00:00Donc la communauté des climatologues n'est pas du tout surpris par la vague de chaleur qui arrive.
00:03Elle est effrayée. Elle est effrayée et...
00:08Dommage, on ne s'est pas trompé.
00:10Écoutez-nous. Écoutez-nous pour les 20 prochaines années.
00:13L'été 2022, avec un coût absolument incroyable,
00:18il se chiffre en termes de PIB, un coût économique, un coût sanitaire, un coût agricole.
00:23Cet été 2022, il avait une chance sur 10 d'arriver en 2022.
00:26En 2050, c'est une chance sur 2.
00:27En 2070, dans une France à 4 degrés, l'été 2022, ça sera un été froid.
00:33Ça veut dire que les canicules dans une France à 4 degrés, elles atteindront 50 degrés.
00:38Et 50 degrés, la forêt ne survit pas.
00:41Les rendements agricoles ne diminuent pas de 5%.
00:44Ils s'effondrent.
00:46Sécurité alimentaire, insécurité alimentaire ici.
00:54Pendant longtemps, les climatologues, d'ailleurs, ont dit, mais n'allons pas sur l'atténuation,
00:58ça va nous dissuader d'agir, n'allons pas sur l'adaptation,
01:02plutôt, ça va nous dissuader d'agir pour atténuer le phénomène.
01:05Aujourd'hui, vous considérez qu'il faut les deux ?
01:09Il faut les deux.
01:10On marche sur deux jambes, l'adaptation et l'atténuation.
01:13L'atténuation, c'est la réduction des émissions de gaz à effet de serre,
01:16c'est mettre en place tous les leviers pour réduire ces émissions de gaz à effet de serre,
01:19se passer des énergies fossiles,
01:20puisque 90% des émissions de carbone viennent de ces énergies fossiles.
01:28Il faut également s'engager dans des stratégies d'adaptation,
01:34parce que ce climat change vite et les risques climatiques augmentent.
01:37On le voit tous les jours, les crues dont vous venez de parler,
01:40les crues qui étaient 100 tonales avant deviennent 20 tonales aujourd'hui.
01:44Ce qui est important de préciser, c'est que sans la réussite de l'adaptation,
01:50elle est conditionnelle à l'atténuation.
01:52Dit autrement, on ne s'adaptera pas à des niveaux de réchauffement élevés.
01:56Donc il faut absolument réduire les émissions de gaz à effet de serre
01:59pour avoir cette fenêtre d'opportunité pour s'adapter.
02:03On ne s'adaptera pas parce que la planète n'y arrivera pas,
02:06ou parce que financièrement ce sera un puits sans fond ?
02:10Alors je ne parle même pas d'argent.
02:11C'est le scientifique là qui parle ?
02:12Je ne parle pas de ressources.
02:15Il pourrait y avoir des milliards et des milliards d'euros,
02:17on ne s'adaptera pas à une France à 4 degrés.
02:20Pourquoi ? Parce qu'il y a des limites dans l'adaptation.
02:224, c'est quoi le moment où ça devient totalement ingérable ?
02:25Je dis 4.
02:26Parce que le plus 2, par exemple, autre objectif des accords de Paris,
02:30plus 2 en 2050, il reste atteignable, c'est ce que vous dites dans le rapport.
02:34Alors il faut différencier les niveaux de réchauffement en France
02:36et les niveaux de réchauffement mondiaux qui sont dans l'accord de Paris.
02:39Donc le plus 2 reste atteignable,
02:42mais il faut dès maintenant s'engager dans des mesures d'atténuation
02:45qui sont extrêmement importantes, extrêmement rapides.
02:48Et il ne faut absolument pas revenir sur le cadre actuel qui a été fixé.
02:52Il faut avoir plus d'ambition.
02:55Quand je parle de 4 degrés, c'est 4 degrés sur la France
02:57parce que le gouvernement s'est doté d'un plan d'adaptation au changement climatique
03:01dans une France à 4 degrés.
03:03On a évalué les risques pour cette France à 4 degrés.
03:06Et les risques sont extrêmement importants.
03:08Extrêmement importants.
03:09Et quand je dis qu'on ne s'adaptera pas dans cette France à 4 degrés,
03:13on ne s'adaptera pas sans casse parce qu'il y a des limites à l'adaptation
03:16et elles viennent du vivant.
03:17Elles viennent des écosystèmes.
03:19Des écosystèmes terrestres et des écosystèmes marins.
03:22Les rendements agricoles seront effondrés.
03:24Il y aura des tensions d'usage sur l'eau en particulier.
03:28Et en fait, s'adapter la France à 4 degrés,
03:32ça veut dire quoi ?
03:33Ça veut dire dès maintenant, discuter avec les territoires
03:35sur ce qu'on protège, ce qu'on garde,
03:38et ce qu'on abandonne et ce qu'on sacrifie.
03:41Par exemple, autour de la Méditerranée,
03:43il va falloir choisir dans une France à 4 degrés,
03:45si on ne change pas nos modes de vie
03:48et les différents secteurs d'activité,
03:50il va falloir choisir entre agriculture et tourisme.
03:52On ne pourra pas avoir les deux
03:53parce que la ressource en eau sera trop faible.
03:55Je pense qu'aujourd'hui, on a besoin de plusieurs choses.
03:57On a besoin de lucidité.
03:59Le déni de gravité du changement climatique n'est plus une option.
04:01Le déni de vulnérabilité, on le prend en pleine figure,
04:04n'est plus une option.
04:05On a besoin d'honnêteté.
04:07On ne négocie pas avec le climat.
04:08Tout objectif raté se traduit par des risques supplémentaires.
04:12On a besoin de courage aussi.
04:13Certains élus en ont, d'autres n'en ont pas.
04:15On a besoin de courage parce qu'en fait,
04:17il faut faire autrement.
04:18Il faut renoncer à des projets
04:20qu'on avait imaginés il y a 30 ans.
04:22Il faut imaginer faire autrement.
04:24Il y a des privilèges, vous l'avez dit aussi.
04:26Pardon ?
04:26Il y a des privilèges aussi, vous l'avez dit.
04:28Il y a des privilèges.
04:28Donc, il faut en fait aussi de l'équité.
04:32Il faut de la justice, de l'équité
04:34et il faut de la solidarité.
04:35On n'est pas tous en capacité d'agir de la même manière.
04:38Il y a des capacités d'agir qui sont différenciées.
04:40On n'a pas tous le même niveau de responsabilité
04:42dans le changement climatique non plus.
04:44Et donc, il y a un enjeu de communication sur cette équité.
04:47Ça veut dire quoi, juste pardon, ça ?
04:48Ce niveau de responsabilité ?
04:49Le niveau de responsabilité,
04:51c'est quand on regarde les émissions de gaz à effet de serre,
04:53en fait, le français moyen n'existe pas.
04:56Si on classe en revenu, en fait,
05:01les 10% les plus riches en France
05:03émettent trois fois plus de gaz à effet de serre
05:05que les 10% les plus forts.
05:07Les 10% les plus forts
05:09n'ont pas cette capacité d'action.
05:11Alors que le discours aujourd'hui,
05:13il est trop général.
05:14Et on utilise cette généralité pour cliver
05:16les différentes catégories en France.
05:19Et le clivage conduit à une inaction.
05:21Et ça, c'est une stratégie.
05:22C'est une stratégie politique qui est suicidaire.
05:25On voit aujourd'hui, le mot est fort.
05:27Elle est suicidaire.
05:28Pourquoi ?
05:29Parce que ces chaleurs extrêmes,
05:30ces puits diluviennes,
05:31elles vont arriver.
05:32Elles vont avoir des impacts très importants.
05:34Elles vont conduire à des morts.
05:35Elles vont conduire à une insécurité.
05:37Une insécurité sanitaire,
05:38une insécurité alimentaire,
05:40une insécurité sociale.
05:42Donc, lutter contre le changement climatique,
05:44c'est plus de sécurité.
05:46C'est plus de bien-être.
05:47Et c'est pour la protection des personnes et des biens.
05:51C'est un discours qu'on entend de plus en plus chez les scientifiques.
05:54Certains reconnaissent que parfois,
05:55ils ont été peut-être un peu trop alarmistes,
05:57qu'on a un peu trop culpabilisé aussi les gens au début,
05:59quand on a commencé à parler de ça.
06:01Alors, les scientifiques apportent les faits.
06:03Ensuite, c'est comment ces faits sont rapportés dans l'espace public
06:06qui les rends alarmistes.
06:08On n'est pas alarmistes,
06:10on est alarmants.
06:12Il faut bien différencier les deux.
06:13Si on avait été alarmistes,
06:14ça veut dire qu'on aurait pris,
06:16dans le domaine des possibles évolutions climatiques,
06:18les trajectoires les plus dures,
06:20les plus fortes.
06:21On n'a jamais fait ça.
06:22Et ce qu'on est en train de vivre aujourd'hui,
06:23c'est les trajectoires qu'on avait imaginées il y a 20 ans.
06:26Et juste un dernier point sur la biodiversité
06:28et sur le ZAD aussi.
06:30On ne s'adapte pas à un effondrement de la biodiversité.
06:34Climat, biodiversité, c'est deux phases d'une même pièce.
06:36On ne s'adapte pas...
06:37C'est pas une question de budget, effectivement.
06:37Voilà, c'est pas une question de budget.
06:39On ne s'adapte pas à cet effondrement,
06:40on meurt avec.
06:41Parce qu'on est lié à cette biodiversité.
07:12Sous-titrage Société Radio-Canada
07:13C'est une question de budget.
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