
03:42regarder à quel point cette saloperie est en train de flinguer la planète, les pauvres gens dans les
03:49pays du Sud et les animaux. Il suffit de voir que c'est de toute façon insouhaitable pour nous.
03:56Mais il semble que nous ayons atteint un niveau d'ensorcellement, c'est même plus de l'endoctrinement
04:02à ce moment-là, c'est de l'ensorcellement où la question n'est pas même mise sur la table.
04:07Et en effet, sur les pas de Anders et de Pablo, on pourrait effectivement supposer,
04:14Catherine Thomas a aussi très bien théorisé cela, qu'en réalité, la technique a dans une certaine
04:19mesure pris son autonomie. Alors, bien sûr, on n'est pas encore exactement dans Terminator,
04:24c'est-à-dire que c'est sous notre contrôle, mais ce sont quand même indéniablement des machines
04:29qui construisent des machines, des programmes qui conçoivent des programmes. Et je crois que c'est
04:34un développement de type cancéreux. Pour m'amuser, j'ai appelé ça le promettome. Le promettome. Et si
04:40c'est effectivement correct, il y a beaucoup de leçons à en tirer. Parce que la médecine nous a appris
04:45que la vision éthiologique est nécessaire. On ne peut pas, c'est-à-dire des causes, on ne peut pas
04:53se contenter
04:53de la vision symptomatique. Pour le dire simplement, la réanimation, ça peut vous sauver, mais ça ne peut pas
04:58vous soigner. Et donc, il faut prendre un peu de recul. Il faut comprendre que les thérapies doivent être
05:03ciblées, qu'elles doivent être nombreuses, qu'elles ne peuvent être que systémiques. C'est la grande leçon
05:09de Gallien concernant les cancers. Et surtout, qu'il faut travailler ce qu'on appelle la victoire.
05:14Et c'est ça qui est fondamental. Travailler ce qu'on appelle la victoire. Autrement dit, je crois que la
05:21question,
05:21en effet, du solutionnisme technique, il ne faut même pas la contrer en disant que ça ne va pas
05:27marcher. Pourtant, c'est vrai que ça ne va pas marcher. Ils n'y arriveront pas. Mais c'est encore
05:32plus grave
05:32que ça. C'est quand bien même ça marcherait, ça serait quand même une grosse bouse. C'est ça mon
05:37hypothèse.
05:42Et on entend souvent aussi une critique de la science, notamment quand on pose ces questions-là. On va se
05:48dire
05:48justement, le problème, c'est que la science a dévié de sa route ou que finalement, on essaie de tout
05:53découper, tout mesurer, etc. Ça fait partie des critiques qu'on peut entendre et que donc, il faut
05:58lâcher en quelque sorte une partie de ce projet. Comment est-ce que tu réponds à ça, à ces critiques
06:07qu'on entend parfois ? Et est-ce qu'on peut avoir un point de vue critique de la raison
06:13et de la science
06:13qui soit constructif par rapport à ce qu'on vient de dire ?
06:18Oui, pas mesurer. Parce que moi, les points de vue mesurés, ça me gave. Le temps est passé
06:22de la mesure. Vous savez, le gnan-gnan, là. Ah, mais la science, elle n'est pas intrinsèquement
06:27mauvaise. C'est l'usage qu'on en fait qui est mauvais. Bon, ça va bien, ça. Ça, c'est
06:31les excuses
06:31pour continuer comme si tout allait bien. Je suis très content que tu aies mentionné Logos.
06:36Logos. Vous savez, nous sommes tous ici les fils et filles de Logos. Cette invention géniale
06:42de la Grèce antique il y a quelques 2500 ans, c'est un concept extraordinaire qui est à
06:48la fois un principe de commencement et de commandement. C'est à la fois le langage et la rationalité.
06:55Et je crois que Logos, c'est à la fois le joyau et le fléau de l'Occident. Le joyau
07:02parce que tout ce qui fonctionne ici, les caméras, les micros, les télés dont on pourrait
07:06se passer, d'ailleurs, je n'ai toujours pas compris pourquoi il y avait deux grandes
07:08télés avec rien dessus, mais bon, c'est un détail. Tout ça est fils et fille. Non,
07:14non, mais la critique est aisée. En vrai, peut-être qu'il y a d'autres orateurs qui
07:17utilisent des slides et donc voilà, c'est facile de se moquer. Je ne veux pas le faire.
07:21Mais sérieusement, tout ce qui fonctionne ici est effectivement fils et fille de Logos.
07:27Et on est assez souvent content que ça fonctionne. Et je suis content que mes enfants
07:31aient bénéficié d'IRM et de scanners quand ils étaient blessés. Très bien.
07:35Mais en contrepoint de cette victoire étincelante, Logos, c'est aussi notre fléau.
07:41Parce que je crois que c'est là qu'ont été éradiqués, invisibilisés, oubliés
07:48toutes les autres manières possibles d'habiter le monde.
07:52Et elles sont incroyablement nombreuses.
07:55En ce qui me concerne, la réflexion la plus scandaleuse que j'entende, je ne vais pas
08:02mâcher mes mots, je la trouve scélérate et raciste. C'est celle qui consiste à dire
08:06« Oui, oui, oui, oui, vous avez raison, ça va mal. Mais après tout, qu'est-ce qu'on
08:10pourrait faire d'autre ? Qu'est-ce que vous voulez ? C'est en nous. L'homme, il est
08:14comme
08:14ça. L'humain, il est comme ça. » Alors ça, c'est dégueulasse. Parce que d'abord,
08:19c'est faux. Et deuxièmement, c'est effectivement éhontément raciste. Pourquoi ? Parce que
08:24c'est précisément oublié les innombrables autres civilisations qui ont habité cette
08:29planète et qui ne partageaient pas notre passion exclusive du Logos dans cette dichotomie
08:38dramatique de la nature et de la culture. Lisez d'Escola, nous sommes vraisemblablement
08:44la seule et unique civilisation de toute l'histoire à avoir osé inventer cette
08:50monstruosité, qui est d'ailleurs scientifiquement fausse, mais qui est surtout éthiquement
08:54dramatique, à savoir un mur sans porosité entre nous et tous les autres. Donc, nous
09:00ne nous demandons pas ce qu'on peut faire d'autre. Il suffit de regarder ailleurs.
09:04Nous ne sommes pas encore, nous, j'entends l'Occident capitaliste contemporain, nous ne
09:09ne sommes pas encore les seuls habitants de cette planète et nous n'avons pas encore
09:14totalement perdu la mémoire de toutes celles et ceux qui nous ont proposé tant d'alternatives.
09:20Je reviens rapidement à ce qu'on a dit juste avant. La science, je crois, est sur la brèche.
09:26Elle est sur la brèche parce que d'un certain point de vue, et c'est vrai, elle est complice
09:31du désastre. Je le dis en tant que scientifique. Tous mes collègues vont me détester. Ce n'est
09:36pas grave. C'est vrai. La science produit des outils qui, globalement, jouent dans le
09:44sens de la corroboration systémique. Qu'on le veuille ou non, peut-être à son corps
09:48défendant, mais ça, c'est un fait. Mais en parallèle, la science est aussi un lieu
09:55particulièrement adapté aux révolutions, c'est-à-dire au renouvellement complet de
09:59l'ontologie, de l'être fondamental de ce qui nous entoure. Et donc, ce que je veux dire
10:04là, ce n'est pas une sorte de juste milieu un peu cucu du genre la science n'est
10:08ni toute bonne, ni toute mauvaise. En fait, elle est ce qu'on en fait. Et par conséquent,
10:12on est en situation de responsabilité extrême. Vous voyez, l'exemple des moteurs qu'a
10:16donné Pablo, il est très bien. Savez-vous, j'ai piqué ça à Laurent Castagnède, savez-vous
10:22par combien a été divisée la consommation d'une voiture en 80 ans ? Moi, si on m'avait demandé
10:28ça, j'aurais dit que c'était divisé par 4 ou 5, grâce évidemment au progrès ingénérique
10:32quant à l'efficacité. Vous savez quelle est la réponse ? Ça n'a pas été divisé.
10:37C'est la même valeur qu'il y a 80 ans. Parce que oui, les moteurs sont plus efficaces,
10:41mais les voitures sont 5 fois plus lourdes. Donc à la fin, on n'a rien gagné. Ça, c'est
10:46le niveau souci d'ingénieur pour se rendre compte que l'astuce techno ne marche pas.
10:50C'est le niveau 1 de la réflexion. Mais le niveau 2, qui est celui que j'aimerais
10:54nous ayons aujourd'hui, il consiste à se dire mais quand bien même on aurait effectivement
10:59divisé par 4, l'émission de CO2 ou d'essence ou de tout ce qu'on veut. Enfin, si elle
11:03émet de l'essence, elle ne va pas rouler. Mais enfin bon, de gaz de combustion, des
11:07voitures. Quand bien même on aurait fait ça, ça ne résout rien. Parce que le problème
11:11du tourisme, ce ne sont pas les émissions de CO2 de nos moyens de transport. Le problème
11:16du tourisme, c'est le tourisme en tant que tel. Ce sont tous ces lieux que nous maculons
11:21par notre seule présence. C'est ce rapport consumériste à l'ailleurs, c'est cette façon de vouloir
11:26consommer de l'exotisme. Tant qu'on reste dans cette logique, à mon avis, c'est échec
11:31et maths.
11:34Applaudissements
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12:11...
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